Barrage Zola

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Barrage Zola
Image dans Infobox.
Barrage Zola
Géographie
Pays
Région
Département
Commune
Coordonnées
Cours d'eau
L’Infernet
Objectifs et impacts
Vocation
Alimentation de la ville d’Aix, aujourd’hui régulateur de crue
Opérateur
Société du Canal de Provence et d’aménagement de la région Provençale (SCP)
Conception
François Zola
Date du début des travaux
Date de la fin des travaux
Date de mise en service
Barrage
Type
voûte
Hauteur
(lit de rivière)
36,5 m
Hauteur
(fondation)
42,5 m
Longueur
66 m
Épaisseur en crête
5,8 m
Épaisseur à la base
12,75 m
Altitude de la crête
243 m
Volume du barrage
4 000 
Réservoir
Altitude maximale
242,4 m
Altitude normale
231,1 m
Volume maximal
2,5 millions de
Volume normal
0,9 millions de
Volume utile
1,6 millions de
Superficie
3,5 ha
Longueur
0,5 km
Irrigation
Surface irriguée
1 200 ha
Bassin(s) irrigué(s)
Aix en Provence
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Le barrage Zola, du nom de l’initiateur du projet, François Zola (le père de l’écrivain et journaliste Émile Zola), est situé sur la commune du Tholonet, dans les gorges de l'Infernet en aval du barrage de Bimont et en amont du barrage de La Petite Mer (1475). Le Canal Zola emmènera de l'eau jusqu'à la ville d’Aix[1], distante de 7 km environ. Il a été la principale source d'eau de la ville jusqu'en 1875, année de l’arrivée des premières eaux du Canal du Verdon. Les deux canaux alimenteront ensemble la ville d’Aix jusqu’à la mise en service du Canal de Provence à partir des années 1960.

Depuis le milieu des années 1970, le Canal Zola a été abandonné alors que le barrage Zola continue à être entretenu par la Société du Canal de Provence. Aujourd’hui, il participe à l’écrêtement des débits de pointe en cas de crues.

C'est le tout premier barrage voûte de l'ère industrielle. À ce titre, il constitue une innovation technique de premier ordre dans le domaine des ouvrages hydrauliques. En France, il faudra attendre la première moitié du XXe siècle pour que la technique de la voûte soit reprise et développée, en utilisant le béton (barrage de la Bromme mis en service en 1932). Le barrage Zola reste un exemple rare de voûte en maçonnerie. Il est aussi l'un des tout premiers exemples de système intégré de production d'eau potable pour les besoins d'une ville.

Le barrage Zola a été construit par MM. Brunton et Grimault, il sera inauguré en décembre 1854.


Origine du projet[modifier | modifier le code]

Dès le XVIIIe siècle, plusieurs projets sont étudiés afin de créer un canal pour alimenter en eau Aix et Marseille (« Canal de Provence » de Floquet en 1733). Mais lors de la grande sècheresse de 1834 Marseille décide de construire seule son propre canal. Ce sera le canal de Marseille qui amènera l'eau de la Durance à Marseille à partir de 1849. À cette même époque le choléra arrive en France. Cette pandémie a d'abord été signalée en 1826 dans la vallée du Gange, puis en 1829, autour de la mer Caspienne, en 1830, Moscou, en 1831, la Pologne et Hambourg. Le premier cas est signalé en France en avril 1832. L'épidémie atteint Marseille en 1834 puis Aix en 1835. Jean Giono en a fait l'arrière-plan de son livre Le Hussard sur le toit.

L'épidémie frappera de nouveau Aix-en-Provence en 1837. La municipalité décide de s'attaquer au problème de l'alimentation en eau potable de la ville. Un appel à projet est lancé par le conseil municipal d'Aix, le .

Histoire[modifier | modifier le code]

Premier projet[modifier | modifier le code]

Château du Tholonet (Bouches-du-Rhône).

François Zola propose, en 1838, un premier projet de trois barrages construits sur les terres et avec la collaboration active du Marquis de Galliffet, propriétaire du château du Tholonet. Le Canal Zola devait partir du troisième et dernier barrage, juste derrière le château du Tholonet, pour arriver à Aix vers l’actuelle place Miollis. Ce projet est adopté par la ville d’Aix le [2]. Mais les prétentions financières du Marquis de Galliffet sont excessives, les deux partenaires deviennent adversaires. Zola propose alors un nouveau projet sans l’appui du Marquis.

Deuxième projet[modifier | modifier le code]

François Zola propose un nouveau projet adopté par la ville d’Aix le . Ce projet ne comprend plus que deux barrages construits en dehors des terres du Marquis de Galliffet. Ces deux barrages devaient être édifiés, l’un voisin de l’actuel barrage de Bimont et l’autre proche de l’actuel barrage Zola. Ces deux barrages devaient retenir un volume total de 35 millions de mètres cubes d’eau. Après de multiples complications administratives initiées, entre autres, par l'opposition systématique du Marquis de Galliffet, son projet est adopté le . L’ordonnance royale est définitivement signée le , une seconde, signée en septembre 1846, autorise l’expropriation des terrains pour la construction des deux barrages et du canal. Les travaux commencent en février 1847.

François Zola ne verra jamais l'ouvrage. François Zola doit aller à Marseille, quelques jours après les premiers coups de mine, dans les rochers de Jaumegarde. Il prend froid sur le trajet : pneumonie. Il meurt à Marseille le [3]. Achille Durup de Baleine, est directeur des travaux. Il sera nommé subrogé tuteur d’Émile Zola à la mort de François Zola, il était alors âgé de 51 ans[4].

Dans son édition du du journal La Provence on pouvait lire : « Hier,... M. Thiers, ainsi que MM. Aude, maire d’Aix ; Borely, procureur général ; Goyrand, adjoint ; Leydet, juge de paix, et plusieurs autres notabilités de la ville, sont allés inopinément visiter les travaux du Canal Zola, à la colline des Infernets. Ils ont été reçus au milieu des bruyantes détonations des coups de mine, que les ouvriers, prévenus à la hâte, avaient préparés à cette intention... M. Pérémé, le gérant, a profité de la circonstance pour présenter à M. Thiers le jeune fils de M. Zola »[5].

La mort prématurée de François Zola a amené des difficultés financières à la famille Zola qui sera ruinée à la suite de manœuvres de créanciers de la société du Canal Zola. En 1852, la société a été mise en banqueroute. Le nouveau gérant, M. Marius Daime, est incarcéré pour dettes. Un jugement du reconnaitra que la faillite de la société n’était pas justifiée et donnera quitus à M. Daime.

En mai 1853, la société a été vendue au cours d'enchères à MM. Migeon, Brunton et Viellard. Ils créeront, en juin 1853, la Compagnie du Canal d’Aix.

Canal d’Aix[modifier | modifier le code]

La fontaine de la Rotonde au début du XXe siècle.

Les travaux reprennent en juin 1853, mais MM. Brunton et Grimault simplifient le projet. Le tracé du canal sera conservé mais ils ne construiront pas le barrage du Bimont. Et le barrage Zola sera plus petit et plus épais que le projet initial de François Zola. Le barrage de François Zola devait retenir un volume de 7 millions de mètres cubes d’eau avec une épaisseur de seulement 3 m au niveau du couronnement. Le barrage de MM Brunton et Grimault ne retiendra qu’un volume de 2,5 millions de mètres cubes d’eau avec une épaisseur de presque 6 m.

L'ouvrage rebaptisé Canal d'Aix, sera inauguré le .

Selon le même cheminement de pensée qui fera construire à Marseille le palais Longchamp pour fêter l’inauguration du canal de Marseille. La ville d’Aix, pour célébrer l’arrivée de l’eau, construira la grande fontaine de la Rotonde, elle sera inaugurée le .

Le nom de « Canal Zola » ne lui sera donné que le [6] en hommage à l’homme qui initia le projet. À l’époque le barrage se nomme encore barrage du Canal Zola, de Jaumegarde, du Tholonet ou des Infernet.

Hommage[modifier | modifier le code]

Le lac Zola

Émile Zola demande le à la municipalité d’Aix de rendre un hommage à la mémoire de son père. Le conseil d’Aix décide à l’unanimité le de donner au Boulevard du Chemin Neuf, le nom de Boulevard François Zola car « il aboutit au pont du canal, point où commence la distribution des eaux ». Depuis 1938, c’est le Boulevard François et Émile Zola.

En 1871, une fois le Canal d’Aix acheté par la ville d’Aix, le Conseil décide, le , « ne pouvant renommer un bien qui ne lui appartenait pas » de nommer le canal « Canal Zola » en mémoire de l’auteur initial du projet. Émile Zola ému par cette nouvelle fera publier une lettre ouverte de remerciement dans « Le Mémorial d’Aix » du .

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Le barrage[modifier | modifier le code]

Le Barrage Zola est le premier barrage-voûte du monde moderne dont la géométrie a été calculée au préalable en tenant compte de la résistance de la voûte. Avec ses 36,5 m de hauteur au-dessus du lit de la rivière, ce barrage restera le plus grand de France jusqu’en 1866.

La retenue[modifier | modifier le code]

Actuellement la surface du plan d’eau représente moins de 3,5 ha à la cote 231,1 mNGF avec un volume d’eau d’environ 0,145 millions de mètres cubes d’eau. Mais à l’origine le plan d’eau pouvait atteindre 20 ha à la cote maximale 242,4 mNGF pour un volume de 2,5 millions de mètres cubes d’eau.

Le Canal Zola[modifier | modifier le code]

Canal Zola traverse Malakoff

Le Canal Zola démarre à mi-hauteur du barrage à la cote 228,6 mNGF soit un volume utile de 1,6 millions de mètres cubes d’eau. Il était entièrement maçonné sur une longueur d’environ 7,8 km, le débit maximal était de 500 litres par seconde. Les principaux ouvrages d’art de ce canal sont le tunnel des Infernets (longueur 667 m) ; le siphon du Vallon des Gardes ; le « petit Roquefavour » au-dessus et de la route de Saint Marc Jaumegarde (environ 100 m de long) ; et enfin l’aqueduc sur La Torse (environ 50 m de long). A l’origine l’eau arrivait au niveau de la place Bellegarde en passant sur le Pont des Premières Eaux. En 1948, une pompe sera installée à l’arrivée de l’aqueduc sur La Torse pour remonter les eaux du Canal Zola vers les bassins de traitement de Saint-Eutrope.

Le Canal Zola sera fermé vers le milieu des années 1970 avec la mise en service du Canal de Provence. Depuis, il n’est plus entretenu.

Exploitation[modifier | modifier le code]

Entre 1854 et 1875, il sera la principale source d’eau de la ville d’Aix. Le volume utile du barrage étant trop petite, le Canal Zola sera presque à sec environ 10% du temps. À partir de 1875 les eaux apportées par le Canal du Verdon viendront complémenter celles du Canal Zola.

Suite à la fermeture du canal, le barrage n'a plus de fonction d'adduction d'eau. Des travaux, réalisés en 2015 sur le barrage, l’ont transformé en un bassin de rétention pour ralentir les crues de l’Infernet. L’orifice de sortie est calibré pour limiter à 2 200 litres par seconde le débit de crue maximal en aval du barrage Zola.

Dans la culture[modifier | modifier le code]

Tableau "Le barrage Zola" par Paul Cézanne

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Le barrage Zola est furtivement visible à la cinquième minute du long métrage Cézanne et moi réalisé en 2016 par Danièle Thompson (source : générique). Dans la scène où le barrage est visible, le jeune Émile Zola montre le barrage à ses camarades (dont Paul Cézanne) depuis un versant qui fait face au barrage (vue similaire à ce lien[7]).

Représentation en peinture[modifier | modifier le code]

Le barrage Zola est l'objet d'un tableau de Paul Cézanne, qui est présent dans la collection de Gwendoline Davies (en) et Margaret Davies (en) du Musée National du Pays de Galles à Cardiff[8].

Source[modifier | modifier le code]

Cet article est en grande partie inspiré par le chapitre sur le barrage Zola contenu dans le livre « L’or bleu du Tholonet »[9].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Les architectes de l'eau en Provence - De la renaissance au XXe siècle, Michel Jean, Actes Sud, Arles, 2011, p. 381-402.
  2. L’or bleu du Tholonet, Philippe F. Bernascolle, Les Presses du Midi, Toulon, 2019, p. 67-133.
  3. Armand Lanoux, Zola vivant. Œuvre complète d’Émile Zola., Cercle du livre précieux - 1966, p. 21
  4. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k97900675/f26.image.r=durup%20de%20baleine
  5. Numéro de La Provence sur le site de La Cité du Livre d'Aix en Provence : http://bibliotheque-numerique.citedulivre-aix.com/idurl/1/36251
  6. Zola. Panorama d'un auteur, Marie-Aude de Langenhagen, Gilbert Guislain, éd. Studyrama, 2005, p. 18.
  7. http://www.as-tu-vu.com/aix-en-provence/sainte-victoire/P1020999-sainte-victoire.JPG
  8. Turner to Cézanne, Masterpieces from the Davies Collection, National Museum of Wales.
  9. L’or bleu du Tholonet, Philippe F. Bernascolle, Les Presses du Midi, Toulon, 2019.

Liens externes[modifier | modifier le code]


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