Bataille de l'Artois (automne 1915)

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Bataille de l'Artois
Informations générales
Date du 15 septembre au
Lieu Artois, France
Issue Indécise
Belligérants
Drapeau de la France France
Drapeau du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande Royaume-Uni
Drapeau de l'Empire allemand Empire allemand
Commandants
Drapeau de la France Général d'Urbal
Drapeau du Royaume-Uni Douglas Haig
Drapeau de l'Allemagne Kronprinz Rupprecht
Forces en présence
Xe armée française
17 divisions
1ère armée anglaise
13 divisions
6e armée allemande
16 divisions
Pertes
France : 48 000 hommes
Royaume-Uni : 50 000 hommes
20 000 hommes

Première Guerre mondiale

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Bataille de l'Atlantique
Coordonnées 50° 30′ Nord 2° 45′ Est / 50.5, 2.75

La bataille de l'Artois de l'automne 1915 (Troisième bataille d'Artois[1]), est une bataille qui eut lieu du 15 septembre au 4 novembre 1915, sur le Front Ouest, pendant la Première Guerre mondiale. Elle opposa la Xe Armée française et la 1ère armée anglaise à la VIe Armée allemande. La bataille de l'Artois s'inscrivait dans le cadre de l'offensive française menée pendant la seconde bataille de Champagne.

Contexte[modifier | modifier le code]

En juillet 1915, d'une part, pour poursuivre l'offensive de Gorlice-Tarnów sur le front de l'Est, les Allemands prélèvent des unités à l'Ouest, d'autre part, l'arrivée d'une 3e armée anglaise permet le retrait de la 2e armée française et sa mise au repos. Joffre peut donc envisager une grande opération:

Le haut commandement espérait la rupture du front suivie d'une offensive générale.

Préparation de la bataille[modifier | modifier le code]

L'offensive d'Artois nécessite le déplacement de onze divisions et de trois corps d'armée. Tous les soldats sont déplacés par voie ferrée, ce qui nécessite la mise en marche de 592 trains. Les troupes sont prélevées dans les régions de Villers-Cotterêts, Jonchery, Charmes, Épernay et Verdun. Elles débarquent autour d'Amiens, de Doullens et de Saint-Pol[2].

Forces en présence[modifier | modifier le code]

Champ de bataille[modifier | modifier le code]

Le 25 septembre à midi, la 10e armée française attaque en direction de Vimy, la 1re armée anglaise en direction de Loos. Les deux armées doivent déborder Lens, grand centre minier, par le nord et par le sud.

Déroulement de la bataille[modifier | modifier le code]

Attaque française[modifier | modifier le code]

French attack in Artois, September 1915.jpg

Le 25 au soir, la gauche du 33e Corps d'Armée a pris le château de Carleul et le cimetière de Souchez et le 21e Corps d'Armée a atteint la route Souchez-Angres.
Le 27, les Allemands évacuent Souchez et le 21e Corps d'Armée occupe une partie du bois en Flache et celui de Givenchy.
Le 28, les 58e et 77e divisions d'infanterie (33e CA) s'emparent des hauteurs de la crête de Vimy et la 6e division d'infanterie, de son côté arrive jusqu'à la cote 140.
Début octobre, les contre-attaques allemandes entraînent de lourdes pertes. Les Français ont enlevé la première ligne allemande sur une largeur de 9 kilomètres environ, le terrain gagné atteignant parfois en profondeur 2 kilomètres. On estime que les pertes françaises s'élèvent à 48 000 hommes et celles des Allemands à 30 000.

Attaque anglaise[modifier | modifier le code]

Dans le cadre de cette grande offensive, la Ire armée du général sir Douglas Haig lance une attaque entre Lens et le canal de la Bassée (c'est le début de la bataille de Loos). Les Britanniques, à court de munitions d'artillerie, utilisent le gaz pour la première fois dans la guerre. Cependant, des vents contraires renvoient une partie du gaz sur les lignes britanniques, et le terrain, des villages fortifiés et des terrils, rend la progression difficile. Le troisième jour, ils ont avancé de plus de 3 500 m et les troupes d'assaut s'emparent partiellement de la redoute de Hohenzollern[3], du village de Loos, et de la colline 70. La deuxième ligne allemande résiste cependant. Les Français venus apporter du renfort aux Britanniques avancent lentement et leur attaque le matin du 26 septembre est contrée. Les contre-attaques allemandes permettent de reprendre la redoute de Hohenzollern. Les combats se poursuivent en octobre.

Contre-attaque allemande[modifier | modifier le code]

L'attaque dirigée par les Allemands contre les lignes franco-britanniques le 8 octobre et renouvelée plus mollement le 9 a été une des opérations les plus sérieuses et les plus largement conçues qu'ils aient menées depuis longtemps dans la région. Le maréchal French a indiqué dans son rapport que les troupes françaises ont occupé depuis quelque temps, sur sa demande, le secteur compris entre l'ancienne gauche de la ligne française, au Sud ; et Loos, incluse, au Nord. L'attaque du 8 octobre avait pour objet de réoccuper les conquêtes récentes de l'armée britannique, depuis la redoute Hohenzollern jusqu'à Loos comprise. Des interrogatoires de prisonniers ont même appris que si l'objectif immédiat de l'attaque ne consistait que dans cette reprise du terrain, tout était préparé, matériel et personnel, et amené à pied-d'œuvre pour exploiter à fond le succès escompté, prendre en flanc et mettre ainsi en péril les récentes conquêtes françaises de mai et de septembre.

Cette attaque, qui a un peu différé des précédentes, présente quelques caractéristiques intéressantes. Un bombardement assez violent, intermittent, mais sans arrêts de longue durée, était opéré par l'ennemi depuis plusieurs jours. Ce bombardement était dirigé sur les premières lignes - soutiens compris - d'une part, et d'autre part sur les cantonnements de repos (ce dernier procédant par rafales, destiné à produire un effet brutal de surprise terrifiante).

Le 8 octobre, après une matinée relativement calme, un tir extrêmement violent et rapide de tous les calibres fut déclenché sur nos lignes, à midi. Ce tir comprenait des obus d'un calibre inusité : il tomba des obus de 380 et de 305. Les effets de ces obus, ainsi que de très nombreux projectiles de 210 et de 150 qui nous arrivèrent, ont été très au-dessous de ce que l'assaillant pouvait en espérer comme destruction de vies humaines.

Vers h 30 de l'après-midi, le tir devint d'une intensité vraiment extraordinaire. C'était bien le « trommelfeuer », le feu tambourinant, suivant le pittoresque surnom que lui ont trouvé les Allemands. Pendant ce temps, la deuxième ligne et les villages les plus rapprochés étaient soumis à un déluge d'obus suffocants, destinés à empêcher le tir de l'artillerie et l'arrivée des renforts. Ce barrage était si sérieux que l'odeur persistait, fétide et entêtante, trente-six heures après le bombardement.

À h 10, la première vague allemande couronnait les tranchées de départ construites en avant de la ligne ennemie pendant les nuits précédentes. La fusillade éclatait aussitôt dans les tranchées françaises et britanniques, mais aussi hâtive et nerveuse que nourrie. Les hommes tiraient dans le bleu. Pendant que les officiers calmaient ce premier énervement, faisaient ajuster le tir et régulariser la densité d'occupation des tranchées, la deuxième vague d'assaut suivait la première à 150 mètres; la troisième ne tardait pas à paraître. Ces trois vagues étaient constituées par des hommes placés coude à coude. Disons tout de suite que la première vague, disloquée et fauchée par les feux d'infanterie et de mitrailleuses, se confondit rapidement avec la deuxième. D'importants éléments de cette dernière parvinrent, grâce à des ondulations de terrain et à de hautes luzernes, jusqu'au contact presque immédiat de notre ligne en certains points. Le combat se poursuivit à la grenade. Un poste d'écoute fut même submergé par les assaillants, mais un seul obus de 75, tombant dans ce poste, tua tous les Allemands qui y avaient pénétré. La troisième vague ne put pas s'approcher des tranchées, le barrage foudroyant de notre artillerie l'ayant immobilisée puis détruite. Peu de temps après l'apparition de la troisième vague, se montrèrent les réserves, ou plutôt le deuxième échelon, en colonnes denses. Ces colonnes, accueillies par le feu qui les atteignait par-dessus les premières vagues - toutes les balles trop longues étaient pour elles, - hésitèrent, oscillèrent et finalement se mirent à l'abri dans quelques bâtiments isolés, dont les murs de briques suffisaient à arrêter les balles. Le commandant d'une des compagnies de première ligne, dont le téléphone avait été détruit au début de l'action, put le faire réparer à temps et prévenir l'artillerie que des masses très compactes se pressaient dans la zone de sécurité relative ainsi constituée. Une rafale formidable d'obus moyens et gros s'abattait bientôt sur ces bâtiments, où des centaines de fantassins ennemis furent écrasés. Les débris des unités qui y avaient cherché refuge se sauvèrent en désordre sur la route de Lens à la Bassée, poursuivis par les shrapnells. L'attaque était enrayée, elle allait bientôt se terminer complètement. Elle avait duré presque une heure entière, durée extrêmement longue pour la partie violente d'une action aussi meurtrière. Meurtrière, elle l'a été: devant le front d'une seule compagnie et dans une zone voisine de la tranchée, 300 cadavres ont été comptés dans la nuit qui a suivi. Or, lès victimes de l'artillerie, bien plus nombreuses, sont impossibles à dénombrer, étant situées au voisinage de la tranchée allemande. Les blessés ont afflué à Lens et dans toute la région, au dire des prisonniers. Deux régiments saxons qui attaquaient sur le front des deux compagnies accrochées aux pentes de, la cote 70, à l'Est de Loos, ont perdu presque tous leurs officiers. L'un d'entre eux, le 10G0 R.I.R., n'avait plus que six ou sept officiers lorsqu'il a quitté le secteur.[réf. nécessaire]

Le récit de l'affaire terminé - car la faible et désespérée tentative d'attaque qui se produisit le lendemain matin, à h 10, ne saurait se comparer au gros et sanglant effort du 8, - il est intéressant de relever quelques remarques faites par les officiers de première ligne. Les hommes de la première vague portaient pour armement, outre les habituelles musettes à grenades et les bombes munies d'un long manche de bois fixé à la ceinture, une masse d'armes, formée d'un lourd cylindre d'acier terminé par une pointe et emmanché sur un manche de bois dur, que retenait au poignet une dragonne. Les hommes de la deuxième vague, destinés à occuper les tranchées conquises, avaient l'équipement complet - sans sac. Ceux de la troisième vague et- les suivants, destinés à pousser de l'avant, avaient l'équipement complet de campagne. Aucun ne portait le casque. Les casques étaient emmagasinés à Lens.[réf. nécessaire]

Les hommes d'assaut se sont avancés avec un grand courage et un esprit de sacrifice évident. Néanmoins, plusieurs détails décèlent un affaiblissement de l'esprit agressif qui était resté, durant de longs mois, une des plus belles caractéristiques du soldat allemand : les officiers qui, normalement, dans l'ordre de bataille allemand, doivent se placer derrière la ligne d'assaut pour surveiller la marche et pousser les hésitants, ont dû, pour susciter un élan devenu moins irrésistible, se porter en avant, se dresser au-dessus des hommes couchés entre deux bonds, agiter leur sabre nu ; ils ont presque tous payé de leur vie cet héroïsme, rendu nécessaire par les défaillances de la troupe. La troupe d'assaut ignorait complètement le terrain. Pour éviter la démoralisation que produit une réflexion trop prolongée, les hommes ont été tenus, jusqu'à la veille au soir du jour fixé, dans l'ignorance absolue de l'attaque et du terrain, dont la connaissance leur eût assurément enlevé la confiance. Les hommes ont été tenus dans l'ignorance de l'ennemi qu'ils avaient à combattre. Les officiers leur avaient annoncé que l'artillerie était peu nombreuse. Enfin, un signe certain de l'affaiblissement des effectifs a été relevé : les divisions qui ont donné l'assaut dont il est question avaient attaqué, avec de grandes pertes, très peu de jours avant, devant Souchez et Lorette.[réf. nécessaire]

L'attaque, d'autre part, devait être renouvelée le lendemain matin, après qu'une nuit de veille et d'attente énervante aurait diminué la valeur des troupes de défense. Cette attaque, dépourvue d'éléments frais en nombre suffisant, ne fut qu'esquissée, et son seul résultat fut d'amener de nouvelles pertes, même dans la tranchée de départ, où se massaient des formations qui furent gravement atteintes, sans même sortir, par le tir de notre artillerie. Le mouvement offensif était terminé. Son échec était complet. Les troupes de défense avaient déjà de fortes raisons d'estimer très lourdes les pertes qu'elles avaient causées à l'assaillant, lorsqu'un document allemand, trouvé sur un officier tué quelques jours après, dépassa toutes les espérances. Les troupes allemandes qui ont exécuté les attaques du 8 et du 9 octobre ont perdu, outre la presque totalité des officiers, 80 pour 100 de leur effectif.[réf. nécessaire]

Hohenzollern Redoubt October 1915 map.jpg

Du 13 au 14 octobre, la 46e division britannique s'empare d'une partie de la redoute de Hohenzollern tenue par les Allemands à la fin de la bataille de Loos, et repousse les contre-attaques allemandes. Les pertes britanniques s'élèvent à 62 000 hommes, tandis que les pertes allemandes comptent environ 26 000 tués, blessés ou prisonniers. Le commandant du corps expéditionnaire britannique, le maréchal sir John French est accusé d'avoir fait mauvais usage de ses réserves pendant les combats et les réclamations pour le remplacer se multiplient

Bilan[modifier | modifier le code]

« Une des causes principales de l'échec de ces offensives de septembre [Champagne et Artois] fut qu'on n'avait pu réaliser la « surprise stratégique ». Les travaux d'approche effectués pendant plusieurs semaines à l'avance avaient donné aux Allemands l'éveil et leur avaient permis de ramener des renforts de Russie et de préparer sérieusement leur 2e position.
Ces offensives ne furent cependant pas inutiles en ce sens qu'elles permirent aux Russes de reprendre haleine. Elles n'empêchèrent pas néanmoins la Bulgarie de se ranger sous les drapeaux de nos adversaires le 5 octobre. »
Philippe Pétain[4].

Décoration[modifier | modifier le code]

  • ARTOIS 1914-1915, ARTOIS 1915 sont inscrits sur le drapeau des régiments cités lors de cette bataille.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. INVENTAIRE SOMMAIRE DES ARCHIVES DE LA GUERRE 1914-1918 par Jean NICOT, Imprimerie La Renaissance, 1969
  2. Aurélien Prévot, Les chemins de fer français dans la Première Guerre mondiale, Auray, LR Presse, 2014, p. 70 (ISBN 9782903651763)
  3. (de) Hohenzollern-Redoute
  4. La Guerre Mondiale 1914-1918, Philippe Pétain, 2014, Éditions Privat, ISBN 978-2-7089-6961-2

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Aurélien Prévot, Les chemins de fer français dans la Première Guerre mondiale, Auray, LR Presse, 2014, 424 p. (ISBN 9782903651763) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Article connexe[modifier | modifier le code]

  • Lens' 14 - 18, le centre d'interprétation dédié aux événements de la Première Guerre mondiale en Artois et en Flandres française

Lien externe[modifier | modifier le code]