Bataille de Malakoff

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Bataille de Malakoff
Un drapeau français criblé de trous est dressé par plusieurs soldats sur un monticule de terre dont les pentes sont parsemées de cadavres.

La prise de Malakoff
Peinture d'Horace Vernet (1858)

Informations générales
Date (1er assaut)
(2e assaut)[n 1]
Lieu Sébastopol (Empire russe)
Issue Victoire russe (1er assaut)
Victoire française décisive (2e assaut)
Belligérants
Drapeau de l'Empire français Empire français
Drapeau du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande Royaume-Uni
Drapeau de l'Empire russe Empire russe
Commandants
Drapeau de la France Aimable Pélissier
Drapeau du Royaume-Uni Lord Raglan
Drapeau du Royaume-Uni William Codrington
Drapeau de l'Empire russe Mikhaïl Gortchakov
Forces en présence
1er assaut[n 2] :
Drapeau de la France 24 000 hommes
Drapeau du Royaume-Uni 4 000 hommes

2e assaut[n 3] :
Drapeau de la France 50 000 hommes
Drapeau du Royaume-Uni 10 000 hommes
1er assaut[n 2]:
Drapeau de l'Empire russe 11 000 hommes


2e assaut[n 3] :
Drapeau de l'Empire russe 50 000 hommes
Pertes
1er assaut[n 4] :
Drapeau de la France 3 500 hommes
Drapeau du Royaume-Uni 1 500 hommes

2e assaut[n 5] :
Drapeau de la France 7 500 hommes
Drapeau du Royaume-Uni 2 500 hommes
1er assaut[n 4] :
Drapeau de l'Empire russe 1 500 hommes


2e assaut[n 5] :
Drapeau de l'Empire russe 12 000 hommes

Guerre de Crimée

Batailles

Chronologie de la Guerre de Crimée
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Coordonnées 44° 36′ 14″ nord, 33° 32′ 57″ est

Géolocalisation sur la carte : Crimée

(Voir situation sur carte : Crimée)
 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille de Malakoff.

Géolocalisation sur la carte : Europe

(Voir situation sur carte : Europe)
 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille de Malakoff.

La bataille de Malakoff ([n 1]) fut l'affrontement décisif du siège de Sébastopol durant la guerre de Crimée. La victoire française contre les défenseurs russes entraina la chute de la ville et contribua à hâter la fin du conflit.

Malakoff (en russe : Малахов[n 6]) est le nom donné à une colline située à proximité du port militaire de Sébastopol en Crimée. Après le début du siège de la ville par les troupes françaises et britanniques en septembre 1854, les Russes érigèrent des défenses qui finirent par former un vaste réduit large de 150 mètres et profond de 350 au sommet de la colline. Point culminant de la ligne fortifiée défendant Sébastopol, Malakoff était l'élément central du système défensif russe et les Français, qui étaient déployés face à lui, mirent tout en œuvre pour le capturer. Le 8 juin, les Français s'emparèrent des redoutes que les Russes avaient érigées en avant de Malakoff pour le protéger et planifièrent un assaut direct pour le 18 juin, jour anniversaire de la bataille de Waterloo.

Mal préparée et coordonnée, cette attaque, concomitante avec un assaut britannique contre la fortification adjacente du Grand Redan, fut un sanglant revers où les Français perdirent au moins 3 500 hommes. Désireux de prendre la ville avant le retour de l'hiver, les Alliés redoublèrent d'efforts pour affaiblir les défenseurs et les tranchées françaises se rapprochèrent jusqu'à seulement 25 mètres du fossé de Malakoff. Après une intense préparation d'artillerie, les Alliés déclenchèrent un assaut général contre l'ensemble de la ligne défensive le 8 septembre. Les Russes furent surpris et abandonnèrent plusieurs positions clés mais une violente contre-attaque leur permit de reprendre les redoutes perdues. À la fin de la journée, seul Malakoff était encore occupé par les Français mais son importance était telle que les Russes décidèrent d'évacuer immédiatement Sébastopol. Les Alliés entrèrent ainsi dans la ville abandonnée et en ruine le 12 septembre tandis que les combats en Crimée se poursuivirent de manière sporadique jusqu'à la signature du traité de Paris le 30 mars 1856.

En France, la victoire de Malakoff fut célébrée par la construction de « tours Malakoff » dans tout le pays et son nom fut donné à une ville. En Russie, son nom est associé à ce qui est appelé la « défense héroïque de Sébastopol » et la colline accueille aujourd'hui plusieurs mémoriaux commémorant la bataille et le siège.

Contexte[modifier | modifier le code]

Guerre de Crimée[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre de Crimée.

La politique agressive de la Russie à l'encontre de l'Empire ottoman inquiétait le Royaume-Uni et la France depuis de nombreuses années. Au printemps 1853, la Russie demanda à Constantinople de lui accorder le droit de protéger l'importante minorité chrétienne orthodoxe résidant dans l'Empire. Lorsque ce dernier refusa ce qui équivalait à la création d'un protectorat russe sur les provinces européennes de l'Empire, l'armée russe envahit les principautés danubiennes sous suzeraineté ottomane en juin 1853[18]. Les puissances européennes tentèrent de régler la crise diplomatiquement mais l'Empire ottoman déclara la guerre à la Russie le 4 octobre[19]. À la fin du mois, la destruction d'une flottille ottomane dans le port de Sinope par la flotte russe de la mer Noire de l'amiral Pavel Nakhimov déclencha la colère de Londres et de Paris[20] ; les deux pays déclarèrent la guerre à la Russie en février 1854[21]. Pour soutenir l'Empire ottoman et protéger Constantinople, un corps expéditionnaire fut déployé près de Varna non loin du front du Danube et en mai, 30 000 Français et 20 000 Britanniques étaient présents sur place[22]. Cette présence occidentale, l'attitude de plus en plus hostile de l'Autriche voisine et l'échec des assauts contre la forteresse ottomane de Silistra convainquirent le tsar Nicolas Ier de la nécessité d'évacuer les principautés danubiennes à la fin du mois de juin 1854[22]. Les principautés furent occupées par l'Autriche — qui les rendit à l'Empire ottoman à la fin de la guerre — mais avec la fin de la menace russe, les Français et Britanniques se demandèrent si les efforts entrepris pour acheminer 50 000 hommes en mer Noire n'avaient pas été inutiles[23]. Les troupes n'avaient en effet pas combattu et le choléra fit plusieurs milliers de morts durant l'été[24]. Après avoir étudié plusieurs stratégies pour infliger une sévère défaite à la Russie pour l'empêcher de menacer à nouveau l'Empire ottoman, les Alliés décidèrent de détruire la flotte de la mer Noire et son port d'attache de Sébastopol[25]. Le corps expéditionnaire prit ainsi la mer en direction de la Crimée où il débarqua le 14 septembre à Eupatoria à 45 kilomètres au nord de Sébastopol[26].

Malakoff[modifier | modifier le code]

Malakoff (en russe : Малахов[n 6]) est le nom donné à une colline haute d'une centaine de mètres dans la partie est de la ville de Sébastopol également appelée « faubourg Karabelnaya ». Cette appellation viendrait d'un certain Michel Malakoff, un marin dont la maison se trouvait sur le flanc de la colline qui porte aujourd'hui son nom[n 7]. Pour protéger la ville contre une attaque terrestre, les Russes décidèrent en 1834 la construction d'une ligne fortifiée de sept kilomètres et composée de huit bastions disposés en arc de cercle sur les hauteurs au sud de Sébastopol. La construction de la ligne fortifiée prit cependant beaucoup de retard et moins d'un quart des défenses prévues avait été créées lors du débarquement des Alliés en Crimée en septembre 1854. Édouard Totleben, l'ingénieur en chef en charge des défenses, estima à ce moment qu'« il n'y avait quasiment rien pour empêcher l'ennemi d'entrer dans la ville[35],[36] ». Au sommet du mamelon Malakoff, les défenses se limitaient à une simple tour en pierre dont la construction avait été financée par les marchands de la ville. De forme circulaire avec l'arrière en queue d'aronde, la tour avait un diamètre d'une quinzaine de mètres et était haute d'environ neuf mètres avec des murs d'une épaisseur allant de 90 à 150 centimètres. Elle comptait deux étages dotés d'une cinquantaine d'embrasures et une terrasse sur le toit où étaient déployés cinq canons de 18 livres. La tour abritait par ailleurs une chapelle, des magasins abritant des provisions et des munitions, un hôpital de campagne et l'état-major de l'amiral Vladimir Istomine[37]. Un remblai et un glacis protégeaient l'approche de la fortification qui devint pour tous les belligérants la « tour Malakoff[38]».

Début du siège[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Siège de Sébastopol.
Carte d'ensemble du siège de Sébastopol
Carte centrée sur le front de Malakoff

Après la défaite de l'Alma le 20 septembre, la paniqua gagna le camp russe et toute la main d'œuvre disponible — soldats, marins, prisonniers, civils et même les prostituées et les enfants — fut mise à contribution pour jour et nuit creuser des tranchées, construire des remparts, aménager les positions et déployer les canons récupérés sur les navires de la flotte[39]. Un bastion fut ainsi construit autour de la tour Malakoff avec des tranchées le reliant aux positions voisines du Petit Redan et du Grand Redan[40]. Dans le même temps, les troupes françaises et britanniques se déployèrent sur les hauteurs au sud de Sébastopol et le 17 octobre, elles déclenchèrent un violent bombardement qui détruisit en partie l'étage supérieur de la tour Malakoff[41]. Les bastions subirent également d'importants dégâts mais il apparut rapidement que les remblais en terre sans clayonnage ou fascinage absorbaient l'énergie des boulets et pouvaient facilement être reconstitués en remblayant les portions endommagées[42]. L'historien Camille Rousset note ainsi « l'aptitude singulière des Russes à remuer et à façonner la terre » : les destructions du jour étaient invariablement réparées et renforcées durant la nuit[43],[44].

Voyant les faibles résultats du bombardement allié, les Russes tentèrent à deux reprises de briser l'encerclement de Sébastopol mais leur tentative à Balaklava le 25 octobre fut peu concluante tandis que leur assaut à Inkerman le 5 novembre fut un désastre. Les pertes alliées furent également lourdes et les deux camps épuisés renoncèrent à toute action majeure alors que l'hiver s'installait en Crimée. L'incurie de la logistique associée au climat hivernal provoquèrent une hécatombe chez les belligérants. Les Britanniques furent particulièrement touchés et au début du mois de janvier 1855, 16 000 des 30 000 soldats britanniques étaient hospitalisés[45]. Durant l'automne, les Britanniques occupaient les positions à l'est de la ville face au faubourg Karabelnaya et à Malakoff tandis que les Français se trouvaient sur les hauteurs à l'ouest mais devant l'effondrement des capacités militaires britanniques, il fut décidé en février 1855 que les Français se déploieraient sur l'intégralité des lignes d'attaque de la ville à l'exception de celles face au Grand Redan que les Britanniques conservèrent[46].

À l'automne 1854, les efforts français s'étaient portés sur le bastion no 4 dit « du Mât » mais au début de l'année suivante, les Alliés réalisèrent que Malakoff représentait l'élément central du système défensif russe car le bastion occupait le point le plus élevé de la ligne fortifiée. En en prenant le contrôle, les Alliés pourraient prendre à revers toutes les autres défenses russes et menacer l'approvisionnement des défenseurs qui transitait par le port[47]. Les Russes connaissaient également l'importance de la position et ils entreprirent de transformer Malakoff en un redoutable ouvrage défensif[48]. L'étage supérieur de la tour, détruit par le bombardement du 17 octobre fut arasé et recouvert de terre. La zone à l'avant de la tour fut remblayée sur plusieurs mètres de hauteur pour former un bastion doté d'un parapet haut de 3,6 mètres et large de 5 tandis que son approche était couverte par un fossé d'une profondeur de six mètres de profondeur et un large glacis dégagé. Ce fossé, doublé d'une courtine, se prolongeait sur la gauche jusqu'à l'ouvrage du Petit Redan et sur la droite jusqu'au ravin de Karabelnaya au-delà duquel se trouvait l'ouvrage du Grand Redan[49],[50]. Une seconde courtine fut construite à environ 200 mètres en arrière de la première avec un large espace dégagé entre les deux. À l'arrière de la tour Malakoff, les Russes aménagèrent des abris et des magasins recouverts de plusieurs mètres de terre pour protéger les soldats et les munitions des bombardements alliés. Des fossés et des parapets furent également construits à l'arrière pour former un vaste espace fermé profond de 350 mètres et large de 150. Les Russes donnèrent à cette fortification le nom de « bastion Kornilov » d'après l'amiral Vladimir Kornilov tué lors du bombardement du 17 octobre. Le 8 septembre 1855, ce réduit accueillait près de 3 000 hommes manœuvrant 39 canons, 31 caronades et 6 mortiers. Malakoff était par ailleurs soutenu sur la droite par la batterie Gervais dotée de 30 pièces et sur la droite par la batterie Nikiforoff armée de 17 bouches à feu[5],[51].

Prise du Mamelon vert[modifier | modifier le code]

Un officier sabre au clair à la tête d'une une masse compacte de fantassins charge une tranchée
Attaque de la redoute de Selinghinsk par le général Monet
Peinture d'Edme-Adolphe Fontaine (1857)

Au début du mois de février, les Français remplacèrent les Britanniques dans le secteur face à Malakoff où ces derniers n'avaient érigé qu'une redoute et une place d'armes inachevée[46]. Les terrassiers se mirent immédiatement à l'œuvre pour aménager des positions d'artillerie et creuser des tranchées mais cette activité ne passa pas inaperçue chez les Russes et Totleben décida de prendre les devants[52],[53]. Dans la nuit du 21 au 22 février, les Russes érigèrent à l'extrémité du plateau d'Inkerman, une redoute qu'ils nommèrent « redoute Selenguinsk[n 8],[n 9] ». Les Français furent stupéfaits par cette construction qui prenait de flanc tout le terrain devant Malakoff et ils lancèrent une attaque dans la soirée du 23 février. Malgré l'inachèvement de la position, l'assaut fut repoussé et les assaillants perdirent 200 hommes dans l'opération[56]. Moins d'une semaine plus tard, les Russes construisirent une seconde redoute appelée « redoute Volhynie » à 250 mètres en avant de la première. Protégés par ces « ouvrages du Carénage », ils érigèrent le 11 mars une troisième redoute, nommée « redoute Kamtchatka », au sommet de la petite colline du Mamelon vert située à 600 mètres de Malakoff et des premières lignes françaises[59]. Le saillant de Malakoff était devenu un rentrant mais les trois ouvrages devinrent la cible d'intenses bombardements qui obligèrent l'état-major russe à n'y déployer qu'un total de 800 hommes[60].

Combat rapproché autour d'un canon
Prise du Mamelon vert par Ivan Dyagovchenko (1872)

Durant le printemps, les Alliés creusèrent de nouvelles tranchées pour se rapprocher des ouvrages russes tandis que le 19 mai, le commandant français François de Canrobert, jugé trop indécis, fut remplacé par Aimable Pélissier qui décida de concentrer ses efforts sur la prise de Malakoff. Dans l'après-midi du 6 juin, l'artillerie alliée ouvrit le feu sur la redoute Kamtchatka au sommet du Mamelon vert et les ouvrages du Carénage ainsi que contre le bastion du Mât pour masquer aux Russes le lieu de l'attaque[61]. Les tirs s'interrompirent durant la nuit, ce qui permit aux Russes de réparer leurs positions, mais le feu reprit le lendemain de l'aube jusqu'à 16 h. Les fortifications russes étaient alors en ruine et à 18 h 30, les Français s'élancèrent à l'assaut des redoutes du Carénage situées à environ 300 mètres de leurs lignes[62]. Les tirs russes firent des ravages chez les assaillants et le 95e régiment de ligne eut 300 tués ou blessés sur un effectif initial de 1 200 hommes. Les deux ouvrages n'étaient cependant défendus que par 450 hommes et elles furent prises au terme d'un bref combat[63]. Les Russes tentèrent une contre-attaque avec trois bataillons mais elle fut rapidement repoussée[64].

Scène de bataille où des centaines de soldats se battent au corps-à-corps au milieu des explosions. Les nuages de fumée laissent apparaitre une tour imposante à l'arrière-plan
Camaïeu de Victor Adam sur la prise du Mamelon vert

Face au Mamelon vert, les Français traversèrent les 450 mètres de terrain découvert en huit minutes et contournèrent la redoute Kamtchatka qui fut prise à revers[65]. La garnison de 350 hommes, bien qu'encouragée par la présence de l'amiral Pavel Nakhimov, n'était pas en mesure de résister et elle se replia rapidement vers Malakoff et le Petit Redan[66]. Emportés par leur élan, les fantassins français se lancèrent à leur poursuite mais ils furent fauchés par les tirs croisés des deux ouvrages. Certains parvinrent jusque dans le fossé de Malakoff mais la panique gagna les assaillants quand les Russes lancèrent une contre-attaque avec six bataillons. Ces derniers parvinrent à reprendre le Mamelon vert mais l'artillerie alliée décima les troupes massées dans la redoute en ruine et ils en furent chassés par un second assaut français[67],[65]. Dans le même temps, les Britanniques s'emparèrent de l'ouvrage des Carrières situé devant le Grand Redan et repoussèrent deux contre-attaques russes[65]. La nuit mit fin aux combats et le lendemain, une trêve fut organisée pour ramasser les corps[68].

Les pertes du 7 juin s'élevèrent à environ 5 500 Français[n 10], autant chez les Russes et 700 chez les Britanniques mais les Alliés s'étaient emparés des positions couvrant l'accès à Malakoff[4]. En dépit de ces succès, l'empereur Napoléon III fut irrité par le fait que Pélissier n'ait pas tenu compte de ses demandes d'un encerclement complet de Sébastopol avant tout nouvel assaut et son refus de féliciter le commandant-en-chef pour ces victoires fut très mal perçu par ce dernier[69]. Les relations de Pélissier se tendirent également avec ses subalternes. Devant les généraux rassemblés, il réprimanda violemment le général Joseph-Nicolas Mayran dont les troupes n'avaient pas respecté les ordres et s'étaient lancés à l'assaut de Malakoff ; un des officiers présents rapporta que ce dernier quitta la réunion « les larmes aux yeux et une profonde douleur dans l'âme[70] ».

Assaut du 18 juin[modifier | modifier le code]

Préparation[modifier | modifier le code]

Flanc d'une colline aride recouverte de tranchées et de sacs de sables
Photographie de Malakoff réalisée par James Robertson depuis la base du Mamelon vert après la fin du siège

Après la prise des ouvrages extérieurs, Pélissier planifia l'attaque contre Malakoff pour le 18 juin. Cette date n'avait pas été choisie au hasard car elle correspondait au 40e anniversaire de la bataille de Waterloo et une victoire permettrait d'apaiser les tensions historiques entre Français et Britanniques en leur offrant une victoire commune à célébrer[71]. Cette décision liée à des considérations de prestige fut critiqué par les subalternes de Pélissier qui lui firent remarquer que les bastions russes étaient en grande partie intacts et que les assaillants devraient parcourir à découvert plusieurs centaines de mètres avant d'atteindre les positions adverses. Le commandant en chef balaya toutes ces remarques et refusa toute modification du plan ; à la sortie d'une réunion le 16 juin où il n'était pas parvenu à convaincre son supérieur, le général Mayran, dont la division devait attaquer le Petit Redan, indiqua à un de ses collègues : « Maintenant, il n'y a plus qu'à se faire tuer[72] ». De plus, plutôt que de choisir l'expérimenté Pierre Bosquet, présent en Crimée depuis le débarquement, pour commander l'attaque décisive, Pélissier nomma le commandant en chef de la garde impériale, Regnault de Saint Jean d'Angély, arrivé en Crimée seulement quelques semaines auparavant. Ce choix, destiné à plaire à l'empereur, ulcéra le général Louis Jules Trochu qui écrivit que cette décision « fut une honte et une trahison [...] On le renvoya [Bosquet], en le remplaçant par un général dont l'inexpérience et l'incapacité notoire ne pouvaient faire ombrage au général en chef, qui se réservait personnellement la direction de l'entreprise ». Bosquet fut ainsi envoyé à la tête des troupes déployées sur le mont Sapoune face à l'armée de secours russe tandis que d'Angély prit son commandement seulement le 16 juin alors qu'il ignorait tout de la situation[72],[n 11]. Conformément au plan d'attaque, Le 17 juin à h du matin, les Alliés déclenchèrent une violente préparation d'artillerie qui dura jusqu'au lendemain[75].

Le plan, arrêté le 15 juin, prévoyait que la 1re division commandée par le général Charles d'Autemarre s'emparerait de la batterie Gervais jouxtant Malakoff avant de prendre la fortification à revers. Dans le même temps, la 3e division de Mayran devait franchir le ravin du Carénage pour prendre d'assaut le Petit Redan et le bastion no 1 tandis que la 5e division de Jean-André-Louis Brunet avait pour objectif la courtine reliant Malakoff et le Petit Redan. Ces forces représentaient environ 18 000 hommes auxquels s'ajoutaient les 6 000 soldats de la garde impériale d'Émile Mellinet qui étaient gardée en réserve[76],[2]. L'objectif des Britanniques était le Grand Redan dont les flancs devaient être pris par deux colonnes de 500 hommes tandis que 2 000 autres devaient mener une attaque de diversion contre les positions russes entre le Grand Redan et le bastion du Mât ; un millier de soldats étaient gardés en réserve[77],[78]. Les historiens notent que l'attaque britannique était superflue car le Grand Redan serait forcément évacué par les Russes si les Français parvenaient à s'emparer de Malakoff et que la faiblesse des effectifs britanniques rendait les chances de succès infimes. Ils suggèrent ainsi que le commandant britannique Lord Raglan estimait que ses troupes devaient participer à l'attaque, même au prix de pertes inutiles, pour le symbole d'une opération conjointe le jour anniversaire de Waterloo[77],[79]. Après la bataille, le général écrivit que « si les troupes [britanniques] étaient restées dans [leurs] tranchées, les Français auraient attribué leur échec à notre refus de participer à l'opération[80],[11] ». Une attaque de diversion contre la ville était également prévue mais celle-ci fut annulée le soir du 17 juin car Pélissier craignait que les soldats, s'ils parvenaient à percer la ligne russe, se perdent dans la ville et soient à la merci d'une contre-attaque[76]. Par ailleurs, le commandant français avança l'heure de l'attaque de h à h pour que l'obscurité masque la montée des unités en première ligne ; ce changement de dernière minute, pris sans consulter les Britanniques, sema la confusion et toutes les troupes n'étaient pas prêtes à l'heure prévue[81],[82].

Du côté russe, la signification du 18 juin était également connue et la préparation d'artillerie acheva de les convaincre que les Alliés allaient tenter un coup de force ce jour-là[83]. De plus, des déserteurs avaient donné des informations précises sur l'assaut à venir et le mouvement des troupes alliées ne passa pas inaperçue[84]. Les Russes s'attendaient donc à une attaque imminente et les commandants des fortifications firent avancer leurs réserves en première ligne malgré le bombardement allié[85].

Déroulement[modifier | modifier le code]

Des centaines de soldats défendent une tour partiellement détruite
Détail du panorama réalisé par Franz Roubaud en 1904 sur l'assaut du 18 juin contre Malakoff

Le pilonnage allié cessa en grande partie à h du matin le 18 juin, un arrêt que les Russes mirent immédiatement à profit pour, à leur habitude, réparer la nuit ce que l'artillerie avait détruit le jour[86]. Selon le plan allié, l'attaque devait être déclenchée vers h après le tir de trois fusées éclairantes depuis la redoute Victoria où se trouvait l'état-major. Peu avant l'heure prévue, un projectile traversa le ciel et Mayran, impatient de rattraper son discrédit, l'interpréta à tort comme le signal prévu. À ses subalternes qui s'opposaient à cette décision, il déclara « C'est le signal. D'ailleurs quand on va à l'ennemi, il vaut mieux être en avance qu'en retard[87] ». Les 95e et 97e régiments d'infanterie quittèrent donc leurs tranchées en direction du Petit Redan distant de près de 800 mètres et tombèrent immédiatement sur un déluge de feu et de mitraille provenant des positions russes et des navires tirant en enfilade dans le ravin du Carénage ; le général Mayran fut l'un des premiers à mourir après avoir reçu une balle dans la poitrine[88]. Subissant de lourdes pertes, les formations françaises se désagrégèrent et la progression s'arrêta alors que les soldats cherchaient à s'abriter des tirs adverses[89].

Arrivé à la redoute Victoria peu avant h, Pélissier lança le véritable signal d'attaque en tirant ses trois fusées et la 1re division partit à l'assaut de Malakoff ; la 5e division ne s'était cependant pas encore complètement déployée en première ligne et son attaque contre la courtine fut lancée avec retard et dans la confusion[2],[90]. Par ailleurs, celle-ci devait lancer son attaque depuis le 2e parallèle situé à environ 400 mètres derrière le Mamelon vert et à 800 mètres de la courtine russe. L'avancée sous la mitraille russe fut sanglante et Brunet succomba à un projectile dans la poitrine tandis que le lieutenant-colonel De la Boussinière qui commandait l'artillerie face au faubourg Karabelnaya eut la tête arraché par un boulet de canon[91]. La progression sur la droite contre le Petit Redan étant stoppée, Pélissier lança quatre bataillons de la garde impériale qui furent immédiatement arrêté par les tirs russes. De même, les fantassins furent incapables de se rapprocher à moins de cent mètres de la courtine reliant Malakoff et le Petit Redan. En revanche, l'assaut contre le flanc droit de Malakoff eut plus de succès car la progression s'était faite sous la protection relative du ravin de Karabelnaya. Le 5e bataillon de chasseurs parvint ainsi au prix de lourdes pertes à entrer dans la batterie Gervais et à en chasser les défenseurs du régiment de Poltava[92]. Les renforts commencèrent à affluer et les sapeurs entreprirent de retourner les canons contre leurs anciens propriétaires tandis que des unités commencèrent à essayer de contourner Malakoff. Le général Khrouleff, qui commandait la défense du faubourg Karabelnaya, pouvait néanmoins constater l'échec de l'assaut contre le Petit Redan et il redéploya une partie de ses défenseurs pour chasser les Français de la batterie Gervais. Écrasés par la pressions russe, les Français demandèrent des renforts mais les quatre messagers furent tués et ils furent contraints de se replier[93],[94].

Selon le plan établi, l'attaque britannique contre le Grand Redan devait être déclenchée une fois la batterie Gervais neutralisée pour éviter que les tirs en enfilade. Les Britanniques pouvaient néanmoins clairement constater que l'assaut français tournait au désastre et que leurs propres chances de succès étaient infimes. Lord Raglan craignait cependant d'être accusé de lâcheté par ses alliés et à h 15[n 12], il ordonna à ses hommes de quitter leurs tranchées pour leur objectif situé à 400 mètres. Comme les Français, les Britanniques furent fauchés par un déluge de feu dès qu'ils quittèrent leurs tranchées[95]. Subissant de lourdes pertes, ils parvinrent à atteindre les abattis à quelques dizaines de mètres de l'ouvrage russe mais furent incapables d'aller plus loin. Les assaillants demandèrent des renforts mais de nombreux soldats refusèrent de sortir des tranchées. Les pertes furent telles que ce fut un simple lieutenant qui donna le signal de la retraite[96]. Sur la gauche, les Britanniques parvinrent à s'emparer de plusieurs positions mais dans l'ensemble l'attaque alliée avait été un désastre et Pélissier ordonna la retraite vers h[97],[12],[n 13].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Des soldats tractent un canon en direction d'un rempart tandis que d'autres évacuent des blessés
Mise en batterie d'un canon dans un bastion russe par Ivan Dyagovchenko (1872)

Si l'assaut du 18 juin avait eu pour objectif de rapprocher les Alliés, il eut l'effet inverse. Les Français avancèrent ainsi qu'ils auraient pu se maintenir dans la batterie Gervais si les Britanniques avaient été plus agressifs dans leur attaque du Grand Redan et un officier français indiqua que « leur armée est à présent comme un boulet accroché à nos pieds[97] ». De son côté, Raglan reprocha à Pélissier d'avoir renoncé à l'attaque du côté de la ville[99]. Déjà épuisé par une année d'un commandement éprouvant, Raglan fut profondément affecté par le sentiment d'avoir envoyé ses hommes à l'abattoir. Gravement déprimé, il mourut du choléra le 28 juin[100],[101]. À l'inverse, leur succès redonna confiance aux Russes dont le moral avait été ébranlé par la perte du Mamelon vert et les bombardements[102]. Dans le camp français, les critiques se dirigèrent contre Pélissier qui s'efforça rapidement de se disculper de toute responsabilité. Dans son compte-rendu au ministre de la Guerre Jean-Baptiste Vaillant, il accusa Mayran d'avoir attaqué trop tôt sans avoir attendu son signal et Brunet — également tué lors de l'attaque — de ne pas avoir respecté ses consignes et d'avoir soutenu tardivement son collègue[103]. Le revers du 18 juin et les circonstances de l'échec poussèrent Napoléon III à limoger Pélissier mais il se ravisa après avoir appris de plusieurs généraux que la troupe continuait à avoir confiance en leur chef. Pélissier resta donc à son poste mais Vaillant lui fit bien comprendre que s'il ne soumettait pas des plans détaillés de ses projets à l'empereur et s'il ne coopérait pas avec ses officiers, il serait remplacé par Niel[104]. Bien conscient d'avoir échappé de peu à la disgrâce, Pélissier s'efforça de contenir son tempérament et de prendre en compte les remarques tant de ses subalternes que de l'empereur[105]. Tirant les leçons du 18 juin, il renvoya Saint-Angély en France et renomma Bosquet à la tête des troupes déployées contre le faubourg Karabelnaya ; il décida par ailleurs de prolonger les tranchées jusqu'au plus près des ouvrages russes avant tout nouvel assaut et d'installer une batterie d'artillerie à l'extrémité des hauteurs du Carénage pour neutraliser les navires déployées dans la baie du Carénage[105],[106].

Assaut du 8 septembre[modifier | modifier le code]

Préparation[modifier | modifier le code]

Des soldats soutiennent un officier s'effondrant derrière un parapet
Mort de l'amiral Pavel Nakhimov par Ivan Dyagovchenko (1872)

Après la mort de Raglan, le commandement des forces britanniques fut confié à James Simpson mais le pessimisme de ce dernier poussa le gouvernement britannique à le remplacer par Wiliam Codrington en aout[107],[108]. Du côté français, Canrobert fut renvoyé en France pour raisons de santé et le commandement de la 1re division fut confié au général Patrice de Mac-Mahon, un vétéran de l'Algérie[109]. Pour éviter une réédition du désastre du 18 juin, les Alliés entreprirent de se rapprocher au plus près des défenses russes. La distance entre les tranchées françaises et Malakoff passa ainsi de 400 mètres le 18 juin à 110 mètres le 21 juillet puis à 40 mètres le 1er septembre et enfin à 25 mètres le 8[110]. La progression des tranchées britanniques fut plus lente car le secteur où elles se trouvaient était plus rocheux et donc difficile à creuser ; au début du mois de septembre, leurs lignes se trouvaient à environ 200 mètres du Grand Redan[111]. Dans le même temps, les Alliés lancèrent un intense bombardement à partir du 17 aout dans le but, selon Pélissier, de tenir « la garnison sur pied pour la fatiguer, lui tuer du monde[112] ». Craignant qu'une attaque soit lancée à tout instant, les Russes maintenaient de nombreuses forces en première ligne et le pilonnage causa jusqu'à un millier de victimes par jour[112]; parmi les victimes figurèrent Totleben blessé le 20 juin et l'amiral Pavel Nakhimov tué dans le bastion du Mât le 11 juillet[113]. Ce bombardement ne fut cependant pas à sens unique et le 28 aout, un projectile russe fit exploser plusieurs tonnes de poudres entreposées dans le magasin du Mamelon vert tuant ou blessant plus d'une centaine de Français[114]. Devant l'accroissement de la pression alliée, les Russes lancèrent une tentative désespérée pour briser le siège et le 16 août, l'armée de secours commandée par le général Mikhaïl Gortchakov attaqua les positions tenues par les troupes françaises et piémontaises le long de la rivière Tchernaïa. Mal préparé et mené dans la confusion, l'assaut tourna rapidement au désastre et les pertes russes s'élevèrent à plus de 8 000 contre 2 000 pour les défenseurs[115]. La chute de Sébastopol devenant de plus en plus certaine, les Russes décidèrent la construction d'un pont flottant en travers de la rade pour relier la rive sud à la rive nord et l'ouvrage fut achevé le 26 ou le 27 août[116],[117].

Le 3 septembre, les Alliés considérèrent qu'un assaut devrait être lancé prochainement car plus les tranchées se rapprochaient des positions adverses, plus le risque était grand de voir les Russes lancer une attaque contre elles ; la date de l'assaut final fut ainsi fixée au 8 septembre. Pour démolir les défenses, le pilonnage redoubla d'intensité à partir du 5 septembre jusqu'à atteindre 400 projectiles par minute le matin du 8 septembre[118]. Durant les trois jours de cette préparation d'artillerie, les Russes perdirent 7 500 hommes et Tolstoï rapporta que « dès le second jour du bombardement, on n'arrivait pas, sur les bastions, à enlever les morts. On les lançait dans les fossés pour dégager les batteries[119] ». Le bombardement fut tellement intense que dans la nuit du 7 au 8 septembre, les Russes furent, pour la première fois du siège, incapable de réparer leurs ouvrages[120]. Les Russes savaient cet accroissement signifiait qu'un nouvel assaut était prévu mais ils pensaient qu'il aurait lieu le 7 septembre, jour anniversaire de la bataille de Borodino ; quand cela ne fut pas le cas, ils baissèrent leur garde[118].

Intérieur de la tour Malakoff durant un bombardement allié par Ivan Dyagovchenko (1872)

Selon le plan initial, seule une manœuvre de diversion devait être organisée du côté de la ville mais sous la pression de Bosquet, il fut décidé que l'assaut porterait sur l'ensemble de la ligne pour empêcher les Russes de redéployer leurs forces[121]. Au total, les Français déployèrent huit divisions soutenus par une brigade sarde pour l'attaque du 8 septembre. Du côté de la ville, la 2e division du général Charles Levaillant devait prendre le bastion no 5 tandis que la 1re d'Autemarre soutenue par la brigade sarde du général Enrico Cialdini avait pour objectif le bastion du Mât. Les 3e et 4e divisions étaient gardées en réserve. Contre le faubourg Karabelnaya, la 1re division du général Mac-Mahon était déployée contre Malakoff, la 4e division du général Dulac devait s'emparer du Petit Redan et la 5e division du général Joseph de La Motte-Rouge avait pour objectif la courtine séparant les deux ouvrages ; la division de la garde impériale était en réserve[121]. Au total, les Français déployaient 20 000 hommes soutenus par 5 000 Sardes face à la ville et 25 000 hommes sur le front de Malakoff[7]. Pour permettre à ces forces nombreuses de submerger les défenseurs russes, le génie ouvrit de vastes place d'armes où devaient se regrouper les unités ainsi que des tranchées larges de vingt mètres entre les parallèles pour faciliter la montée en première ligne des troupes d'assaut[10]. Dans le même temps, le corps d'observation déployé sur les hauteurs à l'est devait se tenir prêt à repousser toute tentative russe de rompre le siège[121]. Face au Grand Redan, les Britanniques n'avaient aligné que 1 500 soldats soutenus par une réserve de 3 000 hommes[122],[n 14].

Pour éviter une réédition du 18 juin, les Français mirent tout en œuvre pour prendre les Russes par surprise. Les artilleurs alliés interrompaient ainsi régulièrement leurs tirs pour faire croire aux défenseurs que l'assaut allait être lancé. Les Russes se ruaient alors hors de leurs abris pour rejoindre leurs positions et les Alliés reprenaient le pilonnage qui causait alors de lourdes pertes. Ces manœuvres trompeuses firent également que les Russes rechignaient à quitter leurs abris à l'arrêt des bombardement car aucun assaut n'était jamais lancé[124],[125]. Par ailleurs, il fut ainsi décidé que l'assaut final serait lancé à midi pile alors que la plupart des batailles depuis le début du siège avaient débuté à l'aube. Le choix de cet horaire était destiné à surprendre les Russes au moment de leur repas et de la relève[126]. De plus, les Russes profitaient de l'obscurité nocturne pour réparer les dégâts causés par l'artillerie durant la journée et les fortifications étaient généralement reconstituées à l'aube. Une attaque à midi offrait une matinée de bombardement pour détruire ces réparations, faire effondrer les parapets pour combler les fossés et ainsi faciliter l'assaut des fantassins[127]. L'heure de l'attaque fit l'objet du plus grand secret pour ne pas que des déserteurs en informe les Russes. Les commandants des divisions et des brigades n'en furent informés que lors d'un conseil de guerre dans l'après-midi du 7 septembre qui s'acheva par Pélissier annonçant que « Demain, Malakoff et Sébastopol seront nôtres[120] ».

Déroulement[modifier | modifier le code]

Masse de soldats avec des vestes bleues et des pantalons rouge montant une colline où un officier tient un drapeau français
L'Attaque de Malakoff par William Simpson (1855)

Comme les jours précédents, le bombardement se poursuivit le matin du 8 septembre avec quelques interruptions. Vers h, les sapeurs français firent exploser trois mines contenant chacune 500 kilogrammes d'explosifs entre les tranchées et Malakoff pour détruire les sapes russes[9]. À midi précise, le pilonnage s'interrompit soudainement et au son des clairons et des tambours, le 1er régiment de zouaves et le 7e régiment d'infanterie s'élancèrent à l'assaut de Malakoff au cri de « Vive l'empereur ! »[128],[129]. Comme prévu, les Russes furent complètement pris par surprise d'autant plus que les tranchées adverses se trouvaient à seulement quelques dizaines de mètres et que le fossé comblé et le parapet démoli n'offraient qu'un faible obstacle aux assaillants. Depuis le Grand Redan, un soldat nota que « les Français étaient dans Malakoff avant même que nos gars aient eu le temps de prendre leurs armes[8] ». Les artilleurs russes furent immédiatement neutralisés et les assaillants prirent rapidement pied dans l'ouvrage et la batterie Gervais adjacente. À midi, les soldats des 4e et 5e divisions avaient également quitté leurs tranchées mais ils avaient une plus grande distance à parcourir et les Russes alertés eurent le temps de tirer. Cela ne fut pas suffisant pour stopper les Français qui s'emparèrent du Petit Redan et traversèrent la première courtine en direction de la seconde[130]. Pris par surprise, les Russes se ressaisirent rapidement et lancèrent une contre-attaque d'autant plus violente que chacun savait qu'il s'agissait de la bataille décisive. Dans Malakoff, les combats se déroulèrent au niveau des traverses coupant l'ouvrages ; dans les passages exigus, les soldats s'affrontèrent au corps à corps à la baïonnette mais également à coup de crosse, de hache, de morceaux de bois ou de pierre[131]. Après de terribles combats, les Français parvinrent à prendre le contrôle de la première traverse tandis que les 65 Russes barricadés dans la tour Malakoff se rendirent qu'après que la porte eut été détruite par un petit mortier[132],[133],[n 15].

Monticules de terre et de gravats renforcés par des clayonnages à leur base.
Photographie de l'intérieur de Malakoff réalisée après sa chute par James Robertson. Le sommet de la tour Malakoff est visible sur la droite de la photographie

Dans le même temps, Pélissier fit hisser les drapeaux français et britanniques au-dessus de la redoute du Mamelon vert où il se trouvait tandis que les fantassins hissèrent le drapeau tricolore au sommet de la tour Malakoff vers 12 h 10[135]. Il s'agissait du signal pour les Britanniques qui se lancèrent en direction du Grand Redan. Les Russes avaient eu le temps de se préparer mais les assaillants parvinrent à s'emparer de l'extrémité de l'ouvrage. Les Britanniques manquaient cependant d'effectifs et les Russes s'étaient redéployés à l'arrière du Grand Redan où ils formaient une seconde ligne contrôlant de ses feux l'espace dégagé à l'intérieur de la fortification[136]. Par ailleurs, de nombreux soldats britanniques refusèrent de franchirent le parapet et restèrent à l'abri dans le fossé malgré les exhortations de leurs officiers. Les quelques assaillants parvenus à l'intérieur de la fortification furent progressivement chassés et les Russes, déployés sur le parapet, ouvrirent le feu à bout portant sur les Britanniques abrités dans le fossé[137]. Ces derniers se replièrent en désordre et Codrington renonça à un nouvel assaut qui n'aurait aucune chance de réussite[138]. À 14 h, Pélissier donna le signal pour l'attaque du côté de la ville et les Français parvinrent à s'emparer des lunettes adjacentes au bastion central. Les Russes contre-attaquèrent rapidement et reprirent les deux ouvrages[139]. Après s'être regroupés, les Français repartirent à l'assaut mais ils furent bloqués au niveau du parapet tandis qu'une troisième attaque n'eut pas plus de succès. Vers 15 h, Pélissier voyait que Malakoff était solidement entre ses mains et il renonça à un quatrième assaut contre le bastion central et annula l'attaque prévue contre le bastion du Mât pour ne pas sacrifier des vies supplémentaire dans ce qui n'était qu'une opération secondaire[140],[141],[142].

Sur le front de Malakoff, la situation commençait cependant à tourner à l'avantage des Russes dont les renforts affluaient. Les occupants français du Petit Redan furent progressivement repoussés jusque dans leurs tranchées de départ. Après s'être réorganisées, les deux brigades lancèrent une contre-attaque qui leur permit de reprendre le Petit Redan mais sans pouvoir s'y maintenir[143]. Les Russes parvinrent également à reprendre l'espace entre les deux courtines même si les Français réussir à conserver l'essentiel de la première[144]. La situation dans Malakoff fut différente car dans les autres bastions, un vaste espace dégagé fermé par une barricade se présentait aux assaillants qui étaient parvenus à franchir le parapet. Les Russes déployés à la base de l'ouvrage pouvaient ainsi aisément contrôler cet espace dégagé et repousser l'adversaire. Un tel glacis n'existait pas dans Malakoff dont l'intérieur était encombré par des abris, des magasins à poudre et trois traverses coupant l'ouvrage dans sa largeur. Les Français purent ainsi se retrancher derrière la première traverse qu'ils contrôlaient et repousser les contre-attaques russes[145]. Appuyés sur cette position, les Français parvinrent à contourner et à prendre les deux autres traverses et à chasser les Russes de Malakoff. Vers 15 h, le général Khrouleff qui s'était précipité sur le front à l'annonce de l'attaque lança ses réserves pour reprendre l'ouvrage à l'importance capitale mais les seuls accès — par la gorge et au niveau de la batterie Gervais — avaient été hâtivement barricadé par les Français avec des sacs de sable, des gabions et des cadavres[145]. Les combats pour reprendre la gorge durèrent près de deux heures dans des conditions épouvantables ; un officier russe nota que les hommes se battaient sur « un tas de corps [...] l'air était rempli d'une épaisse poussière rougeâtre venant du sol couvert de sang[146] ». Les Russes parvinrent brièvement à pénétrer dans la gorge mais en furent rapidement chassés tandis que la colonne attaquant la batterie Gervais fut décimée par les tirs de flanquement venant de Malakoff[147],[148].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Intérieur d'une fortification en ruines. Des dizaines de cadavres sont dispersés au milieu des décombres et des canons détruits tandis que des blessés attendent d'être évacués.
L'intérieur de Malakoff et les restes de la tour ronde par William Simpson (1855)
Fortification semi-enterrée et entourée de remblais en ruines
La tour Malakoff après l'assaut du 8 septembre 1855 par James Robertson

Vers 17 h, les Russes avaient repris toutes les positions capturées par les français à l'exception de Malakoff. L'ouvrage était cependant la clé de la défense de la ville et Pélissier estimait que sa prise porterait un « coup mortel » aux Russes[149]. De fait, les canons que les Alliés ne manqueraient pas de déployer sur la colline pourraient prendre à revers l'ensemble de la ligne russe et capturer tous ses défenseurs en détruisant le pont flottant. Par conséquent, Gortchakov ordonna l'évacuation de la ville désormais intenable et les civils rejoignirent la rive nord de la rade par le pont flottant ou par navire. À 20 h, les soldats commencèrent progressivement à se replier non sans avoir incendié ou dynamité les dépôts, les batteries et les forts[150]. Depuis la rive nord, Léon Tolstoï, dont c'était l'anniversaire, écrivit : « J'ai pleuré quand j'ai vu la ville en flammes et les drapeaux français sur nos bastions [...] Ce fut une très triste journée[151] ». De leur côté, les Alliés épuisés ne firent rien pour s'opposer au départ des Russes et Mac-Mahon fit évacuer une grande partie de ses troupes de Malakoff de peur qu'il soit miné[152]. Cette crainte fit que seuls des éclaireurs furent envoyés dans la ville le lendemain et les Alliés ne prirent formellement la ville dont il ne restait plus que quatorze bâtiments debout sur les 2 000 d'avant-guerre que le 12 septembre[153].

L'annonce de la victoire de Malakoff et de la chute de Sébastopol fut célébré avec faste en France et en Grande-Bretagne tandis qu'en Crimée, Pélissier déclara à ses hommes qu'ils « avaient offert à leurs aigles une gloire nouvelle et impérissable[154] ». Pélissier lui-même fut fait maréchal le 12 septembre et Napoléon III l'anoblit « duc de Malakoff » le 22 juillet 1856[155]. La chute de Sébastopol ne marqua cependant pas la fin de la guerre et les Alliés durent passer un second hiver en Crimée. Contrairement à l'année précédente, ce furent les Français qui furent les victimes d'une logistique défaillante et entre 24 000 et 40 000 soldats moururent de maladie durant les premiers mois de l'année 1856[156].

La paix fut finalement signée le 30 mars 1856 et l'évacuation des troupes et du matériel dura officiellement jusqu'au 5 juillet même si quelques troupes restèrent en Crimée jusqu'au 18 août[157]. À ce moment, les 80 kilomètres de tranchées avaient été comblées, les ouvrages défensifs avaient été nivelés tandis que les Alliés avaient dynamité les fortifications, les bassins de radoub et les casernes. Un témoin rapporta que Sébastopol n'était plus que « la carcasse de Sébastopol[158] ». La ville mit plusieurs décennies à se remettre du siège mais au début du XXe siècle, elle était redevenue la principale base navale russe en mer Noire[159].

Durant la Seconde Guerre mondiale, Sébastopol fut assiégé par l'armée allemande d'octobre 1941 à juillet 1942 et la tour Malakoff fut utilisée comme poste de commandement. L'essentiel des combats initiaux se déroula cependant plus au nord entre les rivières Katcha et Belbek. De manière parallèle à ce qui s'était passé durant la guerre de Crimée près de 90 ans plus tôt, le premier assaut allemand en novembre et décembre 1941 ne permit pas de rompre le front russe et les deux camps passèrent l'hiver sur leurs positions avec les défenseurs soviétiques ravitaillés par la mer. Au printemps 1942, deux canons de 130 mm pris sur un destroyer de la flotte de la mer Noire furent installés dans des emplacements bétonnés au sommet de Malakoff sous les ordres du lieutenant Alexis Matyukhin[160]. Les défenses soviétiques s'effondrèrent à la fin du mois de juin et Sébastopol tomba aux mains des Allemands le 1er juillet[160]. L'armée rouge reprit la ville en ruine en mai 1944[161].

Héritage[modifier | modifier le code]

Tour en brique au bord d'un fleuve. La tour possède des créneaux et des embrasures.
La tour Malakoff de Cologne en Allemagne

En France, la victoire de Malakoff eut un retentissement considérable et le nom a été donné à des rues et des parcs mais également à un type de dessert, à des beignets au fromage, à une friandise au chocolat[162] et à une espèce de rosier[163]. L'intêret que suscita le siège de Sébastopol inspira les architectes qui construisirent des bâtiments de style néo-médiéval surnommés « tours Malakoff » mais dont l'apparence était souvent assez éloignée de la construction originale ; certaines de ces structures ont été détruites comme celle de Marcillac-Vallon dans l'Aveyron[164] mais d'autres existent encore à Sermizelles dans l'Yonne[165]et à Trouville-sur-Mer dans le Calvados[166]. La mode s'étendit également hors de France avec des exemples à Luxembourg, à Cologne en Allemagne et jusqu'à Recife au Brésil[167]. Le nom de Malakoff fut également donné à un type de chevalement comme ceux des mines du Sarteau en France ou de Cheratte en Belgique.

La plus connue de ces tours Malakoff fut cependant celle construite en 1858 par le promoteur immobilier Alexandre Chauvelot pour faire connaître son lotissement de « Nouvelle Californie » au sud de Paris. Profitant de l'engouement suscité par la victoire de Sébastopol, il aménagea au cœur du nouveau quartier, un parc à thème avec en son centre une tour d'une cinquantaine de mètres de haut accueillant un musée commémorant la bataille ; autour de cet édifice, les défenses de Sébastopol étaient reconstituées de manière très approximatives avec des fossés et des fortifications portant les noms évocateurs de « Grand Redan », « Petit Redan » ou « Vallée d'Inkerman[n 16] ». Le site connut un grand succès avec près de 12 000 visiteurs les jours de fêtes et en 1860, l'empereur Napoléon III autorisa Chauvelot à renommer son lotissement en « Malakoff ». Le décès du promoteur en 1861 entraîna cependant le déclin du parc et en 1870, la tour fut dynamitée pour ne pas servir de repère à l'artillerie allemande qui assiégeait alors Paris. La disparition du parc n'empêcha pas le développement du quartier et Malakoff fut séparé de la ville voisine de Vanves pour devenir une commune de plein droit en 1883[168],[169],[170],[171].

La tour Malakoff en 2008

En Russie, le nom de Malakoff reste étroitement associé avec ce qui est communément appelé la « défense héroïque de Sébastopol[172] ». Les Récits de Sébastopol de Tolstoï pour qui « la Russie conservera longtemps les traces sublimes de l'épopée de Sébastopol dont le peuple russe a été le héros[173] » a fortement contribué à ce que le siège de la ville ne soit pas considéré comme une défaite mais comme une victoire morale[172],[174]. La célébration des héros de Sébastopol fut initialement organisée par des particuliers mais le cinquantenaire du siège de Sébastopol fut l'occasion pour le gouvernement de construire plusieurs monuments commémorant le siège. Le peintre Franz Roubaud réalisa notamment un panorama haut de 14 mètres et large de 115 représentant l'assaut du 18 juin contre Malakoff. La peinture, endommagée durant la Seconde Guerre mondiale, se trouve aujourd'hui dans un bâtiment dédié construit à l'emplacement où l'amiral Nakhimov succomba à ses blessures dans le bastion du Mât[175]. La tour Malakoff fit également l'objet d'une restauration tandis que la colline fut transformée en un parc accueillant divers monuments et statues.

Le site fut en partie détruit durant la Seconde Guerre mondiale et des travaux de reconstruction des monuments détruits furent organisés dans les années 1950 et 1960. La tour fut notamment restaurée pour le centenaire de la bataille et elle abrite depuis 1963 un musée où sont exposés des uniformes, des outils et des armes utilisés par les défenseurs lors des deux sièges. En 1958, une colonne fut érigée devant la tour Malakoff pour accueillir une flamme éternelle qui n'est cependant, depuis 1984, allumée que pour les célébrations[37],[176]. De son côté, le parc accueille plusieurs mémoriaux dont ceux honorant Kornilov, les aviateurs de la 8e armée de l'air et les artilleurs de la Seconde Guerre mondiale tandis qu'un obélisque de marbre construit sur l'emplacement d'une fosse commune où furent inhumées ensemble les victimes françaises et russes de l'assaut du 8 septembre porte l'inscription dans les deux langues :

Unis pour la victoire
Réunis par la mort
Du soldat, c'est la gloire
Des braves c'est le sort[177]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Le 18 juin et le 8 septembre correspondent aux deux assauts français contre Malakoff mais les Alliés bombardèrent la position tout au long du siège d'octobre 1854 à septembre 1855. Lors de la guerre de Crimée, les Alliés utilisaient le calendrier grégorien tandis que les Russes employaient le calendrier julien. En raison du décalage de douze jours entre les deux calendriers, certaines sources indiquent que la bataille de Malakoff s'est déroulée le 27 août.
  2. a et b Fletcher et Ishchenko indiquent que pour l'assaut du 18 juin, les Français avaient rassemblé trois divisions de 6 000 hommes avec une quatrième en réserve tandis que les Britanniques avaient déployé 3 000 hommes pour l'assaut contre le Grand Redan et 1 000 autres en réserve ; les Russes disposaient quant à eux de 35 bataillons d'infanterie derrière Malakoff et le Petit Redan[1]. Guillemin avance que 11 000 Russes défendaient le faubourg Karabelnaya[2]. Édouard Totleben indique qu'à ce moment du siège, Sébastopol était défendu par environ 53 000 hommes soutenus par 22 000 soldats déployés sur les hauteurs à l'est de la ville. De leur côté, les effectifs alliés s'élevaient à 100 000 Français, 45 000 Britanniques 15 000 Sardes et 7 000 Ottomans[3],[4].
  3. a et b Selon Skorikov, le 8 septembre, Malakoff abritait 1 400 fantassins, 500 artilleurs, 900 terrassiers et 100 sapeurs[5]. Fletcher et Ishchenko indiquent que Sébastopol était défendu par environ 50 000 soldats[6] et que les Français avaient aligné 25 000 hommes contre le faubourg Karabelnaya et 20 000 contre la ville ; ils étaient par ailleurs soutenus par 5 000 Sardes déployés contre le bastion du Mât[7]. Figes note que les Français déployèrent pour l'attaque dix divisions et demi représentant 35 000 Français et 2 000 Sardes[8]. Guillemin avance que 50 000 Russes tenaient la ville et que les Britanniques avaient déployé 10 700 hommes[9]. Gouttman évoque 50 000 Russes attaqués par 20 500 Français du côté de la ville, 25 500 Français du côté du faubourg Karabelnaya, 10 700 Britanniques et une brigade sarde[10].
  4. a et b Gooch rapporte que les pertes françaises pour le 18 juin furent de 3 500 hommes contre 1 500 pour les Britanniques et les Russes[11]. Fletcher et Ishchenko avancent les mêmes chiffres en ajoutant que le bombardement du 17 juin avait causé 4 000 victimes chez les Russes[1]. Guillemin indique que les Russes perdirent 5 500 hommes dont 4 000 dans le bombardement du 17, que les Britanniques eurent 1 700 victimes et que les Français déplorèrent 1 400 tués, 1 800 blessés et 400 prisonniers[12]. Gouttman estime que les Français eurent 1 600 tués et 2 200 blessés tandis que les Russes et les Britanniques eurent chacun 1 500 tués et blessés[13]. Figes rapporte que les Britanniques perdirent environ 1 000 hommes et les Français, « peut-être six fois plus mais le nombre exact fut censuré[14] ».
  5. a et b Fletcher et Ishchenko notent que les pertes françaises du 8 septembre furent de 1 634 tués, 4 513 blessés et 1 410 disparus ; celles des Russes de 2 684 tués, 7 243 blessés et 1 739 disparus et celles des Britanniques de 390 tués, 2 043 blessés et 177 disparus ; ils notent que les disparus peuvent être considérés comme tués[15]. Guillemin rapporte que les Français perdirent 7 600 hommes dont 1 900 tués, les Russes 12 900 hommes dont 3 000 tués, les Britanniques 2 400 hommes dont 400 tués et les Sardes 40 hommes[16]. Gouttman avance que les Russes perdirent 13 000 hommes, les Français 7 500 et les Britanniques 2 500[17].
  6. a et b Les sources donnent plusieurs transcriptions du mot Малахов : « Malakhow[27] », « Malakof[28],[29] », « Malakoff[30] », « Malakov[31] » et « Malakhov[32] ».
  7. Fletcher et Ishchenko indiquent que le nom « colline Malakoff » est apparu pour la première fois sur une carte de Sébastopol de 1851. Ils citent par ailleurs un article de 1868 du journal russe Nicolaevsky Vestnik indiquant que Michel Malakoff était un capitaine « grandement respecté par les marins et les pauvres en raison de son honnêteté et de son intégrité[33] ». De son côté, Mark Schrad reprend un article britannique de 1897 rédigé par le correspondant de guerre William Simpson pour The English Illustrated Magazine rapportant que Michel Malakoff était un commissaire de bord qui se livrait à la contrebande d'alcool et dont le bar clandestin se trouvait sur la colline qui porte aujourd'hui son nom[34].
  8. Les Alliés ne disposaient d'aucune carte de Sébastopol à leur arrivée en Crimée et la plupart des fortifications furent construites durant le siège. Par conséquent, les Russes et les Alliés donnèrent des noms différents aux reliefs et aux ouvrages défensifs et la terminologie évolua selon la progression du siège. Par exemple, les redoutes que les Russes nommaient Selenguinsk, Volhynie et Kamtchatka étaient respectivement les ouvrages du 22 février, du 27 février et du Mamelon vert pour les Français. Les deux premiers ouvrages étaient également appelés « Ouvrages blancs » en raison de la couleur blanchâtre de la terre qui avait servi à les construire mais également « Ouvrages du Carénage » d'après le nom du ravin à proximité[54]. Après la prise de ces positions, l'ouvrage du 22 février fut renommé « redoute Lavarande » du nom du général qui avait été tué en menant l'assaut tandis que l'« ouvrage du Mamelon vert » reçut le nom de « redoute Brancion » d'après un colonel tué pendant l'attaque[55]. De même, Malakoff était appelé « bastion Kornilov » par les Russes en l'honneur de l'amiral Vladimir Kornilov tué lors du bombardement du 17 octobre 1854. Un comparatif de la terminologie utilisée par les belligérants est fournie par le général Adolphe Niel qui dirigea le génie français durant le siège (Niel 1858, p. 459).
  9. Gouttman note que la redoute fut construite dans la nuit du 22 au 23 février mais les autres auteurs donnent la nuit précédente comme date de construction de la position russe[56],[57],[53],[58].
  10. Orlando Figes indique les Français perdirent 7 500 hommes le 7 juin[68].
  11. Le choix d'écarter Bosquet était également lié au fait que ce dernier s'accommodait mal de la discipline imposée par Pélissier. Il avait par exemple remis avec plusieurs jours de retard et sous la menace d'un limogeage son plan d'attaque contre le Mamelon vert et avait par la suite omis de transmettre à Pélissier un plan de Malakoff trouvé sur le corps d'un officier russe[73],[74].
  12. Figes indique que l'attaque britannique fut lancée à h 30[80].
  13. Gouttman note que Pélissier n'ordonna la retraite qu'à h 30[98].
  14. Fletcher et Ishchenko notent que ce nombre était insuffisant pour s'emparer de la position et ajoutent que la plupart des soldats manquaient d'expérience. Ils suggèrent par ailleurs que le choix du 97e régiment d'infanterie pour mener l'assaut était destiné à punir l'unité dont certaines recrues s'étaient enfuies lors d'une attaque russe[123].
  15. Lors de l'attaque de Malakoff, un dépôt de munitions de la fortification explosa et fit craindre aux Français que l'ouvrage tout entier était miné. Un officier britannique aurait alors invité Mac-Mahon à se retirer mais ce dernier aurait déclaré « J'y suis, j'y reste ». Selon d'autres versions, l'officier, pas nécessairement britannique, aurait demandé à Mac-Mahon s'il pensait pouvoir se maintenir dans Malakoff[134]. Guillemin considère que cette phrase est vraisemblablement apocryphe et indique que l'historien Camille Rousset, auteur d'une étude détaillée et riche en anecdotes sur le conflit, n'en fait pas mention[133].
  16. Un plan et un guide de visite sont disponibles sur Gallica.


  1. a et b Fletcher et Ishchenko 2004, p. 401-402.
  2. a, b et c Guillemin 1981, p. 174.
  3. Totleben 1863, t. 2, p. 352.
  4. a et b Gouttman 2006, p. 318.
  5. a et b Скориков 1997, p. 243.
  6. Fletcher et Ishchenko 2004, p. 452.
  7. a et b Fletcher et Ishchenko 2004, p. 458-459.
  8. a et b Figes 2012, p. 388.
  9. a et b Guillemin 1981, p. 194.
  10. a et b Gouttman 2006, p. 348.
  11. a et b Gooch 1959, p. 223.
  12. a et b Guillemin 1981, p. 176.
  13. Gouttman 2006, p. 328.
  14. Figes 2012, p. 371.
  15. Fletcher et Ishchenko 2004, p. 475, 493.
  16. Guillemin 1981, p. 201.
  17. Gouttman 2006, p. 360.
  18. Figes 2012, p. 108, 115.
  19. Figes 2012, p. 130.
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  21. Figes 2012, p. 157.
  22. a et b Figes 2012, p. 184.
  23. Figes 2012, p. 192.
  24. Edgerton 1999, p. 74.
  25. Figes 2012, p. 192-193.
  26. Figes 2012, p. 201.
  27. Totleben 1863.
  28. Rousset 1878.
  29. Guillemin 1981.
  30. Niel 1858.
  31. Gouttman 2006.
  32. Figes 2012.
  33. Fletcher et Ishchenko 2004, p. 135 citant (ru) « Titre non précisé », Nikolaesky Vestnik, no 11,‎
  34. (en) Mark L. Schrad, Vodka Politics : Alcohol, Autocracy, and the Secret History of the Russian State, New York, Oxford University Press, (ISBN 9780199755592), p. 157 citant (en) William Simpson, « Within Sebastopol during the Siege », The English Illustrated Magazine, vol. 17,‎ , p. 302 (lire en ligne)
  35. Figes 2012, p. 223.
  36. Totleben 1863, t. 1, p. 92.
  37. a et b Шавшин 2000, chap. 5.
  38. Rousset 1878, p. 256-257.
  39. Figes 2012, p. 234.
  40. Totleben 1863, t. 1, p. 263-264.
  41. Rousset 1878, p. 312.
  42. Gouttman 2006, p. 242-244.
  43. Rousset 1878, p. 317.
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  45. Edgerton 1999, p. 108.
  46. a et b Gouttman 2006, p. 300.
  47. Niel 1858, p. 139.
  48. Totleben 1863, t. 1, p. 642.
  49. Скориков 1997, p. 191.
  50. Gouttman 2006, p. 303.
  51. Totleben 1863, t. 2, pièces justificatives, p. 11.
  52. Curtiss 1980, p. 373.
  53. a et b Fletcher et Ishchenko 2004, p. 343.
  54. Gouttman 2006, p. 302.
  55. Gouttman 2006, p. 320.
  56. a et b Gouttman 2006, p. 301.
  57. Niel 1858, p. 152.
  58. Guillemin 1981, p. 127.
  59. Guillemin 1981, p. 126-127.
  60. Fletcher et Ishchenko 2004, p. 384.
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  63. Gouttman 2006, p. 315.
  64. Guillemin 1981, p. 166.
  65. a, b et c Guillemin 1981, p. 167.
  66. Gouttman 2006, p. 316.
  67. Gouttman 2006, p. 317.
  68. a et b Figes 2012, p. 363.
  69. Gooch 1959, p. 218.
  70. Gouttman 2006, p. 320 citant le général Anne-Charles Lebrun
  71. Guillemin 1981, p. 171.
  72. a et b Gouttman 2006, p. 320-321.
  73. Gooch 1959, p. 220-221.
  74. Guillemin 1981, p. 172-173.
  75. Guillemin 1981, p. 173.
  76. a et b Fletcher et Ishchenko 2004, p. 401.
  77. a et b Fletcher et Ishchenko 2004, p. 402.
  78. Figes 2012, p. 370.
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  80. a et b Figes 2012, p. 369.
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  83. Gouttman 2006, p. 323.
  84. Gouttman 2006, p. 323-324.
  85. Figes 2012, p. 366.
  86. Fletcher et Ishchenko 2004, p. 404-405.
  87. Fletcher et Ishchenko 2004, p. 406 citant l'historien César de Bazancourt
  88. Guillemin 1981, p. 175.
  89. Fletcher et Ishchenko 2004, p. 407.
  90. Gouttman 2006, p. 325.
  91. Fletcher et Ishchenko 2004, p. 408.
  92. Fletcher et Ishchenko 2004, p. 408-409.
  93. Fletcher et Ishchenko 2004, p. 410.
  94. Gouttman 2006, p. 326-327.
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  98. Gouttman 2006, p. 327.
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  100. Fletcher et Ishchenko 2004, p. 418-419.
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  109. Guillemin 1981, p. 182.
  110. Guillemin 1981, p. 181, 191, 195.
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  152. Guillemin 1981, p. 200.
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  154. Fletcher et Ishchenko 2004, p. 508.
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  158. Gouttman 2006, p. 393-394.
  159. Широкорад 2006, p. 89.
  160. a et b Forczyk 2014, chap. 5.
  161. Forczyk 2014, chap. 9.
  162. Centre interdisciplinaire d'études et de recherche sur les structures régionales, Sous le regard de l'homme de bronze, Université de Saint-Étienne, (ISBN 9782862721781), p. 47
  163. François Joyaux, La Rose : Une Passion Française (1778-1914), Éditions Complexe, (ISBN 9782870278710), p. 139
  164. « Le viaduc Malakoff : pont des soupirs aveyronnais », Le Midi Libre,‎
  165. « La tour Malakoff veille sur Sermizelles », L'Yonne,‎
  166. « Architecture balnéaire », Ville de Trouville-sur Mer
  167. (pt) « Torre Malakoff », État du Pernambouc
  168. Héliodore Castillon, Guide à la tour Malakoff et à la Californie parisiennes : Rendez-vous de la bonne société aux portes de la capitale, , p. 92 (disponible sur Gallica)
  169. Figes 2012, p. 481.
  170. Guillemin 1981, p. 321.
  171. « A l'origine de Malakoff », Ville de Malakoff
  172. a et b Fletcher et Ishchenko 2004, p. xiv.
  173. Traduction issue de Léon Tolstoï, Scènes du siège de Sébastopol, Paris, Hachette, (lire sur Wikisource), p. 190
  174. Figes 2012, p. 492.
  175. Figes 2012, p. 490.
  176. (ru) « Оборонительная башня Малахова кургана » [« Forteresse Malakoff »]
  177. Скориков 1997, p. 297.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources contemporaines[modifier | modifier le code]

Sources modernes[modifier | modifier le code]

  • (en) John S. Curtiss, Russia's Crimean War, Durham, Duke University Press, (ISBN 0-8223-0374-4)
  • (en) Robert B. Edgerton, Death or Glory : The Legacy of the Crimean War, Westview Press, (ISBN 0-8133-3570-1)
  • (en) Orlando Figes, The Crimean War : A History, New York, Picador, (1re éd. 2010) (ISBN 9781250002525)
  • (en) Ian Fletcher et Natalia Ishchenko, The Crimean War : A Clash of Empires, Staplehurst, Spellmount, (ISBN 1-86227-238-7)
  • (en) Robert Forczyk, Where the Iron Crosses Grow : The Crimea 1941-1944, Oxford, Osprey Publishing, , EPUB (ISBN 978-178200-9764)
  • Alain Gouttman, La Guerre de Crimée : 1853-1856, Paris, Éditions Perrin, (1re éd. 1995) (ISBN 978-2-262-02450-5)
  • (en) Brison D. Gooch, The New Bonapartist Generals in the Crimean War : Distrust and Decision-making in the Anglo-French Alliance, La Haye, Martinus Nijhoff, (ISBN 978-94-015-0398-3)
  • René Guillemin, La Guerre de Crimée : Le Tsar de toutes les Russie face à l'Europe, Paris, Éditions France-Empire, (OCLC 742904076)
  • (ru) Владимир Шавшин (Vladimir Shavshin), Бастионы Севастополя [« Les Bastions de Sébastopol »], Таврия-Плюс,‎ (OCLC 23671244)
  • (ru) Александр Б. Широкорад (Alexandre B. Shirokorad), Трагедии Севастопольской крепости [« La Tragédie de la Forteresse de Sébastopol »], Эксмо,‎ (ISBN 9785699106226)
  • (ru) Юрий А. Скориков (Yuri A. Skorikov), Севастопольская крепость [« La Forteresse de Sébastopol »], Стройиздат,‎ (ISBN 9785878970358)

Liens externes[modifier | modifier le code]