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Belphégor (roman)

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Belphégor
Image illustrative de l’article Belphégor (roman)
Couverture du roman, Éditions Tallandier, coll. « Les Romans mystérieux », 1927.

Auteur Arthur Bernède
Pays France
Genre Roman policier
Éditeur Tallandier
Collection Les Romans mystérieux
Lieu de parution Paris
Date de parution

Belphégor est un roman policier (également appelé roman-ciné) d'Arthur Bernède, paru en feuilleton dans Le Petit Parisien en 1927, en même temps que son adaptation cinématographique réalisée par Henri Desfontaines.

Le roman publié par Tallandier la même année, est réédité de nombreuses fois au cours des XXe et XXIe siècles. Il est adapté à nouveau pour le cinéma, la télévision et la bande dessinée.

Genèse du roman

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Arthur Bernède semble être le premier romancier français à avoir valorisé l'écriture de scénarios de films à épisodes par une publication de leur adaptation en feuilleton qui soit synchrone avec la sortie des films. D'abord employé en 1916 pour Judex, ce système de production assure ensuite le succès de la Société des cinéromans, que Bernède rejoint dès sa fondation et dont il devient l'un des principaux scénaristes[1].

C'est dans ce contexte que souhaitant faire une pause dans sa production de romans historiques (Vidocq (1923), Mandrin (1924), Surcouf, roi des Corsaires (1925), Jean Chouan (1926)), Arthur Bernède entreprend en 1926 l'écriture d’un roman contemporain[2]. Il présente ainsi en un scénario succinct de Belphégor à Jean Sapène  administrateur de la Société des cinéromans  et à Léon Touchard  rédacteur en chef du Petit Parisien. Ayant obtenu leur aval, le film est mis en chantier dès par Henri Desfontaines, tandis qu'Arthur Bernède entreprend la rédaction du roman-feuilleton[3].

Le roman, tout comme le film, est divisé en quatre parties:

  1. « Le Mystère du Louvre »
  2. « De mystère en mystère »
  3. « Le Fantôme noir »
  4. « Les Deux Polices »

L'histoire commence au Musée du Louvre, dans la « salle des Dieux barbares », où Gautrais, un veilleur de nuit surprend une étrange silhouette qui semblait vouloir s'en prendre à la statue de « Belphégor, dieu des Moabites ». Pourchassé par le gardien, le visiteur fantomatique disparaît mystérieusement. La nuit suivante, il se manifeste à nouveau et assomme un autre gardien, retrouvé mourant le lendemain matin, à côté de la statue renversée. L'inspecteur Ménardier, chargé de l'enquête officielle, n'apprécie guère que Jacques Bellegarde, un jeune journaliste intrépide du Petit Parisien s'intéresse de très près à l'affaire. Le célèbre détective privé Chantecoq se lance aussi sur la piste du fantôme.

Bientôt, de nombreux indices tels que des lettres compromettantes, des disparitions et des témoignages troublants font bientôt de Bellegarde le principal suspect et seuls Chantecoq et sa fille Colette, amoureuse de Jaques, sont convaincus de l'innocence du journaliste. Le détective découvre un manuscrit de Cosme Ruggieri révélant comment il a, à la demande de Catherine de Médicis, dissimulé sous le Louvre un précieux trésor appartenant à la famille des Valois. Le manuscrit révèle également l'existence d'un passage secret permettant de pénétrer dans le musée et d'en ressortir sans être vu mais le mystérieux Belphégor continue de tout mettre en œuvre pour éliminer ceux qui se mettent en travers de son chemin, assisté pour cela par un mystérieux bossu et un homme en salopette.

Après avoir convaincu Jacques de disparaître sous une fausse identité, Chantecoq commence à s'intéresser à l'ancienne amante du journaliste, une femme de lettres nommée Simone Desroches qui vit, entourée d'Elsa Bergen sa gouvernante et du comte Maurice de Thouars, son amant. Chantecoq ignore encore que la jeune femme en sait plus sur Belphégor qu'elle ne le laisse paraître. Lorsque cette dernière meurt, Ménardier arrête Bellegarde après avoir reçu un billet dévoilant sa culpabilité. Chantecoq laisse faire l'inspecteur mais avertit toutefois ce dernier qu'il se trompe de coupable. En effet, alors qu'il s'introduit chez Simone, déguisé en fantôme, Elsa lui confirme d'abord involontairement, puis sous la contrainte que la jeune femme et le Fantôme sont une seule et même personne. Chantecoq la fait alors arrêter avec l'aide de Gautrais.

Le trésor des Valois est finalement découvert et ses pièces d'or, ses bijoux et le fameux diadème de Catherine de Médicis sont destinés à être fondus. Tout cela fait partie du plan de Simone qui, menacée par la ruine, recherchait une solution qui lui permette de conserver sa liberté et son train de vie sans qu'elle n'ait à travailler pour gagner sa vie. Après avoir acheté un bahut à un collectionneur amateur, le baron Papillon, elle a découvert à l'intérieur le manuscrit de Ruggieri avec toutes les indications permettant de retrouver la cachette du trésor des Valois. C'est avec l'aide de Lüchner (le bossu, frère d'Elsa et conseiller du baron), de Jack Teddy (l'homme à la salopette), et d'Elsa Bergen que Simone a créé le personnage de Belphégor.

Finalement, les complices de Belphégor enlèvent Colette afin de l'attirer dans leur repaire, mais Chantecoq, arrivé à temps, les fait arrêter et se présente à Simone, déguisé en Jack Teddy. Lorsqu'il se dévoile, revolver au poing, il révèle à cette dernière que la police sera là d'un instant à l'autre. Acculée, Simone tente de s'enfuir mais se fait rattraper par les chiens de Gautrais. Belphégor et ses complices sont tous arrêtés. Le baron Papillon et sa femme arrivent à ce moment et, surpris par le spectacle, se rendent dans le salon où Simone, entourée de Chantecoq, Colette, Gautrais et de ses complices menottés, reconnaît finalement sa culpabilité et explique que les drogues et la peur de la misère l'ont poussée vers le crime. Elle préfère cependant se donner la mort plutôt que de répondre de ses actes.

Jacques Bellegarde, enfin innocenté, retrouve Colette et les deux jeunes gens se fiancent quelques jours plus tard au cours d'un repas organisé par Chantecoq et auquel est invité Ménardier qui s'excuse auprès du journaliste. Tandis qu'ils contemplent Paris depuis la tour Eiffel, une dernière forme noire semble planer au-dessus du Louvre avant de disparaître. Chantecoq peut alors conclure que Belphégor ne ressuscitera jamais.

Une littérature populaire

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Affiche promotionnelle pour la parution dans le journal Le Petit Parisien, du roman Belphégor d'Arthur Bernède.

Pour construire son récit, Arthur Bernède s'inscrit dans une tradition littéraire, dont les influences puisent dans de nombreux romans populaires. Ainsi, Belphégor emprunte à la série des aventures de Fantômas de Marcel Allain et Pierre Souvestre quelques éléments narratifs comme le journaliste Jacques Bellegarde amoureux de Simones Desroches, tout comme le journaliste Jérôme Fandor est lui-même amoureux d'Hélène, la fille de Fantômas. Par ailleurs, l'utilisation d'un personnage insaisissable et fantomatique qui disparait sans laisser de traces dans un lieu important de Paris (au cas particulier Le Louvre) rappelle l'intrigue du roman Le Fantôme de l'Opéra de Gaston Leroux[3]. Enfin, à l'instar d'Arsène Lupin, le héros de Maurice Leblanc, qui est à la recherche d'un trésor des rois de France, Belphégor tente de mettre la main sur le trésor des Valois[4].

La véritable originalité d'Arthur Bernède est de faire du vilain une femme. En effet, le personnage de Simone Desroches, authentique génie du mal, est une belle femme séduisante à la personnalité diabolique[5].

Par ailleurs, le roman signe le retour après dix ans d'absence du détective Chantecoq. Ce personnage avait déjà été mis en scène dans des romans écrits en collaboration avec Aristide Bruant : en 1912 dans Cœur de Française, puis en 1914-1915 dans L'Espionne de Guillaume, et enfin dans le roman homonyme Chantecoq (1916)[4]. Néanmoins, peut-être parce qu'Artistide Bruant n'a pas participé à l'écriture de Belphégor, le personnage de Chantecoq se voit en partie réécrit. Ainsi, Arthur Bernède semble se réapproprier le personnage en modifiant ses origines : l'espion français est devenu détective et se voit accompagné d’une fille Colette, dont il n’avait jamais été question auparavant[5].

Publication

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Publié en 59 feuilletons, le roman paraît quotidiennement dans Le Petit Parisien du au , en parallèle à la sortie du film projeté en quatre épisodes à partir du . Dès la fin de la publication en feuilleton, le roman sort aux éditions Tallandier en dans la collection « Les Romans mystérieux », puis de nouveau en dans la collection « Cinéma-Bibliothèque » en deux volumes illustrés d’images extraites du film[6].

Au cours des années suivantes, les éditions Tallandier rééditent régulièrement le roman dans diverses collections : en 1939 dans la collection « Le Livre national » (série 1), en 1940 dans la collection « Le Lynx », puis de nouveau en 1949 dans la collection « Le Livre national » (série 2)[7].

Pendant un demi-siècle, le roman ne fait l'objet d'aucune réédition. Ce n'est qu'à l'occasion de la sortie du film Belphégor, le fantôme du Louvre que le livre est à nouveau réédité. Ainsi, les éditions Fayard et les éditions Hachette  à travers sa collection « Le Livre de poche »  publient le roman en 2001[8]. Depuis le , date à laquelle les œuvres d'Arthur Bernède sont tombées dans le domaine public en France, le roman est édité par de nombreuses maisons d'édition.

L'accueil critique semble avoir été assez favorable. Même la très pudibonde Revue des lectures de l'abbé Louis Bethléem considère que « certains détails et le demi-monde où s'agitent les personnages principaux font que ce livre ne convient pas à toutes les jeunes filles, mais ce serait être bien sévère, croyons-nous, que de le déclarer inconvenant et dangereux »[9].

Dans un encart publicitaire, Le Petit Parisien proclame : « Évitant soigneusement toute invraisemblance, Arthur Bernède ne s'est pas contenté, dans Belphégor de bâtir une intrigue émouvante et logique entre toutes : il a voulu aussi poser et développer les caractères de ses personnages dans la vie même et dans la vérité »[10]. Gaston-Charles Richard y voit néanmoins « la logique la plus décevante, la chimère la mieux domptée »[11].

Adaptations

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Le scénario écrit par Arthur Bernède en 1926 a concomitamment donné naissance l'année suivante au roman-feuilleton et au film à épisode réalisé par Henri Desfontaines. Au cours des décennies suivantes, cette œuvre double a donné lieu à plusieurs adaptations cinématographiques et télévisuelles assez éloignées de l'intrigue originelle.

Une première adaptation littéraire est envisagée en 1964 par le magazine Ici Paris qui souhaite publier Belphégor en l'adaptant au goût du jour[12]. Si le projet littéraire n'aboutit pas, l'année suivante la série télévisée de Claude Barma et de Jacques Armand, Belphégor ou le Fantôme du Louvre, est diffusée sur la 1re chaîne. Cette adaptation très libre et moderne du roman de Bernède connait un succès considérable[13]. Surfant sur la popularité du téléfilm, Claude Barma et Jacques Armand écrivent une suite mise en image par le dessinateur Julio Ribera. Ainsi, trois jours après la diffusion du dernier épisode à la télévision, soit le , le journal France-Soir entreprend la publication pendant un mois d'un nouveau feuilleton en bande dessinée Belphégor se venge[14].

En 1967, le réalisateur Georges Combret sort au cinéma La Malédiction de Belphégor. L'intrigue de ce film à petit budget s'éloigne cependant totalement du récit d'Arthur Bernède, et n'a d'ailleurs qu'un accueil critique médiocre à sa sortie[15].

C'est dans un format animé que le personnage revient en 2000 : Belphégor est une série d'animation de 26 épisodes produite par Les Armateurs et réalisée par Jean-Christophe Roger, reprenant certes quelques personnages du roman d'Arthur Bernède, mais modifiant radicalement l'intrigue[16]. L'année suivante, Jean-Paul Salomé réalise une nouvelle adaptation cinématographique. Néanmoins, le film se démarque d'autant plus du roman qu'il relève du genre fantastique[17].

Si un projet d'une nouvelle série télévisée avec Josée Dayan à la réalisation et Isabelle Adjani au casting est un temps envisagé en 2022[18], Belphégor fait son retour en 2025 à la télévision dans une série également composée de quatre épisodes et réalisée par Jérémy Mainguy[19].

Notes et références

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  1. Association française de recherche sur l’histoire du cinéma (« B », paragraphes 31-38), « BERNÈDE Arthur (1871-1937) », 1895. Mille huit cent quatre-vingt-quinze, no 33 « Dictionnaire du cinéma français des années vingt », (ISBN 978-2-8218-1034-1, ISSN 1960-6176, DOI 10.4000/1895.89, lire en ligne)
  2. Compère 2001, p. 46.
  3. 1 2 Compère 2001, p. 48.
  4. 1 2 Compère 2001, p. 49.
  5. 1 2 Compère 2001, p. 50.
  6. Belphégor, roman de Bernède 2001, p. 42.
  7. Daniel Compère, « Bibliographie d'Arthur Bernède », Le Rocambole n°14, Publication de l'Association des amis du roman populaire, , p. 129 (ISBN 2-912349-14-1)
  8. « Belphégor (roman) » sur le site NooSFere
  9. « Les romans : III. - Romans dont la lecture est proposée aux grandes personnes, malgré le fond ou certaines pages, en raison du profit ou du délassement sans périls qu'ils procureront », Revue des Lectures, vol. 25, no 5, , p. 472 (lire en ligne, consulté le )
  10. « Dans Belphégor », Le Petit Parisien, , p. 2 (lire en ligne)
  11. « Belphégor », Le Petit Parisien, , p. 2 (lire en ligne)
  12. Le Forestier 2001, p. 24.
  13. Jacques Baudou et Jean-Jacques Schleret, Merveilleux, fantastique et science-fiction à la télévision française, Bry-sur-Marne / Paris, INA / Huitième art, coll. « Les dossiers du 8e art », , 183 p. (ISBN 2-908905-09-4), p. 36-37
  14. Thierry Chevrier, « Belphégor se venge : Feuilleton de France-Soir (30 mars – 24 avril 1965) », Le Rocambole n°14, Publication de l'Association des amis du roman populaire, , p. 95 (ISBN 2-912349-14-1)
  15. « La Malédiction de Belphégor », sur Psychovision. Cinéma de genre et bis (consulté le )
  16. Thierry Chevrier, « Belphégor en dessin animé : Vidéo France Télévision », Le Rocambole n°14, Publication de l'Association des amis du roman populaire, , p. 107 (ISBN 2-912349-14-1)
  17. « Belphégor, le fantôme du Louvre de Jean-Paul Salomé (2001) - Unifrance », sur www.unifrance.org (consulté le )
  18. « Isabelle Adjani, prochainement à l’affiche d’une nouvelle version de “Belphégor” | Les Inrocks », sur https://www.lesinrocks.com/ (consulté le )
  19. Alexandre Letren, « Belphegor : Shirine Boutella, Vincent Elbaz, Aure Atika et Tiphaine Daviot au casting », sur VL Média, (consulté le )

Bibliographie

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  • Le Rocambole no 14, Dossier Belphégor, Publication de l'Association des amis du roman populaire, , 176 p. (ISBN 2-912349-14-1).
    • « Belphégor, roman de Bernède (résumé) », Le Rocambole n°14, op. cit., , p. 39-42.
    • Daniel Compère, « Belphégor, roman d’aventures modernes », Le Rocambole n°14, op. cit., , p. 43-52.
    • Laurent Le Forestier, « Belphégor : un ciné-roman populaire et ambitieux », Le Rocambole n°14, op. cit., , p. 57-76.

Liens externes

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