Bibliothérapie

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La bibliothérapie est un terme qui ne se trouve pas dans les dictionnaires de la langue française, nonobstant ce mot a ses origines au 20e siècle et sert à désigner « les vertus thérapeutiques de la lecture »[1]. Le mot bibliothérapie est essentiellement composé de deux termes d’origine grecque : Βιβλιο « livre » et Θεραπία « thérapie » [2].

C'est à partir des années 1960, que l'on a commencé à définir la bibliothérapie comme étant « l’utilisation d’un ensemble de lectures sélectionnées en tant qu’outils thérapeutiques en médecine et en psychiatrie; et un moyen pour résoudre des problèmes personnels par l’intermédiaire d’une lecture dirigée » [3] plusieurs définitions sont apparues par la suite : quelques-unes sont reliées à la littérature et à la philosophie, que ce soit à des fins de lecture ou de soin de l’esprit. D’ailleurs, il y en a d’autres qui sont plutôt centrées sur l’usage médical, par exemple, la définition proposée par Overstad qui désignait la bibliothérapie comme étant « l’utilisation des livres pour promouvoir la santé mentale »[4].

Histoire[modifier | modifier le code]

L’histoire de la bibliothérapie remonte à la Grèce antique, comme en témoigne l’inscription « La poitrine médicinale de l’âme », qui se trouve au-dessus de la porte de la bibliothèque de Thèbes. On a connu des pratiques reliées à ce type de traitement au milieu des années 1800, alors que des médecins incorporent des livres dans les plans de traitement de leurs patients[5]. Au début du 20e siècle, Marcel Proust dans son livre “Sur la lecture” donne un indice sur le concept de bibliothérapie lorsqu’il parle du rapport entre lecture et thérapie, il suggère la lecture comme un soin psychothérapeutique [6]. Cependant, ce n’est qu’en 1916[7].durant la Première Guerre mondiale que la bibliothérapie connait ses premières expériences concrètes. En effet, c’est Sadie Peterson Delaney, bibliothécaire en chef de l'Hôpital des anciens combattants des États-Unis, qui utilise des livres afin d’aider les anciens combattants afro-américains qui éprouvaient des difficultés psychologiques et physiques[8]. Dans les années 1930, Le Dr William C. Menninger, un psychiatre renommé, a également aidé à établir la bibliothérapie comme forme de traitement dans sa clinique du Kansas. Depuis sa création, la bibliothérapie a été étudiée par des personnes intéressées par la santé mentale afin de mieux comprendre ses utilisations et son efficacité[9].

En 1946, en France, Lucie Guillet incitait le patient souffrant d’une maladie mentale, à lire des vers afin de se laisser gagner par ce « fluide poétique » bénéfique. En 1973, on parle aussi de la théâtrothérapie, une méthode ressemble à celle de la bibliothérapie où se cherche une collaboration entre le psychiatre qui suit le malade et le moniteur[10]. C’est à partir des années 2000 que la bibliothérapie commence à être reconnue et mise en pratique, notamment en Angleterre, ainsi qu’au Canada (Québec) où la bibliothérapie a commencé à être intégrée aux différentes thérapies psychologiques pour les enfants souffrant d’hyperactivité, de dépression, de phobie sociale, etc.[11]

Approche de la bibliothérapie[modifier | modifier le code]

Pour certains, la lecture est considérée comme « un événement solitaire, un rendez-vous privé avec un autre monde, seul à seul avec le livre, seul à seul avec soi-même »[12]. C’est pourtant la lecture qui a aidé à surmonter certaines étapes difficiles dans l’histoire de l’humanité. À cet égard, l’anthropologue Michèle Petit mentionne le rôle de la lecture dans la reconstruction de soi en faisant le constat « que les livres aident quelquefois à tenir la douleur ou la peur à distance, à transformer des chagrins en idées et retrouver la joie »[13].

De la même manière, d’autres auteurs décrivent les premiers efforts pour étudier la bibliothérapie comme un ensemble d’actions, en prenant la lecture comme un outil, qui mène à un changement d'attitude en réduisant les peurs et le stress chez les enfants et les jeunes[14].

Traitements[modifier | modifier le code]

Le pouvoir thérapeutique du livre consiste à rendre accessible au grand public une littérature propre aux sentiments. L’écrivaine française Régine Detambel utilise cette méthode thérapeutique afin de permettre à ses patients de sortir de l’enfermement, de la lassitude, pour se réinventer, vivre et renaître à chaque instant dans la dynamique d’un langage en mouvement[15]. Cette auteure, qui agit aussi comme bibliothérapeute, suggère que la bibliothérapie fait partie de “l’art-thérapie”, car elle souligne que « la lecture à haute voix est aussi un acte de création » Autrement dit, c’est un des moyens par lequel les personnes en difficulté (psychologique, physique, sociale ou existentielle) mettent en œuvre le traitement par lui-même à travers la lecture[16].

D'autre part, le livre peut être un vecteur d'analyse existentielle. Créée par le bibliothérapeute Erwin Julliard, la bibliothérapie existentiale utilise la littérature et la Daseinsanalyse pour traiter les troubles psychologiques tels que la dépression, l'angoisse, le burn-out... Inspirée par les travaux d'Heidegger et de Gadamer, la bibliothérapie existentiale tend à passer de l'art-thérapie et de la recherche de bien-être à une véritable psychothérapie.

Recommandations[modifier | modifier le code]

Dans le livre « Ces livres qui nous font du bien » de Christilla Pellé-Douël[17] propose:

  • En cas de perte du sens de l’humour : Trois hommes dans un bateau de Jerome K. Jerome (GF/Flammarion 2015)
  • Pour lutter contre les sensations d’étouffement : Les derniers grizzlys de Rick Bass (Gallmeister, 2016)
  • #Contre le désespoir, ou pour retrouver l’espoir : Peter Pan de James Matthew Barrie (Livre de Poche Jeunesse, 2014)

    Notes et références[modifier | modifier le code]

    1. Bonnet, P.-A. (2013). La bibliothérapie en médecine générale. Montpellier: Sauramps médical. p. 23
    2. Ouaknin, M.-A. (1994). Bibliothérapie. Paris: Seuil. p. 11
    3. Ouaknin, M.-A. (1994). Bibliothérapie. Paris: Seuil. p. 12
    4. Bonnet, P.-A. (2013). La bibliothérapie en médecine générale. Montpellier: Sauramps médical. p. 29
    5. McKee, M. L. [et al] (2011). Bibliotherapy. Dans S. Goldstein & J. A. Naglieri (Éd.), Encyclopedia of Child Behavior and Development (p. 237‑238). Boston, MA: Springer US. https://doi.org/10.1007/978-0-387-79061-9_330
    6. Proust, M. (2013). Sur la lecture suivi de, Journées de lecture. Paris : Librio. Repéré à http://banq.pretnumerique.ca/accueil/isbn/9782290073919
    7. Pellé-Douël, C. (2017). Ces livres qui nous font du bien: invitation à la bibliothérapie. Vanves : Marabout. p. 26
    8. Petit, M. (2008). L’art de lire, ou, Comment résister à l’adversité. Paris : Belin.
    9. McKee, M. L. [et al] (2011). Bibliotherapy. Dans S. Goldstein & J. A. Naglieri (Éd.), Encyclopedia of Child Behavior and Development (p. 237‑238). Boston, MA: Springer US. https://doi.org/10.1007/978-0-387-79061-9_330.
    10. Alptuna, F. (1994). Qu’est-ce que la bibliothérapie ? [Text]. Repéré à http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-1994-04-0094-011
    11. Pellé-Douël, C. (2017). Ces livres qui nous font du bien : invitation à la bibliothérapie. Vanves : Marabout. p. 26-27
    12. Ouaknin, M.-A. (1994). Bibliothérapie. Paris: Seuil. p. 18
    13. Lajeunesse, M. (2010). Petit, Michèle. L’art de lire ou comment résister à l’adversité. Paris : Belin, 2008. 265 p. (ISBN 978-2-7011-4659-1). Documentation et bibliothèques, 56(3), 133. https://doi.org/10.7202/1029125ar
    14. Bonnet, P.-A. (2013). La bibliothérapie en médecine générale. Montpellier: Sauramps médical. p. 46-48
    15. Detambel, R. (2017). Les livres prennent soin de nous: pour une bibliothérapie créative : essai. Arles: Actes Sud. p. 13-33
    16. Detambel, R. (2017). Les livres prennent soin de nous: pour une bibliothérapie créative : essai. Arles: Actes Sud. p. 74-75
    17. Pellé-Douël, C. (2017). Ces livres qui nous font du bien: invitation à la bibliothérapie.