Bataille de Tan-Tan

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Bataille de Tan-Tan

Informations générales
Date 28 -
Lieu Tan-Tan, Maroc
Issue Coup d'éclat politique du Polisario
Belligérants
Drapeau du Sahara occidental RASDDrapeau du Maroc Maroc
Commandants
Drapeau du Sahara occidental Lahbib Ayoub
Drapeau du Sahara occidental Sidi Ahmed El Batal
Drapeau du Maroc Abdelaziz Bennani[N 1]
Drapeau du Maroc Colonel Lahlou
Forces en présence
1 700 hommes
200 véhicules
Quelques centaines d'hommes
Pertes
Au moins 20 mortsAu moins 17 morts
Au moins 14 blessés
1-18 prisonniers
8 civils tués et 9 blessés. 10 femmes enlevées[L 1].

Guerre du Sahara occidental

Batailles

1975
Farsia, Dcheira, Haouza et Mahbes · Lagouira (en)

1976
Argoub · Amgala 1 · Amgala 2 · Aousserd · Laâyoune · Tarfaya · Bir Moghreïn 1 · Zouerate · Bir Moghreïn 2 · Bir Moghreïn 3 · Nouakchott

1977-1978
Offensive du Martyr-El-Ouali (Amgala · Tifariti · Zouerate · Nouakchott · Haouza) · Opération Lamantin · Sidi Amara

1979
Laâyoune · Tan-Tan · Assa · Bir Anzarane · Lebouirate · Smara · Lemgat · Mahbès · Boukraa · Opération Ouhoud

1980
Siège de Zag (Opération Iman) · Boujdour · Akka · Tata · Ras-el-Khanfra · Ras-Lahmira

1981
Guelta Zemmour (mars) · Oum Ghreid · Smara · Guelta Zemmour (oct)

1982
Ras-el-Khanfra · Smara

1983
Lemseied · Smara · Smara-Tifariti · Ain-Lahchich

1984-1985
Dakhla · Z'Moul Niran · Haouza · Mahbès

1987
Farsia · Tichla · Farsia et Oum Dreyga (en)

1988
Oum Dreyga (janvier) · Haouza · Oum Dreyga (septembre)

1989-1991
Guelta Zemmour · Haouza · Amgala · Guelta Zemmour et Amgala · Offensive de Tifariti (en)

Attaques sur le mur des sables (1980-1991)
Coordonnées 28° 25′ 46″ nord, 11° 05′ 53″ ouest

Géolocalisation sur la carte : Maroc

(Voir situation sur carte : Maroc)
Bataille de Tan-Tan

La bataille de Tan-Tan a lieu entre les 28 et opposant les troupes du Front Polisario et l'armée marocaine à Tan-Tan et ses environs au Maroc.

Contexte[modifier | modifier le code]

L'attaque de Tan-Tan est lancé après plusieurs attaques meurtrières menées dans le cadre de l'offensive Houari-Boumédiène. Le Polisario considère que les attaques marocaines dans le Sahara occidetal l'autorise à une réponse armée sur le territoire de l'« agresseur »[1].

Forces en présence[modifier | modifier le code]

Le Polisario engage 1 700 combattants et 200 véhicules[2]. Les indépendantistes utilisent des canons sans recul B-11 de 107 mm, des canons sans recul de 106 mm (en), des canons sans recul B-10 de 75 mm, des bitubes de 23 mm, des mortiers de 120 mm et 82 mm, des mitrailleuses lourdes de 14,5 et 12,7 ainsi que des Kalachnikov[L 1]. L'identité du chef du raid varie selon les sources : Lahbib Ayoub[3] ou Sidi Ahmed El Batal[4].

Les Marocains, s'attendant à une attaque sur Lemsied, y ont déplacé leurs unités. La ville ne compterait qu'une faible garnison d'une trentaine de militaires au moment de l'attaque, sans compter les moghaznis, dépendants du ministère de l'Intérieur marocain[5]. Les forces marocaines sont estimées à quelques centaines de soldats au déclenchement de l'assaut[2]. Le secteur est sous le commandement du colonel Lahlou[5].

Déroulement[modifier | modifier le code]

Attaque sur la ville (28 janvier)[modifier | modifier le code]

L'attaque commence aux alentours de 13h30 le . Quand tout à coup, la colonne sahraouie surgit par le sud et encercle rapidement la ville[2]. Des bases de feu sont installées à 6 ou 7 km de Tan-Tan, et les indépendantistes débutent rapidement le pilonnage de la ville à l'aide d'un armement sophistiqué. Les cibles visés sont principalement le P.C. du commandant du secteur, les casernes ainsi que les positions armées[L 1].

Le Polisario ne déploie pas toutes ses troupes à Tan-Tan. Pour empêcher l'arrivée de renforts, les polisariens installent un barrage sur la route Tan-Tan-Guelmim et attaquent les renforts marocains. Couverts à l'arrière, plusieurs petits groupes d'indépendantistes s'infiltrent dans deux quartiers périphériques de la ville, et attaquant civils et militaires confondus[5]. Les groupes en auraient profité pour saccager et piller un maximum de magasins. Les chars marocains présents ripostent en attendant l'arrivée des renforts[L 1]. Les bombardements du Polisario n'atteignent pratiquement pas les objectifs ciblés[5]. On dénombre alors 20 tués parmi les assaillants et 5 morts parmi les civils sans savoir les pertes du côté marocain de l'armée marocaine[1]. Vers 15h00, des unités provenant de Zag et de Tarfaya atteignent la ville, provoquant le repli général des hommes du Polisario une demi-heure après[L 1]. L'intevention de l'artillerie marocaine arrête le bombardement de la ville par les sahraouis[5].

Combats à Khaloua, Lemsied et Oudel Zita (29 au 31 janvier)[modifier | modifier le code]

Le 29, pendant la retraite des indépendantistes, une partie est interceptée à Khaloua par une unité marocaine, provoquant de nouveaux combats où l'aviation entre en action. L'affrontement dure jusqu'à la nuit tombée[L 1].

Le lendemain, des renforts marocains venus de Lemsied interceptent des indépendantistes au sud-ouest de Tan-Tan, déclenchant d'autres combats. Le 30 janvier, à Oudel Zita, à une soixantaine de kilomètres au sud-est de Tan-Tan, de violents accrochages opposent l'armée marocaine et les maquisards du Polisario jusqu'à la tombée de la nuit[5]. L'aviation marocaines intervient à nouveau pour bombarder les positions ennemies[L 1]. Selon le Polisario, un combat aurait eu lieu à Lemsied le 31 janvier[6].

Bilan et conséquences[modifier | modifier le code]

Les Marocains reconnaissent la perte, dans les combats à Tan-Tan même, de 4 militaires tués, 14 militaires blessés et 13 moghaznis tués ainsi que la capture d'un policier. En outre, 8 civils sont morts et 9 blessés tandis que 13 femmes ont été enlevées par les polisariens, dont 3 ont réussi à s'enfuir[5],[L 1].

Selon le Polisario, les militaires marocains déplorent 314 tués, 300 blessés et 18 prisonniers, tandis que 118 prisonniers sahraouis auraient été libérés[6]. Louis Gravier, journaliste du Monde venu sur place, constate que le communiqué exagère notamment les destructions subies par la ville et qu'il qualifie par exemple l'agent de police capturé de « commissaire de police de la province »[5]. Le Polisario revendique aussi 48 tués, 30 blessés et un chasseur F-5 Freedom Fighter dans les combats de Lemsied[6].

Selon les estimations marocaines, 200 combattants du Polisario auraient été tués dans les combats et 100 véhicules détruits[5]. Un important matériel de guerre aurait été abandonné par les indépendantistes selon l'écrivan Attilio Gaudio[L 1].

Après cette attaque en territoire marocain non contesté, tous les partis politiques, notamment l'Istiqlal et l'USFP, appellent à l'union nationale[7]. Le colonel Abdelaziz Bennani, commandant des opérations, est démis de ses fonctions après l'attaque[8]. L'attaque soulève des questions parmi la population marocaine et les politiciens marocains s'interrogent sur les capacité et la stratégie des forces armées royales[L 2].

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Commandant de la zone sud

Sources bibliographiques[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h et i Gaudio, p. 315.
  2. Santucci, p. 407.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Louis Gravier, « Rabat voit dans l'attaque de Tan-Tan par le Polisario l'œuvre de l'aile dure du F.L.N. algérien », Le Monde,‎ , p. 6 (lire en ligne)
  2. a, b et c Abdelahad Sebti, « Sahara : Quand le Maroc a failli perdre la guerre », Zamane, no 35,‎ (lire en ligne)
  3. François Soudan, « Sahara Le Retour du guerrier : Pour la première fois depuis son ralliement au Maroc, Lahbib Ayoub, l'ancien chef militaire du Polisario, parle », L'intelligent (Jeune Afrique), no 2180,‎ , p. 34 (lire en ligne)
  4. ALM, « Ramadan à Tindouf : Les maîtres de Tindouf (3) », sur aujourdui.ma,
  5. a, b, c, d, e, f, g, h et i Louis Gravier, « La ville de Tan-Tan ne paraît pas avoir gravement souffert de l'attaque du Polisario », Le Monde,‎ , p. 4 (lire en ligne)
  6. a, b et c D.J., « Le Polisario fait état d'une nouvelle victoire contre les troupes de Rabat », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  7. Louis Gravier, « Les partis marocains appellent à l'union nationale après l'attaque de Tan-Tan », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  8. Tony Jaques, « Tan-Tan : 1979 : Western Sahara wars », dans Dictionary of Battles and Sieges : A Guide to 8,500 Battles from Antiquity through the Twenty‐First Century, vol. 3 : P-Z, Greenwood Press, (ISBN 0-313-33539-7, lire en ligne), p. 995

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Attilio Gaudio, Guerres et paix au Maroc: reportages, 1950-1990, Karthala Editions, , 439 p. (lire en ligne)
  • Jean-Claude Santucci, « Chronique politique Maroc », Annuaire de l'Afrique du Nord, Éditions du CNRS, vol. 1978,‎ , p. 385-409 (lire en ligne)