Bande dessinée québécoise

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La bande dessinée québécoise, communément appelée « BDQ » (ou encore « BDK » dans la décennie 1970[1]), désigne généralement la bande dessinée créée par un ou des Québécois, éditée par une maison d'édition québécoise, distribuée et vendue au Québec. Toutefois, de nombreux bédéistes québécois publient aussi à l'étranger.

Malgré le petit marché francophone d'Amérique du Nord, elle réussit progressivement à se tailler une place au sein du milieu de la bande dessinée mondiale.[réf. nécessaire]

Histoire de la BDQ[modifier | modifier le code]

Les précurseurs[modifier | modifier le code]

La bande dessinée au Québec émerge d'abord graduellement de la caricature à saveur politique et de la presse satirique.

1792 : « À tous les électeurs »[modifier | modifier le code]

32 ans après la conquête de la Nouvelle-France, l’acte constitutionnel de 1791 crée le Bas-Canada et le Haut-Canada. En 1792 se tiennent les premières élections de l'assemblée législative du Bas Canada. Deux groupes s’opposent : celui qui deviendra le parti canadien, formé de canadiens français généralement membres de professions libérales et le Parti bureaucrate formé principalement de la classe bourgeoise et marchande anglophone. Alors que les murs de la capitale sont tapissés d’affiches électorales, deux partisans du parti bureaucrate, les marchands Mathew et John Macnider, d'origine Écossaise, font produire, à 150 exemplaires, une affiche intitulée À tous les électeurs. Celle-ci, non signée, est généralement attribuée au graveur d’origine allemande John George Hochstetter. Elle soutient la candidature du marchand William Grant contre l’avocat Jean-Antoine Panet. L’affiche est composée de quatre cases où les dialogues des personnages sont présentés au moyen de bulles. Dans la première case, des marchands dressent un inventaire de produits exportés alors que des personnages portent des commentaires favorables à ceux-ci, ce qui vise à associer la prospérité au parti bureaucrate. Les deux cases suivantes présentent des dialogues de citoyens aux prises avec un avocat fortement antipathique, allusion évidente au candidat Antoine Panet. Dans la dernière case, un personnage, vraisemblablement le candidat Grant, s’adresse à des Canadiens français, leur disant « Vous devez nous soutenir. ».

L'utilisation de phylactères dans l'affiche provient de l’influence des colons britanniques, qui en sont adeptes dans leurs caricatures depuis le XVIIe siècle. Certains considèrent qu'il s'agit là de la plus ancienne bande dessinée à bulles d’expression française recensée à ce jour.[2],[3],[4]

1850 : « La Ménagerie annexioniste »[modifier | modifier le code]

William Augustus Leggo

En 1850, un mouvement annexionniste voit le jour dans la Province du Canada. Le sujet n’est pas nouveau. Dès 1764, cherchant à promouvoir l’annexion de la colonie britannique en tant qu'état américain, Benjamin Franklin convainc l’éditeur William Brown de Philadelphie d’installer la première imprimerie du Québec. Brown y publie alors le journal bilingue La Gazette de Québec. En 1775, Franklin tente de nouveau de convaincre les notables d’adhérer aux États-Unis, sans succès.

En janvier 1850, dans la ville de Québec, le candidat annexionniste Joseph Légaré, affronte le député réformiste sortant, Jean Chabot. Depuis l’apparition des imprimés, la tradition d’écrits satiriques s'est solidement implantée. Notamment, le Journal de Québec publie plusieurs textes satiriques contre le candidat Légaré. En janvier 1850, le journal publie une caricature à phylactères, intitulée La Ménagerie annexioniste (sic), attribuée à William Augustus Leggo. Celui-ci y dépeint un Joseph Légaré en aveugle guidant les aveugles en compagnie d'autres annexionnistes dont Napoléon Aubin, Marc-Aurèle Plamondon et Télesphore Fournier. Les paroles inscrites aux phylactères puisent en grande partie dans les textes satiriques du journal. La caricature n'apparait pas dans le journal lui-même, mais aurait constitué un insert dans celui-ci. Il est aussi possible qu’elle ait été diffusée indépendamment.

Les anti-annexionnistes ne sont pas seuls à avoir eu recours à ce moyen d'expression. On les retrouve représentés à leur tour dans une gravure à phylactère intitulée La Fête des Ventrus. [5],[6],[7] [8],[9],[10],[11]

1840-1910 La presse humoristique et satirique[modifier | modifier le code]

Hector Berthelot

La période de forte effervescence politique qui suit la rébellion de patriotes, donne lieu à la naissance de nombreux journaux ayant pour thème la satire politique et sociale. Dès 1837, Napoléon Aubin publie Le Fantasque. En 1844 apparait Le Charivari canadien[12], premier journal humoristique illustré au Canada. Entre 1844 et 1900, 70 périodiques voient le jour. À partir de 1870, l’arrivée des presses rotatives permet de réduire les coûts et d’augmenter les tirages, contribuant à la prolifération des titres. Dans la seule année 1878, 21 périodiques sont créés. La plupart de ceux-ci sont éphémères. Parmi les titres les plus souvent mentionnés, on retrouve La Scie (1863 à 1865)[13], Le Perroquet (1865), Le Canard (1877 à 1957)[14], fondé par Hector Berthelot, qui vend son journal et fonde Le Grognard en 1881[15]. On remarque également Le Farceur (1878 à 1884) fondé par Honoré Beaugrand[16]. Le premier journal satirique anglophone canadien, Punch in Canada, parait de 1849 à 1850[17]. Ce dernier s'inspire en grande partie du Punch britannique. [18],[19],[20]

Henri Julien (autoportrait)

Avant l’ère de la photo imprimée, les journaux utilisent des graveurs et illustrateurs. Ceux-ci sont également caricaturistes, et éventuellement dessinateurs de bd. Il n’y a pas encore de réelle distinction entre ces rôles. Parmi les illustrateurs les plus connus, on retrouve Henri Julien, Jean-Baptiste Côté, Raoul Barré et Edmond-Joseph Massicotte.

Jean-Baptiste Côté

Certains travaillent dans plus d'une publication et signent parfois d'un pseudonyme ou publient anonymement. Par exemple, de juillet à septembre 1868, parait dans le Charivari canadien une bd légendée, intitulée La vie d'étudiant, qui raconte en quatre cases les épisodes de la vie d’un étudiant en droit plutôt fainéant.[21] La bd est signée Nemo, probablement un pseudonyme d’Hector Berthelot, et gravée par Jean-Baptiste Côté.

Logo du journal Le Canard

Le style des histoires illustrées évolue et on y retrouve peu à peu les caractéristiques qu'on associe maintenant à la bande dessinée. Ceci se remarque plus particulièrement dans Le Canard où l'on retrouve d’abord des histoires sous forme d'images légendées, sans cases (à titre d'exemple: l'histoire lamentable d’un canard qui a perdu la vie à l'occasion du jour de l’an, le 28 décembre 1877 [22]. En septembre 1883, un précurseur de bd à phylactère apparaît dans une séquence de quatre images intitulée Lâchez-nous, les phylactères contenant les paroles d'une chanson populaire, entendue à l'excès.[23] L'utilisation de phylactères demeure toutefois exceptionnelle. Les dessins demeurent légendés ou muets, et, peu à peu, le découpage de la narration en images et le rendu graphique du mouvement se développent.[24] On voit notamment apparaitre des séquences d'images muettes, tels que Les gamins de la fronde le 21 février 1885 qui raconte une histoire en huit cases, basée sur la maîtrise de la silhouette et du mouvement des personnages[25]. L'exagération des mimiques, empruntées aux mimes et acteurs comiques, est utilisée, comme par exemple dans Ce que l’on voit au théâtre Royal pour 10 cents les 21 et 28 mars de la même année.[26],[27] Le gag peut être purement visuel, tel que Le petit chien sauvage et savant, gag en cinq cases signé Morissette, où un chien joue avec un rond de fumée, publié dans Le Canard du 18 août 1900.[28],[29],[30],[31]

En 1878, Henri Julien publie une compilation de ses oeuvres dans l'Album drôlatique du journal Le Farceur, que certains considèrent comme un ancêtre de l'album de bandes dessinées[32].

Ces bandes dessinées naissantes n'ont pas vraiment de personnage récurrent. Cependant, Hector Berthelot utilise dans Le Canard, à partir du 9 novembre 1878, le nom de plume de Père Ladébauche. Ce n'est pas encore un personnage de bande dessinée, mais Berthelot lui donne une première incarnation graphique sous forme de dessin humoristique le 9 août 1879 [33]. Le personnage va par la suite se développer et avoir une existence indépendante, d'abord sous la plume de différents caricaturistes dans le Canard. Par exemple, le 27 juillet 1895, Ladébauche donne des conseils à Wilfrid Laurier[34]. À partir de 1904, Ladébauche apparait en bande dessinée dans le quotidien La Presse[35],[36],[37].

La grande presse[modifier | modifier le code]

À partir de 1900, plusieurs dessinateurs et auteurs seront engagés par les grands journaux de Montréal et Québec. Parmi les plus marquants, on peut retenir Henri Julien, Raoul Barré (Pour un dîner de Noël), Joseph Charlebois (Les Aventures de Ladébauche), Hector Berthelot (Père Ladébauche) et Albéric Bourgeois (Les aventures de Timothée). Les journaux se rendent rapidement compte que ce genre de divertissement attire la population par son humour, mais aussi par sa faculté à mettre en scène des récits plus complexes qu’avec la caricature.

Ces premières BDQ sont considérées comme étant « [...]un reflet beaucoup plus fidèle et représentatif de la société québécoise [...] que les autres formes littéraires de la même époque[38]. »

Les années sombres[modifier | modifier le code]

Le grand drame de la bande dessinée québécoise commence dès son apparition : le fait que les journaux qui la publie soient toujours à la recherche du plus faible coût de publication possible pour maximiser leurs profits les amènent à se tourner très rapidement (dès 1909) vers les « comic strips » américains, dont les auteurs viennent de se regrouper en syndicats de distribution (appelés « Syndicates »), offrant des prix si compétitifs aux quotidiens québécois que ceux-ci délaissent les auteurs locaux, devenus trop chers et désavantagés comparés à leurs voisins du Sud.

Il est à noter que plusieurs auteurs québécois de bande dessinée ont offert, au fil des décennies, leurs services à ces fameux « Syndicates », sans succès, ceux-ci pratiquant une forme de protectionnisme bien dans la tradition américaine.

Une reprise sous la houlette religieuse[modifier | modifier le code]

Après une période sombre de dix ans, on peut constater une reprise massive du genre par le clergé. En 1919, la Société Saint-Jean-Baptiste publie deux séries de neuf Contes historiques, commises entre autres par le chanoine Lionel Groulx, Laure Conan et Thomas Chapais. Il va sans dire que ces bandes dessinées, d’obédience catholique, ne constituent pas une révolution au point de vue de la forme ou du genre, mais cette prise en charge par le clergé nous montre bien à quel point la bande dessinée s’avère être un média très efficace pour informer ou divertir les Québécois et Québécoises qui sont pour la plupart peu scolarisés à cette époque.

C’est ainsi que des groupes catholiques comme la JEC (qui fonde les revues François et Claire), l’association catholique des voyageurs de commerce de Trois-Rivières et surtout la maison d'édition Fides, qui entretient des liens étroits avec l’Église, se lancent dans l’aventure de la bande dessinée.

Yvette Lapointe, pionnière de la bande dessinée québécoise, est active entre les années 1932 et 1943[39].

Il faut toutefois souligner une exception notable à cette reprise de la BD par les religieux : Albert Chartier crée en 1943 pour le Bulletin des Agriculteurs, en pleine « crise de la BD québécoise », le personnage humoristique Onésime, dont la publication des bandes surmonte l’adversité et survit malgré tout jusque dans les années 1990. Il est à noter que, quelques années précédemment, Chartier avait par ailleurs publié la bande dessinée Bouboule.

La maison d’édition Fides publient d’ailleurs, en 1944, une traduction du « comic » Timeless Topix créé par la Catechetical Guild Educational Society, qui sera plus tard rebaptisé Hérauts. le premier numéro du magazine est tiré à 100 000 exemplaires et est distribué dans les écoles de la province. Le contenu de bandes dessinées est de 100 % avant 1947, mais passe par la suite à 40 %… On ne peut toutefois pas considérer la BD présentée dans cette revue comme étant québécoise, étant donné que la majorité du contenu est américain. Il faudra attendre les années cinquante pour y voir apparaître des planches québécoises, mais au contenu toujours aussi religieux. En vedette : Le frère André, de Gagnier et Plamondon. Pendant ce temps, aux États-Unis, Charles Schulz crée la série Peanuts avec le personnage Snoopy… La Sainte Trinité que constituent François, Claire et Hérauts disparaît progressivement entre 1964 et 1965. Le conservatisme a moins la cote, la révolution tranquille est en cours et les années 1970 sont proches…

Le « printemps » de la bande dessinée québécoise[modifier | modifier le code]

En pleine effervescence du neuvième art pendant l’humour contemporain des années 60, la bande dessinée québécoise prend son inspiration de deux tendances, la contestation et la recherche d’une nouvelle esthétique[40]. En effet, en pleine Révolution tranquille les Québécois sont exposés à des magazines satiriques tels que : Mad, Pilote, Planéte et Hara-Kiri. Le style proposé parle au public québécois, qui apprécie le jeu des images fortes avec la liberté retrouvée dans la mise en page[41].

C'est en 1968 qu'on assiste aux tout premiers soubresauts de ce que l'on a surnommé le « printemps de la BD québécoise »[41], avec la création du groupe Chiendent, un collectif d’auteurs composé de : Claude Haeffely, Réal Arsenault, André Montpetit, Michel Fournier, Anne Trez, Pierre Cornelier, Kittie Bruneau, Françoise Bujold, Micheline Beauchemin, Gérard Tremblay, Sindon Cécin, Léon Bellefleur, Roland Giguère, François Dallegret, Pierre Gaboriau, Richard et Pat Lacroix et finalement Marc-Antoine Nadeau[42]. Ils publient quelques planches dans La Presse et Dimanche-Magazine. À la suite de cette ouverture du marché et à l’apparition de la photocopieuse, une pléthore de petits fascicules brochés au contenu souvent subversif et engagé voit le jour : c’est la naissance du fanzine québécois ! La majorité des projets n'ont, en moyenne, qu'une durée de vie de deux ans, faute de financement et d’un réseau de distribution capable de faire face à l’importance de l'étendue du territoire. Il est toutefois important de souligner que parmi eux, on retrouve L'Hydrocéphale illustré (1971-1972), publié par un certain Jacques Hurtubise

À la suite de l’échec commercial des fanzines, les auteurs décident de se regrouper. C'est ainsi qu'est créé L'Hydrocéphale entêté, qui associe la bande de Jacques Hurtubise à plusieurs autres auteurs ayant participé à la première vague de publication de fanzines. Cette organisation crée une revue intitulée L’Illustré, un « comic book » (Les aventures du Capitaine Kébec), réalise des expositions à Montréal et à l’étranger, et fonde son propre « syndicate » : la coopérative Les Petits Dessins. Celle-ci ne réussit par contre qu’à publier six strips journaliers dans le quotidien Le Jour pendant moins d’un an. Les grands « Syndicates » américains font toujours la vie dure aux auteurs du Québec.

En 1974, la revue L'Écran est créée à Sherbrooke, dirigée par Daniel Racine, Denis Bachand, Léo Brodeur ainsi qu'André Carpentier, Jacques Samson et Richard Langlois à titre de principaux collaborateurs, tandis que dans la région de Québec c’est le magazine Plouf (Saint-Jean, Île d’Orléans), sous la houlette de Mario Malouin, et le magazine Patrimoine avec Louis Rémillard et André-Philippe Côté (qui signe alors André Côté).

Le printemps de la BD québécoise dure une bonne décennie, des années 1968 à la fin des années 1970 ou elle doit toucher un plus grand public afin de survive. C’est le magazine humoristique Croc, fondé en octobre 1979[43], qui incarne cette nouvelle ère de la BD québécoise. Le but premier est de toucher un vaste public et au Québec c'est l’humour qui s’adresse aux adolescents et jeunes adultes qui marche[44]. On retrouve pendant cette période des bandes dessinées telle que :

  • Capitaine Kébec de Pierre Fournier, paru dans l’Hydrocéphale en 1973[45]. On retrouve une parodie d’aventures d’un jeune super-héros hippie, qui déambule dans la métropole montréalaise[46].
  • L’homme-Catalogne de Fern (Fernand Choquette), paru dans l’Écran en 1974[47].
  • Sharade aventurière de l’espace de Robert Hénen, paru dans Le grand silence en 1974[48]. Première super-héroïne québécoise, qui protège la planète Terre des menaces[49].
  • Louis Cyr de Yves Poissant, parut dans le petit Supplément illustré en 1976. On y suit les aventures de Louis Cyr, qui porte le costume de Gros Louis dans des combats qui dénoncent de façon ironique le style des bandes dessinées américaines et européennes qui dominent le marché[50].
  • Moufette Man de François Goyette et Hugues de Corta, paru dans Kébec Komik en 1976. Ce justicier est là pour proroger la population contre le crime[51].
  • Capitaine Québec de Robert Schoolcraft, paru dans Québec humour en 1978. C’est l’histoire d’un héros et de son partenaire, Langlais, ce duo ont des aventures dans la région de Montréal[52].

L'humour comme bouée de sauvetage[modifier | modifier le code]

L’année 1979 est marquée par le phénomène Croc, revue mensuelle de satire sociale parrainée une fois de plus par Jacques Hurtubise. Le dessinateur Réal Godbout y joue également un rôle déterminant[40]. Cette fois-ci par contre, l’aventure s'avère être un succès populaire et commercial. Le magazine Croc publie 189 numéros de 1979 à 1995 qui touchent entre 70 000 et 90 000 lecteurs à chaque parution. Toutefois, Croc n’est pas exclusivement réservé à la bd, s'appuyant pour une grande partie de ses pages sur des textes humoristiques. Hurtubise tente donc, en 1983, de renverser la vapeur en lançant Titanic, une revue mensuelle de grande qualité consacrée totalement au neuvième art. Un an plus tard, Titanic coule, à bout de ressources, malgré un lectorat d’environ 17 000 personnes.

Malgré l'interruption de Titanic, la scène québécoise reste très dynamique. Un grand nombre d’associations se forment dans les années 1980, regroupant professionnels et intervenants désireux de faire la promotion de la bande dessinée québécoise : BD Estrie à Sherbrooke, la Société des créateurs et amis de la bande dessinée (ScaBD) à Québec et l’Association des créateurs et intervenants en bande dessinée (ACIBD) à Montréal. Notons cependant que L'ACIBD et la SCABD ne se voulaient pas des associations régionales, mais nationales représentant chacune de façon différentes les divers intervenants. On doit à l'ACIBD le dépôt d’un mémoire en commission parlementaire sur la situation de la bd québécoise. Les premières maisons d’éditions dites « sérieuses » voient d’ailleurs le jour à cette époque : les éditions Ovale, les Éditions du Phylactère et Kami-Case qui publient des auteurs comme Claude Cloutier, Rémy Simard, Garnotte, Caroline Merola, Luc Giard, Luis Neves, Éric Godin, Louis Rémillard, Marc Pageau, Éric Thériault, Benoît Joly et Pierre Drysdale.

Le succès de Croc fait des petits. Bien sûr, plusieurs autres projets ont vu le jour l’histoire de deux ou trois ans, mais on retient plus particulièrement l’apparition en 1987 de la revue Safarir, qui marque en quelque sorte le début de la fin de Croc, en misant davantage sur le public jeune et sur un humour un peu plus bon enfant, moins politisé. Toutefois, les phénomènes Croc et Safarir n’ont pas fait que du bien à la bande dessinée québécoise. Ils constituent, en effet, l’argument principal pour légitimer l’opinion, qui était fondée à l'époque mais très réductrice, selon laquelle il n’y aurait que la BD d’humour qui pourrait être rentable au Québec…

On ne peut non plus passer à côté de l’heureuse initiative de l’agence Science-Presse, qui lance en 1982 le magazine jeunesse Je me petit débrouille, qui devient en 1992 Les Débrouillards. Il permet à des dessinateurs tels que Jacques Goldstyn et Jean-Paul Eid d’y faire leurs armes.

Le monde de la science-fiction met aussi l'épaule à la roue, puisque le magazine Solaris ouvre ses pages à la publication de bandes dessinées de 1981 à 2000 et crée le Prix Solaris, qui récompensera le talent de plusieurs auteurs québécois au fil des années, dont André-Philippe Côté, Jean-François Bergeron, Benoît Joly, Marc Pageau, Robert Julien, Laurine Spehner, Christian Vadeboncoeur et Éric Lacasse.

Le marché se développe lentement[modifier | modifier le code]

Les années 1990 sont un point marquant dans l’histoire de la bd québécoise. En effet, on constate un regain d’énergie du côté des fanzines, qui sont toutefois beaucoup moins politisés que dans les années 1970. De plus, un bon nombre de maisons d’édition généralistes, toujours actives aujourd’hui, sont créées tout au long de cette décennie. Ainsi, en 1989, les éditions Mille-Îles, qui deviennent Les 400 coups en 1994, se lancent dans la bd grand public et publient un nombre important de bd de qualité comme La Mare au diable, de VoRo, Théogonie, de Dominique Desbiens et Gilles Laporte ou Le naufragé de Mémoria, de Jean-Paul Eid. Les 400 coups deviennent, entre autres, partenaire des Éditions du Phylactère et créent la collection Zone Convective en 1996, qui flirte avec la bd underground.

Les Éditions Falardeau, les éditions Soulières et La Pastèque sont aussi lancées, respectivement en 1993, 1996 et 1998. La Pastèque se lance dans l’aventure en publiant Spoutnik, premier périodique « mondialisé » québécois, qui réunit des auteurs français et québécois. Depuis, La Pastèque a pris un espace considérable dans l’arène grâce à Paul, personnage du graphiste Michel Rabagliati. Soulières, dont la ligne éditoriale est principalement vouée à la littérature jeunesse, ne publie que des projets « coup de cœur », comme Le jour à Wentworth, des auteurs Jean-Marc Saint-Denis et Olivier Morissette. Plusieurs albums d'André-Philippe Côté sont publiés chez Falardeau, notamment ceux de son personnage Baptiste, l'homme qui vit dans une poubelle. Falardeau cesse ses activités en 1998.

Il convient de souligner la création, en 1995, du site internet BD Québec, une initiative de Michel Pleau qui s'enrichira au fil des années, au point de devenir une référence obligée des visiteurs intéressés par ce qui se produit dans le domaine au Québec.

Les années 2000 et l'explosion Internet[modifier | modifier le code]

Le tournant du siècle voit l'arrivée d'une toute nouvelle voie de distribution, Internet, qui permet aux auteurs québécois d'exposer leurs œuvres de manière plus globale sans pour autant être édités sur papier. Plusieurs auteurs se créent un site, tandis que d'autres se lancent dans l'aventure de la publication en ligne (le phénomène « webcomic »).

Jimmy Beaulieu (lauréat du prix Bedeis Causa en 2008), auteur québécois et membre du collectif Mécanique générale, devient directeur des différentes collections de bande dessinée des 400 Coups en 2002. Ils deviennent donc, avec La Pastèque, le plus gros producteur de bandes dessinées du Québec aujourd’hui. Beaulieu met toutes les énergies dans la collection Mécanique Générale. Beaulieu quitte son poste de directeur en 2009 et est remplacé par Michel Viau.

La bd québécoise est aussi de plus en plus présente sur le marché français avec des auteurs comme Thierry Labrosse, VoRo, Lamontagne, Denis Rodier, Gabriel Morrissette, Marc Delafontaine (Delaf), Maryse Dubuc ou Yves Rodier.

Éditeurs de BDQ[modifier | modifier le code]

Périodiques[modifier | modifier le code]

Magazines[modifier | modifier le code]

Fanzines[modifier | modifier le code]

Prix[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. André Carpentier 1975.
  2. Olivier Thomas, « "A tous les électeurs", une BD de 1792 », sur L'Histoire, (consulté le 12 mars 2021)
  3. Catherine Lachaussée, « Un jambon contre un vote? : Regard sur les premières élections du Bas-Canada », sur Radio-Canada, (consulté le 12 mars 2021)
  4. « 1792. La naissance d’un Parlement », sur Assemblée nationale du Québec, (consulté le 12 mars 2021)
  5. William Augustus Leggo (attribué à), « Ménagerie annexioniste », sur Musée McCord, (consulté le 12 mars 2021)
  6. Martin Denis, « Aux origines de la gravure québécoise : Deux témoins clefs », Cap-aux-Diamants, La revue d'histoire du Québec, vol. 4, no 1,‎ , p. 58-59 (lire en ligne)
  7. Suzanne Simoneau, « Joseph Légaré et la satire graphique à Québec vers 1850 : Une lecture comparée de la Ménagerie annexioniste et du Journal de Québec », L’Image railleuse, Paris, Publications de l’Institut national d’histoire de l’art,‎ (EAN 9782917902707, DOI 10.4000/books.inha.7923, lire en ligne)
  8. Mira Falardeau 2000, p. 25.
  9. « Parution du premier numéro du journal La Gazette de Québec / The Quebec Gazette », sur BAnQ numérique (consulté le 13 mars 2021)
  10. Horace Têtu, « Historique des journaux de Québec, Québec », Québec, s.n., (consulté le 17 mars 2021), p. 5-7
  11. Ville de Montréal, « Pièce P005 - La fête des ventrus . - [ca 1850] », sur Catalogue des archives (consulté le 12 mars 2021)
  12. « Le Charivari canadien », sur BAnQ numérique,
  13. « La Scie », sur BAnQ numérique, 1863 à 1865
  14. « Le Canard », sur BAnQ numérique, 1877-1887
  15. « Le Grognard », sur BAnQ numérique, 1881 à 1884
  16. « Le Farceur », sur Canadiana, 1878-1879, 1883-1884
  17. « Punch in Canada », sur BAnQ numérique, 1849-1850
  18. Philippe Legault, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, « 1878 : drôle d’année pour la presse québécoise », sur BAnQ numérique, (consulté le 15 mars 2021)
  19. Michel Viau 2014, p. 18-20.
  20. Mira Falardeau 2008, p. 17-25.
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  24. Mira Falardeau 2000, p. 26.
  25. Anonyme, « Les gamins de la fronde : Comédie de rue en plusieurs tableaux », sur BAnQ numérique, Le Canard, (consulté le 19 mars 2021), p. 3
  26. Anonyme, « Ce que l’on voit au théâtre Royal pour 10 cents », sur BAnQ numérique, Le Canard, (consulté le 19 mars 2021), p. 3
  27. Anonyme, « Ce que l’on voit au théâtre Royal pour 10 cents », sur BAnQ numérique, Le Canard, (consulté le 19 mars 2021), p. 3
  28. Morissette, « Le petit chien sauvage et savant », sur BAnQ numérique, Le Canard, (consulté le 17 mars 2021), p. 6
  29. Michel Viau 2014, p. 18-25.
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  31. Mira Falardeau 2008, p. 17-30.
  32. (en) « Henri Julien », sur Lambiek (consulté le 22 mars 2021)
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  36. Michel Viau 2014, p. 23.
  37. Henriette Tassé (préf. Victor Morin), La Vie humoristique d'Hector Berthelot, Montréal, Editions Albert Lévesque, , 239 p. (lire en ligne), p. 191
  38. Viau M., « Grande presse et petits bonhommes : la naissance de la BDQ », in Formule Un, Mécanique Générale, 2007.
  39. Sandra Godin, « Les originaux d’une pionnière de la bande dessinée exposés », journaldequebec.com,‎ (lire en ligne).
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  43. Jean-Dominic Leduc, Demi-Dieux 40 ans de super-héros dans la bande dessinée québécoise, Montréal, Mem9ire, , 160 p. (ISBN 978-2-9814152-0-2), p. 29
  44. Mira Falardeau 2008, p. 91.
  45. Michel Viau, BDQ Répertoire des publications de bandes dessinées au Québec des origines à nos jours, Laval, Mille-îles, , 343 p. (ISBN 2-920993-38-0), p. 152
  46. Jean-Dominic Leduc, Demi-dieux 40 ans de super-héros dans la bande dessinée québécoise, Montreal, Mem9ire, , 160 p. (ISBN 978-2-9814152-0-2), p. 11
  47. Jean-Dominic Leduc, Demi-dieux 40 ans de super-héros dans la bande dessinée québécoise, Montréal, Mem9ire, , 160 p. (ISBN 978-2-9814152-0-2), p. 18
  48. Michel Viau 2014, p. 95.
  49. Jean-Dominic Leduc, Demi-dieux 40 ans de super-héros dans la bande dessinée québécoise, Montréal, Mem9ire, , 160 p. (ISBN 978-2-9814152-0-2), p. 22
  50. Jean-Dominc Leduc, Demi-dieux 40 ans de super-héros dans la bande dessinée québécoise, 24, Mem9ire, , 160 p. (ISBN 978-2-9814152-0-2)
  51. Jean-Dominc Leduc, Demi-dieux 40 ans de super-héros dans la bande dessinée québécoise, Montréal, Mem9ire, , 160 p. (ISBN 978-2-9814152-0-2), p. 26
  52. Jean-Dominic Leduc, Demi-dieux 40 ans de super-héros dans la bande dessinée québécoise, Montréal, Mem9ire, , 160 p. (ISBN 978-2-9814152-0-2), p. 16

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie et sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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