Base antarctique Dumont-d'Urville

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Base antarctique Dumont-d'Urville
Image illustrative de l'article Base antarctique Dumont-d'Urville
Vue de la base

Coordonnées 66° 39′ 47″ sud, 140° 00′ 10″ est
Pays Terre Adélie Drapeau de la France France
Création
Effectif max. 120
Activités
  • carottages de glace
  • lancers de ballons météo
Géolocalisation sur la carte : Antarctique
(Voir situation sur carte : Antarctique)
Base antarctique Dumont-d'Urville

La base Dumont-d'Urville est une base scientifique française située sur l'île des Pétrels, en terre Adélie, dans l'archipel de Pointe-Géologie. Elle doit son nom à l'explorateur Jules Dumont d'Urville qui découvrit l'archipel en 1840.

La base est gérée par l'Institut polaire français Paul-Émile-Victor. Elle a été ouverte le pour remplacer la base de Port-Martin, détruite par le feu en 1952. La station peut accueillir de 30 à 40 personnes en hiver.

Sur la base se poursuivent des travaux scientifiques de portée internationale. Par exemple, en 1987, les scientifiques y effectuaient des carottages de glace prélevés à de grandes profondeurs et testés en laboratoire, des lancers de ballons pour mieux connaître les mouvements atmosphériques, des tirs de fusées à 350 km d'altitude pour l'étude de l'ionosphère.

C'est aussi dans cette base qu' était hébergée l'équipe du film de Luc Jacquet : La Marche de l'empereur, sorti en 2005.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'Astrolabe et La Zélée le 20 janvier 1840, par Louis Le Breton
Un abri observatoire en terre Adélie, construit par les Expéditions polaires françaises, 1959. Archives nationales.

Le 20 janvier 1840, l'explorateur Jules Dumont d'Urville débarque sur le rocher le plus élevé et le plus nord-occidental des Îles Dumoulin [1](qu'il rebaptisera par la suite Rocher du Débarquement). . L'expédition en profite alors pour prélever des échantillons de roches, d'algues et d'animaux. Dumont d'Urville choisit de nommer cette nouvelle terre la « terre Adélie », en hommage à sa femme Adèle, après avoir pris officiellement possession de l'archipel de Pointe-Géologie au nom de la France. La mer environnante prendra ultérieurement le nom de mer d'Urville.

Après la destruction, par un incendie en janvier 1952, de la base de Port-Martin, les occupants sont évacués, mais sept d'entre-eux rejoignent une base secondaire destinée à l'observation d'une rookerie de pingouins (la base Marret prévue pour 4 personnes). Cette base se situe à soixante kilomètres à l'ouest, sur l'île des Pétrels dans l'archipel de Pointe-Géologie[2],[3]. Les 7 hommes, dont le radio et cinéaste Mario Marret, hivernent, dans des conditions précaires, et quittent l'île en janvier 1953 : la terre Adélie est alors vierge de toute présence humaine[4],[5].

En 1955, les Français décident de créer une véritable base sur le site de la base Marret. Des préfabriqués en métal de l'entreprise Fillod (Florange, Moselle) sont cette fois-ci utilisés, ce matériau présentant l'avantage d'être plus léger et moins inflammable que le bois[6]. Le au matin, les quatorze membres de la première des trois expéditions prévues à l'occasion de l'année géophysique internationale 1957-1958, partie le de Tasmanie à bord du Norsel (en), atteignent l'île des Pétrels et œuvrent dès lors la construction de la nouvelle base[7],[8],[9]baptisée Dumont d'Urville. Plusieurs d'entre eux demeurent sur place, assurant le premier hivernage dans la base[10].

En décembre 1956, sept hommes établissent une seconde base sur le continent, à 320 kilomètres de Dumont-d'Urville, à l'emplacement du pôle Sud magnétique d'alors : la base Charcot[11]. Trois d'entre deux y demeurent[12].

En février 1999, un hélicoptère Lama effectuant la liaison entre le navire L'Astrolabe et la base s'écrase, faisant trois morts[13],[14].

Le , un hélicoptère Écureuil effectuant la même navette (L'Astrolabe est immobilisé par les glaces à environ 370 kilomètres de l'île) s'écrase, à environ 100 kilomètres de la base ; les quatre occupants, un pilote, un mécanicien et deux membres de l'Institut polaire français Paul-Émile-Victor, meurent[13].

Transports[modifier | modifier le code]

La base étant située sur une île, on y accède par bateau pneumatique ou par hélicoptère. Une piste pour avions est également installée sur le continent, à 10 km de la base ; elle sert uniquement l'été, d'octobre à février depuis et vers d'autres bases antarctiques proches. Le nombre du personnel sur la base est en moyenne de 30 en hiver et entre 70 et 120 en été. Le navire de ravitaillement L'Astrolabe apporte provisions et personnel cinq fois par an entre novembre et mars.

Dans les années 1990, une autre piste, surnommée « piste du lion », a été construite entre les petites îles Cuvier, île du Lion et îles Buffon, à proximité immédiate de l'île de Pétrels. Cette construction a nécessité un dynamitage d'aplanissement de ces îles et un remblaiement pour les relier. Cependant la DGAC en refusera l'homologation en 1994 à cause de la qualité des granulats utilisés dans la construction et la piste fut officiellement abandonnée par décret ministériel en 1996. Le coût financier de son entretien et la polémique internationale suscitée par sa création sont aussi avancées comme explications de cet abandon. Le but était, grâce à une piste de 1 100 mètres de long, de pouvoir relier l'Australie à la terre Adélie par avion-cargo militaire.

Faune[modifier | modifier le code]

Une colonie de manchots Adélie.

La base Dumont-d'Urville présente un intérêt important pour la faune, notamment en ce qui concerne les manchots empereurs.

L'été, les rochers aux environs de la base sont le refuge des manchots Adélie, qui viennent se reproduire. On observe des skuas, pétrels des neiges, pétrels géants qui se nourrissent avec les poussins des manchots empereurs. Les damiers du cap passent également l'été près de la base.

En hiver, seuls les manchots empereurs demeurent pour se reproduire. Par suite du réchauffement climatique notamment, leur colonie risque de passer des 6.000 couples reproducteurs décomptés en 1962, à 400 couples en 2100, soit un déclin de 95%[15].

Certains animaux marins sont également présents malgré la température négative de l'eau : orques et rorquals.

Activité[modifier | modifier le code]

La base Dumont-d'Urville est avant tout une base scientifique, même si la logistique en direction de Concordia occupe désormais une place importante dans son activité.

Biologie, nature[modifier | modifier le code]

Les animaux présents à Dumont-d'Urville sont régulièrement étudiés : manchots, oiseaux, poissons…

Chimie de l'atmosphère[modifier | modifier le code]

Un laboratoire de chimie de l'atmosphère est présent sur la base. On y analyse entre autres les composés soufrés présents dans l'atmosphère.

Géophysique[modifier | modifier le code]

Au départ très présente, la géophysique l'est aujourd'hui moins sur la base.

On peut noter la présence d'un marégraphe pour mesurer le niveau de la mer, la salinité, etc., d'une mesure des rayonnements cosmiques réalisée à l'aide d'un super moniteur à neutrons ainsi que d'un GPS pour mesurer l'enfoncement du continent antarctique dans le manteau terrestre.

Le géo-magnétisme terrestre et la sismologie sont également présents; Une mesure absolue de la déclinaison magnétique terrestre est réalisée tous les jours à l'aide d'un théodolite.

Enfin, la base dispose d'un Lidar qui permet d'analyser notamment le trou dans la couche d'ozone.

Logistique[modifier | modifier le code]

Le fonctionnement de la base ainsi que l'approvisionnement de Concordia nécessite une logistique importante, notamment l'été. Les techniciens sont indispensables au bon fonctionnement de la base tout au long de l'année : électricien, plombier, mécanicien pour la centrale électrique, mécanicien engins, informaticien, etc.

Actualité et culture populaire[modifier | modifier le code]

Les scientifiques qui étudient à Dumont-d'Urville ne restent pas indifférents à l'actualité. En 2014, à la suite du succès mondial que connaît la chanson Happy de Pharrell Williams, le personnel de la 64e mission polaire décide d'organiser en partenariat avec les autres communautés des terres australes françaises un clip vidéo reprenant le thème de la chanson[16],[17]. En 2015, à la suite des attentats de Paris, les membres du personnel décident d'exprimer leur solidarité en écrivant « Nous sommes Charlie » sur la glace avec leurs corps[18],[19]. L'une des photos prises pour l’événement est alors reprise par France 2[20] pour son journal de 13 heures du mardi 13 janvier 2015.

Patrimoine[modifier | modifier le code]

La base Dumont-d'Urville comprend quatre sites et monuments historiques[21] :

À cela s'ajoute la reconnaissance de deux ZSPA (Zones Spécialement Protégées de l’Antarctique) que sont l'archipel de Pointe-Géologie et l'ancienne station Port-Martin.

Hivernages[modifier | modifier le code]

- 12e : TA12 (1961) (18 personnes + chat)

Equipe
  • Robert Merle (chef d'expédition)
  • Rolland Novel (chef radio)
  • Louis Pierrot (radio)
  • Chesneau (chef météo)
  • Heuzey (météo)
  • Lucien Bernard (météo)
  • Marc Souriau (géophysique)
  • Louis Taniou (mécanicien de précision)
  • Bernard Gangnieux (ionosphére)
  • Paul Leguay (rayons cosmiques)
  • Cariou (glaciologie)
  • Hiely (médecin)
  • Pierre Challon (cuisinier)
  • André Thomas (aurores australes)
  • Jacques Gallon (chef mécanicien)
  • Jean Empio (mécanicien)
  • Duchiron (mécanicien)
  • Pierre Pauzat (mécanicien)
  • et le chat Aramis

- 27e : TA27 (1977) (33 personnes)

Scientifiques
  • Gilles Baranger (resp. Rayons cosmiques)
  • Joël Bonnet (Magnétisme)
  • Christian Coppens (resp. Ionosphère)
  • André Cornet (Biologie)
  • Gérard Dewasmes (Biologie)
  • Bernard Enault (Ionosphère)
  • Jean-Yves Gourdin (Météo)
  • Alain Jeanne (resp. Magnétisme)
  • Jean-Michel Kozlowski (resp. Ciel nocturne)
  • Jacques Lacour (Météo)
  • Patrick Landrain (Ciel nocturne)
  • Claude Laurent (Ionosphère)
  • Francis Martin (Météo)
  • Bruno Pats (Médecine)
  • Serge Tchoukavoff (resp. Météo)
  • François Thouvenot (resp. Sismologie)
  • Jean-Marie Torre (Ionosphère)
Logistique
  • Lionel Carette (mécanicien véhicules)
  • Dominique Criard (plombier)
  • Didier Despéries (centrale électrique)
  • Jean-Paul Deverchère (menuisier)
  • Robert Guillard (chef de district)
  • Jean-Louis Lalaurette (mécanicien de précision)
  • Jean-Marc Larrue (boulanger-pâtissier)
  • Robert Lecomte (opérateur radio)
  • Georges Noyau (centrale électrique)
  • Michel Paquien (cuisinier)
  • Bruno Pats (médecin et adjoint au chef de district)
  • Jean-Luc Ricard (opérateur radio)
  • Robert Schuh (resp. technique)
  • Dominique Toulemont (chauffagiste)
  • Michel Toussaint (électricien)
  • Gérard Weber (mécanicien véhicules)
  • Jean Zapico (gérant postal)

- 40e : TA40 (1990) (33 personnes)

Scientifiques
  • Jacques Aubry (resp. Magnétisme-Sismologie)
  • Hubert Canu (Météo)
  • Didier Dedenis (Géophysique)
  • Michel Edwell (resp. Météo)
  • Maxence Henriette (Météo)
  • Nicolas Huin (Ornithologie)
  • Xavier Mestre (Ornithologie)
  • Jean-Michel Meunier (Météo)
  • Gilles Morlet (Géophysique)
  • Patrick Nisol (resp. Géophysique)
  • Alain Pierre (Magnétisme-Sismologie)
  • Patrick Thuiller (Lidar)
Logistique
  • Christian Arrigo (foreur)
  • Alain Bordeau (électricien)
  • Gilles Brébant (boulanger-pâtissier)
  • François Chassaing (médecin)
  • Claude Chaufriasse (chef de district)
  • Jean-Louis Duraffourg (cuisinier)
  • Gilles Epaud (plombier)
  • François Geffroy (foreur)
  • Alain Grand Maison (resp. technique)
  • Jean-Marie Jagueneau (gérant postal)
  • Pascal Lemauguen (mécanicien de précision)
  • Frédéric Lledo (mécanicien)
  • Thierry Le Moal (opérateur radio)
  • Jean Paul Le Noach (technicien radio)
  • Francis Malnory (resp. centrale électrique)
  • Philippe Noirot (ingénierie polaire)
  • Fédérico Nunez (mécanicien)
  • Henri Ober (mécanicien véhicules)
  • Philippe Rebourg (électromécanicien)
  • Pierre Tormo (foreur)

Galerie d'images[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Du nom de l'hydrographe de l'expédition Clément Adrien Vincendon-Dumoulin qui fut le premier à calculer l'inclinaison magnétique permettant de localiser le pôle Sud magnétique, le 23 janvier 1838.
  2. Michel Tabuteau, « Le littoral et le pack dans l'antarctique français », L'Information géographique, vol. 16, no 2,‎ , p. 54 (lire en ligne)
  3. « La cabane Marret », Institut polaire français Paul-Émile-Victor,
  4. Bertrand Imbert, « La France Antarctique », L'Astronomie, vol. 273,‎ , p. 245-246 (lire en ligne)
  5. « La recherche en terre Adélie », sur taaf.fr, Terres australes et antarctiques françaises (consulté le 7 décembre 2019)
  6. (en) Bertrand Imbert, « Metal buildings at the French antarctic base on Ile des Pétrels », Polar Record, vol. 8, no 54,‎ , p. 246-252
  7. Paul-Émile Victor, « Pendant trois ans la France va s'installer à Pointe-Géologie », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  8. « La mission antarctique française fait route vers la Terre-Adélie », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  9. « L'expédition française a atteint la terre Adélie », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  10. « Pas de Manchots empereurs en terre Adélie... », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  11. « L'année géophysique », Les Cahiers français, no 21,‎ , p. 44-45 (lire en ligne)
  12. Yvonne Rebeyrol, « La France dispose des bases Dumont-d'Urville et Charcot », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  13. a et b Pierre Jullien, « Crash d'hélicoptère en terre Adélie, le point », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  14. « Institut Polaire : les corps des victimes toujours en Terre Adélie », Le Télégramme,‎ (lire en ligne).
  15. Selon la Proceedings of the National Academy of Sciences rapportant les études de chercheurs.
  16. « Découvrez les clips "We are HAPPY from…" des TAAF ! », (consulté le 7 juin 2015).
  17. « Happy depuis la Terre Adélie - TAAF - Antarctique », YouTube, (consulté le 7 juin 2015).
  18. « En Terre Adélie, on est aussi "Charlie" », (consulté le 7 juin 2015).
  19. « Nous sommes Charlie. La solidarité depuis la Terre-Adélie », Ouest-France, (consulté le 7 juin 2015).
  20. « Actualités. », (consulté le 8 juin 2015).
  21. « La Terre Adélie, un statut juridique unique » (consulté le 8 juin 2015).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Circle-icons-globe.svg

Les coordonnées de cet article :