Baptistes du Septième Jour

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Les baptistes du septième jour (en abrégé B7J) sont des protestants baptistes de théologie conservatrice, ayant pour particularité d'observer une certaine forme de sabbat chrétien, du vendredi soir au samedi soir[1].

Un protestantisme radical[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Réforme radicale.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le baptisme sabbatiste fait depuis les origines partie intégrante du Baptisme, bien qu'il soit devenu numériquement marginal.
La première Église baptiste fut fondée à Amsterdam en 1609 par un Anglais exilé, John Smyth. En 1617 fut fondée à Londres la première Église baptiste du septième jour, dite Mill Yard Church. Elle existe toujours, ce qui en fait la plus vieille Église baptiste du monde, toutes tendances confondues. Les Églises baptistes du septième jour se développèrent en Angleterre durant trois siècles, mais elle ne résistèrent pas au prosélytisme adventiste orchestré à partir de 1887 par John Norton Loughborough, pasteur adventiste américain[2]. Mill Yard est aujourd'hui une Église ethnique afro-jamaïcaine, et son temple se situe à quelques centaines de mètres du stade de Tottenham (41 Vicarage Road)[3].

Les fondateurs de Mill Yard ont repris une doctrine déjà vieille d'un siècle, celle des prédicateurs anabaptistes allemands Andreas Fischer et Oswald Glaidt, qui ont constitué en 1528 une communauté anabaptiste sabbatiste à Liegnitz, en Silésie (aujourd'hui Legnica, en Pologne).

En 1671, les B7J font leur apparition aux États-Unis: sept membres de l'Église baptiste de Newport (Rhode Island) fondent une paroisse sabbatiste. Le mouvement se développa notamment sous l'influence d'anabaptistes sabbatistes allemands qui, en 1732, fondèrent une communauté monastique baptiste sabbatiste à Ephrata, en Pennsylvanie [4].

En 1844, une B7J américaine, Rachel Oakes (1809-1868), convainc Frederick Weeler (1811-1910) et Thomas Preble (1810-1907), deux prédicateurs millerites, d'observer le sabbat. À leur tour, Preble par un article sur le sabbat et Wheeler par une étude avec Joseph Bates (1792-1872), cofondateur de l'Église adventiste du septième jour, le convainquirent d'observer le sabbat[5]. La Conférence générale adventiste fut créée en 1863 et l'Église de Dieu (septième jour), héritière également de la mouvance millérite sabbatiste, se constitua en corps juridiquement reconnu en 1884.

La première femme pasteur baptiste était une B7J américaine, Perie Burdick, consacrée en 1885.

Les baptistes du septième jour ont fait leur apparition en France en 2006.

Doctrines[modifier | modifier le code]

Les B7J veulent s'approcher le plus possible de la source même du christianisme, à savoir la foi et l'art de vivre enseignés par Jésus-Christ et transmis par les apôtres dans les premières années. Leur pratique du sabbat les conduit à prendre conscience aussi des sources juives du christianisme[réf. nécessaire] (sans que cette prise de conscience ait quoi que ce soit à voir avec ce qu'il est convenu d'appeler le sionisme chrétien, et sans faire des B7J un mouvement judaïsant). Ainsi, certains B7J, à l'instar de Jésus (Matthieu 26, Marc 14, Luc 22) célèbrent la Pâque dans la soirée du 13 au 14 nissan, selon le calendrier hébreu établi dans le chapitre 23 du Lévitique, en tant que commémoration du dernier repas du Christ et des Apôtres et de la Crucifixion, et non pas le dimanche correspondant au comput romain, en tant que commémoration de la Résurrection. Dans ce cas la Résurrection est célébrée trois jours pleins après la Pâque, un soir (selon Matthieu 12:40 et une traduction littérale de Matthieu 28:1).

Les B7J se réclament aussi de l'héritage de certains courants protestants non-conformistes et radicaux, comme les anabaptistes pacifistes (dont sont issus les mennonites) et sabbatistes. Les B7J français prennent aussi pour modèles les vieux Baptistes (réveil de Nomain en 1820) et les premiers Libristes, organisés en 1820 autour de la chapelle Taitbout à Paris et précurseurs de la laïcité. Ils considèrent le respect de la création et la non-violence comme des principes chrétiens inaliénables.

Les B7J rejettent le libéralisme théologique et restent très attachés à l'éthique chrétienne traditionnelle. Ils ne font pas partie de la mouvance charismatique.

Certaines fédérations nationales B7J nomment des femmes pasteurs. La première, Perie Burdick, fut consacrée en 1885 aux États-Unis.

Les baptistes du septième jour croient:

  • en un seul Dieu, éternel, tout-puissant, saint juste et bon. Le Fils et le Saint-Esprit sont un avec le Père, un seul Dieu. Le Père est la source de la divinité ;
  • que la Bible est la Parole que Dieu nous adresse, unique règle de la foi et de la vie chrétiennes ; Jésus-Christ est l'ultime Interprète de la Parole de Dieu, aussi l'Ancien Testament doit-il être lu à la lumière de l'Évangile ;
  • que tout être humain est pécheur et que chacun a besoin d'être réconcilié avec Dieu pour échapper à sa juste colère ;
  • que Jésus-Christ, Dieu-le-Fils et Fils de Dieu, a subi, par Ses souffrances et Sa mort sur la Croix, le châtiment mérité par les pécheurs, bien que n'étant pas pécheur Lui-même ;
  • que par pure grâce, Dieu accorde le Salut à quiconque se repent de son péché, croit au sacrifice expiatoire du Christ et s'engage à servir Dieu ;
  • que l'obéissance à Dieu implique l'observance des Commandements de Dieu et des ordonnances du Christ : adoration exclusive pour Dieu et abstention de toute forme d'idolâtrie, sanctification du sabbat, fidélité conjugale, respect des biens d'autrui, amour de la vérité, amour du prochain, sobriété, évangélisation.

Le baptême et le sabbat[modifier | modifier le code]

Les baptistes du septième jour portent dans leur dénomination deux particularités rituelles et doctrinales : le baptême et le sabbat. Si le baptême baptiste s'est répandu au point de devenir la norme chez de nombreux protestants en dehors du baptisme (ainsi la plupart des évangéliques, et des luthéro-réformés de théologie « barthienne », ont adopté la pratique baptiste sur le baptême, le réservant aux croyants ayant atteint l'âge de raison), le sabbat est issue de la bénédiction de Dieu lors de la création de l'homme.

Les chrétiens sabbatistes croient en effet que les disciples de Jésus-Christ doivent aujourd'hui encore sanctifier le sabbat en le consacrant à Dieu par la pratique du culte communautaire, de la piété personnelle et de la bienfaisance, et en s'abstenant de tout travail et de tout acte commercial, ceci du vendredi soir au samedi soir, exception faite de certains cas de force majeure (comme ceux liés à la sécurité). En effet, les premiers disciples, après la mort de Jésus, l'observent encore (Luc 23:53) et les sabbatistes ne retiennent pas les arguments en faveur du dimanche, qu'ils tiennent pour une pratique héritée du paganisme et de l'antisémitisme de l'ancienne Rome.

En revanche, les B7J n'observent aucune pratique issue de la tradition juive qui n'aurait pas de fondement biblique. Ainsi, ils peuvent prendre leur voiture (notamment pour se rendre au temple), allumer un appareil électrique et manger chaud pendant le sabbat[6].

Chez les B7J, baptême et sabbat sont liés. Théologiquement tout d'abord, car le baptême est le rituel accompli pour symboliser que le croyant a, par la foi, eu accès à la grâce de Dieu, et le sabbat marque le désir du croyant d'obéir à Dieu. Or, foi et obéissance sont indissociables, comme le rappelle le verset biblique choisi comme devise par les B7J dès le XVIIIe siècle: C'est ici la persévérance des saints, qui gardent les commandements de Dieu et la Foi en Jésus (Apocalypse 14:12).

Baptême et sabbat sont également liés du point de vue rituel, car au moment de recevoir le baptême, le néophyte B7J confirme son désir d'obéir à Dieu, notamment en Lui consacrant le sabbat.

Comparaison avec d'autres confessions chrétiennes[modifier | modifier le code]

Avec les Adventistes[modifier | modifier le code]

Les B7J partageant avec les adventistes du septième jour l'observance du sabbat, et les baptistes du septième jour étant beaucoup moins nombreux que ces derniers, il est souvent nécessaire de clarifier les différences entre les deux confessions.

Précisons tout d'abord les points communs. Les deux mouvements enseignent la foi en un Dieu trine ; en Jésus-Christ, à sa mort expiatoire, au salut que Dieu accorde par grâce à quiconque se repent de son péché et croit en lui ; en la Bible, Parole de Dieu. Les deux dénominations enseignent la pérennité de la Loi de Dieu dans ses dispositions morales et la nécessité d'observer le sabbat.

En revanche, certains points de doctrines jugés « obligatoires » par les Adventistes sont laissés par les B7J à l'appréciation de chacun, selon le principe du libre examen de l'Écriture : destruction des âmes des réprouvés ou enfer permanent, régime alimentaire...

Les B7J rejettent plus radicalement certaines croyances adventistes comme 1844, la purification du sanctuaire céleste, le jugement progressif, l'identification de l'Église du reste à une dénomination particulière, l'identification de Satan au bouc émissaire... Les B7J n'accordent aucun crédit aux écrits d'Ellen White.
Du point de vue ecclésiologique, les Adventistes constituent une Église mondiale structurée de façon pyramidale, alors que les B7J s'organisent localement et chaque fédération nationale adhère librement à la Confédération Mondiale.

Il est notable qu'en Europe, beaucoup de baptistes du septième jour étant d'anciens adventistes en rupture avec leur Église d'origine sur la question d'Ellen White, la liturgie B7J est souvent très influencée par celle des Adventistes (prière pastorale à genoux, sainte-cène peu fréquente...).

Rappelons enfin que le mouvement B7J existe depuis 1617 au moins, et que la Conférence générale adventiste fut créée en 1863.

Avec les Évangéliques[modifier | modifier le code]

Les évangéliques et les baptistes du septième jour ont en commun l'accent mis sur la lecture de la Bible, l'attachement à l'éthique chrétienne traditionnelle, l'affirmation des principaux dogmes du protestantisme historique (Trinité, salut par la Foi, expiation à la Croix, rejet de toute forme de piété jugée idolâtre) et l'évangélisation.

Les baptistes du septième jour se distinguent toutefois des évangéliques par leur attachement à la croyance selon laquelle la Loi de Dieu, d'abord établie dans la Torah puis réformée par Jésus, s'impose aux chrétiens pour leur sanctification. Cette croyance était celle des protestants historiques mais elle est devenue marginale tant chez les évangéliques que dans les Églises libérales.

Les Évangéliques sont aujourd'hui majoritairement dans la mouvance charismatique-pentecôtiste, dont les B7J restent quant à eux à l'écart. Les B7J rejettent l'évangile de la prospérité et le sionisme chrétien, entre autres pratiques et positions largement répandues parmi les évangéliques contemporains.

Les baptistes du septième jour rejettent parfois l'idée d'un enfer permanent au profit de l'annihilationisme, doctrine selon laquelle les âmes perdues seront détruites après un temps de punition proportionnelle aux fautes. En revanche, l'idée que les réprouvés seront damnés dans un enfer de douleurs conscientes et éternelles figure dans la version anglaise de la déclaration de Foi de l'Alliance évangélique mondiale (mais pas dans sa traduction française, bizarrement).

Les services divins B7J, célébrations posées et structurées, tranchent avec les cultes évangéliques, beaucoup plus spontanés et enthousiastes.

Présence dans le monde[modifier | modifier le code]

Les Églises B7J sont présentes dans une quarantaine de pays et totalisent environ cinquante mille fidèles[7]. C'est en Inde qu'elles sont les plus nombreuses (deux-cent soixante paroisses, dont deux-cent cinquante-sept dans l'État d'Andhra Pradesh et trois dans le Kérala). Viennent ensuite le Malawi (deux-cents paroisses, dix mille fidèles), le Brésil (quatre-vingt-dix-neuf paroisses), les États-Unis (soixante-six paroisses), le Rwanda (vingt-deux paroisses), les Philippines (vingt paroisses), la Pologne (dix-neuf paroisses), le Nigeria (seize paroisses), et quelques paroisses et groupes pionniers en Jamaïque, Birmanie, Australie, Argentine... En Europe, on trouve trois paroisses en Angleterre, constituées majoritairement de Jamaïcains (y compris l'Église historique de Londres ; au dix-neuvième siècle le Royaume-Uni comptait une quinzaine d'Églises B7J), et trois aux Pays-Bas. De nombreuses paroisses sont apparues ces dernières années au sein de la communauté polonaise en Allemagne. On trouve aussi de petits groupes en Espagne, en Serbie, en Ukraine, en Moldavie, en Estonie et un projet d'implantation en France.

Le Malawi est le seul pays dans lequel les B7J ont une faculté de théologie, des hôpitaux et des écoles privées. Le président des Églises B7J du Malawi est également le président du Conseil malawite des Églises et du comité évangélique malawite de lutte contre le sida.

La Fédération mondiale des baptistes du septième jour fut fondée en 1965, et son siège se trouve actuellement à Hank, aux Pays-Bas. L'actuel secrétaire général de la Fédération est un Néerlandais, le pasteur Jan Lek.

En France[modifier | modifier le code]

En 1962, la communauté chrétienne « Foi et Œuvres » vit le jour à Paris. Son temple se situe au 120, boulevard Voltaire. Il ne s'agit pas officiellement d'une Église B7J mais les doctrines et les pratiques sont semblables.
En 2006, un poste apostolique fut créé à La Côte-Saint-André, en Isère, en lien avec « Foi et Œuvres », l'Église Millyard (Église B7J de Londres) et la Conférence B7J des Pays-Bas. Un poste apostolique fut créé à Nantes en février 2010. De nombreux sympathisants furent recensés à travers la France mais leur éparpillement rendait difficile la constitution de postes apostoliques, a fortiori de nouvelles Églises locales. Les baptistes du septième jour en France sont majoritairement des ex-adventistes, en désaccord avec leur Église d'origine sur la question de la place à accorder aux écrits d'Ellen White (prophétesse reconnue uniquement par les adventistes) et des ex-évangéliques convaincus par les arguments B7J en faveur de l'observance des Commandements et désireux de rejoindre un milieu ecclésial plus structuré et plus théologique et dont des réunions cultuelles (les "services divins") sont plus propices au recueillement (notion B7J de "dignité liturgique"). Les baptistes du septième jour ont aussi à cœur l'évangélisation et l'accueil des chrétiens néophytes. Les B7J français se veulent ouverts au ministère pastoral féminin et à une lecture non fondamentaliste de la Bible ; toutefois ces deux dernières positions ne font pas l'unanimité dans leurs rangs.
Le premier baptême B7J en France a eu lieu au temple de Foi et Œuvres à Paris le 20 février 2010, et le premier pasteur B7J français a été consacré à Amsterdam le 17 avril 2010, avec pour mandat d'exercer son ministère auprès des B7J français, lesquels sont de ce fait devenus indépendants de la tutelle néerlandaise, qui s'exerçait depuis 2007. L'Association chrétienne Foi vivante (baptistes du septième jour et sympathisants) fut dotée d'une existence légale à partir de sa parution au Journal officiel de la république Française, en tant qu'association régie par la loi de 1901, le 17 juillet 2010 (annonce n°665, page 3467).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (Exode 20:8-11), (Luc 23:53)
  2. Richard Lehmann (théologien adventiste français), Les Adventistes du Septième Jour, Brepols, 1987, coll. "Fils d’Abraham".
  3. Mill Yard
  4. Ephrata cloister
  5. George Knight, Joseph Bates : The Real Founder of Seventh-day Adventism, U.S.A. : Review and Herald Publishing Association, 2004
  6. (Argumentaire B7J plus complet en faveur de l'observance du Sabbat.
  7. Annuaire B7J américain, 2007. Secrétariat des B7J français, juillet 2010.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]