Bernard Dadié

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Bernard Dadié
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le père de la littérature ivoirienne
Nom de naissance Bernard Binlin Dadié
Alias
Climbié
Naissance (102 ans)
Assinie, Drapeau de la Côte d'Ivoire Côte d'Ivoire
Nationalité Drapeau de la Côte d'Ivoire Ivoirienne
Profession
Homme de lettres
Autres activités
Présidence du CNRD
Distinctions
une rue à Abidjan porte son nom
Famille
père Gabriel Dadié

Bernard Binlin Dadié ou Bernard Abou Koffi Binlin Dadié à l’état-civil, est un écrivain et homme politique ivoirien né à Assinie, au sud de la Côte d’Ivoire le 10 janvier 1916. Fils de Gabriel Dadié, compagnon de lutte du premier président ivoirien Félix Houphouët-Boigny, Bernard Dadié est considéré comme le père de la littérature ivoirienne[1]. Bernard Dadié, figure de proue de la littérature ivoirienne, est l'auteur d'une œuvre véritablement prolifique, qui aborde tous les genres littéraires: poésie, roman, théâtre, chroniques, contes traditionnels, le plus significatif étant le théâtre. Après des études à l'école normale William-Ponty de Gorée, il travaille pendant dix ans à l'IFAN (Institut Fondamental d'Afrique noire) de Dakar. En 1947, il retourne dans son pays et milite au sein du RDA (Rassemblement démocratique africain). Les troubles de février 1949 le conduisent en prison pour seize mois, où il tient un journal qui ne sera publié qu'en 1981, Carnets de prison. À l'indépendance de la Côte d'Ivoire, il exerce tour à tour les fonctions de chef de cabinet du ministre de l'Éducation nationale, de directeur des Affaires culturelles, d'inspecteur général des Arts et Lettres, et, en 1977, il devient ministre de la Culture et de l'Information.

En 1965, il obtient le Grand prix littéraire d'Afrique noire pour Patron de New York[2], et le prix UNESCO/UNAM en 2016 pour son action en faveur de la culture africaine[3]. Le Grand Prix des Mécènes de l'édition 2016 des Grands prix des associations littéraires lui a également été décerné le 09 mars 2017 à Yaoundé, au Cameroun, en hommage à toute son œuvre bibliographique.[4]

Bernard Dadié vit en Côte d’Ivoire,est marié à Rose Assamala Koutoua et père de neuf enfants.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Bernard Dadié naît le 10 janvier 1916 au « Royaume d’Assinie », dans la colonie Française de Côte d’Ivoire. Koffi est son prénom traditionnel, Abou son nom de tam-tam, tandis que sa branche de rattachement Nzema est le clan Ezohilé. Élevé durant un bref moment dans une famille catholique, il adopte à son baptême en 1926, le prénom de l’instituteur Bernard Satigui Sangaré dont il est le pensionnaire à Dabou, abandonnant celui de Koffi[5].

Bernard Dadié est le fils de Gabriel Dadié, un auxiliaire de l’administration coloniale, né en 1891 et enrôlé dès l'âge de 12 ans en qualité d’apprenti télégraphiste au Service des Postes et des équipes du Capitaine Schiffer, chargé d’installer la ligne du télégraphe de Bingerville à Korhogo.

A la déclaration de la première guerre mondiale, Gabriel, mobilisé sur place à Bingerville, deviendra par la suite, en raison des services rendus, chef du poste administratif et agent spécial, cumulativement avec des fonctions de « receveur des Postes et des Télégraphes ». Sa conduite lui vaut des témoignages de satisfaction du Gouverneur Gabriel Angoulvant et en définitive, la naturalisation française. En mars 1921 il est incorporé pour effectuer en France, son service militaire qu’il termine avec le grade de sergent.

La mère de Bernard Dadié, Enuayé Ouessan, originaire d’Assinie, ne l’élèvera que jusqu’à l’âge de cinq ans, au quartier Mafia-Assinie.

Bernard Dadié est élevé dans un environnement dominé par la Grande Guerre en Europe et traversé par les résistances des populations de l’Afrique de l’ouest francophone (AOF) à la colonisation et à ses moyens d’actions que sont notamment, l’impôt de capitation, le travail forcé ou la levée de troupes de « Tirailleurs Sénégalais ».

Appréhendant les multiples dangers auxquels son fils serait exposé en son absence, Gabriel Dadié le confie à son frère aîné, Mélantchi pour que celui-ci l’élève dans un campement de Bingerville où il exploite une plantation.

A sa démobilisation suivie de son retour au pays, Gabriel Dadié reprend en main l’éducation de son fils de six ans qu’il emmène avec lui à Assinie en 1922. A sept ans, au début de l'année scolaire 1922-1923, Bernard Dadié est inscrit une première fois au cours préparatoire, à l'école du quartier France de Grand Bassam [6].

Ce premier contact avec l’école primaire est rude et l’amène à fuir  les châtiments corporels en vigueur dans les classes. Abandonnant les études pour ces raisons, il rejoint son père et son oncle exploitants forestiers à Rubino. Toutefois, il reprend de manière plus aisée, la route de l’école au pensionnat de Dabou  en octobre 1924. Mais finalement, il échoue au concours pour l’obtention des bourses d’études[7].

Remis dans le circuit scolaire,à l’école régionale de Grand-Bassam par son père et son oncle en 1927, il réalise cette fois, un parcours sans faute couronné le 17 juin 1930 par le Certificat d'Études Primaires Iui ouvrant ainsi la porte de l'École Primaire Supérieure de Bingerville. Cependant, Dadié est témoin, en 1924, de la démission de son père de l’Administration coloniale quand lui sont refusés les mêmes droits et avantages accordés à ses collègues postiers, citoyens français de race blanche. De 1924 à 1925, l’enfant accompagne sur les chantiers de la Ségué, son père devenu exploitant forestier et propriétaire d’une petite entreprise de transport. Divers incidents et faits , amènent progressivement le jeune homme à comprendre que son père considère comme des principes cardinaux, tant la lutte contre les injustices, que celle pour la reconnaissance de la dignité de l’homme noir et l’égalité de ses droits avec les blancs.

Dans le sillage du « boom forestier » de 1924 et la percée de l’agriculture de rente, il devient de plus en plus difficile pour les paysans ivoiriens de faire face aux excès de l’économie de marché ou de traite. Le travail forcé se généralise, les terres déclarées vacantes et sans maître sont accaparées, les cultures vivrières sont peu à peu abandonnées et les paysans sont obligés de vendre leurs récoltes aux commerçants européens qui fixent les prix aux taux les plus bas.

Le caractère du jeune Bernard Dadié, réservé mais intraitable sur les questions de justice,  se forge progressivement à l’école de la nature et de la vie, à la vue des changements induits par le système colonial autant qu’à la fréquentation d’un père quelque peu sévère mais exigeant et juste ; et ce, bien avant même que le jeune homme ne soit mis à « l’école des blancs ».

Adolescence[modifier | modifier le code]

journal l'Etudiant noir

Fasciné par la pédagogie nouvelle et active de son maître Charles Béart, un normalien du cadre de Paris et ancien pilote de guerre qui dirigeait l'EPS de Bingerville, Bernard Dadié découvre la voie du rêve et du salut que lui offre l'écriture.[8] Il écrit en 1934 pour la fête de la jeunesse, les villes, un sketch inédit. Il lit également désormais, les journaux politiques que reçoit son père. Ceux-ci soulignent la misère ambiante exacerbée par la grave crise économique de 1930, dénoncent l'exploitation colonialiste, pointent la question des droits des Africains sur leur propre sol. En 1933, Bernard Dadié est admis à l'Ecole normale William Ponty de Gorée qu'il rejoint l'année scolaire suivante. Il est déjà un jeune homme à la volonté trempée, à qui l'on a confié le rangement de la bibliothèque de l'école et qui lit beaucoup, se forme et se forge une étoffe de combattant de la dignité humaine. il côtoie également, Modibo Kéita, Hamani Diori, Hubert Maga, et Emile Derlin Zinsou. Pendant que les mouvements de l'Etudiant Noir et de la Négritude naissent à Paris en 1935, Bernard Dadié devenu ami avec Ouezzin Coulibaly, le Surveillant général de l'Ecole William Ponty, échange avec celui-ci des journaux et des revues distribués clandestinement. Saisissant l'opportunité des devoirs de vacances, il s'essaie à l'écriture théâtrale en ayant en arrière plan sa culture marquée par l'Abissa et son carnaval, la superposition du réel et du merveilleux, les facéties, l'ironie, et la caricature des pouvoirs.[9]

A la fête de la sortie de la promotion 1934-1935, Bernard Dadié, désagréablement surpris de la maigre production artistique des élèves originaires de la Côte d'Ivoire - qui, pour toute prestation, n'avaient présentés qu'un chœur - se résout alors, en réaction, à produire sa première oeuvre théâtrale : Assémien Déhylé, roi du Sanwi. Cette production connait un franc succès. Elle est jouée à Dakar le 13 Février 1936, à la Chambre de Commerce de Dakar en présence du Gouverneur général François De Coppet, qu'entouraient tous les Directeurs des services fédéraux y compris Albert Charton, l'Inspecteur général de l'enseignement en A.O.F. [10] , puis à Saint-Louis du Sénégal; puis à nouveau le 12 août de la même année, à l'exposition internationale de Paris. La pièce théâtrale et son auteur son rendus célèbres par le film documentaire de Georges Manue, « Karamoko, maître d’école », qui en inclut quelques extraits et est projeté dans les colonies françaises.

Activisme anticolonial[modifier | modifier le code]

Engagement politique au Senegal[modifier | modifier le code]

Pendant plus d'une décennie, de 1937 à 1947, Dadié entre dans la vie active à la Direction de l'enseignement puis à la Bibliothèque-Archive du Palais Verdier où il est affecté en qualité de commis de l'Administration. Au cours de cette période, il se frotte à l'élite de l'A.O.F et il respire un air de liberté dont son pays est à l'époque privé. Il est également témoin des fusillades de Fann, pendant lesquelles la police militaire de l'A.O.F procède à des exécutions arbitraires, ou encore du massacre de Thiaroye le 1er Décembre 1944. Ces événements le poussent à un engagement direct.

Il participe largement à la mise en place du Centre d'études franco-africain (CEPA) par lequel sont promus en Afrique de l'Ouest, les idéaux de justice et d'émancipation du peuple. C'est, au demeurant, dans plusieurs répliques de ce centre que le Rassemblement démocratique africain, recrute principalement ses premiers militants.

A partir de 1947, Dadié collabore en qualité de rédacteur à la Communauté, un hebdomadaire qui s'oppose à la Déclaration de Brazzaville et appelle à l'indépendance des pays d'Afrique. Il utilise alors plusieurs pseudonymes tels que Bakar Diop, Mourou ben Daouda, Gueye Diop, El Hadj N'diaye, M.B. Gueye, Jean Dody, ou encore Le Veilleur.

Engagement politique en Côte d'Ivoire[modifier | modifier le code]

Dans cette position, il anime à Agboville et Abidjan, deux réseaux clandestins d'information sur un modèle appris à Dakar durant la guerre. Ceci lui permet de déjouer les pièges de la répression émanant de l'Administration coloniale contre le mouvement. Pendant ce temps, la ligne de conduite choisie par la majorité des lettrés africains et ivoiriens est l'émancipation effective de l'homme africain, mais pas l’indépendance, quand Dadié, dès le début, opte pour l'émancipation totale dans et par l’indépendance. Toutefois, il s’accommode de la position dominante, sachant qu'il faut le soutien d'un parti politique populaire pour espérer ébranler la puissance coloniale française dont la démonstration de force est en ce moment là, perceptible dans un déchaînement de violence au Viêt-Nam [11]et à Madagascar [12]. Se pliant ainsi, à une stratégie de groupe, il ne manque cependant pas, au cours des années de lutte de 1945 à 1953 et bien plus tard, à exprimer ses réserves, et parfois même à marquer sa différence.

Vie politique[modifier | modifier le code]

Dadié est un militant du RDA de Félix Houphouët-Boigny. Incarcéré en 1949, à Grand-Bassam, par l’administration coloniale avec Mathieu Ekra, Jacob William, il combat le colonialisme – politique ou économique[13]. Au fil des années, il prend ses distances du PDCI-RDA, et entretient une sympathie pour l'ancien opposant d'Houphouët, Laurent Gbagbo. Le 16 juin 2016, il lance une pétition pour la libération de celui-ci, arrêté le 11 avril 2011 durant de la crise post-électorale et transféré à la Cour Pénale Internationale où il est jugé actuellement.[14]

Œuvre littéraire[modifier | modifier le code]

Auteur prolifique, Dadié a écrit des nouvelles, des romans, de la poésie, du théâtre et des essais. Sa poésie est militante, comme en témoignent ces vers[15] :

« Je vous remercie mon Dieu de m’avoir créé Noir
Le blanc est une couleur de circonstance
Le noir, la couleur de tous les jours
Et je porte le Monde depuis l’aube des temps
Et mon rire sur le Monde, dans la nuit, crée le Jour »

Chronique[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • Assémien Déhylé, roi du Sanwi (1936),
  • Les voix dans le vent (1970),
  • Monsieur Thôgô-Gnini (1970),
  • Mhoi ceul (1979),
  • Béatrice du Congo (1995),
  • Papassidi maître escroc (1973).

Nouvelles[modifier | modifier le code]

  • Légendes Africaines (1954),
  • Le Pagne noir (1955),
  • Commandant Taureault et ses nègres (1980),
  • Les Jambes du fils de Dieu (1980).

Poésie[modifier | modifier le code]

  • Afrique debout (1950),
  • La Ronde des jours (1956),
  • Je vous remercie Mon Dieu,
  • Les lignes de nos mains.

Biographiques[modifier | modifier le code]

  • Climbié (1952),

Carnet de prison 1949-1950 (1974).

Hommage[modifier | modifier le code]

  • Une rue porte son nom à Abidjan.[16]

Prix et récompenses[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Côte d'Ivoire : Un siècle de négritude avec Bernard Binlin Dadié - JeuneAfrique.com », JeuneAfrique.com,‎ (lire en ligne)
  2. Grand prix littéraire de l'Afrique noire. Liste des lauréats, [lire en ligne], consulté le 14 avril 2016
  3. a et b « 1er Prix Unesco-Unam Jaime Torres Bodet: ce que gagne Bernard Dadié », Abidjan.net,‎ (lire en ligne)
  4. Source: www.hellocoton.fr
  5. (en) Professor Henry Louis Gates Jr., Professor Emmanuel Akyeampong, Mr. Steven J. Niven, Dictionary of African Biography, USA, OUP, , 2720 p. (ISBN 9780195382075), P.153
  6. F. J. Amon d'Aby, Le théâtre en Côte d'Ivoire des origines à 1960 : suivi de Kwao Adjoba et de la Couronne aux Enchères, Abidjan, Editions CEDA, , 183 p. (ISBN 9782863941539), P. 76
  7. Bruno Gnaoulé-Oupoh, La littérature ivoirienne, Paris, KARTHALA Editions, , 444 p. (ISBN 9782865378418), P. 60
  8. (en) John Benjamins, « European-language Writing in Sub-Saharan Africa, Volume 1 », European-language Writing in Sub-Saharan Africa, Volume 1,‎ , page 113, 1288 pages (ISBN 963-05-3833-4, lire en ligne)
  9. « jeune afrique », sur jeuneafrique.com, (consulté le 13 mai 2018)
  10. Amon d'Aby, Le théâtre en Côte d'Ivoire des origines à 1960 : suivi de Kwao Adjoba et de la Couronne aux Enchères, Abidjan, Editions CEDA, , 183 p. (ISBN 2863941534), page 26
  11. « Guerre d'Indochine », sur wikipédia.org (consulté le 21 mai 2018)
  12. « Insurrection malgache de 1947 », sur Wikipédia.org (consulté le 21 mai 2018)
  13. Weblogy, Abidjan, Côte d'Ivoire, cote d'ivoire, Ivory coast, « Bernard DADIÉ (Ecrivain) - Abidjan.net Qui est Qui », Abidjan.net,‎ (lire en ligne)
  14. C.K, « Bernard Dadié lance une pétition pour la libération de Gbagbo », Abidjan.net,‎ (lire en ligne)
  15. texte cité dans Bernard Dadié, écrivain ivoirien, textes commentés par Roger Mercier et Monique et Simon Battestini, F. Nathan, 1964, p. 38
  16. « Bernard Dadié, cent ans de négritude », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Molly Grogan Lynch, « Dadié Bernard Binlin », dans Christiane Chaulet Achour, avec la collaboration de Corinne Blanchaud (dir.), Dictionnaire des écrivains francophones classiques : Afrique subsaharienne, Caraïbe, Maghreb, Machrek, Océan Indien, H. Champion, Paris, 2010, p. 119-123 (ISBN 978-2-7453-2126-8)
  • Lilyan Kesteloot, « Bernard Dadié », in Anthologie négro-africaine. Histoire et textes de 1918 à nos jours, EDICEF, Vanves, 2001 (nouvelle éd.), p. 205-211
  • Frédéric Le Maire, Bernard Dadié : itinéraire d'un écrivain africain dans la première moitié du XXe siècle, Harmattan, Paris, 2008, 207 p.
  • Nicole Vincileoni, Comprendre l'œuvre de Bernard B. Dadié, Les Classiques africains, Issu-les-Moulin eaux, 1987, 319 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]