Baloutchistan

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Région du Baloutchistan (en rose).

Le Baloutchistan (ou Balouchistan) est une région d’Asie, partagée entre, à l’ouest, l’Iran, au nord, l’Afghanistan, et à l’est, la province pakistanaise du Baloutchistan.

Géographie[modifier | modifier le code]

Le Baloutchistan est une région aride, désertique, avec des montagnes volcaniques.

À l’ouest, il s'étend jusqu'aux montagnes de Bam.

Au nord-est, les monts Soulayman (en) se dressent entre le Baloutchistan et le Penjab. Cette chaîne de montagne en forme d'arc de cercle culmine à 3 487 m à l'est de Quetta. Ces montagnes s'ouvrent sur la plaine de Kacchi via le col de Bolan, route ancestrale des caravanes reliant le Moyen-Orient au sous-continent indien. De nombreux sites archéologiques très anciens y ont été découverts (civilisation de l'Indus).

Au sud-est, les monts Khirthar (en) s'étendent jusqu'au désert de Makran qui longe la côte de la mer d'Oman.

Enfin, à l'est, la province se termine par le fleuve Indus et la frontière de Karachi, la première capitale pakistanaise, avec ce que l'on appelle « le cimetière de bateaux » : la plage de Gadani (en).

En outre, le peuplement baloutche s'étend sur le sud-est de l'Iran (province du Seistan-o-Balouchestan), essentiellement désertique où vivent environ un million de Baloutches ainsi qu'en Afghanistan, dans le sud du pays (100 000) et au Pakistan (28 000).

Histoire[modifier | modifier le code]

Premiers habitants[modifier | modifier le code]

Les langues des premiers habitants du Baloutchistan s'approchaient des langues Munda. On pense que les Dravidiens ont migré du plateau iranien et se sont installés dans le Baloutchistan et dans la vallée de l'Indus vers -4000. Les plus anciens établissements d'agriculteurs sont ceux de Mehrgarh, remontant au sixième millénaire av. J.-C.. Les Brahuis vivant au Baloutchistan parlent encore une langue dravidienne, dont on pensait qu'il s'agissait de restes de cette migration, mais dont on sait maintenant qu'ils ont émigré depuis le Nord-Ouest du Deccan vers le XIIIe siècle. À partir d'environ 2000 av. J.-C. et avec le déclin du royaume Harappa vers -1600, différentes tribus, probablement d’origine indo-iranienne, peuplent le Baloutchistan et ses régions adjacentes, de façon dispersée. Ces populations devinrent plus tard les Pachtounes, les différents Nouristani, Dardiques (en) et autres peuples tribaux. Les Brahuis vinrent tardivement, après l'arrivée des Patchounes . À partir de -540, et pendant deux siècles, presque l'intégralité du Baloutchistan et de l'actuel Pakistan, étaient sous contrôle achéménide. Dans l'antiquité, le Baloutchistan est appelé Arachosie par les Grecs[1]. Le Balouchistan pakistanais correspond à l’ancienne province achéménide de Gédrosie. Celle-ci fut annexée après la défaite du roi Hindu Pûru par les Grecs d'Alexandre le Grand sur les bords de la Jhelum près de la ville portant le même nom en -326. Après la mort d'Alexandre le Grand et une brève domination séleucide, le Baloutchistan fit partie de l'empire perse.

La domination des Pāratarājas[modifier | modifier le code]

Du Ier au IIIe siècle apr. J.-C. la région fut dominéee par les Pāratarājas (en) (« Rois Pārata »), une dynastie de rois indo-scythe ou indo-parthienne. On pense que cette dynastie est identique à celle des Pāradas du Mahābhārata, des Puranas et autres sources indiennes[2] Ceux-ci sont surtout connus pour les pièces de monnaie, qui montrent le buste des dirigeants côté face et une swastika dans une légende brahmi côté pile (le plus souvent pour les pièces d'argent) ou Kharoshthi (pour les pièces en cuivre). Ces pièces ont été trouvées surtout dans la région de Loralai (en) dans le Nord du Pakistan actuel.

En 450 av. J.-C., Hérodote décrit les Paraitekenoi comme une tribu du nord-ouest de la Perse dirigée par Déjocès, un roi Perse[3]. Arrien décrit l'affrontement entre Alexandre le Grand et les Pareitakai en Bactriane et en Sogdiane et comment Alexandre les fit conquérir par son officier Cratère (Anabase IV). Le Périple de la mer Érythrée (Ier siècle apr. J.-C.) nous donne une description du territoire des côtes du Baloutchistan[4].

La conquête arabe et les Baloutches[modifier | modifier le code]

Lors de la conquête arabe de l'empire perse au VIIIe siècle, les technocrates, bureaucrates, soldats, scientifiques, architectes, enseignants, théologiens musulmans et les soufis arrivèrent du reste du monde musulman. Beaucoup s'installèrent au Baloutchistan jusqu'à l'avènement des Moghols. Les Baloutches, venant des bords de la mer Caspienne, s'installent vers l’an 1000 dans la région. Ils vivent en tribus, qui se regroupent parfois en confédérations. La plus notable d’entre elles est le royaume de Kalat, qui rassemble presque toutes les tribus. Il est fondé en 1638, et proclamé indépendant en 1747.

Le Baloutchistan occidental fut conquis par la Perse au XIXe siècle et ses frontières furent fixées en 1872.

La domination britannique[modifier | modifier le code]

Les Britanniques, agrandissant leur Empire des Indes, créent quatre États princiers au Baloutchistan : Makran (en), Kharan (en), Las Bela, et Kalat, le plus vaste et le plus puissant. Ils délimitent les frontières avec les États voisins :

C’est de cette période que date la partition du Baloutchistan entre trois États.

Au début du XXe siècle, il apparaît de plus en plus évident que les Britanniques abandonneront à terme l’Inde, puis que celle-ci sera divisée en plusieurs États.

Mir Ahmed Yar Khan règne sur le Kalat, et souhaite l'indépendance du Baloutchistan vis-à-vis du Pakistan. En effet, immédiatement avant l’indépendance de l’Inde et du Pakistan (1947), les Britanniques ont laissé le choix aux princes indiens de rejoindre l’un des deux États, ou de devenir indépendants, bien qu'ils aient été inquiets du risque de multiplication éventuelle d’États indépendants.

Deux tremblements de terre dévastateurs ont lieu pendant la domination britannique : l’un en 1935, qui ravage Quetta, et l’autre en 1945, au Makran.

Après la création du Pakistan[modifier | modifier le code]

Immédiatement après les indépendances indienne et pakistanaise, Mir Ahmed Yar Khan proclame celle du Kalat. L’armée pakistanaise intervient en avril 1948, et Yar Khan signe un accord mettant fin à l’indépendance du Kalat. Son frère, le prince Abdoul Karim refuse cet accord, et entame une guérilla basée en Afghanistan (voir ci-dessous Guerres baloutches).

Cette guérilla, comme les suivantes, échoue, pour plusieurs raisons :

  • la répression pakistanaise efficace ;
  • l’absence de soutien de l’Union soviétique, un moment espéré, mais qui ne vint jamais ;
  • le soutien, uniquement électoral, de la minorité pachtoune qui ne participa jamais à la révolte armée.

Province la plus vaste (près de la moitié du territoire) mais la moins peuplée (4 millions sur 165), elle cultive une rancœur particulière à l'encontre du pouvoir central.

L'influence omanaise déclina dans l'est et la dernière possession, Gwadar, fut achetée par le Pakistan en 1958.

Des essais nucléaires furent conduits dans la province pakistanaise du Baloutchistan.

Guerres baloutches[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerres baloutches.

Cinq guerres opposent les chefs de guerre baloutches à l’État pakistanais :

  • 1947-1949 ;
  • 1955 ;
  • 1958-1969 ;
  • 1973-1977 (8 000 morts)[6] ;
  • 2004 à nos jours.

Elles sont causées par la différence de culture et de développement entre les provinces orientales du Pakistan et le Baloutchistan. Cette province reçoit une faible part des richesses du pays, ce qui cause son sous-développement.

Depuis 1990[modifier | modifier le code]

Les violences continuent depuis les années 1970, à un faible niveau. La situation générale est déstabilisée par les milliers de réfugiés venus d’Afghanistan, chassés par la guerre (à partir de 1979).

À partir de 1998, le Pakistan procède à ses essais nucléaires dans les montagnes du nord de la province, à Razko.

Depuis 2005, le Joundallah s'est engagé en Iran dans la lutte armée. Néanmoins, ce groupe ne se proclame pas séparatiste mais pan-iranien, et revendique l'égalité des droits des sunnites baloutches de la province du Sistan-Baloutchistan.

Réclamations d'indépendance[modifier | modifier le code]

Drapeau « national » du Baloutchistan indépendant

Depuis le début des années 1950, l'indépendance de la province du Baloutchistan est réclamée par le Parti national baloutche ainsi que par de nombreuses organisations nationalistes ou indépendantistes comme le Front de libération du Baloutchistan responsable de nombreux attentats entre 2005 et 2015. Les attentats réalisés par l'organisation furent principalement menés contre les administrations pakistanaises. La région a aussi connu une forte volonté d'indépendance durant la période d'occupation des pays d'Asie de l'Ouest entre les années 1980 et 2010 par Al-Qaïda. Depuis le décès d'Oussama ben Laden en 2011 et la concentration d'activités terroristes islamistes au Moyen-Orient ainsi que le remplacement progressif d'Al-Qaïda par Daesh, les tensions et les attentats liés à l'indépendance du Baloutchistan ont grandement diminué.

Le Baloutchistan indépendant est parfois reconnu de manière patriotique par les locaux comme un État réellement indépendant, mais il n'a jamais été reconnu par un autre pays. Par conséquent, le militant nationaliste baloutche Abdul Malik Baloch fut par défaut considéré comme le « dirigeant du Baloutchistan » et il devint plus tard ministre en chef de la province.

Le Baloutchistan indépendant possède aussi un hymne national et un drapeau.

Personnages célèbres du Baloutchistan[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

En 2017, l'émission d'Arte Le Dessous des cartes a consacré une de ses émission au Baloutchistan, en y analysant en particulier le bras de fer stratégique entre l'Inde et la Chine dans cette région.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Le Baloutchistan a servi de lieu de tournage au film Le Désert des Tartares, d'après le roman éponyme de Dino Buzzati.

Il est également évoqué dans le film Les Barbouzes de Georges Lautner.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pellegrin 2014, p. 925
  2. New light on the Paratarajas, p. 11
  3. Hérodote, Histoires [détail des éditions] [lire en ligne], I, 101.
  4. idem
  5. David Rigoulet-Roze, « Les tensions « ethno-confessionnelles » dans la province iranienne à majorité sunnite du Sistan-Baloutchistan sur fond de crise du nucléaire iranien », Les Cahiers de l'Orient, no 98,‎ , p. 115–150 (ISSN 0767-6468, lire en ligne)
  6. a et b Le Baloutchistan, Le Dessous des cartes (2006)