Bashar Shbib

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Bashar Shbib
Nom de naissance Bachar Chbib
Naissance
Damas
Syrie
Nationalité Canadien
Syrien
Profession réalisateur
producteur
scénariste
Films notables Clair Obscur
Julia Has Two Lovers
Site internet Oneira Pictures

Bashar Shbib (né à Damas, en Syrie, le ) est un réalisateur, producteur et scénariste. Il est considéré comme « le plus prolifique, sans contredit, des cinéastes canadiens »[1],[2] avec une vingtaine de longs métrages à son actif[3].

Né en Syrie, sa famille s'installe au Québec en 1967. Après avoir fait ses études universitaires à l'Université McGill en microbiologie et immunologie, puis à l'Université Concordia en cinéma, à 23 ans, il entame une carrière de cinéaste et producteur indépendant entre Montréal et Los Angeles. Ces films, parmi lesquels on trouve Julia Has Two Lovers, Lana in Love, Love $ Greed et Crack Me Up, furent distribués dans plus de 50 pays[4].

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et formation[modifier | modifier le code]

« Je n'ai vu qu'un film avant l'âge de 16 ans[5],[6] »

— Bashar Shbib en entrevue avec The Gazette, 3 juin 1994

Bashar Shbib est né à Damas en Syrie d'un père architecte syrien et d'une mère allemande[4]. En bas âge, il fréquente un internat catholique à Sidon au Liban jusqu'à ce que la Guerre des Six Jours éclate en 1967[7].

Sa famille émigre au Canada en 1967; ils s'installent sur une ferme d'élevage de bœuf charolais à Coaticook, dans les Cantons-de-l'Est au Québec. Il y travaille une bonne partie de son adolescence[7].

Il déménage avec sa famille à Montréal dans les années 1970. Il fait ses études universitaires à l'Université McGill et obtient une majeure en microbiologie et immunologie. Habitant près d'un cinéma de répertoire, le Cinéma V, il découvre le cinéma de Fassbinder, Paradjanov et Tarkovsky puis entame des études en production cinématographique à l'Université Concordia[7].

Premiers films[modifier | modifier le code]

Courts-métrages[modifier | modifier le code]

Bashar Shbib tourne sept courts-métrages pendant qu'il est à l’université [8]. On trouve parmi eux la trilogie Or d'Ur, Betsy et Amour Impossible en 1983, trois courts documentaires dramatisés sur la prostitution mâle et la transsexualité[9],[10], ainsi que Cazalla de la sierra en 1985[11]. Il produit également Bread, un court-métrage réalisé par Albert Kish[12].

Or d'Ur a été présenté au Universiade International Student Film Festival en juillet 1983, et a été apprécié du jury mais n'a pas gagné de prix[13].
En mars 1984, lors du 15e Festival du film étudiant canadien, l'Institut québécois du Cinéma lui remet le Prix du Jury, d'une valeur de 400$, pour Or d'Ur et Betsy[14],[15].

Longs-métrages[modifier | modifier le code]

Au cours de l'année 1984, Shbib réalise Memoirs son premier long-métrage de fiction, une adaptation de la pièce The Memoirs of Johnny Daze, une pièce de John Beckett Wimbs lauréate au Quebec Drama festival au printemps 1984[16].

En janvier 1986, au cœur de l'hiver, Bashar Shbib tourne Evixion, un long métrage de fiction sur des locataires d'un immeuble qui font face à l'éviction[17].

Il tourne ensuite Seductio et, lors de la présentation du film au Festival du film de Toronto, Shbib se met à nu devant l'audience pour dénoncer les pratiques de financement de Téléfilm Canada et la SGCQ[18].

À l'automne 1988, il tourne Clair Obscur, son premier long-métrage en 35 mm.

Au Rendez-vous du cinéma québécois de 1989, le film est finaliste pour le prix L.-E.-Ouimet-Molson mais ne l'emporte pas.

Premières actions pour le cinéma indépendant[modifier | modifier le code]

En 1987, Bashar Shbib et Maryse Wilder organisent une tournée internationale - la Tournée du film canadien indépendant (Canadian Independent Film Tour) - comptant la projection d'une vingtaine de films canadiens indépendants au total[19].

Dans les années 1980, Shbib et Maryse Wilder montent une compagnie se spécialisant dans l'exportation de films « ambiants », sans dialogues, qui avait une compagnie sœur américaine nommée Ambient Films. Cette compagnie vise à améliorer l'exportation de films indépendants, notamment en Europe[20].

Los Angeles / Montréal[modifier | modifier le code]

En 1989, Shbib quitte Montréal pour Los Angeles[17].

À l'été 1989, il réalise Julia Has Two Lovers à Venice beach en Californie, dans et autour de l'appartement de sa coscénariste et actrice Daphna Kastner[21]. Tourné en deux semaines avec un budget total de 150 000 $US, le film connaît un franc succès au marché du Festival des films du monde de Montréal en 1990, puis est vendu dans plus de 30 pays au marché du Festival de Cannes, au MIFED et au Panorama du Festival international du film de Berlin en 1991[22] . Julia Has Two Lovers est décrit à sa sortie comme son film le plus accessible[23]; il remporte plus de 3 millions au box-office[24]. Le film remporte le prix de la critique du festival de Chamrousse en 1991.

Toujours aux États-Unis, Bashar Shbib réalise une comédie romantique, Love $ Greed, en 1990[25].

L'année suivante, Bashar Shbib tourne Crack me up à Los Angeles. Le film est sous-titré « The Blond, the Blind and the Brothel » et met en scène un cowboy devenu aveugle à la suite d'une bagarre et accueilli par une prostituée jouée par Daphna Kastner [26]. Le film a été projeté au Festival du Film de Vancouver le 10 octobre 1993 [27].

En 1991 toujours, Bashar Shbib tourne Lana in Love à Los Angeles, en collaboration encore une fois avec Daphna Kastner.

L'année suivante, Shbib tourne Ride me, une comédie romantique située à Las Vegas[28].

En 1994, Shbib réalise la comédie d'horreur Draghoula à Montréal, avec un budget de 275 000 $CAN [6]

En 1995, Shbib sort son premier long-métrage francophone, La Mule et les Émeraudes[29],[30].

La même année, Shbib participe à Un film de cinéastes, un film rassemblant un collectif de 18 réalisateurs et visant la défense du cinéma indépendant. La durée totale du film est de 85 min. Les autres réalisateurs ayant participé au film sont : Olivier Asselin, Cécile Baril, Pierre Bastien, Bernard Bergeron, Manon Briand, Richard Brouillette, Jeanne Crépeau, Claude Demers, Claude Fortin, Pierre Goupil, Sylvain L’Espérance, Catherine Martin, Bob Mc Kenna, Benoît Pilon, Marie-Jan Seille, Raymond St Jean et Paul Thinel.
La section du film réalisée par Bashar Shbib met en scène un dialogue entre le réalisateur et sa propre fille sur la notion de censure[31],[32].

The Senses[modifier | modifier le code]

Panneau annonçant la projection de Les Sens au Cinéma Impérial de Montréal en mai 1997

En 1996, Bashar Shbib commence le tournage d'une série de cinq films appelée The Senses (Les Sens).

En février 1996, la maison de Bashar Shbib est détruite par un incendie[23] Le traumatisme engendré par cet événement est la source d'inspiration pour son film Hot Sauce[33].

Taxi to L.A. est le deuxième film de la série. Il tourne ensuite The Perfumer à Montréal durant l'été 1995 avec le monologuiste australien Jimeoin[34].

Strictly Spanking est le quatrième film de la série, et termine le tournage de Panic fin octobre 1997. Ce film a pour scénariste Harold Von Mass[34].

Le tournage du pentalogue The Senses est entièrement terminé au début de 1997[2]. Le budget final des cinq longs métrages se chiffre à 1,2 millions d'US$[23]. Les cinq films sont projetés au Cinéma Impérial de Montréal du 9 au 22 mai 1997[35].

Sixième et dernier volet de la série The Senses, The Kiss est tourné en 1999[36].

Production et activités sur internet[modifier | modifier le code]

En 1997, Bashar Shbib produit pour la première fois le film de quelqu'un d'autre. Il s'agit de Bone, d'Eugene Garcia[23].

En 2000, Bashar Shbib crée la websérie Aliendog à Montreal[37].La série a été nominée aux Pixie Awards dans la catégorie « Best webisodic series »[38].

Depuis 2004[modifier | modifier le code]

En 2004, Bashar Shbib quitte Los Angeles pour la petite ville frontalière de Stanstead au Québec; il se dit victime des mesures de sécurité excessives et du harcèlement contre les personnes d'origine arabe dans les aéroports américains depuis les Attentats du 11 septembre 2001[39]. Il y ouvre le restaurant Millie's Diner en 2006[40], et y enseigne le cinéma[41].

En juillet 2005, Shbib tourne Granite Forks une série télévisée indépendante de 8 épisodes à Stanstead[42].

Son dernier film en date tourné à Los Angeles, Silent Men, est présenté en août 2005 au festival des films du monde de Montréal[43].

En septembre 2010, Bashar Shbib est membre du jury de la Sélection internationale du Festival du nouveau cinéma de Montréal aux côtés de Susan Ayscough, Claude Demers, Marc-André Grondin et Karine Vanasse[44].|

Analyse de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Sources d'inspiration[modifier | modifier le code]

Parmi les réalisateurs qui ont influencé les débuts de Bashar Shbib on compte : Fassbinder, Bertolucci, Tarkovski, et Paradjanov[7].

Style et processus créatif[modifier | modifier le code]

La plupart de l'œuvre de Bashar Shbib laissent libre cours à l'improvisation, autant au niveau de la mise en scène que sur le plan de la direction des acteurs[1],[45].

Thèmes et genre[modifier | modifier le code]

Marginalité[modifier | modifier le code]

Les films de Bashar Shbib sont marqués par le culte de la marginalité[46] « sans concession ni complaisance »[46].

Comportements amoureux[modifier | modifier le code]

Plusieurs films de Bashar Shbib constituent une démarche psychanalytique sur les comportements amoureux, c'est le cas pour Julia Has Two Lovers, Lana in Love et les cinq films de la série Les sens[1]. La tension sexuelle est un procédé récurrent dans son œuvre[45], tout comme les triangles amoureux[24].

Pensée politique[modifier | modifier le code]

Défense du cinéma indépendant et critique des institutions[modifier | modifier le code]

Le , alors que son film Seductio est présenté dans la section panorama au Festival des films du monde de Montréal, Shbib participe à une table ronde sur les conditions de travail des cinéastes indépendants ; on lui demande alors de définir le cinéma indépendant. Selon lui, le cinéma indépendant est forcément à petit budget et qu'il ne peut y avoir de cinéma indépendant généreusement financé par Téléfilm Canada et la Société générale du cinéma du Québec[47].

En octobre de la même année, alors que le magazine Cinéma Canada (en) lui offre une tribune, Bashar Shbib critique le financement publique du cinéma canadien et l'omniprésence du contenu américain dans les cinémas canadiens:

« Mettre notre argent dans le divertissement comme culture pour empêcher les hommes de Valenti de s’emparer de notre identité nationale est une manière coûteuse d'éviter la vérité sur la question[48],[49]. »

En 1988, alors que son film Seductio est refusé aux Rendez-vous du cinéma québécois parce qu'il est en anglais, Bashar Shbib dénonce la fermeture du cinéma québécois aux anglophones et membre des minorités :

« Le cinéma québécois n'est-il que québécois francophone ? Que faisons-nous ici, nous anglophones, multi-ethniques. Les Rendez-vous du cinéma québécois, représentez vous un cinéma nombriliste ou multi-culturel, êtes vous discriminatoires et sans perspective sociale [46]? »

En 1991, alors qu'il est à Los Angeles, il compare la production de films au Québec à la production aux États-Unis  :

« À Los Angeles, ce ne sont pas les bureaucrates qui gèrent votre vie ; ce sont les investisseurs. Je crois qu'il s'agit d'un environnement plus sain pour faire des films. Quand des gens à Québec te dictent comment faire ton film, tu finis par tourner des films que tu ne veux pas faire[50],[51]. »

Même au cours de ses années à Los Angeles, Bashar Shbib reste hors du système hollywoodien préférant réaliser des œuvres indépendantes et sans concessions[43].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Réalisateur[modifier | modifier le code]

Producteur[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Élie Castiel, « The Senses, confessions intimes », Séquences (revue), no 191,‎ , p. 51 (lire en ligne)
  2. a et b Matthew Hays, A new movie fest raise the question... do B-movies exist anymore, Montreal Mirror, Jan. 30th - Feb. 6th, 1997, p. 11
  3. Claire Valade, « Le cinéma underground québécois : Bashar Shbib, la folie du cinéma comme philosophie », Séquences,‎ , p. 28-32
  4. a et b Huguette Roberge, « Bashar Shbib a tous ses sens », La Presse,‎ , p. 1-2
  5. I hadn't seen a film in my life until I was 16
  6. a et b Bill Brownstein, « Director Shbib finds success the best revenge », The Gazette, 3 juin 1994.
  7. a, b, c et d (en) Geoff Pevere, « The importance of being no stranger to adversity », The Globe and Mail,‎ , E9
  8. Marcel Jean, Le dictionnaire du cinéma québécois, Montréal, Boréal,‎ , 824 p. (ISBN 2-7646-0427-0), p. 668
  9. (en) James Adams, « Jurors split as Universiade fest closes world student competition », Cinemag,‎
  10. (en) Tom Waugh, « The death of camp? », The Body Politics,‎ , p. 34
  11. (en) Cazalla de la sierra sur l’Internet Movie Database
  12. (en) Bread sur l’Internet Movie Database
  13. (en) James Adams, « Jurors split as Universiade fest closes world student competition », Cinemag,‎
  14. Festival des Films du Monde de Montréal, « Palmares étudiant 1984 »
  15. (en) Rossana Coriandoli, « Students win three film awards », The Concordian,‎
  16. (en) Peter Ronald, « When theatre goes film, Ida Rage discovers the art of love », Open City,‎
  17. a et b (en) Ina Warren, « Reality hits fantasy film-maker », The Gazette,‎ , C1
  18. (en) Bachar Chbib, « Chbib and his Steenbeck », Cinema Canada,‎ , p. 56
  19. (en) « Indies on the road », Cinema Canada, no 145,‎ , p. 77
  20. (en) « Canadian Film & Video Exporters », Playback,‎ , S6
  21. Huguette Roberge, « L'homme idéal au bout du fil... », La Presse,‎ , C18
  22. (en) Brian Pendreigh, « Julia loves every minutes of her new-found fame », The Scotsman,‎ , C1
  23. a, b, c et d (en) Bill Brownstein, « Sucess is actress Kastner's revenge », The Gazette,‎ , C1
  24. a et b Hélène de Billy, « Chbib, le cinéaste du nouvel âge », L'Actualité,‎ , p. 111
  25. (en) Love $ Greed sur l’Internet Movie Database
  26. (en) Crack me up sur l’Internet Movie Database
  27. [Canadian Film Online lire en ligne (page consultée le 04 juillet 2014)]
  28. Ride Me (Tcm)
  29. (en) Maurie Alioff, « Bashar Shbib’s 'La Mule et les Émeraudes’ », Cinémag,‎
  30. [Canadian Film Online lire en ligne (page consultée le 22 juillet 2014)]
  31. M-C. L., « Vues panoramiques – Un film de cinéastes », 24 images, no 77,‎ , p. 59
  32. Mario Cloutier, « Un film de cinéastes – Futur antérieur », Séquences (revue), no 178,‎ , p. 12-13
  33. Huguette Roberge, « Bashar Shbib a tous ses sens », La Presse,‎ , C1
  34. a et b Francine Grimaldi, « Un qui ne chôme pas », La Presse, 29 octobre 1995
  35. Huguette Roberge, « Une sensualité tous azimuts », La Presse,‎
  36. Marc-André Lussier, « The Kiss, une autre façon de parler de paternité et de mort », La Presse,‎
  37. (en) Aliendog : Life as it is sur l’Internet Movie Database
  38. Pixie Awards 2001 Imdb
  39. Émilie Côté, « Une vie à cheval entre deux pays », Cyberpresse, 28 mai 2009. Consulté le 11 mai 2012.
  40. Martin Patriquin, « The smorgasbord at Millie's Dinner », Maclean's, p. 70, 16 mars 2009
  41. Victoria Vanier, « Local Film Appreciated at Montreal's Film Festival », Stanstead Journal,‎ , p. 7 (lire en ligne)
  42. Peter Varga, « Indie television on the borderline »], Toronto Star, 2 juillet 2005. Consulté le 30 octobre 2013.
  43. a et b Marcel Jean, Le dictionnaire du cinéma québécois, Montréal, Boréal,‎ , 824 p. (ISBN 2-7646-0427-0), p. 669
  44. Vanessa Guimond, « 295 films pour la 39e édition du Festival du nouveau cinéma », Le Journal de Montréal, p. 68, 29 septembre 2012
  45. a et b Martin Bilodeau, « Marathonien de l'ordinaire », Le Devoir,‎ , B2
  46. a, b et c Isabelle Juneau, « Le nouveau cinéma anglo-québécois », dans Pierre Véronneau, À la recherche d'une identité : Renaissance du cinéma d'auteur canadien-anglais, Montréal, Cinémathèque québécoise,‎ , 96-97 p.
  47. Raymond Bernatchez, « Haro sur la télévision et sur les «majors» américains », La Presse,‎ , p. 4
  48. Putting our money in entertainment under the guise of culture in order to prevent Valenti's men from gobbling up our national identity is an expensive way to avoid the truth of the matter.
  49. (en) Bachar Chbib, « The Independent Scene In Their Own Words : Bashar Shbib », Cinema Canada,‎ , p. 22
  50. [In L.A.] bureaucrats don't run your life, investors do, and I think that is more of a fair environnement to make a movie. When you have people in Quebec dictating you how to make a movie, you end up doing films you don't want to make
  51. (en) Steve Kokker, « Romance Times Three », Mirror,‎ , p. 10

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Marcel Jean, Le dictionnaire du cinéma québécois, Montréal, Boréal,‎ , 824 p. (ISBN 2-7646-0427-0).

Liens externes[modifier | modifier le code]