Banc-reposoir d'Alsace

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Banc-reposoir de Kutzenhausen (Bas-Rhin)

Un banc-reposoir d'Alsace est une sorte de banc public construit en Alsace au XIXe siècle.

Les jours de marché ou de foire, paysans et surtout paysannes se rendaient dans les villes ou gros bourgs où se tenait un marché. Lourdement chargés, ils y amenaient les produits de la ferme. Les paysannes portaient un panier sur leur tête protégée par un coussinet (der Wisch) rempli de son et de balles de blé. Les paysans, quant à eux, charriaient leurs produits dans une hotte accrochée au dos par deux lanières de cuir. Lors des haltes, les paysannes pouvaient déposer leurs fardeaux sur le linteau puis se reposer sur le banc de la dalle inférieure, à l'ombre généralement de quatre tilleuls. De part et d'autre étaient dressées deux bornes qui permettaient aux hommes d'y déposer leurs hottes ou encore aux cavaliers de se remettre en selle.

Il existe en Alsace deux sortes de bancs reposoirs :

  • ceux du Roi de Rome (dits aussi Bancs Marie-Louise[1]) datés de 1811 ;
  • ceux de l'Impératrice Eugénie datés de 1854.

Bancs-reposoirs du Roi de Rome[modifier | modifier le code]

Ils ont été érigés en Alsace au cours des années 1811-1812, à l'initiative du préfet du Bas-Rhin Adrien de Lezay-Marnésia, pour commémorer la naissance de l'Aiglon (fils de Napoléon Ier et de son épouse Marie-Louise d'Autriche). Dans une lettre en date du , adressée aux municipalités, le préfet écrivait :

« La solennité du deux juin doit être marquée non seulement par l'allégresse universelle, mais encore par des monuments, qui en éternisent le souvenir... L'un de ceux que je veux généraliser dans les départements est celui des reposoirs placés de distance en distance, le long des routes et des chemins communaux, pour la facilité des voyageurs et des cultivateurs qui portent des fardeaux. Je vous invite à prendre vos mesures pour que d'une demi-lieue en une demi-lieue un reposoir en pierre soit établi... Il conviendrai d'y joindre un banc... et derrière ces bancs seront plantés 4 à 5 arbres... Il faut qu'un jour chacun dise en se reposant sous ces ombrages : "Nous le devons au Roi de Rome". »

Tous les frais étaient à la charge des communes qui s'empressèrent de réaliser les Nabele Bänk (« bancs de Napoléon »). Toutefois quelques rares municipalités regimbaient en argumentant que le territoire trop vallonné de leur commune ne s'y prêtait point.

125 bancs ont été construits en 1811[2], et probablement davantage les années qui suivirent, mais très peu de ces bancs ont survécu.

Bancs-reposoirs de l'Impératrice Eugénie[modifier | modifier le code]

Ils sont dus à l'initiative du préfet du Bas-Rhin Auguste-César West qui reprit l'idée de Lezay-Marnésia et concrétisa ainsi un vœu de l'Impératrice Eugénie de Montijo, en 1853, lors du premier anniversaire de son mariage avec l'Empereur Napoléon III. Cette fois-ci, les frais d'achat et de taille des pierres sont pris en charge par le département. C'était un moyen fort habile pour inciter les communes peu enthousiastes après la grave crise économique, surtout alimentaire que connut l'Alsace de 1846 à 1848.

448[3] de ces monuments commémoratifs en grès des Vosges sont construits le long des chemins et routes d'Alsace en 1854. Souvent mutilés par les intempéries, mais aussi et surtout par l'ingratitude des hommes, ils se dressent encore dans les campagnes.

D'autres types de bancs[modifier | modifier le code]

Antérieurement[modifier | modifier le code]

Les plus anciens connus à ce jour datent du XVIIIe siècle. Il s'agit de bancs construits en fonction de besoins locaux tels que l'agrément du promeneur ou le repos du vendangeur.

Un au moins est encore existant, à la sortie de Molsheim sur la RD 422[4].

Il est également possible que celui se trouvant à Ribeauvillé soit antérieur aux bancs du roi de Rome.

Postérieurement[modifier | modifier le code]

  • Les bancs-sièges en grès datent des années 1875-1880, quelques exemplaires existent encore aux alentours d'Erstein et Obernai ;
  • Les bancs commémoratifs, tel celui de Saint-Pierre-Bois commémorant la construction d'une route ;
  • Les bancs supplétifs sont de construction plus simple avec notamment l'usage de bois[5].

Liste[modifier | modifier le code]

La liste suivante recense les bancs-reposoirs encore existants. La colonne « Mérimée » lie vers la fiche correspondante de la base Mérimée ; les index débutants par « PA » indiquent un banc protégé au titre des monuments historiques.

Les différents types sont :

  • 1 : banc curviligne à une dalle-siège avec dossier ;
  • 2 : banc semi-circulaire à une dalle siège et montants à petit chapiteau de type classique ;
  • 3 : banc à un linteau-siège et montants à chapiteau ;
  • 4 : banc à double linteau et montants à chapiteau ;
  • 5 : banc à double linteau et montants à la base élargie ;
  • 6 : banc à un linteau-siège aux extrémités arrondies ;
  • 7 : banc à un linteau supérieur et la dalle-siège extérieure.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Yves Bonnel, Les petits monuments napoléoniens en Alsace, 1re partie, Strasbourg, Y. Bonnel, , 34 p. (ISBN 2-904701-01-X), p. 14
  2. Yves Bonnel, Les petits monuments napoléoniens en Alsace, 1re partie, Strasbourg, Y. Bonnel, , 34 p. (ISBN 2-904701-01-X), p. 29
  3. Les Bancs-Reposoirs Napoléoniens : Aquarelles, La Broque, Les Petites Vagues, , 56 p. (ISBN 2-9513215-4-6), p. 1
  4. Yves Bonnel, Les petits monuments napoléoniens en Alsace, 1re partie, Strasbourg, Y. Bonnel, , 34 p. (ISBN 2-904701-01-X), p. 9
  5. Yves Bonnel, Les petits monuments napoléoniens en Alsace, 1re partie, Strasbourg, Y. Bonnel, , 34 p. (ISBN 2-904701-01-X), p. 25
  6. Yves Bonnel, Les petits monuments napoléoniens en Alsace, 1re partie, Strasbourg, Y. Bonnel, , 34 p. (ISBN 2-904701-01-X), p. 17

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Yves Bonnel, Les petits monuments napoléoniens en Alsace : les bancs-reposoirs, Bonnel, 1986, 2 vol. 35 + 72 p., (ISBN 290-47010-1-X)
  • André Colledeboeuf, Rapports pour la sauvegarde des bancs reposoirs : bancs du Roi de Rome et de l'Impératrice, A. Colledeboeuf, Paris, 1977-1981, 6 vol. (42, 47, 36, 44, 81, 51 p.) + ill., cartes
  • Eban (aquarelles) et Albert Rosenstiehl, Les bancs-reposoirs napoléoniens. Aquarelles, Les Petites Vagues, La Broque, 2001, 56 p. (ISBN 2-9513215-4-6)
  • Christelle Gautron, « Les bancs-reposoirs en l'honneur des deux Napoléons », in En Alsace, 2010-2011, no 64, p. 58-63
  • « Les bancs-reposoirs », in L'Outre-forêt, 2008, no 141, p. 69-71
  • « Les bancs-reposoirs en Alsace Bossue », in Annuaire du Musée régional de l'Alsace Bossue, 1999, no 13, p. 45-46
  • Rudolf Wild, « L'origine des bancs napoléoniens », in L'Outre-forêt, 2008, no 143, p. 29-34
  • Rudolf Wild, « Les bancs napoléoniens dans la région de Wissembourg », in L'Outre-forêt, 2010, no 149, p. 29-36

Lien externe[modifier | modifier le code]