Borne milliaire de Mélas

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Borne milliaire de Mélas
CIL-XVII-2 183 front.jpg
Réplique en pierre de Ruoms, située sur un parking le long de la RN 102, sur la commune d'Aubignas. Réalisée en 1992 par J. Coulon, sous la direction de R. Rebuffat.
Présentation
Destination initiale
Borne milliaire
Destination actuelle
Centre de documentation archéologique d'Alba
Style
IIe siècle
Propriétaire
Commune
Statut patrimonial
Logo monument historique Classé MH (1932)
(CIL XVII, 2, 183)
Localisation
Pays
Région
Département
Commune
Le Teil (anciennement), Alba-la-Romaine (original) et Aubignas (réplique)
Coordonnées
Localisation sur la carte de France
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Red pog.svg

La borne milliaire de Mélas[1], ou des Combes[2], est une borne milliaire du IIe siècle anciennement située au Teil, en France, et comptant une inscription latine. L'original a été transporté à Alba-la-Romaine, où il est, depuis l'ouverture du nouveau musée d'Alba (MuséAl), le 4 octobre 2013, exposé dans la salle d'accueil de ce musée. Le milliaire que l'on voit actuellement sur une aire de stationnement le long de la montée des Combes (N. 102) entre Aubignas et Teil (mais sur le territoire municipal d'Aubignas) est une réplique moderne réalisée par le tailleur de pierre Jean Coulon, du Teil, sous le contrôle de René Rebuffat, professeur à l’École normale supérieure (Paris), directeur de recherches au CNRS, et auteur d'une étude approfondie sur la Voie des Helviens. Le "milliaire neuf" a été taillé à partir d'un bloc de pierre calcaire spécialement extrait des Carrières et Marbreries de Labeaume 07120 (carrières Lestra), les seules encore en activité en Ardèche. Le bloc brut a été acheté par l'Association des Amis de Mélas et du Patrimoine (siège social 07400 Le Teil) qui en a aussi payé les frais de taille, grâce en partie à une subvention de la mairie du Teil. La taille a été faite à la main, en s'inspirant au plus près des techniques romaines. La gravure de l'inscription a nécessité une demi-journée de travail. Le tailleur a utilisé un gravelet et a reproduit l'inscription originale relevée sur le milliaire ancien à partir d'un calque. Cependant, la plaque apposée a posteriori au sol à gauche du milliaire, dont nous ne connaissons pas l'auteur, est erronée sur plusieurs points, dont le principal est l'attribution du milliaire à l'empereur Hadrien (né en 76 - mort en 138 apr. J.-C.), alors que le milliaire a été érigé sous Antonin le Pieux (né en 86 - mort en 161 apr. J.-C.) qui était son successeur et son fils adoptif.

Ce milliaire de la Voie des Helviens est un des rares parmi la cinquantaine que devait compter cette série à être conservé en bon état, accessible, lisible, datable et, bien que déplacé plusieurs fois, suffisamment bien localisé[3] pour indiquer la vallée comprenant la voie d'accès au Rhône depuis Alba. Pour ces raisons, il a, depuis le XIXe siècle, attiré l'attention de plusieurs archéologues, épigraphistes, historiens ou géographes de l'antiquité.

Description[modifier | modifier le code]

La pierre est un calcaire gris légèrement bleuté et froid, très dur et semi-bréchique. Le fût est cylindrique et taillé grossièrement, sauf à l'endroit de la gravure, où il est pointé assez finement, il mesure 132 cm. La base, de forme cubique, faisant 43 cm, est flanquée de quatre chanfreins brochés. La borne mesure au total 175 cm et son diamètre moyen est de 50,6 cm. Cette pierre a un poids approximatif d'une tonne et une densité de 2.7.

Sa surface, à l'origine pointée grossièrement, est usée et parsemée de petites micro-fissures. Les fonds de gravure semblent avoir été accentués à une date indéterminée, ce qui en facilite la lecture mais a dégradé une partie de ce monument.

Localisation[modifier | modifier le code]

La borne était située dans le département de l'Ardèche, sur la commune du Teil, à sa limite avec Aubignas. La réplique est actuellement située sur un terrain faisant partie de la commune d'Aubignas.

Elle fut « découverte dans la vallée de Mélas, au pied du coteau des Combes, près de la route » selon Jacques Rouchier (1861[4]), côté falaise « dans l'axe d'un virage » (1932[5]) « à côté du parapet d'un petit pont » franchisant le torrent se jetant dans la rivière du Frayol (1884-1886[6]). Elle a été déplacée et relevée sur un socle l'année de sa protection, toujours au bord de la route, mais côté rivière[7].

Plusieurs indications[8] suggèrent qu'un second déplacement le long de la nationale, de quelques centaines de mètres plus au sud-est, ait été effectué après 1932. Enfin, en plus du « au pied du coteau » de Jacques Rouchier, la notice de l'Inventaire topographique précise «trouvé dans le ravin, en contrebas», ce qui implique qu'un premier déplacement, pour la remonter au bord de la route, ait eu lieu avant tout.

À propos de sa dénomination, René Rebuffat et Joëlle Napoli notent globalement[9] « De la route et sur la route N 540 du Teil à Alba », mais indiquent le toponyme[10] Les Combes sur le plan de localisation[11]. Effectivement, la route entre Mélas et Aubignas s'appelle communément Montée des Combes, nom des coteaux qu'elle longe. Mais, le hameau Les Combes, au nord du ravin en question, est sur la commune voisine d'Aubignas.

À la suite de l'élargissement de la route nationale 102 (son nouveau numéro) entre 1990 et 1991, et après plusieurs cas de vandalisme[12], c'est une réplique en pierre de Ruoms identique à celle utilisé à l'époque romaine[13] qui se trouve dorénavant sur une aire de pique-nique (44° 34′ 17″ N, 4° 37′ 58″ E), près de deux km au nord-ouest de son emplacement à sa découverte (44° 33′ 41″ N, 4° 38′ 53″ E, selon le plan de situation de l'Inventaire général[14], et 44° 33′ 41,4″ N, 4° 38′ 54,5″ E après 1932[15]).

La borne originale[16] est depuis 1990 conservée sous le balcon du dépôt de fouilles du centre de documentation archéologique d'Alba[17](44° 33′ 20″ N, 4° 35′ 53″ E), librement accessible au public.

Historique[modifier | modifier le code]

Comme pour les autres milliaires de la série, la borne a été fabriquée ou posée autour du 1er janvier[18] et du 25 février 145[19] (l’opération aurait été réalisée « vite » selon Ginette di Vita-Evrard[20], et peut-être décidée dans les mois précédents), sous Antonin le Pieux. Elle correspond au quatrième mille du segment nord de la voie des Helviens (ou voie d'Antonin), cela depuis la cité romaine d'Alba Helviorum vers le Rhône à l'est. La route antique suit, au-delà de la ville moderne du Teil, la rive du fleuve vers le nord en direction de Baix[21].

Selon Henri Thédenat, à la fin du XIXe siècle, une croix rouge était peinte dessus pour christianiser la pierre[22].

Cette pierre a été classée au titre des monuments historiques le 10 août 1932[1].

Inscription[modifier | modifier le code]

La lecture et la traduction de l'inscription ne posent pas de difficulté majeure ou d'ambiguïté notable.

Transcription du texte[modifier | modifier le code]

imp.caes
t.aelio hadr
aug anton
pio. p.p
trib.pot.VII
cos. IIII
m.p.IIII

Restitution[modifier | modifier le code]

Simplifiée

imperatore caesare
tito aelio hadriano
augusto antonino
pio patri patriae
tribunicia potestate vii
consuli iiii
millia passuum iiii

Avec les signes diacritiques

Imp(eratore) Caes(are) /
T(ito) Aelio Hadr(iano) /
Aug(usto) Anton(ino) /
Pio p(atre) p(atriae) /
trib(unicia) pot(estate) VII /
co(n)s(uli) IIII /
m(illia) p(assuum) IIII

Traduction[modifier | modifier le code]

À l'empereur César
Titus Aelius Hadrien
Auguste Antonin
pieux, père de la Patrie
dans sa 7e puissance tribunicienne
consul pour la 4e fois
4 mille pas

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Borne milliaire de Mélas », notice no PA00116823, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  2. Cf. Pierre Arnaud cité par leteilmemoireenimages.net.
  3. Rebuffat et Napoli 1992, p. 79, figure 15.
  4. J. Rouchier, p. 73.
  5. Voir Nussbaum 1981, p. 2 (extrait du rapport de la commission par l'architecte en chef des Monuments historiques Henri Nodet fils du 15 octobre 1932) et p. 4 (plan de situation en 1976).
  6. Thédenat 1884-1886, p. 24-25.
  7. Cf. Nussbaum 1981, p. 2.
  8. Rebuffat et Napoli (1992, p. 78, note 25) concluent leur localisation originale par « soit un peu au nord de son emplacement actuel » d'avant 1991. De plus, l'IGN propose une localisation sur la route, au bord du ravin suivant, plus au sud-est. Voir les coordonnées géographiques ci-dessous.
  9. 1992, p. 54.
  10. Ou l'Oronyme.
  11. p. 79, figure 15.
  12. Voir Nussbaum 1981, p. 6 (article de Jacky Vialle dans Le Dauphiné libéré, du 12 janvier 1992).
  13. Réalisée par le tailleur de pierre Jean Coulon, d'après ardecol.ac-grenoble.fr. Voir Rebuffat et J Coulon 1995.
  14. Côté ravin. Voir Nussbaum 1981, p. 4 (plan de situation en 1976 d'après le plan cadastral).
    De plus, les cartes topographiques locales de l'IGN la signalent (Bne Mil., pour Borne milliaire) au bord du ravin suivant, plus au sud 44° 33′ 32″ N, 4° 39′ 07″ E. Si cette indication s'avérait juste, elle confirmerait que la pierre aurait subi un déplacement supplémentaire après 1932.
  15. Côté rivière. Ibid.
  16. Voir des photos sur le site culture.gouv.fr, ku-eichstaett.de (où une erreur d'identification, avec la borne CIL XVII-02, 183a, complique l'accès à l'image), sur archeolyon.araire.org et sur leteilmemoireenimages.net
  17. À l'adresse rue de Chabrol, à Alba.
  18. Début du quatrième consulat. Cf. Rebuffat et Napoli 1992, p. 65.
  19. Le début de sa huitième puissance tribunicienne.
  20. Cf. Rebuffat et Napoli 1992, p. 65, note 17 et aussi p. 60, note 10. Mais la question chronologique a beaucoup été discutée. Voir, par exemple, Allmer 1893, p. 1092.
  21. Voir la carte de La voie romaine des Helviens de la Société de sauvegarde des monuments anciens de l'Ardèche, avec une bibliographie à jour.
  22. Voir Nussbaum 1981, p. 2.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • René Rebuffat, Le bornage des voies dans l’Empire Romain. L’exemple de la cité d’Alba [Conférence aux Journées archéologiques de Privas, 29 avril 2007], dans Mémoire d'Ardèche, temps présent, 97, 2008, p. 3-16 (ISSN 0765-9563).
    Voir aussi son recueil d'articles Recherches en Ardèche [1992-2002], 2002 ; complément de Visite à la voie romaine des Helviens, Le Teil, 1994.
  • René Rebuffat, Jean Coulon, Un milliaire romain neuf, dans Ardèche Archéologie, 12, 1995, p. 285-305.
  • René Rebuffat, Joëlle Napoli, Les milliaires ardéchois d'Antonin le Pieux, dans Gallia, 49, 1992, p. 51-79 (en ligne) [= AE 1992, +1213].
    Milliaire inventorié par R. Lauxerois en 1983 avec le numéro 30, soit L 30, et par Rebuffat et Napoli comme de la famille nord IV, ou N IIII. Il correspond à CIL XIII, 5570 ; Histoire générale de Languedoc 15, 1908 ; König 145 et CIL XVII-2, 183.

Roger Lauxerois, Le Bas Vivarais à l'époque romaine. Recherches sur la cité d'Alba, Paris, 1983, milliaire no 30.

  • Ingemar König (de), Die Meilensteine der Gallia Narbonensis : Studien zum Strassenwesen der Provincia Narbonensis, Bern, 1970, milliaire no 145 (Itinera romana : Beiträge zur Strabengeschichte des Römischen Reiches, 3) (ISSN 0075-2002) [= IR-03, 145].
  • Pierre Arnaud, Voies romaines en Helvie, Le Teil d'Ardèche, 1966.
  • Pierre Arnaud, Valvignères en Helvie, Privas, 1963, p. 74 ; réimpr. avec une préf. de M. O. de Beaulieu, 1989.
  • Jacques Rouchier, Histoire religieuse, civile et politique du Vivarais, t. 1 [unique], Paris, 1861 (1re éd.), p. 73-74 (en ligne).
Carte archéologique
Recueils d'inscriptions
Manuscrits et dossiers d'archives

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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