Barefoot College

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Barefoot College
Région Inde
Création
Type Association à but non lucratif
Organisation non gouvernementale
Siège Tilonia, Rajasthan, Inde
Fondateur Bunker Roy
Site web BC.org

Le Barefoot College (le Collège des pieds nus) est une ONG indienne[1]. Cette organisation a pour mission de trouver des solutions simples et durables aux problèmes fondamentaux de la qualité de la vie en milieu rural : eau propre, énergie renouvelable, services d’éducation et soins de santé[2],[3]. Son siège se trouve à Tilonia, dans l'état du Rajasthan.

Création et historique[modifier | modifier le code]

Bunker Roy, le fondateur de Barefoot College abordant les programmes en 2008.

En 2014, 1,2 milliard d'êtres humains vivaient dans la pauvreté extrême, la moitié dans les campagnes d'Asie et d'Afrique[4]. En Inde, la pénurie d’eau rend la vie de 300 millions paysans précaires.  Ici, la technologie occidentale est trop chère et peu efficace pour atteindre les plus démunis. Ces pauvres n’ont que peu de chances de s’en sortir par leurs propres initiatives. Or Sanjit "Bunker Roy", inspiré par Jai Prakash Narayan, ami de Gandhi, a enfanté une  "révolution" contre la pauvreté. Le Barefoot College a été fondée en 1972 par Bunker Roy pour construire un nouveau modèle qui donnait l’accès à l’eau propre et l’électricité solaire aux paysans appauvris. Ses armes pour ce défi, étaient "l’empowerment" des grands-mères analphabètes[5] – comme canal de transmission pour l’éducation et les soins de santé dans le tiers-monde[6][7].

L'histoire de Bunker Roy[modifier | modifier le code]

Bunker Roy aurait transformé un village pauvre en un modèle du développement durable suivi dans 67 pays en 2014[8]. Lui est un fils d’une famille influente du Bengale et a reçu une éducation élitiste[9]. Or, en 1966, l’état de Bihâr était frappé par une famine terrible, et une visite bénévole d’un village sinistré a marqué le premier tournant dans la vie de Bunker Roy[6].

À 19 ans, il décide de travailler dans un petit village au Rajasthan, pendant 5 ans, comme un ouvrier non-qualifié dans le nettoyage et construction de puits. C'était un village de vieillards et de petits enfants. Presque tous les jeunes sont partis pour trouver un emploi en ville, avec leurs diplômes médiocres qui gonflaient les rangs des inemployables. En effet, leurs diplômes n’avaient guère valeur pratique. Or, ils préféraient rester dans les bidonvilles, que de rentrer dans leurs villages avec leurs échecs. Bunker Roy propose alors de leur donner la confiance en eux-mêmes pour qu'ils puissent exprimer leurs compétences[10].

début du collège des pieds nus[modifier | modifier le code]

Le second tournant dans la vie de Bunker Roy était en 1971. Un collègue a invité Bunker à visiter Tilonia pour quelques jours. Il a découvert un sanatorium abandonné que le gouvernement lui avait légué au prix symbolique d'une roupie. C'est ici qu'il a construit le premier collège des pieds nus, par les pauvres et pour les pauvres, qui avait pour objectif de libérer des milliers de démunis de la pauvreté[6].

Le projet était lancé en 1972, par un groupe d'experts urbains. Les résultats ont été décevants et la plupart d'entre eux ont quittés le projet. L'approche technologique occidentale du  "top-down" (de haut en bas) n'avait pas fonctionné. Or Bunker Roy avait peur que l'approche alternative du "bottoms-up " (de bas en haut) soit trop risquée. Par ailleurs, le gouvernement local lui demanda de quitter le site en 1979[6]. Mais Bunker Roy reçut une visite inattendue de deux Américains hautement importants (Robert McNamara et McGeorge Bundy) qui passeraient deux jours vivant comme Gandhi. Le gouvernement local était très inquiet[6]; mais les visiteurs étaient ravis de leurs expériences. Ainsi, la décision d'abandonner l'école a été annulée[6].

Ensuite, le projet a été relancé avec une approche totalement différente du "bottoms-up " qui donne la responsabilité à la communauté elle-même, pour appliquer et adapter la technologie choisie[7]. Le contrôle total était mis dans les mains des professionnels pieds nus (sans diplômes, avec un salaire minimum) y compris les éducateurs, les travailleurs de santé, et les ingénieurs des technologies aquatiques et solaires. Les résultats ont été encourageants[5]. Cette approche peu orthodoxe a créé un modèle de développement durable basé sur les compétences de gens ordinaires[2], qui a mixé les connaissances traditionnelles à la technologie moderne.  Ce projet fut adopté par toute la communauté [11].  

Mais le grand défi consistait à se déconditionner des préjugés de la modernité[12]. Pendant des générations, les jeunes ont abandonnés, non seulement leurs familles, mais aussi les connaissances traditionnelles, dévalorisée par l'éducation moderne.  

la révolution des mamies[modifier | modifier le code]

L'accès à l'eau propre et à l'électricité fait partie des plus grands obstacles pour sortir de la pauvreté. L'idée inédite de Bunker était la  "révolution des mamies" pour amener l'eau potable et l'électricité aux villages ruraux isolés[6]. L'eau propre est essentielle pour la vie et la santé. Pourtant, dans les villages ruraux d'Inde, les femmes passent des heures chaque jour pour emporter l'eau dans de lourdes jarres d'eau souvent pollués. Alors, la formation des femmes comme agents de développement s'est révélée efficace du fait de leur plus grande responsabilité envers les enfants et le village.  De plus, les grands-mères sont davantage disponibles et peuvent rester dans le village pour conserver la connaissance, la technologie et la durabilité des projets.

récolte des eaux de pluie[modifier | modifier le code]

La solution lancée par Bunker consistait à récolter l’eau de pluie en utilisant un savoir-faire ancestral. Des experts urbains ont déclaré que le projet était impossible et qu'il serait une perte de temps et d'argent[6]. Ils estimaient que seules les installations des puits profonds, les pompes, les réservoirs surélevés et les canalisations par tuyaux seraient efficaces, en dépit de leurs coûts élevés. Néanmoins, le projet pilote a été établi par les architectes des pieds nus.  Tous les toits du Collège ont été connectés pour récolter l’eau de pluie dans une citerne sous un amphithéâtre de 2 000 places – équivalent à 4 ans de consommation.  En 1989, cette approche de récolte de l’eau a été oubliée par les architectes professionnels, mais largement adoptés dans les villages du tiers-monde[6]; de plus, elle était plus écologique, plus simple et moins coûteuse. L'eau ainsi récupérée revenait à 10 centimes le litre.

énergie solaire[modifier | modifier le code]

Le deuxième grand obstacle matériel au développement humain est l'accès à l’électricité. L'électricité et la lumière sont essentielle dans l'accès à l'éducation de base[8] et de la technologie de pointe, pour des millions de paysans et leurs familles dans les villages ruraux isolés. Bunker Roy a développé son idée de former les grands-mères analphabètes pour construire des panneaux solaires relativement sophistiqués. De plus, il a voulu que ce système soit installé par un prêtre hindou[6][10]. Tilonia est devenu le premier village entièrement solaire électrifiée en Inde en 2003[1][3]. Ce fut le début de la "révolution des mamies". Ensuite, chaque année, une centaine de grands-mères analphabètes sont formées en même temps que 80 autres provenant de 64 autres pays. Leur communication se faisant surtout par la langue des signes pour surmonter les barrières linguistiques. Cette idée a donné l'accès à l'énergie solaire à 450 000 paysans indiens dans 1160 villages isolés, ainsi que dans 50 autres pays[1]. En outre, l'énergie solaire réduit les émissions de CO2 de l'Inde de 13 tonnes par jour[6].

impact social[modifier | modifier le code]

L'accès à l’électricité a un impact social important. En Inde, presque 60 % des enfants ruraux (notamment les filles) ne vont pas à l'école parce qu'elles s'occupent de leurs troupeaux pendant la journée. L’électricité solaire a permis la création d'écoles de nuits rurales, où les professeurs des pieds nus donnent accès à l'éducation de base[5]. Tous les 5 ans, il y a aussi un vote parmi les enfants pour élire un parlement, un premier ministre, et un cabinet qui surveille le fonctionnement correct des centaines d'écoles de nuits. Dans le même esprit de transparence, 300 femmes rencontrent chaque semaine pour gérer et débattre des conditions de vie du village de Tilonia, comme la maintenance, l'accès et la gestion des systèmes d’eau, éducation et santé[6]. C'est un modèle de développement durable construit sur la base de la prise de décision collective, de la responsabilité, et de l'initiative individuelle.

La particularité de ce projet c'est que ce sont les villageois eux-mêmes qui avaient les idées, qui les ont financées et concrétisées sans aide extérieure.

Récompenses[modifier | modifier le code]

  • 1998 : Lauréat du Prix Indira Gandhi Paryavaran Puraskar.
  • 2003 : Lauréat du Ashden Award.
  • 2005: Lauréat de fondation Skoll: Entrepreneur Social de l’année.
  • 2006 : Lauréat du Prix Alcan pour la durabilité.
  • 2013: 15e meilleure ONG du Monde selon The Global Journal.
  • 2013: Lauréat de Citoyen Global de fondation Clinton.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Site officiel BC
  2. a et b Alain Grumberg, «Ni Gandhi ni Marx mais des gens ordinaires», sur Libération,‎
  3. a et b Coraline Bertrand, « Les Solar Mamas font des étincelles », sur Libération,‎
  4. « United Nations Millennium Development Goals », sur www.un.org (consulté le 1 juin 2015)
  5. a, b et c « Barefoot College | barefootcollege-se », sur www.crowdrise.com (consulté le 2 juin 2015)
  6. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l (en) Bunker Roy and Jess Hartigan, Innovations : "Empowering the Rural Poor to Develop Themselves : The Barefoot Approach", Skoll World Forum, Cambridge Mass, MIT Press,‎ , p. 95-121
  7. a et b « Sanjit Roy Project: The Barefoot College | Sparknews », sur www.sparknews.com (consulté le 2 juin 2015)
  8. a et b « Education and Poverty Eradication - Barefoot College - India », sur www.unesco.org (consulté le 2 juin 2015)
  9. « :: Bunker Roy | Architect of Peace », sur www.architectsofpeace.org (consulté le 2 juin 2015)
  10. a et b « Barefoot College, Teaching Grandmothers to be Solar Engineers », sur www.wipo.int (consulté le 2 juin 2015)
  11. « Bunker Roy «  Skoll Foundation », sur www.skollfoundation.org (consulté le 3 juin 2015)
  12. « Bunker Roy : Apprendre d'un mouvement va-nu-pied - Le Temple des Consciences » (consulté le 6 juin 2015)

Liens externes[modifier | modifier le code]