Bataille d'Aduatuca

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Bataille d'Aduatuca
Description de cette image, également commentée ci-après
L'attaque d'Ambiorix, sculpture du Palais provincial de Liège.
Informations générales
Date Octobre 54 av. J.-C.
Lieu Vallée du Geer, près de Tongres (pas certain)
Issue Victoire éburone décisive
Belligérants
ÉburonsRépublique romaine
Commandants
AmbiorixQuintus Titurius Sabinus
Lucius Aurunculeius Cotta
Forces en présence
Inconnues7 000 hommes:
Pertes
Inconnues7 000 tués

Guerre des Gaules

Batailles

Coordonnées 50° 47′ 00″ nord, 5° 28′ 00″ est

La bataille d'Aduatuca a lieu en automne -54 , sans doute dans la vallée du Geer entre les actuelles Tongres et Liège. Cette bataille vit la victoire, lors d'une embuscade, des Éburons, tribu belge. Les Romains, encerclés, furent écrasés. Leurs deux légats, Quintus Titurius Sabinus et Lucius Aurunculeius Cotta, furent tués et plusieurs légionnaires se suicidèrent[1]. La révolte fit tache d'huile, se répandant chez les Nerviens, qui assiégèrent Cicéron, frère cadet de Marcus Tullius Cicero, le célèbre orateur Cicéron. César rétablit la situation, puis — selon ses dires — extermina le peuple éburon. Ambiorix lui échappa.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Selon Adrien Hock, après la bataille de la Sambre, les troupes romaines sous la conduite de Titus Labienus, Sabinus et Cotta furent envoyés en quartiers d’hiver en Ardenne. Ambiorix, à la tête des Éburons, après avoir développé une ruse, attaqua les troupes romaines qui levaient le camp sur le site de la Falise (à Lavacherie) et descendaient l’Ourthe dans le défilé de la vallée[2]. Il en résulte une journée de combat qui s’achève à Prelle (référence au latin Proelium, combat) dans la déroute romaine. Cette défaite est le plus important revers subi par les Romains à l'occasion de la guerre des Gaules. Adrien Hock ajoute une description du camp d'Ambiorix (Atuatuca castellum) assorti d'un relevé archéologique, qu'il situe au Cheslain de Sainte Ode[3].

Révolte d'Ambiorix et ses alliés contre les légions romaines en Gaule belgique en 54 av. J.-C., ordre chronologique des évènements :
1. Massacre d'Aduatuca de la légion de Sabinus et Cotta ;
2. Victoire de César contre l'armée qui assiégeait Cicero ;
3. Victoire de Labienus contre les troupes qui l'assiègent.

Remise en cause des lieux pré-cités[modifier | modifier le code]

Comme pour beaucoup de batailles de l'Antiquité, les lieux officiellement avancés ne sont toujours qu’hypothétiques. Le lieu même d'Atuatuca (ou Aduatuca) n'est pas clairement identifié, ni même la bataille qui en porte le nom.

Aduatuca à Tongres ?[modifier | modifier le code]

Tongres fut naturellement identifiée comme le lieu où les légats Romains Quintus Titurius Sabinus et Lucius Aurunculeius Cotta établirent leur quartier d'hiver en -54. En effet, la ville en latin porte bien le nom de Atuatuca Tungrorum et apparaît sur la table de Peutinger. Cependant, la ville ne fut fondée qu'en -10[4] soit près de 40 ans après cette bataille. Ce qui démontre qu'elle n'a pas pu accueillir les légats Romains car n'existant tout simplement pas.

César mentionne le fait qu' Atuatuca est un oppidum Éburon situé presque au milieu de leur pays. Le pays des Éburons, comme le dit toujours César, est situé en très grande partie entre la Meuse et le Rhin[5]. Ce qui exclu de facto Tongres qui se situe à l'ouest de la Meuse et donc pas au milieu du pays des Éburons.

Dernier argument discréditant la ville de Tongres. Le terme Atuatuca ne serait qu'un nom générique (indigène ?) "Id castelli Nomen est" se traduisant par place forte, oppidum, castellum. César ne sachant pas la signification exacte de ce terme identifiait certainement celui-ci comme étant nom même de l'habitat éburon[1]. Le terme "atuatuca" pourrait dès lors être placé devant n'importe quelle place forte ou oppidum d'où l'origine du nom de la ville de Tongres Atuatuca Tungrorum signifiant simplement "Place forte des Tongres"[6],[7].

Tous ces indices mettent à mal la ville de Tongres comme la position exacte de cet oppidum éburon.

Lieux hypothétiques pouvant accueillir Aduatuca[modifier | modifier le code]

À l'instar de Tongres que nous venons de discréditer, il existe d'autres lieux hypothétiques qui pourraient avoir accueillis le fameux camps d'Aduatuca.

Si l'on reprend les bases, ce lieu devrait être situé entre la Meuse et le Rhin à Liège car c'est là que selon César, les Éburons vivent en grande partie.

Chaudfontaine[modifier | modifier le code]

Albert Grisart démontre qu'Attuatuca (ou Aduatuca) serait situé à l’emplacement actuel du fort de Chaudfontaine[8]. En effet, il propose l'idée selon laquelle les hauteurs, les distances (d'avec les camps militaires de Marcus Tullius Cicero et de Titus Labienus), les lieux et même le trajet de sortie de l'armée romaine pour rejoindre le camp de Cicero correspondent bel et bien avec les indices laissés par les écrits de César.

Embourg[modifier | modifier le code]

Embourg est un autre candidat potentiel. De par la nature étymologique du nom Embourg[9] on considère que la ville actuelle fut bien celle ayant accueilli les Éburons et donc le camp romain d'Attuatuca. On y aurait notamment découvert la présence d'un ancien castrum démontrant la nature très ancienne de ce lieu habité[10].

Au lieu-dit « La Hazette » à proximité du Chession (qui, soit dit en passant signifie Castrum étymologiquement), on a découvert des vestiges provenant de l'âge du fer[11]. Ce qui ajoute un poids conséquent à l'argumentaire en faveur d'Embourg.

Un autre auteur, J. Grandgagnage[12], partage aussi l'avis que c'est là qu'était centré l'habitat éburon par la tradition locale d'une part et par des fouilles au hameau de Sauheid plus précisément au lieu-dit Palais. Il rattache le nom de cet endroit à un lieu qui, comme son nom l'indique, aurait accueilli la demeure d'un roi comme Ambiorix.

Honthem (Pays-Bas, province du Limbourg)[modifier | modifier le code]

Dans son livre " Promenades dans les environs de Visé " [13] L. Caumartin pense que la bataille eut lieu entre la Meuse et le Rhin et il y identifie même la place forte au village de Honthem, aux Pays-Bas. Il se défend en arguant qu'à cet endroit court une vallée qui descend du village de Sint-Geertruid disposant d'indices topographiques laissant penser que c'est là qu'a eu lieu la bataille.

Il indique qu'il n'y a pas de cours d'eau dans cette vallée. Or César ne mentionne aucun cours d'eau, ce qui signifierait que la vallée en serait dépourvue (contrairement au Geer pour ceux qui situent la bataille dans cette vallée, près de Tongres.)

À l'époque de la parution du livre, en consultant la population des villages de Sint-Geertruid, Honthem et Fouron-le-Comte la tradition orale avance qu'il y a bien longtemps, une bataille sanglante eut lieu dans les environs.

Ensuite, il se base sur l'étymologie de lieux-dits, de creux et de vallons par exemple :

  • Libeek : venant d'un patois néerlandais signifiant ruisseau de sang
  • Moerslag : signifiant bataille des marais ou alors issu d'une transformation du mot Roemslag "bataille des Romains"
  • Rémersdael : vallée des Romains
  • Rombosch : bois des Romains
  • Mortsgraven : fossé aux morts
  • Bloedgraf : fossé du sang
  • Gebrande Grebbe : vallée brûlée

Il indique qu'à Honthem précisément, subsistent des bribes de fortifications qui effleurent à peine le sol, des fossés assez larges qui auraient pu accueillir les cantiniers... Il avance donc Honthem comme Aduatuca d'où descend la fameuse vallée allant vers Sint-Geertruid.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b César, B.G, V, 32-37
  2. Sur le tracé de la route N289 qui relie Lavacherie à Ortheuville.
  3. Adrien Hock, Études sur quelques campagnes de Jules César dans la Gaule-Belgique. Vue d'après nature, carte et plans. Namur imprimerie de Ad. Wesmael-Charlier, Libraire, éditeur 1897. Pages 75-97. disponible en ligne
  4. Vanderhoeven, Alain, « Tongres / Atuatuca (Belgique) », Supplément à la Revue archéologique du centre de la France, vol. 25, no 1,‎ (lire en ligne, consulté le 28 mars 2018)
  5. César, B.G, V, 24-32
  6. Simon Pierre Ernst et Kloosterrade, Netherlands (Abbey of Augustinian canons), Histoire du Limbourg : suivie de celle des comtés de Daelhem et de Fauquemont, des annales de l'abbaye de Rolduc, P. J. Collardin, (lire en ligne), p. 169-172
  7. Jean-Baptiste (1699-1775) Bullet, Mémoires sur la langue celtique. T1-2 / ... par M. Bullet,... Tome Ier. : (Tome II-III contenant la première-deuxième partie du Dictionnaire celtique), C.-J. Daclin, 1754-1760 (lire en ligne), p. 278
  8. Albert Grisart, « L'Atuatuca césarienne au Fort de Chaudfontaine ? », L'antiquité classique, vol. 50, no 1,‎ , p. 367–381 (ISSN 0770-2817, DOI 10.3406/antiq.1981.2017, lire en ligne, consulté le 23 juin 2018)
  9. Jean-Jacques Jespers, Dictionnaire des noms de lieux en Wallonie et à Bruxelles, Bruxelles, Racine, , 649 p. (ISBN 978-2-87386-409-5, présentation en ligne), p. 234
  10. Henri Joseph Barthélemi Del Vaux, Dictionnaire géographique et statistique de la province de Liège, Jeunehomme frères, , 304 p. (lire en ligne), p. 63
  11. A. Nelissen, Bulletin des chercheurs de la Wallonie XVII, , p. 140-145
  12. Chaudfontaine. Wallonade par GGGG [i.e. F. C. J. Grandgagnage]., (lire en ligne)
  13. L. Caumartin, Entre Liége et Maestricht : Promenades dans les environs de Visé, Renard, (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Guerre des Gaules (De Bello Gallico, abrégé BG) de Jules César (BG, V, 24-37).