Balle (projectile)

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Quand une balle n'a pas été tirée, et qu'elle est munie de son étui, on parle aussi de balle pour désigner l'ensemble balle + étui
Exemple de balle aérodynamique de type spitzer pour fusil (à gauche), comparée à une balle arrondie (non-spitzer) pour pistolet (à droite).

Une balle est un projectile d'arme à feu d'un calibre inférieur à 20 mm, de type pistolet, carabine, fusil, mitraillette, mitrailleuse… (au-delà, on parlera d'obus).

Le mot « balle » désigne aussi parfois le projectile arrondi ou ovoïde en pierre ou en métal lancé par une fronde.

On parlait d'obus à balles pour désigner des obus qui en explosant libéraient des balles de plomb durci (à l'antimoine et/ou à l'arsenic) dans toutes les directions ; ce sont en quelque sorte les ancêtres des armes à sous-munitions.

Leur version la plus sophistiquée est l'obus Shrapnel, équipé d'un système mécanique réglable de programmation du moment de l'explosion, inventé durant la Première Guerre mondiale pour projeter dans toutes les directions une pluie de centaines de balles de plomb sur les hommes autrement protégés dans les tranchées.

Histoire[modifier | modifier le code]

Bien avant l'invention des armes à feu, les toutes premières balles de plomb semblent avoir été des projectiles lancés à la fronde. On ignore de quand datent exactement les premières frondes et les premières balles de plomb fondu, mais on a récemment découvert que les romains savaient produire des balles de plomb percées de deux trous (qui sifflaient en effrayant l'ennemi)[1].

Les légions de Jules César disposaient d'unités spécialisées de frondeurs parmi les «auxilia» (les troupes auxiliaires)[1].

Les "frondeurs" venant des îles Baléares semblent avoir été particulièrement redoutés des bretons et Écossais que César a plusieurs fois tenté de soumettre (en 55 av. J.-C. et 54 av. J.-C). Un archéologue contemporain estime qu'ils pouvaient lancer une balle de fronde lourde (plomb) ou de pierre avec une vitesse pouvant atteindre 160 km/h, ce qui pouvait tuer net un adversaire[1].

Risques et dangers[modifier | modifier le code]

Les balles non tirées, même anciennes, comme toutes les munitions non explosées restent des objets dangereux.

Les amorces, et les charges propulsives sont conçues pour résister au temps, à l'abri de l'humidité. Elles contiennent des composés toxiques, écotoxiques et explosifs et ne doivent pas être exposées au feu, à la chaleur, aux chocs, ni à des courants électriques.

Usages[modifier | modifier le code]

Les balles sont utilisées

Évolutions et balles modernes[modifier | modifier le code]

munitions calibre .270. De gauche à droite :
100-grain – Hollow point
115-grain – FMJBT
130-grain – Soft point
150-grain – Round nose
munition calibre .303 (7.7 mm) à percussion centrale, munition cerclée FMJ.

Un changement important apparaît en 1883, quand le major Rubin, directeur du laboratoire suisse de Thun, invente la balle allongée à cœur de plomb chemisé de cuivre.

La surface des balles de plomb tirées à très grande vitesse peut fondre, à cause des gaz brûlants qui la propulsent, et à cause des frottements avec le canon du fusil. Le cuivre est beaucoup plus dur que le plomb. Son point de fusion est beaucoup plus élevé et il a une plus grande capacité thermique spécifique. Il a permis de produire des balles à charge propulsive plus élevée. La balle a alors également un meilleur pouvoir de pénétration.

À la fin du XIXe siècle, les avancées européennes en matière de connaissance de l'aérodynamique ont peu à peu conduit à la balle Spitzer (mot dérivé de l'allemand Spitzgeschoss, littéralement « balle pointue ».
Au début du XXe siècle, la plupart des armées du monde avait entamé une transition vers des balles Spitzer. Ces balles pénètrent leur cible en y faisant parfois moins de « dégâts » que les balles rondes, mais portaient à une plus grande distance avec plus de précision avec une plus grande énergie cinétique. Les balles Spitzer combinées avec l'invention de la mitrailleuse ont très fortement accru la létalité du champ de bataille.

Les derniers grands « progrès » ont concerné la balistique avec des balles dont le profil est calculé pour réduire leur coefficient de traînée balistique, et notamment avec la Balle « D » (du nom de son inventeur, le lieutenant-colonel Desaleux) présentée comme la norme militaire des munitions en 1901, pour les fusil Lebel modèle 1886 français.

On a également inventé les balles à fragmentation dont le pouvoir vulnérant augmente, ou des balles explosives, puis des munitions dites « intelligentes ».

Récemment les militaires puis les chasseurs ont commencé à utiliser des modèles de balles à fragmentation composés de plusieurs éléments ou de deux noyaux noyés dans une matrice, le second venant frapper le premier au moment de l'impact. Ces balles étaient initialement conçues pour par exemple casser un moteur après avoir perforé la carrosserie d'un véhicule. À la chasse, certaines munitions ont un noyau antérieur plus « mou » qui peut se fragmenter en entrant dans le corps de l’animal, alors que le noyau postérieur plus dur reste compact et ressort du corps en laissant un orifice, provoquant un choc plus important pour la victime, et une mort plus certaine et plus rapide. Il existe des balles à déformation, se déformant en plusieurs étapes en ne perdant qu'un peu de poids. Une balle à fragmentation « sans plomb » (par exemple dite « TAG » chez l'un des fabricants) contient deux noyaux de zinc dans un corps de fer fondu platiné au nickel. Ces balles ont un pouvoir vulnérant renforcé, à toutes les distances (normales) de tir. Et les modèles « sans plomb » permettent de moins polluer l'environnement (les composants de l'amorce restent écotoxiques, ainsi que le cuivre, notamment quand il s'oxyde) et de diminuer les risques de saturnisme pour les consommateurs de venaison[2],[3]

Afin d'augmenter la portée des balles tirées par des fusils de chasse à canons lisses (contrairement aux canons rayés qui font tourner la balle qui acquiert une trajectoire plus stable), certains types de munitions évoluées existent, notamment la balle flèche ou balle à ailettes.

Aspects sanitaires et environnementaux[modifier | modifier le code]

Radiographie d'une blessure par balle (ayant induite une fracture de l'avant-bras) ; Le plomb et les métaux apparaissent en noir. Ici, le chemisage s'est en partie détaché de la tête de plomb de la balle, qui va rendre le travail du chirurgien plus délicat ; Source : Archives médicales militaires des États-Unis (Ref :CP 2936)
Fracture du 3e métatarse du pied par balle. La balle arrivée par l'avant du pied (côté orteils) s'est dans ce cas « retournée » (tête-bêche) durant son trajet dans le pied, ce qui laisse supposer des dégâts importants aux tendons, vaisseaux sanguinsetc.

Une grande partie des matériaux utilisés pour produire la balle et la cartouche sont toxiques et éco-toxiques et posent problème pour la faune sauvage, l'environnement et la santé, à commencer par le plomb de la balle (facteur de saturnisme, et de saturnisme animal) ; et par le contenu de l'amorce (fulminate de mercure peu à peu remplacé par l'azoture de plomb). La charge dite « poudre » est essentiellement composée de nitrates (facteur d'eutrophisation pour les munitions oubliées dans les sols ou jetées en mer.
Le cuivre est toxique pour les algues et les mousses, et très toxiques pour certaines espèces de plancton, même à très faible dose (ce pourquoi il est présent dans les antifoulings).

Certaines armées et producteurs développent depuis peu des « munitions vertes », présentées comme moins toxiques et moins nuisantes pour l'environnement.

Des millions de balles de plomb ont été dispersées par les guerres sur les champs de bataille, ou par la chasse dans les forêts et divers milieux naturels ou cultivés.
Dans les milieux acides ou exposés à l'érosion, ce plomb peut plus facilement contaminer l'environnement, car il y est plus lixiviable.

Article détaillé : toxicité des munitions.

Aspects criminalistiques[modifier | modifier le code]

les enquêtes criminelles ou concernant le braconnage s'appuient sur divers moyens pour déterminer l'origine et la marque d'une balle (ou d'une grenaille de plomb tirée par arme à feu. En particulier la balistique et l'observation des marques de stries sont l'une des pierres angulaires des études faites par les laboratoire médico-légaux. Parfois la balle est si déformée que l'investigation classique par la striation sera impossible. Des analyses physicochimiques sont alors mobilisées. En particulier les fragments de plomb peuvent être étudiés du point de vue de leur teneur en arsenic ou antimoine, ou encore du point de vue de leur signature isotopique, qui permet souvent de retrouver la marque voire la boite de cartouche d'origine différente [4]. Ces analyses peuvent être mises en œuvre des années après le moment où la balle a été tirée. La recherche de traces de poudre, ou de fulminate de mercure ou d'azoture de plomb sur un vêtement ou sur la peau (au moyen d'un réactif approprié) permet aussi de démontrer qu'une personne a récemment tiré avec une arme à feu.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ian J. Fisher, Deborah J. Pain, Vernon G. Thomas A review of lead poisoning from ammunition sources in terrestrial birds, Accepté 2006/02/28, en ligne 2006/06/05, Ed Elsevier, 12 pages.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Tom Metcalfe (2016) Whistling Sling Bullets Were Roman Troops' Secret Weapon Soldiers 1,500 years ago used drilled projectiles to intimidate enemies with a shrill, buzzing sound, LiveScience publié 14 juin 2016, consulté 14 juin 2016
  2. Exemple de munitions
  3. Exemple de balle « sans plomb »
  4. Sjåstad K-E, Simonsen SL, Andersen TH . 2014 Lead isotope ratios for bullets, a descriptive approach for investigative purposes and a new method for sampling of bullet lead. Forensic Sci. Int. 244, 7–15. (doi:10.1016/j.forsciint.2014.07.008) (résumé)