Blanchité

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La blanchité ou blanchitude, ou encore blancheur[1], est un concept des sciences humaines contemporaines. Il est surtout utilisé par la critical race theory, les études postcoloniales, les études de genre, les cultural studies et la sociologie, ainsi que par l'anthropologie dans une moindre mesure, et pose la question de la construction socioculturelle de ce qui n'était jusqu'ici pensé que comme une donnée naturelle évidente seulement déterminée par la biologie.

Historique[modifier | modifier le code]

L'usage académique contemporain du concept de blanchité ou blanchitude renvoie aux whiteness studies (en) anglo-saxonnes[2]. Le terme « blanchité » est d'ailleurs la traduction de whiteness par la chercheuse en études féministes et afro-américaines Judith Ezekiel (es) en 2002[3],[2]. Il est à noter qu'Ezekiel préfère ce dernier à « blanchitude », puisque celui-ci consisterait en « une affirmation de ce qui serait positif dans une culture « blanche », ce qui est parfaitement contradictoire avec le concept [de whiteness] »[2]. En effet, selon Ezekiel, blanchitude renverrait à négritude, du mouvement littéraire et artistique qui cherchait à valoriser les aspects positifs de la culture ou de l'identité noire, modèle sur lequel s'est ensuite basée la philosophe spécialiste du féminisme Marie-Josèphe Dhavernas[4] pour créer le mot de « féminitude » en 1978, pour « désigner ce féminisme qui valorisait une soi-disant « nature » féminine (qu'on a plus tard appelé différentialisme ou essentialisme) »[2].

Une des auteures pionnières des whiteness studies est l'écrivaine américaine Toni Morrison, qui dans Playing In The Dark: Whiteness and the Literary Imagination (1990) réalise une méta-analyse critique de l’expression de la « blanchité » et du « blackness » dans la littérature canonique américaine dont les auteurs sont « Blancs ». Elle y présente la blanchité (« whiteness ») comme une construction sociale occidentale.

En 1993, la sociologue féministe Ruth Frankenberg (en) publie son livre White Women, Race Matters: The Social Construction of Whiteness (1993), qui analyse le discours de femmes « blanches » qu’elle a interviewée de 1984 à 1986. Elle conclut notamment que la race est un élément modeleur de la vie des femmes blanches tout comme de celle des femmes noires.

Dans son ouvrage Dans le blanc des yeux. Diversité, racisme et médias (2013), le spécialiste des cultural studies Maxime Cervulle[5] utilise le terme de « blanchité » dans sa présentation de la généalogie des whiteness studies. Il y rend notamment compte des débats, dont l'opposition en son sein entre les approches inspirées du marxisme (Noel Ignatiev (en), David Roediger (en)) et celles inspirées des théories féministes (Ruth Frankenberg (en) , Peggy McIntosh (en)).

Définitions de la blanchité[modifier | modifier le code]

Dans son livre dédié au concept[6], le sociologue Steve Garner[7] définit la blanchité comme l’hégémonie sociale, culturelle et politique blanche à laquelle sont confrontées les minorités ethnoraciales, aussi bien qu’un mode de problématisation des rapports sociaux de race[8].

Dans la culture[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Frantz Fanon, dans Pierre Bouvier, Fanon, éd. Universitaires, Paris, 1971, p. 7
  2. a b c et d Horia Kebabza, « « L’universel lave-t-il plus blanc ? » : « Race », racisme et système de privilèges », Les cahiers du CEDREF. Centre d’enseignement, d’études et de recherches pour les études féministes, no 14,‎ , p. 145–172 (ISSN 1146-6472, lire en ligne, consulté le 16 novembre 2019).
  3. Ezekiel, Judith. "‘’La Blanchité’’ du mouvement des femmes américain." Conférence internationale «Ruptures, résistances et utopies». Université de Toulouse le Mirail. vol. 20, 2002.
  4. Bibliothèque Nationale de France, « Marie-Josèphe Dhavernas », sur data.bnf.fr (consulté le 19 juin 2020)
  5. « CEMTI (Univ. Paris 8) - Centre d'études sur les médias, les technologies et l’internationalisation », sur cemti.univ-paris8.fr (consulté le 19 juin 2020)
  6. (en) Steve Garner, Whiteness: an introduction, Routledge, (ISBN 9780203945599, présentation en ligne)
  7. (en) « Dr Steve Garner », sur Cardiff University (consulté le 19 juin 2020)
  8. Maxime Cervulle, « La conscience dominante. Rapports sociaux de race et subjectivation », Cahiers du Genre (n° 53), pp. 37-54,‎ , p. 40 (lire en ligne)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]