Blanche-Nef

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Le naufrage de la Blanche-Nef.

La Blanche-Nef est un navire normand qui fit naufrage à Barfleur au large du Cotentin, le avec pas moins de 140 hauts barons et dix-huit femmes de haute naissance, filles, sœurs, nièces ou épouses de rois et de comtes à son bord, parmi lesquels l’héritier du trône d’Angleterre, le prince Guillaume Adelin, fils du roi Henri Ier Beauclerc.

Histoire[modifier | modifier le code]

Comme le roi Henri s’embarquait à Barfleur, un homme de Normandie, Thomas, fils d’Étienne, vint le trouver et, lui offrant un marc d’or, lui dit : « Mon père a servi le vôtre sur mer toute sa vie ; c’est lui qui l’a porté sur son vaisseau en Angleterre, quand votre père y est allé pour combattre Harold. Seigneur roi. Accordez-moi en fief le même office ; j’ai pour votre royal service un vaisseau bien équipé que l’on appelle la Blanche-Nef ».

Le roi répondit : « J’ai choisi le navire sur lequel je passerai, mais je vous confie volontiers mes fils Guillaume et Richard, et tout leur cortège ». Par l’ordre du roi, s’embarquèrent sur la Blanche-Nef près de trois cents personnes. Orderic Vital mentionne que Rabel II de Tancarville, débarque de la Blanche-Nef juste avant son départ, car il réalise qu'il y a trop de gens à bord. Il échappe ainsi au désastreux naufrage[1].

Toute la brillante jeunesse se préparait joyeusement au voyage. Ils firent donner du vin aux cinquante rameurs et chassèrent avec dérision les prêtres qui voulurent bénir le vaisseau. La nuit étant venue, les jeunes princes pressèrent le patron Thomas de faire force de rames pour atteindre le vaisseau du roi qui était déjà bien loin. Animé par le vin, l’équipage obéit avec ardeur et, afin de couper au plus court, le patron prit par le ras de Barfleur (aujourd’hui signalé par le phare de Gatteville), bordé d’écueils à fleur d’eau.

La Blanche-Nef étant venue frapper violemment contre l’un de ces écueils, elle s’entrouvrit immédiatement et on entendit un cri immense poussé par tout l’équipage. L’eau monta encore et tout rentra dans le silence. Seuls deux hommes réussirent à se retenir à la grande vergue, le boucher du bord, un Rouennais du nom de Bérold et le jeune Godefroi, fils de Gilbert de l’Aigle. Ils aperçurent un homme relevant la tête au-dessus de l’eau : c’était le pilote Thomas, qui, après avoir plongé dans les flots, remontait à la surface. « Qu’est devenu le fils du roi ? » leur demanda-t-il. « Il n’a point reparu, ni lui, ni son frère, ni aucun des leurs », répondirent les deux naufragés. « Malheur à moi ! » s’écria Thomas, et il replongea dans la mer.

Le jeune Godefroi de l’Aigle ne put supporter le froid de cette nuit glacée de novembre et lâcha la vergue et se laissa couler à fond. Recueilli le lendemain par des pêcheurs, son compagnon resta seul pour raconter le désastre.

On dit que ce fut un enfant qui annonça la sinistre nouvelle au roi Henri qui, aux premiers mots qu’il entendit, tomba à terre comme foudroyé. Depuis ce jour, jamais plus on ne le vit sourire.

Le naufrage de la Blanche-Nef, en laissant Henri sans héritier mâle, eut pour conséquence de redistribuer de façon significative l’échiquier politique anglo-normand du début du XIIe siècle. Une sœur aînée de Guillaume, Mathilde l'Emperesse, fut désignée par son père comme héritière du royaume et épousa Geoffroy Plantagenêt, comte d'Anjou, mais à la mort d’Henri (1135), les barons qui avaient juré de soutenir son accession au trône y renoncent, permettant au cousin de Guillaume et de Mathilde, Étienne de Blois, qui n’avait pas été accepté comme passager ou débarqué au dernier moment de la Blanche-Nef, d’usurper la couronne. Ce règne provoquera une guerre civile de 1135 à 1154, à laquelle seule la mort d’Étienne de Blois mettra fin.

Ce désastre maritime fut également préjudiciable au roi de France qui, jusqu’alors, avait toujours contrebalancé le poids politique de la Normandie en s’appuyant sur l’Anjou contre elle. En unissant la Normandie, l’Angleterre et l’Anjou, le mariage de Mathilde mit fin à cette politique et porta la domination anglo-normande jusqu’à la Loire. Ensuite, le mariage du propre fils de Mathilde, Henri II d'Angleterre avec Aliénor d'Aquitaine portera cette domination jusqu’aux Pyrénées.

Victimes[modifier | modifier le code]

Parmi les 300 passagers et membres d'équipage estimé par Orderic Vital, les victimes les plus notables sont :

Littérature[modifier | modifier le code]

Cet événement est le point de départ du roman de Ken Follett, Les Piliers de la terre, et la clé du mystère.

Un roman graphique de Franck K. Lehodey, Blanche-nef, a été publié en 2011 dans les trois langues du pouvoir médiéval normand, français, anglais et normand (traduction normande par Geraint Jennings).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Orderic Vitalis, Marjorie Chibnall, The Ecclesiastical History of Orderic Vital, livre XII, p. 297.
  2. a, b, c, d, e et f C. Warren Hollister, Henry I, édité et complété par Amanda Clark Frost, Yale University Press, 2001, p. 276-279.
  3. Medieval Lands : ENGLAND, Kings 1066-1603.
  4. A. F. Wareham, « Bigod, Roger (I) (d. 1107) », dans Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004.
  5. Toute la généalogie de la famille de L'Aigle (Sources de Guillaume de Jumièges et Orderic Vital).
  6. EPAVES DU PONANT : Base de données.
  7. Orderic Vitalis (Prévost), Vol. IV, Liber XII, XXVI, p. 419.
  8. Medieval Lands English Nobility 3 L-O : Mauduit Robert.

Sources[modifier | modifier le code]