Bidjocka

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Bidjocka, ou Bidjoka, est un village de la Région du Centre du Cameroun. Il est localisé dans l'arrondissement de Messondo. On y accède soit par la voie routière qui lie Eséka à Bidjocka, soit par le chemin de fer trans-camerounais au niveau de l'antique Gare de Bidjocka (aujourd'hui dénommée Hikoa Malep).

Population et société[modifier | modifier le code]

Démographie[modifier | modifier le code]

En 1963, la population de Bidjocka était de 503 habitants. Bidjocka comptait 565 habitants lors du dernier recensement de 2005[1]. La population est constituée pour l’essentiel de Ndog Nken, un sous-groupe du Clan Ndog Bessol, lui-même appartenant au groupe ethnique Elog Mpoo, encore connu sous le nom de Bakoko, quoiqu'ils s'expriment plutôt en langue Bassa, un autre groupe ethnique qui lui est apparenté.

Éducation[modifier | modifier le code]

Du fait de la présence et de l’importance de sa chefferie, le village Bidjocka a très tôt été un centre de diffusion du savoir. C’est aux églises chrétiennes et notamment à l’église presbytérienne camerounaise (EPC), que l’on doit la première école primaire du village à travers les écoles confessionnelles, puis l'école catholique saint Étienne (qui ferme ses portes en 1973/74)

L'école publique quant à elle va naître dans les années 1970. Plus précisément en 1975/76, d'abord dans les bâtiments de l'ex école protestante avant la construction d'abord par les populations et ensuite par la dotation de salles de classes modernes, non loin de l'ancienne.

Sports[modifier | modifier le code]

Hervé Tum Bidjocka, footballeur professionnel

Le football est l’activité sportive principale. Le village possède un terrain de football de dimension olympique qui est très sollicité lors des périodes de vacances scolaires pendant lesquelles se déroulent des championnats inter-villages dont la popularité est maximale. L'équipe du village, Brazil Football Club de Bidjocka, a vu défiler des générations de joueurs talentueux parmi lesquels ont émergé Bidjocka Vincent qui a été sociétaire du Club de première division camerounaise Dragons Club de Yaoundé à la fin années 1970, de même que le joueur de football professionnel Hervé Tum qui a évolué dans les championnats d'élite de Suisse, de France et de Turquie.

La lutte traditionnelle, l’apprentissage des arts martiaux, le handball et autres sont également pratiquées.

A côté des activités sportives classiques il est bon de citer une qui reste très répandue chez les jeunes malgré les risques qu’elle présente. Il s’agit du « Serrage et du desserrage du train », une activité qui consiste à monter ou à descendre d’un train en marche. En effet si les jeunes riverains du chemin de fer restent attachés à cette pratique dans laquelle ont jadis excellé une certaine génération des jeunes de Bidjocka dont certains des faits d’armes sont restés légendaires.

Santé[modifier | modifier le code]

Le village est le siège d’un Centre de Santé Intégrée et d’une maternité qui accueille tous les habitants des villages alentours. La pharmacopée locale tirée de la forêt environnante complète ce dispositif médical. Une nouvelle maternité a été construite et reste en attente de finition et d’équipements.

Géographie[modifier | modifier le code]

Localisation et communes limitrophes

Bidjocka
Administration
Pays Drapeau du Cameroun Cameroun
Région Centre
Département Nyong-et-Kellé
Démographie
Population 565 hab.[1] (2005)
Géographie
Coordonnées 3° 25′ nord, 10° 22′ est
Localisation

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Bidjocka

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Bidjocka est un des 35 villages de la Commune d’Arrondissement de Messondo qui est située dans le Département du Nyong-et-Kellé /Région du Centre. Il est limité par les villages Ndogbessol (6 km), Badjob (7 km) et Hikoa Malep (1 km). Il est situé à 30 km d'Eséka (Chef lieu du Département du Nyong-et-Kellé) et à 23 km de Messondo.

Climat[modifier | modifier le code]

Le climat local est de type équatorial humide et chaud, notamment en saison sèche. Les températures moyennes se situent autour de 25°. La pluviométrie annuelle moyenne est d’environ 2250 mm.

C’est un climat camerounéen côtier, caractérisé par un régime de pluies sub-équatorial à allure tropicale : pluies abondantes, faibles variations de température, forte humidité toute l'année. On distingue généralement de façon arbitraire, puisqu’il peut presque toute l’année, deux saisons sèches et deux saisons de pluies. La petite saison de pluies ici dénommée Hilondè part de mars à mai, suivie d’une petite saison sèche nommée Hikan qui part de Juin à août avant la grande saison de pluies ou Njéba, allant de mi Août à fin Octobre. Le cycle s’achève par une longue saison sèche qui va de Novembre à février.

Le relief et les sols[2][modifier | modifier le code]

Le relief[modifier | modifier le code]

L'altitude moyenne varie de 200 à 250 m en zone relativement plane dont une des caractéristiques est la présence de nombreuses vallées encadrant des rivières et sources souvent enfermées dans de petits marécages.

Les sols[modifier | modifier le code]

Du point de vue pédologie on distingue trois classes de sols  :

- des sols Ferralitiques

- des sols Hydromorphes

- des sols Peu Evolués

Les sols de cette région se rattachent au schéma suivant :

- Horizon humifère généralement réduit (3 à 10 cm au maximum), variable suivant la végétation, de texture sableuse à sablo argileuse.

- Horizon brun jaune, jaune brun ou jaune rouge, (couleurs D56, D 58, D 63, D 66, D 68 au code Expolaire) d'épaisseur très  variable, de texture argilo-sableuse à argileuse, à structure fondue et porosité faible.

-Horizon d'accumulation hétérogène, formé d'un mélange de terre brun-jaune, de quartz plus ou moins grossier, de morceaux de roches altérées et ferrugineuses, de concrétions ferrugineuses arrondies, le tout plus ou moins tacheté de rouge.

- Horizon de roche altérée très épais le plus souvent rouge à violet, avec des trainées plus claires blanches à jaunes.

Voies de communications et transports[modifier | modifier le code]

Le village Bidjocka est accessible par un réseau de routes de terre dont une départementale qui part d’Eséka jusqu’à Messondo, et une route créée et entretenue par la SOCAPALM (Société Camerounaise de Palmeraies) qui atteint le centre du village en bifurquant de la route principale pour pénétrer dans leur palmeraie. L’entretien de ces routes dont l’effectivité varie selon les années et demeure problématique, rendant parfois l’accès très pénible, surtout pour les voitures et camions. Par contre, l’émergence du transport par motocyclette a apporté une révolution certaine aux déplacements des populations et des marchandises dans les zones rurales même si leurs services sont relativement élevés.

La voie de communication la plus viable reste le chemin de fer qui traverse le village et dont la gare se situe à 800 mètres du centre du village. Deux trains de la Compagnie Camrail exploitée en concession par le Groupe Bolloré, y font escale dans chaque sens au niveau de la gare abusivement dénommée Hikoa Malep. Toutefois, il est à signaler que l’arrivée de dernier opérateur a considérablement restreint l’offre et la qualité du service, causant un impact globalement négatif sur le fragile équilibre de l’économie locale. A titre d’illustration, on peut citer le non respect chronique des horaires qui a eu pour conséquence de tuer le petit commerce dont les tenanciers n’en pouvaient plus d’attendre un train dont le passage à des heures tardives de la nuit était devenu une règle. Un exode rural significatif a été observé.

Habitat et infrastructures[modifier | modifier le code]

Les différents types d'habitat[modifier | modifier le code]

Plusieurs types d’habitat caractérisent le pays rural du village avec les imposantes bâtisses en brique de terre datant de l’époque coloniale (l’ancienne gare de Bidjocka et les maisons des cheminots) qui côtoient les humbles maisonnées en terre battue. Entre ces deux extrêmes on retrouve les maisons modernes en brique de ciment ou de terre, les maisons en terre battue crépies avec un mortier au ciment et des maisons en bois.

Histoire[modifier | modifier le code]

Étymologie[modifier | modifier le code]

Etymologiquement le nom Bidjocka ou Bitjocka ou plus exactement « Bitjaga » vient du mot bassa Tja  (prononcer tcha) qui signifie payer, s’acquitter d’une dette. On dit ainsi » mè Tja wè » pour dire « je te suis quitte ». En outre, le préfixe Bi indique plus souvent en bassa la notion de pluriel. Le mot Bitjaga signifie «main levée» c'est-à-dire l’acte qui fait cesser les effets d’une saisie, d’une opposition, d’une hypothèque ou d’un gage. Pris dans le contexte de son utilisation nommer un enfant Bitjaga ou Bidjocka signifie que le père vient d’être dégagé d’une hypothèque pesant sur lui.

Origine et fondation[modifier | modifier le code]

Le village Bidjoka tire son nom de celui de son fondateur, le Chef Supérieur Bidjoka Bi Tum Makan qui s'y installa probablement au début du 20ème siècle dans le souci du colonisateur allemand de regrouper les populations autour des voies de communication et notamment du chemin de fer dont ils avaient entrepris la construction dès 1909 sur l'axe Douala-Yaoundé. C'est en honneur au Chef Supérieur Bidjoka Bi Tum que les allemands baptisent de son nom la gare qu'abrite son village et qui a été le tout premier terminus du chemin de fer à une distance de 150 km en partant de Douala.

Politique et Administration[modifier | modifier le code]

Bidjocka est un village du Cameroun qui a connu auparavant le régime colonial sous plusieurs puissances étrangères avant l'indépendance du pays en 1960.

Sous le régime du protectorat allemand[modifier | modifier le code]

Bidjocka Bi Tum, le fondateur du village a eu l’insigne privilège d’avoir été désigné par le Conseil suprême des Ba Mbombock/Ba Mpèpè pour être intronisé comme Roi (ou Chef supérieur) des Bassa Bati Mpo’o. il a donc inauguré la nouvelle institution cheffale réclamée par les Allemands et concédée par l’assemblée traditionnelle. C’est de cette chefferie et par souci du découpage rationnel du territoire que d’autres chefferies sont nées sous la conduite opérationnelle du Roi Bidjocka Bi Tum.

Malgré quelques heurts avec le colon allemand pour des soupçons d’appartenance à un groupe mystique de résistants des hommes panthères (Njéé Ngwat), et un exil de quelques années dans l’arrière pays, le Chef Bidjocka conserve son trône jusqu’à la déroute des allemands dans la guerre de 1914-1919.

Sous le mandat et la tutelle française[modifier | modifier le code]

L’arrivée de l’administration française va confirmer le salut de Bidjocka Bi Tum qui va exercer son règne jusqu’’à ce qu’un banal malentendu le fasse destituer au profit de Gwet bi Bodog. Après le décès de ce dernier et son remplacement par son frère Mbéa Ma Bodog qui se revèle défaillant, le Chef Bidjocka revient en grâce et accède de nouveau à la dignité de Chef du Canton Ndogbessol avant de décéder quelques mois plus tard le 16 août 1938 dans son palais.

Après le décès de Bidjocka Bi Tum, la régence est confiée à son ancien secrétaire NDJAB NLIBA qui va délocaliser la chefferie pour l’installer à Messondo malgré les protestations des ayants droits légitimes.

Plusieurs chefs se succéderont à la tête du village Bidjocka après une période de régence assurée par BIKIM Bi Tum (Frère de BBT). Il s’agit essentiellement des fils de BBT à l'instar de Bidjocka jacques « le Grand » qui sera destitué, de Bell Bidjocka Joseph, de Bidjocka Daniel et de son fils Bidjocka Albert .

C'est en 1957 que Bidjocka jacques « le Grand » réussira à reconquérir la Chefferie Supérieure de son père restée vacante après la destitution de MBéa Bodog le 11 avril 1938. La forte implication du Chef Supérieur Bidjocka Jacques dans les conflits qui vont précéder l’indépendance du Cameroun va lui être fatale, notamment en raison de sa condamnation dans l’Affaire du préfet Kohn dont les circonstances et les causes de l’assassinat restent floues. La déclassification des archives de ces évènements permettront d’en faire la lumière.

De l'indépendance en 1960 à nos jours[modifier | modifier le code]

L"indépendance n'a pas fondamentalement modifié la structure de l'administration territoriale camerounaise. Aussi la chefferie traditionnelle a conservé le même statut que durant la période coloniale. un seul fait notable mérite d'être souligné; il s'agit de la division du village suite à la disparition en 1985 du Chef Bidjocka Daniel qui régnait depuis 30 ans. un nouveau village dénommé Hikoa Malep a été créée suite à des conflits qui ont duré une dizaine d'années du fait de ressortissants qui refusaient de se laisser administrer par la famille Bidjocka.


Liste des Chefs de la dynastie des Bidjocka[modifier | modifier le code]

Chef supérieur des Bassa Bati Mpoo Année Observations
Bidjocka Bi Tum 1907 – 1911 Période avant la création d'autres chefferies supérieures
Chefs Supérieurs de la région Ndogbessol ou de 1er degré Année Observations
Bidjocka Bi Tum 1907 – 1932 Destitué en 1932 pour "légèreté"
Gwet Bi Bodog et Mbéa Bodog 1932 – 1938 Chefs ayant été désignés à la suite de BBT
Bidjocka Jacques 1957 – 1961 Décédé en 1961.
Chefs de Canton ou de 2e  degré Année Observations
Bidjocka Bi Tum Avril-juillet 1938 Décède le 18 juillet 1938 des suites d'un empoisonnement.
NDJAB NLIBA 1939 – 1982 Sensé assurer la régence, il l'a conservé jusqu'à sa mort.
Mpeck Bidjocka Gaston 1984 – 1988 Déposé suite à un acte abusif de destitution par le préfet  d’Eséka[3]
Lissomb Li Goueth en cours
Chefs de village ou de 3e  degré Année Observations
Bidjocka Bi Tum 1907-1938
Bikim Bi Tum (Capita ou régent) 1938 – 1942 Bikim Bi Tum était le frère cadet du Chef Bidjocka Bi Tum
Bidjocka Jacques 1943 – 1944 Destitué pour insuffisance d'impôts
Bell Bidjocka joseph 1944 – 1955 Décède après une longue période de paralysie 'hémiplégie probablement due à un AVC.
Bidjocka Daniel 1955 – 1985 Décédé le 5 juillet 1985.
Poste vacant 1985-1997 Période de conflits ayant abouti à la scission du village avec la naissance de Hikoa Malep
Bidjocka Albert 1997 -

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Troisième recensement général de la population et de l'habitat (3e RGPH, 2005), Bureau central des recensements et des études de population du Cameroun (BUCREP), 2005.
  2. Jean Louis PELLIER, « Etude Pédologique d'un Secteur Forestier sous climat équatorial. Région d’Eséka . APTITUDE A L’ALAEICULTURE, », CENTRE ORSTOM DE YAOUNDE ,,‎ (lire en ligne)
  3. « BIDJOKA GARE UN CHANGEMENT DE NOM INJUSTIFIE ,VOLONTE D’UN IMPOSTEUR. », sur http://bidjoka.blogspot.com,

Bibliographie[modifier | modifier le code]