Bernard Laponche

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Bernard Laponche
Bernard Laponche - Semaine de la science 2018 - 02.jpg
Bernard Laponche lors de la semaine de la science 2018 à Saint-Michel-sur-Orge
Biographie
Naissance
Nationalité
Formation
Activité

Bernard Laponche, né à Alençon en 1938, est un ingénieur français, consultant international dans les domaines de l'énergie et de l'efficacité énergétique et membre des associations Global Chance et Énergie Partagée.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Bernard Laponche naît en 1938 à Alençon, dans l'Orne. Ses parents sont originaires du Massif central. Son père, centralien, est directeur des services techniques d'Alençon[1]. Lorsque éclate la Seconde Guerre mondiale, il est en poste à Marseille. C'est là que Bernard grandit. Il étudie au lycée Thiers[2].

En 1957, il est reçu à l'École polytechnique[3]. Il s'y tourne vers la physique. De 1959 à 1961, il effectue son service militaire dans la Marine nationale. Il met à profit cette période pour passer une licence de mathématiques[4].

Ingénieur de Polytechnique, il est aussi docteur ès sciences (physique des réacteurs nucléaires) et docteur en économie de l'énergie (prospective énergétique)[5].

Activités professionnelles et militantes[modifier | modifier le code]

Il participe à l'élaboration des premières centrales nucléaires françaises en tant qu'ingénieur au Commissariat à l'énergie atomique (CEA) (service de physique mathématique à Saclay, de 1961 à 1973[6], et département des programmes, de 1977 à 1979) et responsable syndical à la CFDT dans les années 1970 (syndicat du CEA puis confédération). Il découvre alors les conditions de travail des salariés de l'usine de retraitement de la Hague qu'il juge moralement inacceptables[7].

Au milieu des années 1970, en tant que militant du syndicat CFDT de l’énergie atomique au Centre CEA de Saclay depuis 1968 et permanent depuis 1973[8], il s'associe à Jean-Claude Zerbib, du bureau national[8], pour publier des brochures sur la sécurité à destination de leurs adhérents[8], évoquant les accidents, la radioactivité et la radioprotection, les conditions de travail[8]. Elles retiennent l'attention de la direction du CEA[8]. Le physicien et essayiste français Jean-Marc Levy-Leblond, pour les éditions du Seuil, leur propose de publier un livre fédérant ces brochures, L’Électronucléaire en France, sous la signature de la CFDT en 1975[8], quatre ans avant l'accident nucléaire de Three Mile Island, puis complété et réédité en 1980 sous le titre Le Dossier électronucléaire[8]. Par ailleurs, des scientifiques français publient La Gazette nucléaire après s'être regroupés dans le Groupement des scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire[8], fondé en 1975 par Monique et Raymond Sené.

En 1975 aussi, Bernard Laponche se voit proposer par le CEA un poste aux études économiques générales, centré sur la prospective énergétique et les alternatives au nucléaire[8], auxquelles il consacre une thèse de troisième cycle[8].

En décembre 1976, lors des assises du nucléaire à La Hague est présenté le film Condamnés à réussir, réalisé par François Jacquemain[8] et joué par des militants de la CFDT travaillant à l'usine de retraitement de la Hague sur les déchets[8], au moment où le CEA prévoyait de l'isoler via une privatisation[8]. Évoluant en scaphandre, ils montrent leur travail en milieu radioactif : vidanger, sectionner des tuyaux, faire des soudures[8].

En 1977, la CFDT publie Les Dégâts du progrès[9],[8], comportant un chapitre sur le nucléaire rédigé par Jean-François Mougel, secrétaire général de la CFDT-CEA de l’époque[8]. La CFDT s’oppose alors au programme Messmer visant à lancer six réacteurs par an[8], juste avant la construction de la centrale nucléaire de Fessenheim, lancée elle en 1977[8].

En 1978, Bernard Laponche redevient permanent, cette fois comme secrétaire confédéral CFDT[8], avec Michel Rolant, et l'année suivante il organise une conférence de presse sur les fissures des cuves de la centrale nucléaire de Fessenheim[8]. Laponche est ensuite directeur des programmes, puis directeur général de l'Agence française pour la maîtrise de l'énergie (AFME) de 1982 à 1987.

En 1988, il crée avec Florence Rosenstiehl le bureau d'études ICE (International Conseil Energie) consacré aux études et activités de conseil en politiques de l'énergie et de maîtrise de l'énergie.

En 1998-1999, il est conseiller technique de Dominique Voynet, ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement, pour les questions énergétiques et la sûreté nucléaire.

Depuis l'an 2000, il exerce des activités de consultant dans les pays de l’Europe et du bassin méditerranéen, notamment pour le compte de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) et de l’Agence française de développement (AFD)[10]. En tant que consultant, il travaille aussi pour la Russie et la Chine.

En 2011, il publie plusieurs tribunes sur le nucléaire et la probabilité d'un accident majeur en France et dans l'Union européenne[7].

En 2017, il s'oppose au projet de stockage de déchets nucléaires à grande profondeur, au profit d'une solution temporaire de stockage souterrain à environ 50 mètres de profondeur qui permettrait de poursuivre les recherches sur la transmutation. Cependant, cette solution n’est acceptée dans aucun pays du monde par les autorités de contrôle du secteur nucléaire[11] et elle est combattue par de nombreux écologistes qui ne croient pas à la viabilité de ces recherches[12], tandis que les pays qui l’ont étudiée l’ont soit écartée (Royaume-Uni), soit mise en œuvre comme solution transitoire (Suisse, Suède, Finlande, Canada)[13].

Autres activités militantes[modifier | modifier le code]

Bernard Laponche mène aussi des activités militantes associatives, notamment :

  • En 1992, il rejoint l'association Global Chance fondée par Martine Barrère, Benjamin Dessus, François Pharabod, Arthur Riedacker et Philippe Roqueplo.
  • En 2008, il participe à la création de l'association des Amis d'Enercoop[14] et en est le président jusqu'en 2012.
  • En 2010, il est l'un des fondateurs du mouvement Énergie Partagée et membre du bureau de l'association.

Publications[modifier | modifier le code]

  • « Cette énergie qui nous manque », Cosmopolitiques no 9, en collaboration, Éd. Apogée, 2005
  • Maîtrise de l'énergie pour un monde vivable édité et diffusé par ICE, 1997
  • Maîtriser la consommation d'énergie aux éditions Le Pommier, 2004
  • En finir avec le nucléaire. Pourquoi et comment, Éditions du Seuil, 2011

Références[modifier | modifier le code]

  1. Barnabé Binctin, Simon Cottin-Marx, « Nucléaire, une (dé)raison d'État », sur cairn.info, Mouvements no 95, , p. 165-184, § 1.
  2. Reporterre, « Le nucléaire est dangereux, et ceux qui s’en occupent tout autant », sur Reporterre, le quotidien de l'écologie (consulté le )
  3. Barnabé Binctin, Simon Cottin-Marx, op. cit., § 2.
  4. Barnabé Binctin, Simon Cottin-Marx, op. cit., § 8.
  5. Bernard Laponche sur energie.lexpansion.com, consulté en mai 2016.
  6. Barnabé Binctin, Simon Cottin-Marx, op. cit., § 11.
  7. a et b « Bernard Laponche : “Il y a une forte probabilité d'un accident nucléaire majeur en Europe” », telerama.fr, le 18 juin 2011.
  8. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s et t « Nucléaire, une (dé)raison d’État », entretien avec Bernard Laponche réalisé par Barnabé Binctin et Simon Cottin-Marx dans la revue Mouvements en 2018.
  9. CFDT, Les Dégâts du progrès : les travailleurs face au changement technique, Paris, Éditions du Seuil (Points, inédit politique), 1977.
  10. « Les membres de Global Chance » sur global-chance.org, consulté en mai 2016.
  11. En France, par exemple, l’Autorité de sûreté nucléaire considère que l’entreposage à faible profondeur ne présente pas d'avantage déterminant, en matière de sûreté et de radioprotection, par rapport à l’entreposage en surface et que les perspectives de transmutation à une échelle industrielle des déchets radioactifs déjà conditionnés ne sont pas crédibles (Avis sur la gestion des déchets de haute activité et de moyenne activité à vie longue sur le site de l’ASN, 14 décembre 2020).
  12. Selon Stéphane Lhomme, par exemple, « ce qui est (et encore : peut-être) possible en laboratoire, sur une quantité infime et à très grands frais, est probablement impossible techniquement et assurément totalement ruineux si l’on veut s’attaquer aux quantités industrielles de déchets radioactifs produits par l’industrie de l’atome » (Thorium, Déchets radioactifs, Fusion nucléaire : canulards et fake news, site de l'Observatoire du nucléaire, 14 février 2019).
  13. Panorama international des recherches sur les alternatives au stockage géologique des déchets HA-VL et MA-VL, IRSN, 2019, p. 8-10.
  14. Site de l'association Les Amis d'Enercoop.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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