Black Arts Movement

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Black Arts Movement
Logo de l'organisation
Situation
Création Années 1960
Domaine Culture afro-américaine
Organisation
Membres Amiri Baraka, Houston A. Baker. Jr., Addison Gayle. Jr., Nikki Giovanni, Gwendolyn Brooks, Steve Cannon, Carolyn M. Rodgers,
Organisations affiliées Black Power
Dépend de Renaissance de Harlem

Le Black Arts Movement ou BAM est un mouvement culturel afro-américain fondé par Amiri Baraka dans les années 1960 qui a eu une influence majeure sur l’esthétique des artistes afro-américains dans les années 1960 pour peu à peu décliner à la fin des années 1970.

Historique[modifier | modifier le code]

Amiri Baraka fondateur du BAM
Nikki Giovanni figure du BAM

Ce mouvement culturel[1] est dans le contexte des luttes pour l'égalité des droits civiques menées par la National Association for the Advancement of Colored People, les tensions raciales des États-Unis, le Black Power et le Black is beautiful, visant à promouvoir une esthétique propre aux afro-américains[2], [3] / la Black Aestetic[4]. Houston A. Baker Jr, Carolyn Rodgers, ou encore Addison Gayle Jr[5] figurent parmi les théoriciens de cette nouvelle esthétique[6].

Influences culturelles[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Le Black Arts Movement est considéré comme une prolongation du mouvement Renaissance de Harlem[7], [8] qui après avoir connu une influence majeure sur la littérature afro-américaine dans l'entre deux guerres, s'était peu à peu éteint après la fin de la seconde guerre mondiale. Le Black Arts Movement se distingue de la Renaissance de Harlem en refusant tout intégrationnisme, il ne suffit plus de montrer que les afro-américains peuvent écrire aussi bien que les noirs, mais de montrer qu'il existe des canons de l'esthétique afro-américaine propre qui valoriseront une identité afro-américaine en dehors du regard occidental "blanc", avec un mot d'ordre n'oublies pas tes racines africaines[9]. Cette revendication identitaire, communautaire fut renforcé par les assassinats de Martin Luther King et de Malcom X, assassinats qui assombrissent les perspectives de l'égalité des droits civiques.

La "Black Aestetic" se manifeste par son utilisation de l’argot de la rue, le rythme de l'oralité du blues, et du gospel, et une confrontation aux canons esthétiques occidentaux, destruction des stéréotypes racistes, contestation permettant de reconceptualiser la négritude / blackness[10].

Parmi les poètes, romanciers, dramaturges se réclamant du Black Arts Movement, nous pouvons citer :Sonia Sanchez, Carolyn M. Rodgers, Toni Morrison, Ishmael Reed, Ntozake Shange, Alice Walker,Alex Haley, Anne Moody, George Jackson, Margaret Walker, James Alan McPherson, Ernest J. Gaines, Nikki Giovanni, Adrienne Kennedy, Henry Dumas, Jayne Cortez, Etheridge Knight (en), Haki R. Madhubuti (en), June Jordan (en), etc.

Musique[modifier | modifier le code]

Des musiciens de jazz comme John Coltrane, Thelonious Monk, Charles Mingus, Eric Dolphy[11],Pharoah Sanders, Archie Shepp[12] et d'autres, issus du hard bop, se rattachent au Black Arts Movement[13], adoption de gammes pentatoniques, longues mélopées incantatoires, utilisation du piano comme instrument de percussion, polyrythmie[14].

Arts plastiques[modifier | modifier le code]

Des sculpteurs, peintres, photographes viendront se joindre à l'expressionnisme du Black Arts Movement comme Betye Saar, Jeff Donaldson (artist) (en), Jae Jarrell (en), Alvin Hollingsworth (en), Vincent Smith, David Hammons, Nelson Stevens[15], David C. Driskell (en), Gerald Williams (artist) (en), Wadsworth Jarrell (en)[16].

Critique[modifier | modifier le code]

Le Black Arts Movement a été critiqué pour son attitude misogyne, antisémite, homophobe et raciste, énoncé par certains écrivains qui produisirent souvent des œuvres d'art axées sur l'exacerbation de la masculinité noire. Cependant, les productions des femmes[17] étaient souvent alimentées par des idéaux de féminisme et, dans certains cas, d’orgueil homosexuel. Ces femmes[18] ont souvent exposé par leurs écrits leurs expériences du sexisme, de la misogynie des hommes afro-américains, de la maternité et de l'homosexualité[19], [20], [21], [22].

Le déclin et le legs[modifier | modifier le code]

Avec le Voting Rights Act de 1965 et les décrets d'application de l'égalité des droits civiques qui se font sentir dans le début des années 1970, le Black Arts Movement commence son déclin tout comme le Black Power avait commencé le sien. Une autre raison du déclin est le radicalisme politique de certains leaders qui sont passés du nationalisme au marxisme en 1974. De nombreux artistes du Black Arts Movement ont exprimé leur désapprobation de cette posture. Refus du radicalisme d'autant justifiée car la culture dominante des États-Unis reconnaissait la contribution des artistes du Black Arts Movement[23]. Les artistes afro-américains (acteurs, chanteurs, musiciens, écrivains, peintres, sculpteurs, etc.) sortent des ghettos noirs pour être des acteurs à part entière de la culture et du divertissement américains au même titre que les White Anglo-Saxon Protestants (WASP)[1],[20].

Si l'élite des artistes afro-américains s'est éloignée du Black Arts Movement, ce dernier perdure dans la culture populaire urbaine sous deux formes : dans l'engagement politique et par l'utilisation de l'oralité et de l'expression gestuelle par le rap, le slam, le hip-hop[24], [25], [26], [27], [28], [29], [30], [31].

Bibliographie (sélection)[modifier | modifier le code]

  • Visions of a Liberated Future: Black Arts Movement Writings, par Lawrence Neal, éd. Thunder's Mouth Press, 1989,
  • Magic of JuJu: An Appreciation of the Black Arts Movement, par Kalamu ya Salaam, éd. Third World, 1999,
  • "After Mecca": Women Poets and the Black Arts Movement, par Cheryl Clark, Rutgers University Press, 2004,
  • Avant-Garde Performance and the Limits of Criticism: Approaching the Living Theatre, Happenings/Fluxus, and the Black Arts Movement, par Mike Sell, University of Michigan Press, 2005,
  • Black Arts Movement (John Hope Franklin Series in African American History and Culture), par James Edward Smethurst, éd. University of North Carolina Press, 2005,
  • New Thoughts on the Black Arts Movement, par Lisa Gail Collins, Rutgers University Press, 2006,
  • The Black Arts Movement, par David Robson, Lucent Books, 2008,
  • Vettorato, C., « Blackness poétique et « altérité intime » : les enjeux de l'oralité dans les poésies africaines américaines », Revue de littérature comparée, vol. 332,‎ , p. 437-457. (lire en ligne)
  • SOS-Calling All Black People : A Black Arts Movement Reader, par John H. Bracey Jr., Sonia Sanchez, James Smethurst, University of Massachusetts Press, 2014,
  • Black Post-Blackness: The Black Arts Movement and Twenty-First-Century Aesthetics, par Margo Natalie Crawford, University of Illinois Press, 2017,
  • In Search of Our Warrior Mothers: Women Dramatists of the Black Arts Movement, par La Donna Forsgren, Université Northwestern, 2018,
  • The Black Arts Movement and the Black Panther Party in American Visual Culture, par Jo-ann Morgan, Routledge, 2019,
  • Building the Black Arts Movement: Hoyt Fuller and the Cultural Politics of the 1960s, par Jonathan Fenderson, University of Illinois Press, 2019,
  • Encyclopedia of the Black Arts Movement, par Verner D Mitchell et Cynthia Davis, Rowman & Littlefield Publishers, 2019,

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) William R. Nash, « Black Arts Movement », Oxford Research Encyclopedia of Literature,‎ (DOI 10.1093/acrefore/9780190201098.013.630, lire en ligne, consulté le 3 juin 2019)
  2. (en) « Black Arts movement », sur Encyclopedia Britannica (consulté le 3 juin 2019)
  3. (en-US) Academy of American Poets, « A Brief Guide to the Black Arts Movement | Academy of American Poets », sur poets.org (consulté le 3 juin 2019)
  4. (en-GB) Tate, « The black aesthetic – Art Term », sur Tate (consulté le 6 juin 2019)
  5. « Addison Gayle Jr., Literary Critic, Is Dead at 59 », sur nytimes.com, (consulté le 6 juin 2019).
  6. « Black Aesthetic Movement | Encyclopedia.com », sur www.encyclopedia.com (consulté le 7 juin 2019)
  7. (en-US) « From the Harlem Renaissance to the Black Arts Movement, Writers Who Changed the World », sur The Madison Times, (consulté le 6 juin 2019)
  8. (en) admin, « Essay About The Black Arts Movement And The Harlem Renaissance | Essay Samples Blog - PaperWritings.com », sur www.paperwritings.com (consulté le 6 juin 2019)
  9. « The History of the Black Arts Movement », sur Widewalls (consulté le 6 juin 2019)
  10. (en) Poetry Foundation, « An Introduction to the Black Arts Movement », sur Poetry Foundation, (consulté le 7 juin 2019)
  11. (en-US) « Classical Jazz’ and the Black Arts Movement », sur jstor.org, African American Review
  12. (en-US) « Archie Shepp and the Evolution of Jazz Music – Black Power in American Memory » (consulté le 6 juin 2019)
  13. (en-US) « The Black Arts Movement (1965-1975) • BlackPast », sur BlackPast, (consulté le 3 juin 2019)
  14. (en-US) W. S. Tkweme, Vindicating karma: jazz and the Black Arts movemen, University of Massachusetts Amherst, (lire en ligne)
  15. (en-US) « Nelson Stevens », sur AfriCOBRA NOW (consulté le 6 juin 2019)
  16. (en) « Black Arts Movement | Artsy », sur www.artsy.net (consulté le 6 juin 2019)
  17. Carolina A. Miranda, « How the black radical female artists of the '60s and '70s made art that speaks to today's politics », sur latimes.com (consulté le 7 juin 2019)
  18. (en-US) « 'How I got ovah' | Jacket2 », sur jacket2.org (consulté le 16 juin 2019)
  19. (en-US) David Lionel Smith, « The Black Arts Movement and Its Critics. », American Literary History,‎ (lire en ligne)
  20. a et b « Historical Overviews of the Black Arts Movement », sur www.english.illinois.edu (consulté le 7 juin 2019)
  21. (en-US) Kim McMillon, « Black Feminism, The Ancestors Speak, and the Women of the Black Arts Movement », The Journal of Pan African Studies,‎ (lire en ligne)
  22. (en-US) Abney Louis Henderson, Four Women: An Analysis of the Artistry of Black Women in the Black Arts Movement, 1960s-1980s, University of South Florida, (lire en ligne)
  23. (en-US) Jeffrey O.G. Ogbar, « The Black Arts Movement Reprise: Television and Black Art in the 21st Century », European journal of American studies,‎ (lire en ligne)
  24. (en-US) Marvin J. Gladney, « The Black Arts Movement and Hip-Hop », African American Review,‎ (lire en ligne)
  25. (en-US) Shawnkeisha Stoudamire, From the African American Oral Tradition to Slam Poetry: Rhetoric and Stylistics, McNair Scholars Journal, vol 16, N°1, (lire en ligne)
  26. (en-US) Rishma Dhaliwal, « Hip Hop And The Black Social Movements In America », sur I Am Hip-Hop Magazine, (consulté le 7 juin 2019)
  27. (en-US) « Jazz, Poetry, Rap: Cause and Effect of the Black Arts Movement - Revive Music Revive Music », sur www.revive-music.com (consulté le 7 juin 2019)
  28. (en) James Smethurst, « “Internationally Known” », The Oxford Handbook of Modern and Contemporary American Poetry,‎ (DOI 10.1093/oxfordhb/9780195398779.013.0025, lire en ligne, consulté le 7 juin 2019)
  29. (en-US) « A Modern Black Arts Movement through the Instrument of... | Bartleby », sur www.bartleby.com (consulté le 7 juin 2019)
  30. (en) Rebekah Buchanan, « The Black Arts Movement and Nikki Giovanni », sur www.tspr.org (consulté le 7 juin 2019)
  31. (en-US) admin, « Conscious Hip-Hop, Change, and the Obama Era », sur American Studies Journal, (consulté le 7 juin 2019)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]