Bataille du confluent

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Bataille du confluent
Description de cette image, également commentée ci-après
Bataille du Rhône, entre le roi arverne Bituit et les troupes romaines. Miniature médiévale issue du Speculum historiale de Vincent de Beauvais. BnF.
Informations générales
Date
Lieu Environs du confluent Rhône-Isère
Issue Victoire romaine
Belligérants
République romaineAllobroges
Arvernes
Commandants
Quintus Fabius Maximus AllobrogicusBituitos
Forces en présence
30 000 légionnaires et éléphants de guerreInconnues
Pertes
inconnues120 000-150 000 morts (selon les sources romaines)

La bataille du confluent est une bataille s'étant déroulée en 121 av. J.-C., opposant les troupes alliées des peuples arverne et allobroge aux légions romaines du consul Q. Fabius Maximus[1]. Les Arvernes étaient menées par le roi Bituit selon Tite-Live (Épitomé, 61).

Le combat est gagné par les troupes romaines et permet ainsi à Rome d'annexer le Sud de la Gaule, depuis la côte méditerranéenne jusqu'au cours moyen du Rhône (), donnant ainsi naissance à la Provincia Romana ou Narbonnaise.

Contexte[modifier | modifier le code]

À l'appel de la ville alliée de Massalia, Rome est intervenue en Gaule contre les Salyens, cette tribu gauloise occupant l'espace des Bouches-du-Rhône actuelles. Mais leurs chefs se réfugient chez les Allobroges, occupant l'actuel Dauphiné. Ceux-ci refusent de livrer les fugitifs. Rome entre alors en guerre contre les Allobroges et leurs alliés Arvernes.

Prémices[modifier | modifier le code]

Fuite de Bituit devant Fabius, miniature médiévale issue du Speculum historiale de Vincent de Beauvais. XIVe siècle, BnF.

Domitius Ahenobarbus s'est d'abord heurté victorieusement aux seuls Allobroges « ad oppidum Vindalium » selon Tite-Live[2] (). Ce lieu doit être recherché au nord de la Durance, près du confluent de la Sorgue.

Une seconde bataille va opposer les forces gauloises aux Romains de Fabius Maximus l'année suivante (121), plus au nord près du confluent de l'Isère. Le lieu (voir ci-dessous) est souvent situé dans la plaine entre Pont-de-l'Isère et le village de Chanos-Curson, au carrefour des Sept Chemins.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Les sources romaines décrivant la mise en place des troupes renvoient au chiffre de 200 000 hommes pour les deux peuples celtes alliés et 30 000 soldats, dont de nombreux vétérans, dans le camp romain.

Après avoir traversé le fleuve, les Gaulois sont bousculés par les troupes romaines et leur logistique inédite, pour les alliés celtes, ainsi que par les éléphants. Leur débâcle est renforcée par l'effondrement du pont de bateaux ayant servi à traverser le cours d'eau. Le roi Bituit sonne la retraite et seulement 50 000 hommes réussissent à franchir le fleuve, à côté d'un grand nombre de leurs frères d'armes qui se noient à la suite de l'effondrement du pont et talonnés par les Romains[3].[réf. à confirmer]

Les chiffres donnés par les auteurs latins sont colossaux et manifestement exagérés, ils oscilleraient entre 120 000 et 150 000 morts du côté gaulois[4]. Il faut néanmoins noter que si les chiffres avancées par les scribes romains peuvent être sujets à caution, il n'en demeure pas moins que la bataille en question montre l'importance des troupes celtes, qui en cas de guerre mènent des levées chez tout le peuple donnant ainsi des effectifs énormes à leurs troupes.

Lieu de la bataille[modifier | modifier le code]

Le champ de bataille est situé par Strabon[5], « au point de jonction de l'Isar, du Rhône et du mont Cemmène », le dernier désigne sans doute le Massif central, et plus précisément son contrefort Est.

Conséquences[modifier | modifier le code]

À la suite de cette bataille, le roi Bituit et son fils Congonnetiacus sont faits prisonniers et fixés à résidence à Albe, en Italie, pour éviter un retour dans leur terre[6].

« Comme le roi lui-même s'était rendu à Rome pour donner réparation au Sénat, on l'envoya à Albe pour être détenu, parce qu'il semblait contraire à la paix de le renvoyer en Gaule. On décida aussi d'arrêter son fils Congonnetiacus [...]. »

— Tite-Live, Histoire romaine ; Livre 61

Cette défaite des Gaulois est décisive pour la domination de Rome dans le sud-est de la Gaule transalpine. Le territoire allobroge, notamment les régions de Vienne et Grenoble, est annexé. Pour cette victoire, Fabius Maximus recevra le surnom de Allobrogicus. La conquête de cette partie de la Gaule préfigure la création de la province de Narbonnaise.

Les trophées[modifier | modifier le code]

Plusieurs auteurs antiques parlent de l'érection en territoire ennemi de trophées militaires romains, bornes décorées d'armes prises à l'ennemi[7]. Il s'agit d'une tradition nouvelle, d'inspiration hellénique, destinée à frapper les esprits des vaincus. Ces monuments furent élevés, selon Florus et Strabon, au lieu même de la bataille. Pour Florus ils consistent en de simples tours de pierre, alors que Strabon signale un ensemble monumental composé d'un trophée de marbre blanc et de temples à Mars et Héraclès (Hercule)[8],[5].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Orose, Hist. V, 13, 2
  • (grc) Strabon, Géographie, , livre IV, chapitre 1, section 11 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Pline, H.N., VII, 166
  • Tite Live, Periochae, 61.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Christine Delaplace et Jérôme France, Histoire des Gaules : VIe s. av. J.-C. : VIe s. ap. J.-C., Paris, Armand Colin, 1995 (1re éd.) ; 2016 (dern. éd.) (ISBN 978-2-200-61589-5, lire en ligne)
  2. Tite-Live, Epitomé LXI. « Cn. Domitius procos. Adversus Allobrogas ad oppidum Vindalium feliciter pugnauit » : « Le proconsul Cn. Domitius remporta un succès contre les Allobroges, près de la ville de Vindalium. »
  3. Lorànt Deutsch, Hexagone, Neuilly-sur-Seine, Éditions Michel Lafon, , 458 p. (ISBN 978-2-7499-1783-2, lire en ligne)
  4. Alain Meurant et Michel Mazoyer, Figures royales des mondes anciens : actes de la journée d'étude du 13 novembre 2009 à l'université Charles-de-Gaulle-Lille 3, Paris, Éditions L'Harmattan, , 224 p. (ISBN 978-2-343-00291-0, présentation en ligne)
  5. a et b Strabon. Géographie, IV, 1, 11. « À l'endroit où se rencontrent l'Isar, le Rhône et le mont Cemmène… il (Fabius) dressa sur le lieu même un trophée de marbre blanc et deux temples consacrés un à Mars, l'autre à Héraclès. »
  6. Laurent Lamoine, Le pouvoir local en Gaule romaine, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise-Pascal, , 468 p. (ISBN 978-2-84516-371-3, lire en ligne), p. 143
  7. Le plus célèbre est le Trophée de la Turbie, rappelant les victoires d'Auguste dans les Alpes.
  8. FLORUS I, 37, 6, XXX : « Domitius Aenobarbus et Fabius Maximus, ipsis quibus dimicaverant in locis, saxeas erexere turres et desuper exornata armis hostilibus tropea fixere » : « Dominius Aenobarbus et Fabius Maximus élevèrent des tours de pierre sur l'emplacement même des champs de bataille et y dressèrent des trophées ornés d'armes ennemies. »