Rorqual commun

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Rorqual commun

Description de cette image, également commentée ci-après

Vue aérienne d'un rorqual commun.

Classification
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Classe Mammalia
Ordre Cetacea
Sous-ordre Mysticeti
Famille Balaenopteridae
Genre Balaenoptera

Nom binominal

Balaenoptera physalus
(Linnaeus, 1758)

Synonymes

  • B. p. physalus Linnaeus 1758
  • B. p. quoyi Fischer 1829

Statut de conservation UICN

(EN)
ENA1abd : En danger

Le rorqual commun (Balaenoptera physalus) est une espèce de cétacé de la famille des Balaenopteridae. Après la baleine bleue, et avec une longueur d'environ 20 mètres, c'est le deuxième plus grand animal vivant sur la planète[1] et le plus bruyant des mammifères marins.

On le trouve dans tous les océans, ainsi qu'en mer Méditerranée, il a une grande longévité, probablement une centaine d'années. L'espèce, protégée, est considérée comme menacée par l'UICN[2].

Description[modifier | modifier le code]

Morphologie générale[modifier | modifier le code]

Rorqual commun adulte à l'échelle humaine.
Vues des deux profils.
Squelette.

La taille adulte peut atteindre 27 mètres en antarctique et 24 mètres en arctique[1], mais la taille moyenne est d'environ 19-20 mètres pour un poids de 40 à 50 tonnes. La forme est très allongée. Le dos gris est foncé à marron et le côté gauche du corps est plus foncé. Le ventre et le dessous des nageoires pectorales et de la nageoire caudale sont blancs. Les rorquals communs possèdent souvent des dessins angulaires clairs sur leur mandibule inférieure. Ce type de coloration asymétrique, si elle est quelquefois présente chez la Baleine de Minke, est caractéristique de ces rorquals et constitue un moyen simple d'identification des individus; aucune explication satisfaisante de cette coloration asymétrique n'existe[3].

La nageoire dorsale bien visible est en forme de faucille inclinée à moins de 40 degrés et postée sur le tiers postérieur du corps; elle mesure 60 centimètres[4]. Les rorquals disposent de 56 à 100 rainures de la gorge au nombril. Leur dos est caréné jusqu'à la nageoire caudale; leur museau est étroit, en forme de V, avec une seule crête longitudinale médiane en avant des évents.

Chaque côté de la mâchoire supérieure porte 300 à 400 fanons[4],[1] qui peuvent mesurer jusqu'à 76 centimètres.

Si aucune mesure de poids n'a été effectuée sur un adulte normal on estime qu'un adulte de 25 mètres pèse pas moins de 70 tonnes. Un nouveau-né mesure approximativement 5,5 à 6,5 mètres et pèse approximativement 1 800 kilogrammes[4].

Respiration et plongée[modifier | modifier le code]

Le rorqual commun peut parcourir une distance de 300 km par jour, et à cette occasion soutenir une vitesse de 37 km/h avec des pointes à 40 km/h. Les rorquals vivent probablement jusqu'à plus de 90 ans[5].

Le rorqual expire par souffle toutes les 30 secondes à une minute, plusieurs fois de suite, à chaque remontée à la surface. Le reste du corps reste souvent submergé. On a mesuré des descentes à près de 600 m sur des durées de plus de 20 minutes[6].

Des rorquals communs ont été observés en train d'effectuer des sauts hors de l'eau.

Répartition et habitat[modifier | modifier le code]

Répartition du rorqual commun.

Leur population est estimée actuellement à 100 000 individus. Comme beaucoup d'autres rorquals, le rorqual commun se rencontre dans toutes les mers du globe, des tropiques au cercle arctique. Ils ne sont absents que dans les zones polaires et dans les mers isolées comme la mer Rouge, le golfe Persique, la partie est de la Méditerranée et la mer Baltique. Leur densité est la plus élevée dans les eaux tempérées ou froides[7]. La population en Méditerranée est estimée entre 3 000 et 7 400 animaux. Le rorqual commun préfère les eaux profondes au-delà du plateau continental.

Populations d'Atlantique nord[modifier | modifier le code]

Le rorqual commun migre vers le golfe du Saint-Laurent en mars; en juin, il abonde dans les eaux de Terre-Neuve où il se montre à environ 45 kilomètres au large[8]. Les populations semblent diminuer.

Populations de Méditerranée[modifier | modifier le code]

Plusieurs recensements, effectués selon une méthodologie stricte au début des années 1990, ont estimé le nombre de rorquals vivants en Méditerranée occidentale, à entre 3 000 et 4 000 individus. C'est la baleine la plus commune en Méditerranée. D'après les surveillances faites à Gibraltar, il y a très peu d'échanges entre les populations de l'Atlantique et celles de la Méditerranée.

Écologie et comportement[modifier | modifier le code]

Rorqual commun au large du Groenland, montrant la coloration asymétrique.

Alimentation[modifier | modifier le code]

Vue aérienne d'un rorqual commun s'alimentant.
Un rorqual commun s'alimentant en surface.

Le rorqual commun possède des fanons qui lui permettent de filtrer les petits poissons, calmars et crustacés dont les Mysidacea et le krill. Ce rorqual s'alimente en ouvrant ses mâchoires tout en nageant à bonne vitesse (11 kilomètres par heure[9]) et engloutit jusqu'à 70 mètres cubes d'eau. Il ferme alors ses mâchoires et rejette l'eau à travers les fanons. Chaque filtrage peu apporter près de 10 kilogrammes de nourriture, et chaque rorqual commun peut absorber jusqu'à 1 800 kilogrammes par jour[1]. On a calculé que ces rorquals doivent dépenser, dans des conditions normales, trois heures par jour pour satisfaire leurs besoins énergétiques[9]. On a également observé des rorquals communs entourer des bancs de poisson de façon à les rendre plus compacts et ensuite les engloutir[1].

Reproduction[modifier | modifier le code]

Les rorquals communs sont plutôt monogames et se rencontrent souvent en couple. La gestation dure 11 mois. La mère peut porter jusqu'à 6 fœtus, mais les naissances uniques sont la norme. Les femelles atteignent probablement la maturité sexuelle entre 6 et 12 ans et se reproduisent ensuite tous les 2 ou 3 ans. La maturité physique complète n'est atteinte qu'entre 25 et 30 ans[4]. Comme pour quelques autres espèces de baleines, la maturité sexuelle est atteinte avant la maturité physique, peut-être par adaptation à la chasse intensive des humains[réf. nécessaire].

Les jeunes sont sevrés entre 6 et 7 mois alors qu'ils mesurent entre 11 et 12 m.

Des hybrides entre baleine bleue et rorqual commun ont été repérés dans le nord Atlantique[10] et dans le nord Pacifique[11].

Vocalisations[modifier | modifier le code]

Fichier audio
Vocalisations du rorqual commun (info)
Accélérées 10x de leur vitesse d'origine.

Des difficultés  pour  écouter le fichier ? Des problèmes pour écouter le fichier ?
Article détaillé : Chant des baleines.

Les rorquals communs sont plus grégaires que les autres rorquals. Ils vivent souvent en troupe de 6 à 10 individus, mais on a pu observer des groupes allant jusqu'à 100 individus[5].

Les rorquals mâles vocalisent abondamment à basses fréquences[4]. Ce sont après les baleines bleues, les vocalises les plus bruyantes[12]. La plupart des vocalises le sont en modulation de fréquence entre 16 et 40 Hertz. Chaque émission dure environ 1 à 2 secondes et les diverses combinaisons de sons se produisent dans un ordre modulé durant 7 à 15 min. Ces chants sont répétés sur de longues périodes[13]. Les vocalisations sont émises à une puissance acoustique pouvant atteindre 184-186 décibels pour 1 μPa de pression sonore à 1 mètre. Ils peuvent être détectés à plusieurs centaines de kilomètre de leur source[14].

On estime que l'augmentation du bruit dans l'océan gène la reproduction des rorquals communs en empêchant les mâles et les femelles réceptives de communiquer entre eux.

Migration[modifier | modifier le code]

Les rorquals commun migrent tous les ans de leur zone d'alimentation au zone de mise-bas dans les eaux plus chaudes. Cependant le modèle global de migration n'est pas bien compris. Certains rorquals préfèrent ne pas migrer durant les mois d'été et continuer à se nourrir dans les eaux profondes plus froides.

Systématique[modifier | modifier le code]

Taxonomie[modifier | modifier le code]

Le rorqual commun est connu depuis longtemps par les taxonomistes, l'espèce a d'abord été décrite par Frederick Martens en 1675 et d'une manière indépendante par Paul Dudley en 1725. Ces descriptions ont été reprises par Carl von Linné sous le nom de Balaena Physalus en 1758. Physa dérive du grec et signifie coups. C'est au XIXe siècle que Bernard Germain de Lacépède propose le reclassement ce rorqual dans le genre Balaenoptera.

Histoire évolutive[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire des cétacés.

Les espèces de la famille des Balaenopteridae ont divergé des autres membres du sous-ordre des Mysticeti à partir du milieu du Miocène[15]. Cependant, on ne sait pas quand les membres de la famille ont divergé entre eux.

Phylogénie[modifier | modifier le code]

Depuis 1986, on reconnaît deux sous-espèces de rorqual commun, la plus grande B. p. quoyi (Fischer 1829) vit dans les eaux australes et la B. p. physalus (Linnaeus 1758) dans l'hémisphère nord. Les deux sous-espèces se différencient par leurs chants. La plupart des experts considèrent qu'il existe une troisième sous-espèce, encore anonyme[7]. Ces sous-espèces sont bien localisées et ne se mélangent que rarement.

Le rorqual commun et l'homme[modifier | modifier le code]

Menaces[modifier | modifier le code]

Un rorqual commun de 22 m de long pour 66 t, attrapée à Grays Harbor en 1912.
Un rorqual commun pêché en Islande en 2009.
Le rorqual est ramené et dépecé au port.
Article détaillé : chasse à la baleine.

Comme toutes les autres grandes baleines, le rorqual commun a été abondamment chassé. Entre 1935 à 1965 près de 30 000 rorquals communs par an ont été tués[1]. En 1966, les rorquals communs du Pacifique nord ont été mis sous la protection de la Commission baleinière internationale. À partir de la moitié des années 1970, les quotas ont été diminués. La CBI a publié un moratoire en interdisant les prises commerciales en 1982[16] et pratiquement nulle depuis exception faite des prises dites scientifiques. La population actuelle est estimée être approximativement de 40 000 spécimens dans l'hémisphère nord et de 15 000 à 20 000 dans l'hémisphère sud[1]. Ces chiffres ne sont qu'un faible pourcentage des populations existantes au XVIIIe siècle pourtant, le Japon et l'Islande ont annoncé leur volonté de reprendre la chasse en 2013 ; et à partir du lundi 17 juin 2013[17], sous prétexte de recherches scientifiques, deux bateaux islandais reprennent la chasse au rorqual commun malgré l'opposition de la communauté internationale[18].

Les collisions avec des bateaux et le bruit d'activité humaine sont autant de menaces sur la préservation de l'espèce. Pour des raisons certainement liées aux courants marins, quelques sites sont régulièrement le fait de ces échouages des rorquals communs morts après une collision. C'est le cas de Villeneuve-lès-Maguelone et de Port-la-Nouvelle[19]. Les métaux lourds, les organochlorés et les boues rouges les menacent.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Références taxinomiques[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g (en) « Balaenoptera physalus Fin Whale », MarineBio.org (consulté le 23/10/2006)
  2. (UICN, 2008)
  3. (en) B. R. Tershy, D. Wiley, « Asymmetrical pigmentation in the fin whale: a test of two feeding related hypotheses », Marine Mammal Science, vol. 8, no 3,‎ 1992, p. 315–318
  4. a, b, c, d et e (en) David Fox, « Balaenoptera physalus (fin whale) », Animal Diversity Web (consulté le 11/6/2007)
  5. a et b (en) Anthony R. Martin, Whales and dolphins, Salamander Books,‎ 1991
  6. (en) « FIN WHALE », sur The penguiness book
  7. a et b (en) Draft recovery plan for the fin whale (Balaenoptera physalus), National Marine Fisheries Service,‎ 2006 (lire en ligne)
  8. « Rorqual commun », Musée canadien de la nature
  9. a et b (en) Brian Lin, « Whale Has Super-sized Big Gulp », University of British Columbia,‎ 7/6/2007 (consulté le 8/6/2007)
  10. (en) M. Bérubé, A. Aguilar, « A new hybrid between a blue whale, Balaenoptera musculus, and a fin whale, B. physalus: frequency and implications of hybridization », Marine Mammal Science, vol. 14,‎ 1998, p. 82–98 (résumé)
  11. (en) V.N. Doroshenko, « A whale with features of the fin and blue whale (en russe) », Izvestia TINRO, vol. 70,‎ 1970, p. 225–257
  12. (en) Roger Payne, Among Whales, Scribner,‎ 1995, 176 p. (ISBN 0684802104)
  13. (en) « Finback Whale Vocalizations », Bioacoustics Research Program, Cornell Lab of Ornithology
  14. W. J. Richardson, C. R. Greene, C. I. Malme and D. H. Thomson, Marine Mammals and Noise, Academic Press, San Diego,‎ 1995
  15. P. Gingerich, McGraw-Hill Yearbook of Science & Technology, The McGraw Hill Companies,‎ 2004 (lire en ligne), « Whale Evolution »
  16. « Revised Management Scheme », Commission baleinière internationale
  17. Chronique « Planète » par Sophie Brems du lundi 17 juin 2013, sur La Première
  18. « L'Islande reprend la chasse au rorqual commun », sur nautisme.lefigaro.fr,‎ 18 juin 2013
  19. « Des baleines en méditerranée »