Baronne de Sternberg

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Maria Stella Sternberg
Maria Stella Petronilla.jpg
Biographie
Naissance
Décès
Nom dans la langue maternelle
Maria Stella, Lady NewboroughVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Père
Lorenzo Chiappini (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Mère
Vencenzia Viligenti (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Fratrie
Conjoints
Thomas Wynn (en)
Baron Edward Ungern-Sternberg (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfants
Thomas Wynn (en)
Spencer Bulkeley Wynn, 3rd Baron Newborough (en)
Edward Freiherr von Ungern-Sternberg (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Maria-Stella Petronilla Chiappini, par son mariage Lady Newborough puis baronne de Sternberg, est née le à Modigliana (Italie) et morte le .

Elle est à l'origine d'une énigme historique, puisqu'elle affirma être la fille du duc de Chartres, Louis Philippe d'Orléans (1747-1793), futur Philippe Égalité, et de la duchesse, née Louise Marie Adélaïde de Bourbon ; dans ce dessein, elle chercha à contester la naissance, en octobre 1773, au Palais-Royal, du duc Louis-Philippe d'Orléans (futur roi des Français Louis-Philippe Ier) et à se faire reconnaître comme la fille légitime du duc et de la duchesse de Chartres.

Une aristocrate d'humble origine[modifier | modifier le code]

Maria-Stella Petronilla est née le à Modigliana, petite ville italienne située dans les Apennins, appartenant au Grand-duché de Toscane (Romagne Toscane) mais dépendant du diocèse de Faënza, dans les États pontificaux. Son père, Lorenzo Chiappini (1739 + 1821), est geôlier, et sa mère se nomme Vicenza Diligenti (1745 + 1820). Plus tard, Lorenzo Chiappini deviendra chef de la police de Florence, où il mourra en 1821.

Un autre enfant naît au sein du ménage Chiappini : un garçon, Thomas Chiappini, qui deviendra avocat à Florence.

Maria-Stella est remarquée par un aristocrate anglais, Sir Thomas Wynn of Glynllifon, Lord Newborough (1736-1807), dont la famille descend des anciens princes du Pays de Galles ; il l'épouse et décède en lui laissant, outre deux fils, une immense fortune. Maria-Stella se remarie en 1810 à un aristocrate russe, le baron de Sternberg, dont elle aura un fils.

Une substitution d'enfants[modifier | modifier le code]

En 1821, peu de temps avant de mourir, Lorenzo Chiappini révèle par écrit à sa fille qu'il n'est pas son vrai père et qu'il a échangé à sa naissance, moyennant finances, le garçon que sa femme lui avait donné contre la fille que l'épouse d'un homme de haute naissance, de passage à Modigliana, avait mise au monde. La lettre est remise à Maria-Stella peu de jours après la mort de son père.

Enquête[modifier | modifier le code]

De retour à Modigliana, Maria-Stella entreprend, par de minutieuses recherches, de reconstituer les évènements qui s'y sont déroulés en 1773.

Elle apprend ainsi que la châtelaine des lieux, la comtesse Borghi, accueillait fréquemment un couple d'aristocrates, appelés comte et comtesse de Joinville. Le comte de Joinville serait alors entré en contact avec le geôlier Chiappini et, prétextant qu'il avait impérativement besoin d'un héritier pour toucher un gros héritage, l'aurait persuadé de procéder à un échange : si l'enfant à naître de la comtesse était une fille, et si celui à naître de l'épouse Chiappini était un garçon, les nouveau-nés seraient échangés. Chiappini aurait accepté, moyennant une forte rétribution et Maria-Stella fut déclarée aux autorités locales comme la fille de Lorenzo et Vicence Chiappini, alors qu'elle était en réalité la fille du comte et de la comtesse de Joinville. L'échange aurait eu lieu au Palais Borghi (palais du XIVe siècle, toujours existant).

Elle apprend aussi que cet échange a été connu des habitants de la région et a provoqué une véritable émeute : poursuivi par la clameur publique, le comte de Joinville avait dû se réfugier au monastère de Brisighella (voisin de Modigliana), où il fut arrêté puis retenu pendant trois jours comme otage dans la Maison commune jusqu'à ce que l'intervention des autorités locales permette sa libération, puis son départ avec son épouse et l'enfant.

Forte de ces témoignages, Maria-Stella n'a aucune peine d'obtenir, de la part du tribunal ecclésiastique de Faenza, la rectification de son état civil : le , ce tribunal ordonne que l'on rectifie son acte de naissance en la portant « fille des époux Joinville ». Fait étrange : le grand-duc de Toscane écrira au curé de Modigliana pour interdire la transcription du jugement, s'opposant ainsi à la reconnaissance de l'échange ...

Auparavant, en juillet 1823, elle a fait paraître une annonce dans plusieurs journaux dont La Quotidienne dans laquelle elle fait part de sa recherche d'un certain Louis, Comte de Joinville. Cette annonce intrigua le prince Louis Philippe car son père Philippe Égalité se faisait appeler Comte de Joinville lorsqu'il voyageait incognito[1].

Maria-Stella d'Orléans ?[modifier | modifier le code]

De toute évidence, le comte de Joinville était un homme de très haute naissance, connu et respecté du gouvernement toscan (Lorenzo Chiappini fut nommé capitaine des Gardes à Florence, dès 1780, le grand-duc de Toscane s'opposera à ce que le curé de Modigliana procède à la rectification du registre des baptêmes ordonnée par le tribunal ecclésiastique de Faenza). Maria-Stella se convainc que le comte de Joinville, son père, n'est autre que Philippe d'Orléans, futur Philippe Égalité, et que Louis-Philippe, enfant substitué destiné à assurer la lignée des Orléans, n'est qu'un usurpateur.

Sa théorie se fonde sur les éléments suivants :

  • le titre de comte de Joinville appartient à la famille Orléans ;
  • Philippe d'Orléans a effectué, notamment en Italie, de nombreux voyages sous le nom de comte de Joinville ;
  • l'emploi du temps de Philippe et Adélaïde d'Orléans indique qu'ils pouvaient se rendre en Italie en avril 1773, pour permettre à la duchesse d'accoucher et procéder à la substitution.

Maria-Stella demande alors aux tribunaux français d'accorder l'exequatur à la décision du tribunal de Faenza, puis de la reconnaître comme la fille légitime de Philippe d'Orléans. Ses demandes sont refusées, en partie grâce aux actions de son frère, Thomas Chiappini, qui parvient à faire contrecarrer, par les tribunaux florentins, la décision rendue à Faenza. Thomas Chiappini avancera comme argument que son père, paralysé de la main droite, n'a pu être l'auteur de la lettre adressée à Maria-Stella et que ce document est donc un faux, argument que Maria-Stella parviendra sans mal à renverser.

Maria-Stella meurt le , en état de léger trouble mental, sans cesser de clamer son appartenance à la famille Orléans. Elle est inhumée à Paris,au cimetière Montmartre. Dès sa mort, l'ensemble de ses papiers personnels sera saisi par la police.

De nombreux pamphlets et ouvrages seront ultérieurement publiés par les opposants à la monarchie de Juillet afin d'accréditer l'histoire de la substitution de « Marie-Étoile d'Orléans » contre « le fils Chiappini ». L'affaire renaîtra essentiellement en 1883, après la mort d'Henri d'Artois, « comte de Chambord », permettant aux légitimistes de contrer les prétentions de la famille Orléans à la succession au trône de France.

Une énigme partiellement résolue[modifier | modifier le code]

Noble, mais pas Orléans[modifier | modifier le code]

L'historien français André Castelot, dans son ouvrage consacré à Philippe d'Orléans, a démontré que Maria-Stella ne pouvait être la fille de Philippe d'Orléans : les registres et archives de la Cour de France, conservées aux Archives nationales, démontrent en effet que si Philippe d'Orléans pouvait avoir amené son épouse à Modigliana, au cours du mois d', il lui fut impossible de repartir la chercher.

Quant à Adélaïde d'Orléans, il est impossible qu'elle ait été enceinte avant le printemps 1773 (son état aurait été nécessairement révélé lors de son entrée dans la franc-maçonnerie, en , au cours de laquelle elle devait se présenter en vêtements simples) et donc de donner le jour à un enfant en .

Une grossesse commencée en janvier de cette même année et aboutissant, en octobre suivant, à la naissance de Louis-Philippe est en revanche tout à fait possible.

L'étude des archives royales, ainsi que des archives de la famille Orléans conservées aux Archives Nationales, permet également d'écarter toute idée d'une naissance dissimulée de l'enfant Orléans en , naissance qui n'aurait été révélée que seulement six mois plus tard.

Une ascendance mystérieuse[modifier | modifier le code]

Il est acquis aujourd'hui que Maria-Stella n'est pas la fille de Lorenzo et Vicenza Chiappini et qu'une substitution d'enfants a réellement eu lieu, en à Modigliana.

Selon l'historien André Castelot, le véritable père de Maria-Stella aurait été un souverain local (Este, Parme, Modène, Deux-Siciles, Toscane) ou - plus vraisemblablement - d'un membre d'une famille princière italienne, qui aurait utilisé le nom de comte de Joinville pour dissimuler sa véritable identité - laquelle était connue des autorités locales - soucieux d'assurer la pérennité de sa lignée.

Selon Maurice Vitrac, un dossier trouvé dans les Archives de Brisighella contiendrait un certain nombre de lettres, écrites par le vice légat de Ravenne au gouverneur Niccolo Perelli, démontrant que Maria-Stella aurait été la fille d’un aristocrate de Rimini, le comte Carlo Battaglini ( + 1796) et d’une femme inconnue, probablement sa maîtresse désireuse d'éviter un scandale en dissimulant son accouchement. Il est toutefois difficile de comprendre pour quelle raison le comte et sa maîtresse auraient procédé à cet échange de nouveau-nés, qui ne dissimulait pas l'accouchement et créait, en outre, un scandale ...

Il est probable que le "comte de Joinville" ait été, en réalité, un membre d'une haute famille de l'aristocratie toscane dont l'épouse, féconde en filles (comme il l'avouera lui-même dans une lettre écrite postérieurement au prieur de Brisighella), ne lui avait pas encore donné le fils qu'il souhaitait pour perpétuer sa lignée ; la circonstance que la substitution ait eu lieu au palais Borghi (et non au palais prétorien, où résidaient les époux Chiappini ainsi que les Joinville) est curieuse, et pourrait laisser penser que l'enfant adoptée par les Chiappini était, en réalité, la fille adultérine de la comtesse de Joinville et du comte Borghi (Maria-Stella, dans ses Mémoires, précise que sa mère la traitait de "sale petite bâtarde" ...), ce qui expliquerait la volonté du comte de Joinville de se débarrasser de cette enfant ...

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Maria Stella Petronilla Chiappini Newborough, Maria Stella ou échange criminel d'une demoiselle du plus haut rang contre un garçon de la condition la plus vile, (lire en ligne), p. 89-90

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • A. Castelot : Philippe Égalité, le prince rouge, Libr. Acad. Perrin (voir en particulier l'appendice, relatant en plusieurs chapitres les recherches et conclusions menées par cet historien).
  • M. Vitrac : Philippe Egalité et M. Chiappini : Histoire d’une substitution, Ed. Daragon, 1907, pp. 127 et s.
  • La baronne de Sternberg, Historia.
  • J. Marseille & N. Laneyrie-Dagen : Les grandes énigmes, Larousse 1992.
  • R. Ambelain, Crimes et secrets d'état 1785-1830, Robert Laffont, 1980 (voir, en particulier, le chapitre intitulé : Le secret de la naissance de Louis-Philippe, contestant les conclusions du livre d'André Castelot, cité ci-dessus)

. A. Dumas "Mes Mémoires" 1802-1830, Robert Laffont, Paris, 1989, coll. "Bouquins" pp.613 et ss.