Berkutchi

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Sculpture représentant un berkutchi monté.

Un berkutchi (ou burkutchu, en russe : беркучи, composé d'aigle (kazakh : Беркут, mongol : бүргэд) et du suffixe turco-mongol : -chi (agent qui accomplit la fonction[1]) est un fauconnier qui pratique la chasse à l'aigle, cet art des steppes d'Eurasie pratiqué par les kazakhs et les kirghizes dans le Kazakhstan et le Kirghizistan actuels, mais aussi dans les pays d'accueil de leur diaspora comme Bayan-Ölgii, en Mongolie, et Xinjiang en Chine. Même si ces peuples turcs sont plus connus pour leur chasse avec des aigles royaux, ils élèvent également dans ce but des autours des palombes, des faucons pèlerins, des faucons sacres, etc. [2].

Les aigles sont utilisés pour la chasse au renard corsac, lièvre, loup, saïga et gazelle à goitre.

Terminologie[modifier | modifier le code]

Chasseurs kazakhs à Ölgiy en Mongolie

Le mot kazakh « bürkit » désigne l'aigle royal, et « bürtkitshi », la chasse à l'aide de ces oiseaux.

Que ce soit en kazakh ou en kirghize, les deux premières langues de la fauconnerie d'Asie centrale, il existe des termes distincts pour la chasse avec des oiseaux de proie en général, et la chasse avec des aigles.

En kazakh, il y a deux termes généraux pour désigner les personnes qui capturent, élèvent et chassent avec différents oiseaux de proie : « qusbegi » et « sayatshy ». Qusbegi vient des mots « qus » (l'oiseau) et « bek » (le seigneur), signifiant littéralement « seigneur des oiseaux ». En ancien turc, « kush begi » était un titre utilisé pour les conseillers les plus respectés du khan, ce qui reflète la valeur des fauconniers à la cour [3]. Sayat désigne la fauconnerie en général.

En kirghize, les personnes qui capturent, élèvent et chassent avec différents types d'oiseaux de proie sont appelés les « münüshkör ». La chasse à l'aigle royal est désignée par un mot proche du kazakh, « bürkütchü ».

Histoire[modifier | modifier le code]

Khitans chassant à l'aigle royal à cheval, (dynastie Song).

Les archéologues retracent la fauconnerie d'Asie centrale entre le premier et le deuxième millénaire avant notre ère.

Chez les Khitans[modifier | modifier le code]

Entre 936 et 945, les Khitans, un peuple nomade de Mandchourie, ont conquis une partie du Nord de la Chine[4]. En 960, la Chine a été conquise par la dynastie Song[5], mais cette dernière n'a jamais réussi à complètement contrôler les Khitans. Même si les Khitans avaient assimilé la culture chinoise, ils ont retenu un grand nombre de traditions nomades, y compris la chasse à l'aigle [6].

Kazakhs[modifier | modifier le code]

Berkutchi dans le parc national Altai Tavan Bogd en Mongolie.

Pendant la période communiste, de nombreux Kazakhs fuient vers la Mongolie[7] et s'installent dans la province de Bayan-Ölgii en Mongolie. Les Kazakhs qui y vivent de nos jours continuent de pratiquer le berkutchi. On y estime le nombre de chasseurs à deux cent cinquante personnes[8]. La chasse à l'aigle traditionnelle se pratique à cheval. Ils chassent en général uniquement des renards roux ou des renards corsac[9]. Ils se réunissent notamment pendant la première semaine d'octobre pour le festival de l'aigle royal en Mongolie[10]. Renards et lièvres sont chassés pendant l'hiver, alors qu'il est plus facile de détecter les animaux sur la neige[8]. Beaucoup de traditions kazakhes ont été préservées par ces Kazakhs de Mongolie. Bien que le gouvernement du Kazakhstan essaye de les faire revenir au Kazakhstan, la plupart d'entre eux reste en Mongolie.

Méthode de dressage[modifier | modifier le code]

Berkutchi kirghize.

Les berkutchis sont en grande majorité des hommes[11]. Cet art se transmets de père en fils. Les apprentis s'entraînent d'abord avec de petits rapaces comme l'épervier d'Europe et le faucon hobereau, puis ils s'y essaient avec un autour des palombes, faucon sacre, faucon pèlerin et faucon gerfaut. On capture un jeune aiglon qui sait déjà voler à la fin de l'automne, à l'aide d'un filet et d'un appât -- un pigeon ou une perdrix. Ensuite, on l'affame pendant quelques jours jusqu'à ce qu'il accepte de manger dans la main d'homme. Puis, on commence l'apprentissage proprement dit, on sort l'oiseau dehors avec une longe et on l'entraîne à attaquer un renard empaillé (autrefois, on utilisait à cet effet des chiens vivants). À chaque assaut, on le récompense avec un morceau de viande. La formation d'un oiseau peut prendre plusieurs mois, voire plusieurs années.

Pratique actuelle[modifier | modifier le code]

Actuellement, au Kazakhstan il ne reste qu'une vingtaine de berkutchis, qui font démonstration de leur adresse lors de fêtes folkloriques et autres manifestations, car le prélèvement d'oiseaux sauvages dans la nature est devenu incompatible avec les lois et les mentalités actuelles[12].

La chasse avec des aigles est progressivement en train de disparaître en Mongolie[13].

Pourtant, les berkutchis connaissent un renouveau de nos jours, notamment grâce à la mise en avant des sports ethniques. L'association des sports nationaux au Kazakhstan soutient en effet cette tradition[14]. Au Kirghizistan, l'activité est également mise en avant pour le tourisme[15].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Bayarsaikhan Dashdondog, The Mongols and the Armenians (1220-1335), Leiden, Boston, Brill, (lire en ligne), chap. 4 (« Darughachis in Greater Armenia »), p. 100-120 page 100 :
  2. (en)Dennis Keen, « Kyrgyz Falconers Use Falcons, Too », sur The Central Asian Falconry Project (consulté le 30 septembre 2014)
  3. (en) Sir H. A. R. Gibb, The Encyclopaedia of Islam, 18 p. (lire en ligne)
  4. L'Art de la guerre, Sun Tzu, édition spéciale de Sun Tzu et Lionel Giles (2005), p. 170.
  5. (en)La Chine : son histoire et sa culture, 4e édition, W. Scott Morton, Charlton M. Lewis, et Charlton Lewis, 2004, p. 100.
  6. (en)Eagle Dreams: Searching for Legends in Wild Mongolia, Stephen J. Bodio, 2003, p. 26.
  7. http://www.worldatlas.com/webimage/countrys/asia/kz.htm
  8. a et b (en)Ethnographic study of Altai-Kazakh falconers, Takuya Soma, Falco, N° 41, 2013, p. 10-14.
  9. (en)Hanging with eaglehunters in western Mongolia, Matador Network, 19 avril 2011.
  10. (en) Takuya Soma, Université du Xinjiang, Collège d'échange culturel international, « Contemporary falconry in Altai-Kazakh in Western Mongolia », International Journal of Intangible Heritage, vol. 7,‎ , p. 104-111 (lire en ligne).
  11. (ru)[vidéo]Le Kazakhstan recense une seule femme impliquée dans le berkutchi : voir la seule jeune fille berkutchi du Kazakhstan, 5TV.kz, 10 mars 2014.
  12. « Охота с ручным беркутом » [archive du ], UNESCO (consulté le 8 décembre 2009)
  13. (en)Hunting with eagles: This 4,000 year-old art is dying out in Mongolia, The Washington Post, 21 août 2015.
  14. (ru)Types de sports nationaux, sur Kazakhstan live.
  15. Kirghizistan, Petit futé, 2014.