Bataille de Bulgarophygon

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Bataille de Bulgarophygon
Informations générales
Date été 896
Lieu Bulgarophygon, Thrace
Issue Victoire des Bulgares
Belligérants
Labarum.svg Empire byzantin Premier Empire bulgare
Commandants
Léon Katakalon Siméon Ier de Bulgarie
Forces en présence
Inconnues Inconnues
Pertes
Lourdes Inconnues
Coordonnées 41° 26′ nord, 27° 06′ est

La bataille de Bulgarophygon (en bulgare : Битка при Булгарофигон ou Битка при Българофигон) se déroule à l'été 896 près de la ville de Bulgarophygon, aujourd'hui Babaeski en Turquie. Elle oppose l'Empire byzantin au Premier Empire bulgare qui remporte une victoire décisive

En dépit des difficultés rencontrées dans la guerre contre les Hongrois qui sont les alliés des Byzantins, la bataille de Bulgarophygon s'avère un succès décisif pour le jeune et ambitieux empereur Siméon Ier de Bulgarie. Par la suite, il inflige d'autres défaites aux Byzantins alors qu'il poursuit le but de devenir empereur à Constantinople. Le traité de paix signé après la bataille confirme la domination des Bulgares sur les Balkans.

Prélude[modifier | modifier le code]

Victoire des Bulgares contre les Byzantins dirigés par Krénitès et Kourtikios. Chronique de Jean Skylitzès.

Au cours du règne de Boris Ier de Bulgarie (852-889), la Bulgarie connaît d'importantes transformations dont la christianisation et l'apport des disciples de Cyrille et Méthode qui créent et assurent le développement de la littérature médiévale bulgare. Malgré des échecs militaires contre ses différents voisins, Boris Ier préserve l'intégrité territoriale de son royaume[1]. Au cours du concile de Preslav de 893, rassemblé après l'échec de la tentative de rétablissement de la religion du tengrisme par Vladimir, le fils de Boris, le vieux-slave remplace le grec comme langue liturgique et le clergé byzantin est banni du territoire pour être remplacé par des Bulgares. Le concile confirme les volontés d'indépendance culturelle et religieuse de Boris et tempère les angoisses de la noblesse[2]. Celle-ci craint l'influence croissante des Byzantins dans les affaires internes du royaume. Enfin, son troisième fils, Siméon, né après la christianisation du pays, devient le successeur du trône bulgare[3].

Ces événements plongent les Byzantins dans l'expectative car ils espéraient influencer fortement ce pays nouvellement chrétien. L'empereur Léon VI le Sage ne tarde pas à chercher un prétexte pour des représailles[3]. En l'occurrence, des membres de la cour impériale désirent déplacer le marché des biens bulgares de Constantinople vers Thessalonique, ce qui entraînerait une hausse des taxes payées par les marchands bulgares. Cette décision n'aurait pas seulement un impact sur les intérêts privés des marchands mais aussi sur l'importance du commerce international bulgare, régulé par le traité byzantino-bulgare de 716. Le départ des marchands bulgares de Constantinople est un coup dur pour l'économie bulgare étant donné que la capitale byzantine est le point de convergence des routes commerciales d'Europe et d'Asie[4]. De ce fait, les marchands se plaignent à Siméon qui exprime son désaccord à Léon VI sans recevoir de réponse[5]. L'empereur bulgare se saisit de ce prétexte pour déclarer la guerre à l'Empire byzantin et envahir la Thrace byzantine[6], dans ce qui constitue l'un des premiers conflits commerciaux en Europe.

Intervention des Hongrois[modifier | modifier le code]

Siméon poursuivit jusqu'à Drastar par les Hongrois. Miniature de la Chronique de Skylitzès de Madrid.

Les Byzantins rassemblent à la tête une grande armée dirigée par les généraux Procope Krénitès et Kourtikios, comprenant la garde impériale composée de mercenaires khazars. Dans la bataille qui s'ensuit au sein du thème de Macédoine, probablement aux alentours d'Adrianople, les Byzantins sont vaincus et leurs généraux tués. La plupart des Khazars sont faits prisonniers et Siméon fait couper leurs nez qu'il envoie à Constantinople[7].

Cette défaite met les Byzantins en difficulté. En effet, leur armée principale combat déjà les Arabes sur la frontière orientale. Léon VI doit faire appel à l'habilité diplomatique byzantine et il envoie des émissaires chargés de cadeaux auprès des Hongrois. Ce peuple représente une menace pour les Bulgares car il vit alors dans les steppes au-delà de leur frontière-nord. Quand Siméon décide de ne pas donner suite aux demandes de paix de Léon VI et d'emprisonner l'ambassadeur byzantin Constantinakios à la fin de l'année 894, la marine byzantine sert à transporter les Hongrois sur la rive sud du Danube, en dépit des efforts des Bulgares pour barrer le fleuve avec des chaînes et divers obstacles. Siméon Ier est alors sur sa frontière sud, face au général byzantin Nicéphore Phocas l'Aîné. Il doit se diriger avec hâte vers le nord pour parer à la menace hongroise. Toutefois, son armée est vaincue en Dobroudja et Siméon doit fuir vers la puissante forteresse de Drastar. Les Hongrois profitent de leur succès pour piller la région sans rencontrer d'opposition, atteignant les environs de la capitale Preslav. Après avoir vendu les prisonniers aux Byzantins, ils se replient au-delà du Danube. Siméon prétend alors vouloir négocier et propose un échange de prisonniers. Les Byzantins envoient Léon Choirosphaktès à Preslav pour négocier les termes du traité. Siméon cherche à gagner du temps pendant qu'il fait face à la menace bulgare et repousse le moment de la rencontre avec l'ambassadeur byzantin. En outre, il en profite pour s'allier avec les Petchénègues tandis que son peuple commence à se tourner vers son père Boris, devenu moine, pour qu'il prenne les rennes de l'armée. Finalement, au cours d'une bataille décisive, les Hongrois sont lourdement vaincus mais les Bulgares eux-mêmes souffrent de pertes importantes, perdant jusqu'à 20 000 cavaliers. Cet affrontement reste la seule bataille rangée remportée par Boris. Les Hongrois sont contraints de se déplacer vers l'ouest, en Pannonie, où ils créent le royaume de Hongrie quelques temps plus tard[8].

La bataille[modifier | modifier le code]

Siméon à Bulgarophygon. Chronique de Jean Skylitzès.

Quand Siméon Ier revient à Preslav, il met un terme aux négociations avec Choirosphaktès et envahit de nouveau la Thrace byzantine. La mort de Nicéphore Phocas ne fait que l'encourager à poursuivre son initiative. Les Byzantins réagissent en transférant toutes leurs forces, tant régionales (les thèmes) que l'armée centrale en Europe, y compris les troupes combattant les Arabes. Le commandement est confiée au domestique des Scholes Léon Katakalon qui n'a pas les compétences militaires de Phocas. Les deux armées se rencontrent à Bulgarophygon à l'été 896 et les Byzantins subissent une déroute complète. Les pertes sont lourdes et comprennent notamment le protovestiarite Théodiosius, le général en second, tandis que Léon Katakalon parvient à s'enfuir avec quelques survivants. Parmi eux figure Luc le Nouveau Stylite qui préfète abandonner la vie militaire pour se retirer et mener une vie d'ermite ascétique.

Siméon Ier profite de son avantage pour progresser jusqu'à Constantinople, brûlant les villages qu'il croise. Selon l'historien musulman Al-Tabari, Léon VI est désespéré après avoir essuyé plusieurs refus de conclue une paix. Il en vient à rassembler une armée composée de prisonniers de guerre arabes à qui il promet la liberté s'ils combattent les Bulgares. Ces derniers sont finalement arrêtés sous les murailles de la cité impériale et Siméon accepte de négocier.

Conséquences[modifier | modifier le code]

La guerre se termine par la signature d'un traité de paix qui dure jusqu'aux alentours de l'année de décès de Léon VI, soit 912. Il contraint les Byzantins à payer un tribut annuel aux Bulgares[9]. En échange, les Byzantins obtiennent le retour de 120 000 prisonniers civils et militaires[10] mais doivent céder la région comprise entre la mer Noire et Strandzha (en) à l'Empire bulgare[11]. Enfin, les Bulgares promettent de ne plus envahir le territoire de l'Empire byzantin.

Siméon Ier est satisfait des résultats obtenus et estime qu'il détient désormais la supériorité sur l'Empire byzantin. Toutefois, il prend aussi conscience de ce qu'il lui manque pour le soumettre réellement. Il n'a pas de base politique et idéologique suffisante et il décide par conséquent de lancer un programme architectural ambitieux à Preslav pour que la cité bulgare soit en mesure de rivaliser avec Constantinople[12]. Dans le même temps, Siméon Ier doit aussi imposer son autorité sur la Serbie tout en reconnaissant la position de dirigeant de Petar Gojniković[13]. Peu à peu, il est en mesure de réduire l'influence byzantine sur l'ouest des Balkans.

Enfin, le souverain bulgare décide de renforcer sa frontière nord face aux menaces posées par les peuples vivant dans les steppes au-delà du Danube, parfois utilisées par la diplomatie byzantine contre les Bulgares[14]. Ainsi, en 917, il contrecarre les tentatives des Byzantins de s'allier avec les Serbes et les Petchénègues et les contraint à combattre seuls lors de la bataille d'Anchialos qui reste l'un des pires désastres militaires de l'histoire de l'Empire byzantin[15].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Andreev 1996, p. 73-75.
  2. Andreev 1996, p. 87.
  3. a et b Andreev 1996, p. 91-92.
  4. Obolensky 1971, p. 105.
  5. Andreev 1996, p. 92.
  6. Andreev 1996, p. 92-93.
  7. Andreev 1996, p. 93.
  8. Obolensky 1971, p. 106.
  9. S. Runciman, A history of the First Bulgarian Empire, p.148
  10. Treadgold, A History of the Byzantine State and Society, p.464
  11. Zlatarski, Istorija na Pǎrvoto bǎlgarsko carstvo, pp. 318-321.
  12. Andreev 1971, p. 93-94.
  13. Fine 1983, p. 141.
  14. Whittow 1996, p. 287.
  15. Andreev 1996, p. 99-100.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (bg) Jordan Andreev, Les Khans et Tsars bulgares, Veliko Tarnovo: Abagar, (ISBN 954-427-216-X)
  • (en) John Fine, The early medieval Balkans: a critical survey from the sixth to the late twelfth century, University of Michigan Press, (ISBN 0472081497)
  • (en) Dimitri Obolensky, The Byzantine Commonwealth, Eastern Europe 500-1453, Praeger Publishers,
  • (en) Mark Whittow, The Making of Byzantium, 600-1025, Los Angeles, University of California Press, (ISBN 0-520-20497-2)