Boris Zaïtsev (écrivain)

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Boris Zaïtsev
Description de l'image Zajcev, Boris Konstantinovich.jpg.
Nom de naissance Boris Konstantinovitch Zaïtsev
(en russe : Зайцев, Борис Константинович)
Naissance (29 janvier)
Orel, Drapeau de la Russie Russie
Décès (à 90 ans)
Paris, Drapeau de la France France
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture russe
Genres

Boris Zaïtsev (en russe : Зайцев, Борис Константинович), né à Orel le et mort à Paris le , est un écrivain, romancier, nouvelliste, dramaturge, traducteur russe. Il quitte définitivement la Russie en 1922 et s'installe en France à partir de 1923. L'œuvre de Zaïtsev continue la tradition d'Ivan Tourgueniev et Anton Tchekhov par sa perception religieuse du monde, par son désintérêt pour la course à la prospérité matérielle et à la vie bien rangée. Il est aussi souvent comparé à un autre auteur russe exilé en France, Ivan Bounine, pour son sens aigu de la beauté. Mais sa mélancolie et sa tendresse délicate l'éloignent du pessimisme de Bounine[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et adolescence[modifier | modifier le code]

Son père est directeur de l'usine à papier "Goujon", et fait partie de l'aristocratie du gouvernement de Simbirsk. Il passe son enfance dans le village d'Ousty, district de Jizdrinski, gouvernement de Kalouga (actuel raïon de Douminitchcki de l'oblast de Kalouga).

Ce sont ses gouvernantes qui assurent sa première éducation. Il étudie ensuite au gymnase classique de Kalouga (18921894), où il ne termine pas ses études mais présente et réussit ses examens de langues anciennes au 6e gymnase de Moscou en 1902. Il poursuit ensuite des études d'enseignement pratique à Kalouga, entre 1894 et 1897, puis, en 1898, accomplit une dernière année complémentaire. Il étudie ensuite à la section de chimie de l'Université technique d'État de Moscou-Bauman (18981899 ; il en est expulsé pour avoir participé aux manifestations d'étudiants). Il fréquente alors l'École des mines de Saint-Pétersbourg à Saint-Pétersbourg (18991901 ; sans terminer), puis la faculté de droit de l'Université d'État de Moscou (19021906 ; sans terminer).

Débuts littéraires[modifier | modifier le code]

Il commence à écrire à 17 ans. À l'automne 1900, il fait la connaissance d'Anton Tchékov, à Yalta. Au printemps suivant, il lui envoie le manuscrit du récit « Une Histoire inintéressante » ainsi qu'à Vladimir Korolenko. Il rencontre également Leonid Andreïev, qui l'aide à faire son entrée dans le monde littéraire en l'introduisant au cercle littéraire « Mercredi » (Sreda), dirigé par Nikolaï Telechov. Il débute avec le récit « En chemin », paru dans le « Courrier ». En 1902 ou 1903, il rencontre Ivan Bounine, avec lequel il conserve, durant de longues années, des relations d'amitié.

Il vit à Moscou mais se rend souvent à Saint-Pétersbourg. Il est membre du cercle artistique et littéraire (1902), participe à la publication de la revue « Zori » (Crépuscules), durant quelques mois, en 1906. L'année suivante, il devient membre effectif de la Société des amis de la littérature russe et de la Société de publication littéraires périodiques.

En 1904, il voyage en Italie. Par la suite, de 1907 à 1911, il fait de l'Italie sa seconde patrie. Cela lui inspire, par la suite, un livre (Italia, 1923) et lui donne une toile de fond pour beaucoup de ses contes, dont Raphaël (1924)[1].

Périodes de guerre et de révolution[modifier | modifier le code]

À l'époque de la Première Guerre mondiale, il vit avec son épouse et sa fille, Nathalia, dans le village de Pritykine. Après être entré à l'école militaire Alexandre, il en sort en avec un grade d'officier. Dans une des brochures « Discussion sur la guerre » (Moscou, 1917), il décrit l'agressivité allemande et développe l'idée d'une guerre jusqu'à la victoire finale. En , il contracte une pneumonie et retourne à Pritykine pour s'y reposer jusqu'en 1921, tout en passant régulièrement à Moscou. En 1922, il est élu président de la section moscovite de l'Union russe des écrivains.

Après avoir compris la tragédie qui résulte de la révolution et de la guerre civile qui s'en suit, après la mort de son neveu et de son beau-fils, après avoir été arrêté pour participation active au « Pomgol » (organisation d'aide aux affamés), après avoir failli mourir du typhus, Zaitsev et son épouse décident de quitter à jamais la Russie.

Il suit, ainsi, le même chemin d'exil que Bounine, Ivan Chmeliov et bien d'autres.

Exil[modifier | modifier le code]

En , Zaïtsev déménage à Berlin avec sa famille. Il travaille activement aux revues « Sovreménnye zapiski » et « Zveno ». Un an plus tard, il déménage en Italie puis, en , à Paris, où il vit presque 50 ans. En , il devient rédacteur de la revue de Riga « Peresvone » (Carillon) et, en 1927, il publie ses œuvres dans la revue parisienne « Renouveau ».

Au printemps 1927, à la suite d'un voyage au mont Athos il écrit un récit de voyage du même nom : « Athos ».

De 1925 à 1929, les premières parties des écrits intitulés « Le Voyageur » sont publiées dans les revues « Renouveau » et « Jours ». Ces récits décrivent la vie en France.

En même temps, Zaïtsev rassemble les éléments qui lui permettent d'écrire et de publier, plus tard, les biographies de Tourgueniev, Tchékov et Vassili Joukovski qui étaient les écrivains dont il se sent le plus proche, spirituellement[2].

Il voyage beaucoup en France, dans les villes de Grasse, Nice ou Avignon, dont on trouve des évocations dans ses écrits ultérieurs.

Lors les premières années de la Seconde Guerre mondiale, Zaïtsev se consacre à des publications dans des revues et des journaux. Puis, quand la France est occupée par l'Allemagne, en 1940, ses publications dans des éditions russes ne suivent plus. Durant ces années, l'écrivain se refuse à faire connaître ses opinions sur la situation politique. Il continue à travailler et publiera, en 1945, le récit « le Roi David ».

En 1947, Zaïtsev travaille au journal parisien « La Pensée russe » et, la même année, devient président de l'Union des écrivains russes de France, jusqu'à la fin de sa vie.

Dans les années 1950, il est membre de la Commission de traduction en russe du nouveau testament, à Paris.

L'année 1957 est une année pénible pour l'écrivain : son épouse est victime d'un accident vasculaire cérébral ; il est à son chevet tous les jours et continue, en même temps, à écrire un journal intime.

En 1959, il commence à coopérer à l'anthologie « Mosty », à Munich, et commence à correspondre avec Boris Pasternak. Zaitsev est un écrivain prolifique. Durant sa période d'émigration il publie plus de 30 livres et 800 articles dans des revues périodiques.

À son décès, en 1972, il est enterré au Cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois .

Activités littéraires[modifier | modifier le code]

Ses débuts édités datent de 1901. En 19041907, il publie dans les revues « Pravda », « Nouveau chemin », « Questions de vie », «Toison d'or», « Passage », la collection « Connaissances ».

Ses récits sur l'Italie sont publiés dans la revue « Passage » (1907) et dans la revue « Semaine littéraire » (1907).

Il traduit Gustave Flaubert: « La Tentation de Saint-Antoine » (collection « Connaissance», livre 16, 1907) et « Un cœur simple » (dans « L'églantier », livre 12, 1910).

De 1913 à 1918, il se lance dans la traduction en prose rythmique de l'« Enfer », de la « Divine Comédie » de Dante (publiée à Paris en 1961).

La première collection « Récits. Livre 1er » est éditée à Saint-Pétersbourg, en 1906, chez l'éditeur « L'Églantier » (1906, la 2e, en1908 et la 3e, en 1909). L'influence de Tchékov est particulièrement évidente dans le livre 2 de ces Récits, mais il subit aussi l'influence de Fiodor Sologoub qui se remarque dans le récit pré-révolutionnaire « Agrippine » (« L'Églantier », livre 4, 1908).

Il écrit aussi plusieurs pièces de théâtre, à ses débuts, parmi lesquelles la plus importante est : « La Propriété des Laniny » (1914)[3].

La structure dramatique et romanesque de son théâtre et de ses romans est souvent réduite au minimum. L'élément "souvenir" prévaut durant sa période d'émigration. Dans « Le Voyage de Gleb » apparaît un processus analogue à celui qui est utilisé par Bounine dans « La Vie d'Arseniev »[4] ; c'est une autobiographie dissimulée depuis son enfance à Kalouga jusqu'à sa vie en France. C'est aussi une série de petits tableaux de personnages épisodiques[2].

Dans la même veine, peut être cité : « Une maison à Passy » (1935), un tableau de Paris des années 1920 avec ses immigrants russes qui s'entraident dans leur exil[5].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Zaïtsev est, avec Bounine, un représentant de ce que la critique marxiste appelait « la psychologie et l'idéologie de la noblesse du XXe siècle continuatrice de celle du XIXe siècle »[6].

C'est un artiste à la culture profonde et au tempérament contemplatif. Il a appris, comme Bounine, de Tourgueniev et de Tchékov, faisant même de Tourgueniev une biographie très réussie. Il commence par des contes naturalistes, puis est influencé par des tendances impressionnistes et romantisantes. Il possède, comme Bounine, un sens aigu de la beauté et ses petits contes sont de parfaites œuvres d'art. Par contre il est éloigné du sombre pessimisme de Bounine. Il se distingue plutôt par sa mélancolie et sa tendresse.

Son amour marqué de l'exotisme le fait voyager en Italie, en Palestine et en Grèce, pays qu'il évoque dans son livre intitulé « Le Mont Athos ».

L'origine de son réalisme remonte à son amitié avec Bounine et à son admiration pour Tchékov[1]. Il est un écrivain "à la manière de" Tchékov et, en ce sens, est impressionniste et réaliste tout à la fois. Il se distingue, toutefois, de Tchékov et des autres réalistes contemporains par son optimisme. La littérature russe de l'époque doit encore à Zaïtsev l'introduction dans le récit d'un procédé consistant à décrire des pérégrinations à travers des lieux qui avaient marqué son âme d'une empreinte profonde. Ses récits sur le mont Athos et sur l'Italie sont surtout des livres d'états d'âme plutôt que de souvenirs. Cela l'éloigne du réalisme traditionnel[3].

Bien que fidèle au réalisme de l'art narratif, Zaïtsev donne aussi des œuvres au caractère mystique, comme « La Vie du bienheureux Serge de Radonège ».

Un autre écrivain russe quitte la Russie après la révolution d'octobre, comme Zaïtsev : c'est Ivan Chmeliov, dont l'œuvre peut être rapprochée de celle de Zaïtsev. Il connaît, lui aussi, sa plus grande activité littéraire à l'étranger, en France. Sa nostalgie et son mysticisme se sont toutefois revêtu d'un réalisme cru, que l'on ne trouve pas chez Zaïtsev[2].

Livres[modifier | modifier le code]

  • 1915 - « Le Pays lointain »
  • 1921 - « Les Voyageurs », Paris, « Terre russe (Русская земля) »
  • 1923 - « Rue Saint-Nicolas », Berlin, « Слово »
  • 1925 - « Le Bienheureux Serge de Radonège », Paris
  • 1926 - « La Broderie d'or », Prague
  • 1928 - « Athos. Récit de voyage », Paris
  • 1929 - « Anna », Paris
  • 1932 - « La Vie de Tourgueniev » (biographie), Paris
  • 1935 - « Une Maison à Passy », Berlin
  • « Le Voyage de Gleb », tétralogie :
    • 1937 - 1. « L'Aube », Berlin
    • 1948 - 2. « Le Silence », Paris
    • 1950 - 3. « La Jeunesse », Paris
    • 1953 - 4. « L'Arbre de vie », New York
  • « Moscou », Paris, 1939, Munich, 1960, 1973
  • 1951 - « Joukovski » (biographie), Paris
  • 1954 - « Tchékov » (biographie), New York
  • 1965 - « Lointain » (articles), Washington
  • 1968 - « Fleuve du temps », New York
  • 1973 - « Crépuscules sereins », Munich
  • 1988 - « Mes contemporains » (essai), Londres

Éditions[modifier | modifier le code]

  • Собрание сочинений. Т. 1—7. Берлин, изд. Гржебина, 1922—1923 (Recueil d'ouvrages)
  • Голубая звезда. Повести и рассказы. Из воспоминаний. Сост., предисл. и коммент. Александра Романенко. Москва: Московский рабочий, 1989 (Литературная летопись Москвы). (ISBN 5-239-00302-5).
  • Сочинения в трех томах. М., «Терра», 1993 (Étoile bleue. Récits de souvenirs)
  • Дни, Paris : Moscou, YMCA-Press : Русский путь,‎ , 480 p. (ISBN 2-85065-234-2 et 5-85887-009-0, OCLC 35170779)
  • Дневник писателя, Moscou, Дом русского зарубежья им. А. Солженицына : Русский путь,‎ , 208 p. (ISBN 978-5-98854-015-1 et 978-5-85887-334-1).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ettore Lo Gatto (trad. A.-M. Cambrini), Histoire de la littérature russe des origines à nos jours, Bruges, Éditions Desclée de Brouwer, , p. 570. 
  • Ivan Bounine (trad. Claire Hauchard), La Vie d'Arseniev, Édition Bartillat, (ISBN 978-2-253-08398-6). 
  • Boris Zaitsev (trad. Xénia Yagello), Une maison à Passy, Genève, Les Syrtes, (ISBN 978-2-940-52311-5). 
  • (ru)Михайлов О. Н. Литература русского зарубежья от Мережковского до Бродского. М., 2001. С. 131—154 (O Mikhaïlov : littérature de l'émigration russe jusqu'à Brodsky)
  • (ru)Русские писатели. 1800—1917. Биографический словарь. Т. 2: Г — К. Москва: Большая российская энциклопедия, 1992. С. 309—313.( Dictionnaire biographique des écrivains russes)
  • (ru) «Напишите мне в альбом...»: Беседы с Н. Б. Соллогуб в Бюсси-ан-От, Moscou, Русский путь,‎ , 280 p.. (Девичий альбом дочери Зайцева с автографами известных представителей русской эмиграции во Франции. Перелистывая его страницы спустя три четверти века, Н. Б. Соллогуб вспоминает о своих родителях, о людях, оставивших в нем записи в 1920-х годах, о жизни в эмиграция|эмиграции.)( Album de la fille de Zaïtsev avec des autographes d'émigrés russes en France, des souvenirs de personnes de l'émigration).

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Lo Gatto 1965, p. 570
  2. a, b et c Lo Gatto 1965, p. 572
  3. a et b Lo Gatto 1965, p. 571
  4. Ivan Bounine (trad. Claire Hauchard), La Vie d'Arseniev, Édition Bartillat, (ISBN 978-2-253-08398-6)
  5. Boris Zaitsev (trad. Xénia Yagello), Une maison à Passy, Genève, Les Syrtes, (ISBN 978-2-940-52311-5)
  6. Lo Gatto 1965, p. 569

Liens externes[modifier | modifier le code]