Bamboula

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La danse de la Bamboula à La Nouvelle-Orléans, représentée par E. W. Kemble en 1886 dans son dessin The Dance in Place Congo.

La bamboula est une danse effectuée au son d'une variété de tambour africain, le bamboula, instrument à percussion dont elle tient son nom. Par extension, Bamboula est également utilisé en argot pour désigner un tirailleur sénégalais ou un nègre, avec une connotation raciste.

Terminologie[modifier | modifier le code]

Le terme est dérivé des mots du sarar et du bōla ka-mombulon et kam-bumbulu qui signifient tambour[1].

Danses[modifier | modifier le code]

La forme bamboula apparaît dans une chanson haïtienne en 1757 et la bamboula deviendra une danse syncopée exécutée au rythme de ce tambour lors des fêtes et cérémonies à Haïti. Cette danse sera importée aux États-Unis, via la Louisiane, par les Africains déportés à La Nouvelle-Orléans au cours du XVIIIe siècle, puis avec l'arrivée d'esclaves noirs déplacés par les colons français de l'île de Saint-Domingue vers la Louisiane, notamment après la Révolution haïtienne. Les esclaves se retrouvaient sur Congo Square, à la lisière du quartier du Vieux carré français de La Nouvelle-Orléans, pour danser la bamboula.

Affiche pour interprétation de la Bamboula par le franco-louisianais Louis Moreau Gottschalk.

En 1848, en Louisiane, le tout premier succès swing, composé par Louis Moreau Gottschalk (né à La Nouvelle-Orléans mais originaire de Saint-Domingue par sa mère) est intitulé La Bamboula[2].

Au tournant de 1913 à 1914[3], l'administration coloniale du Congo belge interdit[3] la danse traditionnelle de bamboula, sous la justification qu'elle serait « un obstacle insurmontable aux bienfaits de la civilisation[3] » et « à tous les efforts civilisateurs[4] » ; elle s'opposerait « à l'accession des populations indigènes au niveau intellectuel et moral auquel la Belgique a entrepris de les élever[4] ». La bamboula est alors considérée par l'administration coloniale comme ayant acquis au fil des siècles un « caractère sacré » et « l'aspect avantageux d'un sacrifice rituel[3] » aux yeux des indigènes.

Racisme[modifier | modifier le code]

Le terme est également utilisé argotiquement pour désigner un tirailleur sénégalais lu plus généralement un « nègre »[1], avec une connotation dégradante. Dans l’ouvrage Maudits mots, la fabrique des insultes racistes (TohuBohu éditions), de la linguiste Marie Treps, « Bamboula », serait issu de « ka-mombulon » et « kam-bumbulu », qui signifient « tambour » dans les langues sara et bola parlées en Guinée portugaise. En 1714, en Côte d’Ivoire, le mot a pris le genre féminin, et désigne cette fois une « danse de nègres »… « il est déjà connoté négativement puisqu’il est associé au « nègre », à l’esclave noir, à un moment où la traite est en pleine expansion », précise l’auteur[5].

Ensuite, rappelle Treps, "au XIXe siècle, dans un contexte colonial, 'bamboula' en vient à désigner toute danse de caractère violent et primitif, et, par l’intermédiaire des tirailleurs algériens, il devient un synonyme argotique de 'fête' entre 1914 et 1918 : 'faire la bamboula'. 'Bamboulas' finit par désigner les Africains"[6].

En 1914, lors de la 1ère Guerre Mondiale avec l'arrivée des tirailleurs sénégalais sur le front, le terme se charge encore plus négativement. « Le mot renvoie alors à une imagerie alliant sauvagerie, cannibalisme, sexualité animale et rire, naïveté enfantine supposée des soldats noirs », souligne Marie Treps. On retrouvera ceci dans des caricatures du magazine français L'Illustration, alors abondamment diffusé. Le tirailleur sénégalais, personnage à la fois violent et « rigolo » dans les dessins de l'époque, menace par exemple les soldats allemands de sodomie.

Pour Treps, « Le terme a beaucoup été utilisé au moment des grandes expositions coloniales. Il flatte le paternalisme du colon. Derrière le terme « bamboula », il y a l'idée que les Noirs sont des grands enfants qu'il faut civiliser. Et finalement, ce qui est commode à l'époque c'est que l'être humain disparaît derrière sa caricature. Ainsi, en 1914, ce ne sont pas des humains que l'on envoie au front se faire tuer, seulement des « bamboulas ». On occulte la violence qui est faite à une population.[7]

Sens dérivés[modifier | modifier le code]

  • « Faire la bamboula » signifie en français « faire la fête »[1].
  • Bamboula est aussi devenu une insulte raciste pour désigner les personnes noires[8],[9],[10].

Produit dérivé[modifier | modifier le code]

Bamboula était aussi une marque de biscuits au chocolat vendue en France de la Biscuiterie Saint-Michel, qui avait pour mascotte un petit garçon noir vivant dans un monde imaginaire appelé Bambouland peuplé de fées et de trolls, une parodie d'Astérix qui se proposait en bande-dessinée à l'intérieur de chaque paquet. Cette marque a disparu au début des années 1990 à la suite d'une polémique déclenchée à cause de la maladresse de l'équipe marketing chargée de ce produit et à la suite des plaintes qui débouchent en mai 1994 sur un constat d'atteinte à la dignité humaine. En effet, la marque crée à Port-Saint-Père (Loire-Atlantique) un "village Bamboula" fait qui évoque les zoo humains. La marque voulait un village de Côte d'Ivoire avec des « figurants » en tenue traditionnelle, dont le contrat de travail spécifiait notamment qu'ils et elles devaient être torse nu quand la température le permettait[11].

Cette affaire peut être rapprochée de celles concernant L'ami Y'a bon de la poudre chocolatée Banania, mais aussi du dessert lacté Créola de Chambourcy, entreprises qui ont dû abandonner ces marques et logotypes[12]. Au Royaume-Uni, en 2001, la marque de confiture Robertson's a dû changer sa mascotte qui représentait un petit homme noir appelé Golly pour des personnages conçus par Roald Dahl[13].

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

Les Aventures de Bamboula sont une série de bande dessinée de Mat (1895-1982), nourrie de clichés coloniaux, publiée dans les années 1950 aux éditions Rouff. En 2018, les éditions de Varly, petit éditeur spécialisé dans les rééditions d'albums anciens ou dans le domaine public, renoncent à le rééditer devant les protestations de personnalités comme le producteur radio Claudy Siar[14],[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Définitions lexicographiques et étymologiques de « Bamboula » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales.
  2. Jean-François Bizot, Vaudou & compagnies : Histoires noires de Abidjan à zombies, Actuel, , 372 p. (lire en ligne), p. 215.
  3. a b c et d « Un fou à L'Élysée », sur le site du quotidien Le Figaro, (consulté le 11 janvier 2014) : article recensant des textes parus dans Le Figaro autour du 10 janvier 1914, section La bamboula démoralisatrice.
  4. a et b Maurice Delafosse, Jean-Claude Blachère, Roger Little, Broussard ou les états d'âme d'un colonial suivis de ses propos et opinions, Volume 80 de coll. « Autrement mêmes », Éditions L'Harmattan, mai 2012, 212 p. ( (ISBN 978-2-296-96643-7)) [présentation en ligne], p. 127, indiquant concernant la danse de Bamboula que des « journaux citent un passage d'une circulaire dans laquelle le vice-gouverneur général faisait observer que ces détestables ébats « constituent un obstacle permanent à tous les efforts civilisateurs et s'opposent à l'accession des populations indigènes au niveau intellectuel et moral auquel la Belgique a entrepris de les élever » ».
  5. « Le « bamboula » : histoire d’une injure raciste ancrée dans l’imaginaire français – Jeune Afrique », sur JeuneAfrique.com, (consulté le 12 avril 2020).
  6. « Ce que veut vraiment dire "Bamboula" », sur LCI (consulté le 12 avril 2020).
  7. « L'origine du terme péjoratif et raciste »Bamboula » attribué aux Noirs », sur Cameroonvoice, (consulté le 12 avril 2020).
  8. Maral Amiri, « Un enseignant condamné pour avoir appelé son élève « bamboula » », sur afrik.com, (consulté le 10 février 2017).
  9. « “Bamboula, rentre chez toi, sale nègre” », sur dhnet.be, (consulté le 10 février 2017).
  10. « «Bamboula, c'est à peu près convenable» : le syndicaliste policier s'excuse », sur leparisien.fr, (consulté le 10 février 2017).
  11. « Oui, les biscuits et le zoo humain "Bamboula" ont existé », lalsace.fr, (consulté le 11 février 2017).
  12. http://www.eighties.fr/publicite/819-biscuits-bamboula
  13. « Robertson's Jam and Marmalade factory, Brislington, Bristol », sur Flickr (consulté le 30 juin 2020).
  14. Pierre Lacombe, « Les éditions de Varly veulent réediter la bande dessinée "Bamboula" », francetvinfo.fr, (consulté le 24 janvier 2018).
  15. « Les éditions de Varly renoncent à rééditer la bande dessinée "Bamboula" », francetvinfo.fr, (consulté le 24 janvier 2018).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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