Bataille de Machecoul (22 avril 1793)

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Bataille de Machecoul
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Vue de Machecoul, gravure de Thomas Drake, vers 1850.
Informations générales
Date
Lieu Machecoul
Issue Victoire républicaine
Belligérants
Drapeau de la France République françaiseDrapeau de l'Armée catholique et royale de Vendée Vendéens
Commandants
Jean-Michel Beysser• René Souchu White flag icon.svg
François Athanase Charette de La Contrie
Forces en présence
3 200 hommes[1]
8 canons[1]
3 000 hommes[2]
Pertes
Aucune[2]Quelques morts[2]
16 à 17 prisonniers exécutés[3],[4]

Guerre de Vendée

Batailles

Coordonnées 46° 59′ 38″ nord, 1° 49′ 18″ ouest
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Bataille de Machecoul

La bataille de Machecoul se déroule le lors de la guerre de Vendée. Elle s'achève par la victoire des républicains qui s'emparent de la ville de Machecoul.

Prélude et forces en présence[modifier | modifier le code]

Après avoir pris Port-Saint-Père le 20 avril, le général républicain Jean-Michel Beysser sort du bourg le 22 et se porte sur Machecoul en longeant le lac de Grand-Lieu[5],[6]. Sa colonne est alors forte de 3 000 hommes d'infanterie, de 200 cavaliers et de 8 canons[1].

La ville de Machecoul est quant à elle tenue par les forces insurgées de François Athanase Charette de La Contrie, estimées à 3 000 hommes par Beysser[2]. Charette dispose également d'une cavalerie de 80 hommes et a reçu en renforts des détachements envoyés par le comité royaliste de Palluau[7]. Cependant le moral des combattants est faible après deux défaites subies quelques jours plus tôt à Challans et à Saint-Gervais[8].

Déroulement[modifier | modifier le code]

L'avant-garde républicaine se présente devant Machecoul le 22 avril, à 6 heures du matin[9],[10], et se positionne près du château de l'Ermitière situé sur un promontoire dominant le bourg[7]. Les Vendéens se mettent en bataille devant la ville[7] et engagent les hostilités par une canonnade, mais celle-ci est sans effet, leurs pièces étant hors de portée[9]. Le reste de l'armée républicaine arrive alors sur quatre colonnes et se déploie en ordre de bataille[9]. La cavalerie prend également position et deux pièces d'artillerie sont mises en batterie[9].

Après une demi-heure de canonnade et une vingtaine de coups tirés de part et d'autre, Beysser place sa cavalerie en ordre de bataille et fait marcher ses quatre colonnes d'infanterie en direction du bourg, baïonnette au canon[7]. Subitement, les insurgés cèdent à la panique et se débandent dans toutes les directions[7],[5],[9],[10],[8]. Charette se replie avec un petit nombre d'hommes sur Legé[5],[6],[10].

Les républicains entrent dans Machecoul à 10 heures du matin et s'en rendent maîtres sans rencontrer de résistance[7],[9],[2]. Quelques patriotes prisonniers sont libérés[9]. Beysser lance ensuite une partie de ses troupes à la poursuite des insurgés et leur cause quelques pertes[2].

Pertes[modifier | modifier le code]

Dans son rapport au département[A 1], le général Beysser déclare que ses troupes ne déplorent aucune perte[2]. Du côté des Vendéens, il indique que « quelques-uns » ont été tués lors de la poursuite et que d'autres ont été faits prisonniers[2].

Dans ses mémoires[A 2], Pierre-Suzanne Lucas de La Championnière indique que les Vendéens abandonnent aux républicains toute leur artillerie[11].

Répression[modifier | modifier le code]

Après leur entrée dans la ville, les républicains découvrent la fosse où sont entassés les corps des victimes des massacres de Machecoul[7],[6]. D'après l'officier républicain Jean-Conrad Wieland, neuf victimes avaient été mises à mort le matin même[7].

Le général Beysser instaure trois commissions militaires pour juger les prisonniers et les suspects[3],[4]. La première siège au château : elle fait exécuter sept personnes entre le 24 et le 27 avril et prononce une quinzaine d'acquittements[4]. La deuxième siège à l'hôpital : elle condamne à mort sept paysans portant des traces de blessures au combat, désigne quelques prévenus pour aller aux frontières et en renvoie quatre autres devant le tribunal criminel[4]. La troisième commission militaire condamne à mort deux ou trois personnes, dont René Souchu[4].

Le 24 avril, Beysser écrit au représentant en mission Fouché[A 3] que, la veille, deux condamnés ont été décapités à la hache sur un billot et que des fuyards ont été fusillés à Challans et à Bourgneuf-en-Retz[12].

René Souchu, le principal responsable des massacres de Machecoul, est arrêté[7],[6]. D'après Lucas de La Championnière, il se présente lui-même à la rencontre des républicains lors de leur entrée dans la ville, mais il est bientôt dénoncé et découvert dans une maison[4]. Selon Benjamin Fillon, il est capturé par un volontaire nantais alors qu'il essaye d'escalader un mur[12]. Souchu est condamné à mort le 25 avril[13] et est décapité de deux coups de hache par un sapeur[7],[3],[11],[12],[14].

Conséquences[modifier | modifier le code]

À partir du 23 avril, Beysser envoie des détachements dans les communes environnantes[9]. Ainsi, à la date du 26 avril, 100 hommes occupent Port-Saint-Père, 100 autres sont à Bourgneuf-en-Retz et 850 à Saint-Philbert-de-Grand-Lieu[15]. Le même jour, Pornic, désormais isolée, est abandonnée par les insurgés[16]. Challans est également occupé le 23 par un détachement commandé par Gabriel Boisguyon, lequel est relevé quelques jours plus tard par la colonne de d'Esprit Baudry d'Asson, de l'armée du général Boulard[17].

Les républicains se tournent ensuite vers l'île de Noirmoutier[18],[7], aux mains des insurgés depuis le 19 mars[19]. Le 25 avril, Beysser lance une sommation à ses habitants[A 4]. Le 27, 200 hommes du vaisseau Le Superbe, de l'escadre du contre-amiral Louis Thomas Villaret de Joyeuse, débarquent sur l'île et s'emparent des forts[20],[15],[18],[8],[21]. Les chefs insurgés Guerry de la Fortinière, Tinguy et le chevalier de Régnier parviennent à s'enfuir, mais René Augustin Guerry et Rorthais des Chataigners sont arrêtés malgré leur absence de résistance et sont envoyés à Nantes[20]. Le 29, à Bourgneuf-en-Retz, les habitants de Noirmoutier font leur soumission au général Beysser[20],[15],[18],[8]. Tout le littoral est alors contrôlé par les républicains[16].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Nous sommes entrés aujourd'hui à Machecoul, vers dix heures du matin. Mon avant-garde était arrivée vers six heures à portée du canon. Toutes les reconnaissances militaires ont été faites de suite, après quelques coups de canon échangés de part et d'autre... Nous sommes entrés vers dix heures, sans perte d'un seul homme... Les brigands étaient au nombre de trois mille, et ont pris la fuite dès qu'ils nous ont vus les serrer de près. Après avoir pris la ville, j'ai envoyé à leur poursuite. Il en a été tué quelques-uns, d'autres ont été faits prisonniers, et la commission militaire va les juger dès ce jour. Les détails de toutes les horreurs qu'ils ont commises vous parviendront successivement. Jamais l'humanité n'a été outragée avec plus de barbarie[2] »

    — Rapport du général Beysser au département de Loire-Inférieure, le 22 avril 1793.

  2. « M. Charette aurait pu venir au secours du Port-Saint-Père ; faisant avertir M. de la Cathelinière, sa troupe se serait grossie de toutes les paroisses qui sont sur la route et aurait pris l'armée de Beysser en queue ; le camp de Saint-Philibert aux ordres de M. Couëtus serait arrivé au chemin de Saint-Aignan, le camp des Sorinières aurait avancé jusqu'au Pont-Rousseau ; ce rassemblement formant au moins 15 mille hommes eût écrasé infailliblement Beysser qui n'en avait que 3000. Mais M. Charette ne voulut pas quitter Machecoul ; il venait d'essuyer deux déroutes à Saint-Gervais et à Challans ; il crut mieux faire en attendant l'ennemi dans son quartier général. Mais comment soutenir un siège sans munition quelconque et avec des hommes sans instruction ? Aussi le lendemain, dès que l'armée républicaine parut dans la plaine, les paysans se sauvèrent de toute part et le Général fit retraite sur Legé accompagné d'un très petit nombre. L'artillerie resta, faute d'affût pour l'emporter.

    Si M. Charette avait tenu Machecoul aussi longtemps que Pajot au Port-Saint-Père, les habitants du Pays de Retz seraient venus à son secours et l'affaire eût peut-être été chaude ; mais l'abandon précipité de la place lui fit perdre la confiance et lui acquit la réputation d'un lâche, qu'il ne méritait cependant pas. Les paysans de Roche-Servière excités par la marquise de Goulaine, délibérèrent s'ils ne le tueraient point. M. de Roueran, vieux militaire commandant au Château de l'Oie, vint le trouver à Montaigu, et, après lui avoir publiquement reproché sa faiblesse, il le menaça de le destituer. On a dit que M. Charette avait offert lui-même sa démission ; quoi qu'il en soit, ce jour fut l'époque du bonheur qui l'a constamment accompagné et sauvé de tant d'affaires périeuses. Sa petite armée était à Vieillevigne. Elle était composée de gens désespérés, il est vrai, car les républicains, dans leurs proclamations, avaient proscrit tous les courriers, les chefs d'attroupements, sonneurs de cloches, etc, ; mais les habitants du pays obligés de nourrir tous ces nouveaux venus étaient toujours en querelle avec eux, et leur suspicion sur le chef augmentait à proportion de ce qui leur en coûtait.

    M.Charette quitta Vieillevigne et vint à Legé avec ceux qui voulurent bien le suivre, car son autorité était encore trop faible pour les y contraindre ; un premier succès suffit pour l'affermir.

    Les égorgeurs de Machecoul avaient pris les premiers la fuite ; Souchu alla de lui-même au devant des républicains et se félicita de leur arrivée ; mais on ne tarda pas à le dénoncer ; il voulut fuir, mais il fut trouvé malgré les soins d'un habitant qui le tenait caché. Souchu, avant de mourir, donne le journal exact de ce qui s'était passé à Machecoul depuis le 13 mars ; ses listes de proscriptions s'étendaient, dit-on, jusqu'à M. Charette ; pas un de ceux qui eussent pu désapprouver ses cruautés n'était épargné. Aussi lui fit-on les honneurs de la guerre ; il fut conduit au bruit des instrumens entre les mains d'un sapeur qui lui coupa la tête de deux coups de hache. Les compagnons de ses cruautés se cachèrent lâchement, d'autres saisirent quelques bonnes occasions pour retourner dans la république. Débarrassé de pareils gens et entouré de ceux qui avaient envie de combattre, M. Charette commença à mettre de l'ordre dans sa troupe : il envoya des cavaliers dans toutes les paroisses des environs pour prévenir les gens de bonne volonté de l'endroit de son rassemblement, et il en rallia ainsi quelques-uns[11]. »

    — Mémoires de Pierre-Suzanne Lucas de La Championnière.

  3. « Mon jury militaire est établi ; hier on a tranché la tête à deux brigands. L'opération a été exécutée avec une hache de sapeur, sur un billot. Cette expédition a fait la plus vive sensation ; nous en aurons beaucoup d'autres malheureusement en ce genre.

    Une avant-garde de trois cents hommes, que j'ai envoyée à Challans, a fait fusiller des fuyards pris les armes à la main. Un autre détachement de trois cents hommes que j'avais envoyé sur Bourgneuf en a fait autant. Il se replie aujourd'hui sur Sainte-Pazanne et me rejoindra demain[12]. »

    — Lettre du général Beysser au représentant en mission Fouché, le 24 avril 1793.

  4. « Choisissez ; si, dans les vingt-quatre heures, vous ne secouez pas le joug des brigands qui vous opprime et ne m'envoyez pas huit notables pour gages de votre fidélité, je jure, au nom de la République, que vos propriétés en proie aux flammes et vous livrés à la baïonnette, offrirez en exemple de châtiment juste et terrible qu'aura mérité votre obstination dans la révolte[18]. »

    — Lettre du général Beysser à l'île de Noirmoutier, le 25 avril 1793.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Dumarcet 1998, p. 207.
  2. a b c d e f g h et i Lallié 1869, p. 418.
  3. a b et c Gérard 2013, p. 64.
  4. a b c d e et f Lallié 1869, p. 420-422.
  5. a b et c Gabory 2009, p. 153-154.
  6. a b c et d Chantreau 2010, p. 208.
  7. a b c d e f g h i j et k Dumarcet 1998, p. 208-209.
  8. a b c et d Gras 1994, p. 35.
  9. a b c d e f g et h Savary, t. I, 1824, p. 173.
  10. a b et c Lallié 1869, p. 417.
  11. a b et c Lucas de La Championnière 1994, p. 14-16.
  12. a b c et d Lallié 1869, p. 418-419.
  13. Lallié 1869, p. 422-424.
  14. Tabeur 2008, p. 68.
  15. a b et c Savary, t. I, 1824, p. 176.
  16. a et b Hussenet 2007, p. 33.
  17. Savary, t. I, 1824, p. 174-175.
  18. a b c et d Gabory 2009, p. 154-155.
  19. Gabory 2009, p. 121.
  20. a b et c Dumarcet 1998, p. 210-212.
  21. Chantreau 2010, p. 209.

Bibliographie[modifier | modifier le code]