Boule de fort

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La Boule de Fort *
UNESCO-ICH-blue.svg Inventaire du patrimoine culturel
immatériel en France
Terrain de boule de fort à Pontigné
Terrain de boule de fort à Pontigné
Domaine * Jeux
Lieu d'inventaire Pays de la Loire
Touraine
Loire-Atlantique
Maine-et-Loire
* Descriptif officiel Ministère de la Culture et de la Communication (France)
Ancienne boule de fort posée sur un socle

La boule de fort est un jeu de boule traditionnel en Val de Loire et aux frontières de cette région[1]. La boule utilisée a son centre de gravité légèrement décalé (côté fort) par rapport à la bande de roulement (cercle de métal), ce qui a pour conséquence qu'elle ne suit jamais une trajectoire rectiligne, tandis que le terrain aux bords relevés, extrêmement « roulant », la fait en outre lentement zigzaguer.

La boule de fort est classée comme jeu traditionnel des Pays de la Loire dans l'inventaire du patrimoine culturel immatériel français[2] par le ministère de la Culture.

Historique[modifier | modifier le code]

Futreau naviguant sur la Loire.

L'origine de ce sport est mal connue. Selon la version la plus répandue, des mariniers de la Loire auraient pris l'habitude de jouer au fond de leurs embarcations[3]. Cette théorie est jugée peu crédible du fait que les gabares, les grands bateaux de la Loire, sont beaucoup plus courts que le jeu et sont parcourus de membrures, avec un mât planté au milieu du navire[4]. Une autre croyance fait remonter le jeu à Louis XV (ou au Premier Empire, selon les versions[5]), des prisonniers espagnols auraient eu alors l'idée de jouer avec des boulets au cours de la construction de la levée de la Loire[5] (en réalité celle-ci a été construite par Henri II Plantagenêt à partir de 1170[6]). Cette croyance est reprise en parlant de prisonniers de Jeanne de Laval[5].

La plus ancienne référence connue d'un jeu de boule date de 1660 avec la mention dans la région angevine d'un jeu de paume possédant des jardins « dans l’un desquels jardins est un jeu de boule couvert d’ardoise, et un petit logement basty sous comble ». Un certain Furetière, dans un texte datant de 1691 cité par Emile Joulain, fait référence à plusieurs reprises à la boule de fort, expliquant notamment que « le fort de la boule est l’endroit où le bois est le plus serré et, par conséquent, le plus lourd. »[5]

La passion de la boule est ancienne en Anjou. Au XVIIIe siècle et au XIXe siècle, les « sociétés » où l'on joue à la boule de fort sont très répandues. Également de façon marginale en Indre-et-Loire, dans sa partie ouest autrefois angevine[7].

Ce jeu était essentiellement pratiqué par des hommes. La femme n'étant présente que par des représentations, le plus souvent suggestives. À Saumur, en 1871, « les mères, épouses, filles, brus, sœur, et belle sœur seront admises a la promenades dans l'allée du grand jardin, et à se placer autour du jeu de boule, mais elles ne seront admises à aucun jeu (…). En aucun cas il ne devra être question de nos dames »[4]. Si, depuis les années 1970, certaines sociétés de jeu de boule de fort acceptent dorénavant les femmes (il existe même des challenges mixtes), celles-ci sont encore peu présentes dans cet univers masculin.

Aire géographique[modifier | modifier le code]

Aire géographique de la boule de fort, correspondant à l'ancienne province d'Anjou.

La boule de fort est un jeu très localisé, qui se pratique essentiellement dans l'Anjou et l'ouest de l'Indre-et-Loire. Ses 392 sociétés, fortes de 50 000 sociétaires[réf. nécessaire] appelées cercles, se répartissent ainsi dans les départements du Maine-et-Loire (312 sociétés en 2004[8]), l'ouest de l'Indre-et-Loire (36 sociétés et 3 000 sociétaires[9]), le sud de la Sarthe, ainsi que dans la Mayenne angevine et quelques villages à l'est de la Loire-Atlantique, sans oublier Saint-Nazaire et dans le Loir-et-Cher à Blois.

Un jeu semblable était pratiqué régulièrement, dans les années 1990, en Angleterre dans la région de Basingstoke au sein de sociétés organisées comptant plusieurs dizaines d'adhérents, sur terrain sol plat engazonné en été, et terrain couvert sol plat imitation gazon en hiver.[réf. nécessaire]

Descriptif[modifier | modifier le code]

Règles du jeu[modifier | modifier le code]

Le jeu de la boule de fort est un jeu qui consiste à lancer des boules pour s'approcher le plus possible d'un cochonnet appelé maître ou petit ( d'une taille comprise entre 80 mm et 90 mm) afin de marquer des points. La difficulté provient du fait qu'un côté de la boule est plus lourd (plus « fort ») qui les entraîne dans sa direction, et que les bords de la piste ressemblent à une section de gouttière (cf. matériel). Les boules peuvent mettre plus d'une minute pour atteindre leur destination d'où des parties très longues, jusqu'à trois heures.

Une partie se joue généralement entre équipes de 2 ou 3 joueurs disposant de 2 boules chacun. Quelque fois les parties se jouent à 1 contre 1 avec 3 boules par joueur et même parfois à 4 contre 4 avec 1 boule chacun. L’équipe gagnante est celle qui a marqué 10 points la première. Dans une compétition, la finale se joue en 12 points.

Matériel[modifier | modifier le code]

Les particularités de ce sport de boules sont principalement :

  • une boule de 13 centimètres de diamètre, légèrement aplatie de chaque côté, en bois dur (buis, cormier ou frêne) ou en plastique cerclée d'acier, dont la bande de roulement est décalée, donc asymétrique et réglable grâce à une vis coulissante vers le « côté faible » ou le « côté fort » (d'où le nom du jeu) ;
  • un terrain en forme de gouttière particulièrement grand : de 22 m à 23 m de long sur 6 mètres de large, dont es bords longitudinaux sont relevés de trente à quarante centimètres ;
  • des chaussons de feutre, dont le port est obligatoire, pour protéger la piste en résine (le sol était jadis en terre battue).

Culture[modifier | modifier le code]

Fillettes et vin d'Anjou[modifier | modifier le code]

Les frais d'entretien des cercles et sociétés de jeux de boule de fort sont couverts par les recettes obtenues à la buvette des salles de jeux de boules. La consommation de vin est de tradition, même si aujourd'hui certains préfèrent boire jus de fruits et limonades. Le vin, bon marché, est choisi au sein des comités des sociétés. Il est mis en petite bouteille, appelée « fillette »[10] par les membres masculins des sociétés, car les femmes sont exclues de la manœuvre. Même si les hommes boivent moins (chopinent moins) qu'avant, il est toujours de tradition de « baiser des fillettes de vin d'Anjou rouge ou blanc ». Selon que les rencontres soient des challenges ou amicales, les vainqueurs ou les perdants payent la tournée générale.

La chanson de la boule de fort[modifier | modifier le code]

Il a existé une Chanson du jeu de boules de fort, comportant 17 couplets[11], qui se chantait sur l'air de la chanson « Le roi d’Yvetot »[12],[13].

Couplet 1

Muse, aujourd'hui fais un effort,
Il faut chanter la boule,
La seule, la boule de fort
Qui, sinueuse, roule;
Soutiens mon souffle un peu trop court,
Et du Parnasse à mon secours,
Accours.

Refrain

Oh ! oh ! oh ! oh ! Ah ! ah ! ah ! ah !
Le roi des jeux c'est celui-là :
Voilà!

Dans la littérature[modifier | modifier le code]

René Bazin, de l'Académie française, fait cette description du jeu en 1923 :

« Dans toute la vallée [de la Loire], la boule franche, la simple boule de bois plein est dédaignée. On ne se sert que de la boule de fort, cerclée de fer, chargée de fer sur un de ses méplats, une boule de calculateurs, faite pour décrire des courbes et qu'on lance sur un terrain concave, sablé, roulé, de pentes égales aux deux bords, pareil à un plumier de marbre. Vous n'apprécierez jamais, à moins d'en avoir fait une étude, ni les beaux coups, ni les attitudes, ni les artistes qu'on peut contempler là. »[14]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • A.-J. Verrier, Glossaire étymologique et historique des patois et des parlers de l'Anjou, comprenant le glossaire proprement dit, des dialogues, contes, récits et nouvelles en patois, le folklore de la province, Germain et G. Grassin (Angers), 1908 (Lien BNF)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Wiki-Anjou, Boule de fort, consulté le 9 juin 2012
  2. Ministère de la culture, « Patrimoine culturel immatériel » (consulté le 12 février 2013)
  3. Picroboule, Association Picroboule
  4. a et b Fédération de boule de fort, La boule de fort
  5. a, b, c et d Fédération de boule de fort, Mythes, légendes et histoire
  6. OT Loire Authion, Histoire de la Levée
  7. Par exemple à Lemé (près de Chinon) depuis 1879 (Picroboule, Société La Paix), à Luynes depuis 1894 (Rendez-vous Troglos, Société Les Grandes Bottes. Il ne reste cependant plus que 36 sociétés de jeu de boule de fort en Indre-et-Loire aujourd'hui localisées dans la partie ouest (La Nouvelle République, La boule de fort veut remonter la pente
  8. Fédération boule de fort, Chiffres de la fédération
  9. Pascal Denis, La boule de fort veut remonter la pente, La Nouvelle République du Centre-Ouest du 17 avril 2012 p. 6
  10. La "fillette" de vin d'Anjou contient 35 cl.
  11. Anatole-Joseph Verrier et René Onillon, Glossaire étymologique et historique des patois et des parlers de l'Anjou, Germain et G. Grassin (Angers), 1908 (consulter sur Gallica)
  12. Chanson écrite par Pierre-Jean de Béranger en 1813 (texte)
  13. Glossaire étymologique et historique des patois et des parlers de l'Anjou, op. cit., pp. 377-378
  14. René Bazin, Contes et paysages (en province), Mame et Fils, 1923, p. 14