Batraz

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Batraz ou Batradz[1] (en ossète : Батырадз, il correspond à Peterez chez les Tcherkesses[2], Pataraz chez les Tchétchènes et les Ingouches[3]) est un personnage central et grand guerrier parmi les légendaires Nartes, race héroïque de la mythologie ossète et d'autres mythologies du Caucase. Il est le fils de Xæmyc. Les légendes sur les Nartes sont très nombreuses et diverses selon les régions du Caucase d'où ils proviennent, ainsi il y a de fortes variations influant sur les traits du personnage de Batraz. Beaucoup de spécialistes estiment que l'épopée Narte provient des Ossètes, et que leurs histoires se sont répandues chez les peuples voisins qui ont déformé selon leurs goûts les légendes et les personnages.

Chez les Ossètes[modifier | modifier le code]

Naissance[modifier | modifier le code]

La naissance de Batraz nous est connue grâce à différents récits qui se rejoignent sur les grandes lignes, mais diffèrent sur les détails. Le Narte Xæmyc (Khamyts) se voit offrir une fille en mariage mais il la cache aux autres Nartes puisqu'il a été prévenu qu'à la première insulte elle devra être renvoyée à ses parents. Mais un jour le rusé Syrdon l'insulte, alors elle est contrainte de partir. Toutefois, avant de partir elle crache ou souffle sur Xæmyc qui développe alors sur son dos un abcès, une tumeur ou autre excroissance qui contient l'embryon de leur fils, Batraz, qui naitra alors du corps de son père[4].

Une autre version fait de la femme de Xæmyc une magnifique « fille des eaux », fille du génie des eaux Donbettyr. Mais la fille mourrait à la lumière du Soleil, ainsi elle doit porter une carapace de tortue le jour. Syrdon, curieux de la voir sans son appareil se dissimule dans la chambre de Xæmyc et la voit alors sans sa carapace. Pendant que le couple dort, il prend la carapace et la jette au feu. Le lendemain matin, sans sa protection la fille meurt à la lumière du jour, mais a juste le temps de transmettre l'embryon de son fils dans une excroissance du dos de Xæmyc[5].

D'autres versions plus proches de la première font de la femme de Xæmyc une toute petite femme, parfois métamorphosée d'une grenouille, que Xæmyc garde dans sa poche. Lorsque Syrdon découvre ce fait, Xæmyc, de honte, est contraint de la renvoyer, mais pas avant qu'elle ne l'ait fécondée de Batraz[Quoi ?] par une excroissance dans le dos[6].

Meurtre de son père[modifier | modifier le code]

Dans les légendes ossètes du nord, Batraz appartient à la famille guerrière des Æxsærtægkatæ dont il est le plus fort représentant. Dès son enfance il excelle au tir à l'arc, humiliant ainsi par son talent la famille des riches Boratæ, dont il devient le principal rival[1]. Lorsque Buræfærnyg des Boratæ instigue la mort de Xæmyc, père de Batraz, ce dernier se venge en décapitant son ennemi et ses sept fils, puis en torturant les femmes de ceux-ci[7]. Cette nature extrêmement violente et persécutrice de Batraz fini par contraindre Dieu à intervenir en le faisant périr pour de bon[7]. Dans une légende, les Nartes ont décidé de tuer leur vieux chef Uryzmæg. Satana prie dieu de lui envoyer Batraz pour empêcher cela, et ainsi le héros descend du ciel, massacre les Nartes et offre leurs oreilles coupées à Satana[8].

En revanche, chez les Ossètes du sud, la famille guerrière des Æxsærtægkatæ est fusionnée avec la famille des Boratæ, et l'adversaire de Batraz, Buræfærnyg, appartient à une autre famille. Buræfærnyg tente d'empoisonner sans succès Batraz, pour venger la mort de son fils. Buræfærnyg n'intervient pas dans d'autres mythes, dont le meurtre de Xæmyc et la vengeance qui s'ensuit[9].

Mythologie comparée[modifier | modifier le code]

Batraz correspond probablement à un ancien dieu tonnant de la mythologie indo-européenne[10],[11].

Chez les autres peuples du Caucase[modifier | modifier le code]

Chez les Tchétchènes et les Ingouches, Batraz correspond à Pataraz, et appartient à la famille des Orxustoy qui ici sont des héros démoniaques puissants opposés à Dieu et aux Njart (équivalents des Nartes ossètes). Pataraz n'a pas les mêmes traits de personnalité que chez les Ossètes, il n'est pas un personnage furieux et déchaîné, et possède parfois de bonnes intentions[12].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Dumézil 1995, p. 487.
  2. Dumézil 1995, p. 499.
  3. Dumézil 1995, p. 507.
  4. Dumézil 1986, p. 156-157.
  5. Dumézil 1986, p. 157-158.
  6. Dumézil 1986, p. 159.
  7. a et b Dumézil 1995, p. 490.
  8. Dumézil 1995, p. 493.
  9. Dumézil 1995, p. 495-496.
  10. Borgne, manchot, boiteux: des démons primordiaux aux dieux tonnants, Patrice Lajoye, academia.edu, 2006
  11. Yves Bonnefoy, Dictionnaire des mythologies et des religions des sociétés traditionnelles et du monde antique, 1999, p.1548-1549
  12. Dumézil 1995, p. 511.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges Dumézil (éd.), Le Livre des héros. Légendes sur les Nartes, Paris, Gallimard-Unesco, 1965.
  • Georges Dumézil, Loki, Paris, Flammarion, , 259 p. (ISBN 2-08-081342-0)
  • Georges Dumézil, Mythes et Dieux des Indo-Européens (textes réunis et présentés par Hervé Coutau-Bégarie), Flammarion, , 319 p. (ISBN 2-08-081232-7)
  • Georges Dumézil, Mythe et Épopée I. II. III., Gallimard, , 1463 p. (ISBN 978-2-07-073656-0)