Bal des folles à la Salpêtrière

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Le bal des folles était au XIXe siècle un bal célèbre du Carnaval de Paris. Il avait lieu chaque année à Paris à l'Hospice de la Salpêtrière au moment de la Mi-Carême. La presse parisienne en parlait. De nombreuses personnalités, notamment du monde médical, y assistaient.

Il existait également à l'Hospice de la Salpêtrière un bal des enfants épileptiques.

Ces bals sont aujourd'hui disparus et oubliés. Faute d'avoir été étudiés particulièrement jusqu'à présent, on ne connaît pas précisément leur histoire, ni quand et par qui ils furent institués.

Le bal des folles, 17 mars 1887[modifier | modifier le code]

Le Petit Parisien écrit le 19 mars 1887[1] :

Le bal des folles
Chaque année, à l'Hospice de la Salpêtrière, un bal est organisé le jour de la Mi-Carême pour la plus grande joie des pauvres folles, pensionnaires de cet établissement.
C'est dans la grande salle de l'Hospice que ce bal a lieu.
Des deux côtés de la salle, le long des fenêtres sont des banquettes où s'entassent les invités, tous en costume de ville. A l'extrémité, il y a un buffet, où, très avenantes sous leur petit bonnet de tulle blanc, les infirmières affairées distribuent aux danseuses les verres de sirop et les petits gâteaux. Au milieu, on voit un fourmillement multicolore de quadrilles et de valses : tout un peuple dansant de Colombines, de magiciennes, d'Espagnoles, de princesses et de laitières.
Et tout ce monde joyeux, le rose aux joues et l'éclair de plaisir dans les yeux, c'est la folie, pourtant !
Qui le croirait ?
À vrai dire, il n'y a pas là que des folles.
Le service des maladies nerveuses, les hystériques, les épileptiques et les hypnotiques, fournissent aussi leur contingent à la fête.
On penserait, n'est-ce pas ? qu'un bal organisé de la sorte doit être le déchaînement de la démence. Eh bien ! il n'en est pas ainsi. Rien de plus paisible, de plus calme, de plus doux, rien qui soit d'un aspect plus débonnaire et plus rassérénant que ce bal de folles : on se croirait dans une de ces fêtes familiales et bourgeoises, comme il s'en organise souvent par souscription entre voisins et amis, à l'occasion des Jours-Gras, dans certains milieux parisiens.
Toutes ces pauvres aliénées paraissent pleines de reconnaissance et d'affection pour ceux qui ont eu l'idée de leur préparer ce bal annuel. Ce bal, elles en rêvent toute l'année ! Aussi, leur joie éclate lorsqu'il a lieu.
Quand on se rappelle que dans le même Hospice de la Salpêtrière où l'on dansait si joyeusement hier[2], les pauvres folles étaient encore, il n'y a pas quatre-vingt ans, enfermées à demi-nues, le corps chargé de chaînes et de carcans, dans des loges souterraines où « elles avaient souvent les pieds rongés par les rats » ou gelées « par le froid des hivers », on songe non sans fierté au chemin parcouru, et l'on se dit que ni la science, ni la philanthropie, ni le progrès ne sont de vains mots.

Le bal des folles, 8 mars 1888[modifier | modifier le code]

Le bal des folles à la Salpetrière, Paris 1888[3].

L'Univers illustré écrit le 17 mars 1888[4] :

La folie costumée
Un de nos artistes, ayant eu la bonne fortune d'assister au curieux spectacle que présente le bal des folles, donne chaque année à la Salpêtrière, nous en a rapporté un dessin que nous avons jugé intéressant de mettre sous les yeux de nos lecteurs, et nous ne saurions mieux l'accompagner qu'en empruntant à un de nos confrères du Petit Parisien le très pittoresque compte rendu que voici :
« C'est un usage qui date de quelques années et qui pavait vraiment d'une charité raffinée que ce « bal des folles », qui a lieu tous les ans à l'hospice de là Salpêtrière.
« Ce soir-là, par une pitié suprême, on tâche de faire de ces déshéritées des femmes comme les autres, d'éveiller leur esprit bercé de chimères, de leur donner la joie naïve, — à elles qui sont redevenues des enfants, — d'un plaisir enfantin.
« Un mois durant, elles ne songent qu'à cette soirée, qui compte pour elles comme un événement capital. On leur fournit les moyens de préparer des costumes qu'elles taillent et cousent ingénieusement, déployant là des ressources d'imagination singulières : cette tension d'esprit est salutaire pour ces malheureuses; elle endort leur mal, elle éloigne d'elles les troublantes visions qui les hantent.
« Quelques invités sont admis à cette fête étrange, et ils en sortent avec une émotion profonde : il est difficile de n'être pas secoué violemment par ce spectacle de la folie vraie dansant et s'amusant, et contrefaisant la folie factice du Paris s'étourdissant en une nuit de plaisir consacrée.
« Oh ! cet hospice de la Salpêtrière, c'est un monde ! Bien que l'enceinte ait des proportions formidables, on ne se douterait guère, à la porte, qu'on va pénétrer dans une véritable ville. Avant d'arriver au parloir, transformé en salle de bal, il faut franchir, pendant une vingtaine de minutes, des cours, des voûtes, des grilles, des portes, comme dans un ancien château-fort.
« Et, tout à coup, entre deux bâtiments immenses, des perspectives de campagne : de petits bois et de vraies plaines ressemblant à des steppes.
« Au milieu de ces solitudes, des échos de musique arrivent subitement, des notes de valses et de polkas produisent l'effet le plus extraordinaire
« C'est réellement au bout d'une sorte de désert que se trouve le pavillon où, le jour de la mi-carême, avait lieu le bal, galerie longue, sans étage, au toit plat. Les fenêtres donnaient, de loin, une impression fantastique. Est-ce possible qu'on soit encore dans Paris, à quelques minutes d'un centre animé et vivant ?
« Parfois, pendant cette longue course à travers les pittoresques détours de l'hospice, des perceptions de cris rauques entendus vainement et prenant, dans l'obscurité, des sons de gémissements. Hélas ! il n'y a pas, à la Salpêtrière, que des folies tranquilles ou apaisées un moment. Il faut longer les cabanons entourés de hautes grilles des démentes furieuses.
« Brusquement, de la lumière, du bruit, des corbeilles de fleurs, des arbustes joliment disposés et une grande rumeur de foule en liesse : c'est là.
« Au moment où nous arrivons commence le défilé devant le personnel administratif et médical de l'hôpital ; au son des violons et des flûtes, — car les instruments de cuivre sont bannis comme dangereux pour ces nerfs malades, avec leur sonorité, — les folles, deux par deux, gentiment costumées, le visage souriant, passent, en rythmant leur pas et en saluant.
« L'étonnant cortège ! Il y a là, au milieu de jeunes femmes, des vieilles affreuses que leur travestissement rend horribles. On voit, toute seule, n'ayant pas voulu de compagne, après les groupes de pierrettes, de mousquetaires, de jocrisses (car les costumes masculins dominent), une épouvantable et sinistre naine, habillée en espèce de Robert-Macaire, et grimaçant avec une extraordinaire mobilité de traits.
« Ces femmes paraissent s'amuser franchement, goûter un plaisir sincère; elles se font des compliments sur leur mise, elles s'invitent pour des danses, elles ne semblent se préoccuper que d'avoir un vis-à-vis pour le prochain quadrille; beaucoup d'entre elles sont gracieuses, portent joliment leur toilette de fantaisie, entrent dans la peau de leur personnage.
« En voici une, déguisée en magicienne et fort pimpante, qui offre aux passants de leur dire «la bonne aventure ». La bonne aventure dite par une folle ! Elle porte, attachée à la ceinture, un petit sac de velours, dans lequel elle a placé des papiers pliés et qui contiennent des horoscopes d'une naïveté — toute raisonnable.
« Une autre est habillée en zouave ; elle a des moustaches postiches en crin, et elle les effile avec un geste amusant, imitant plaisamment le langage militaire de comédie. Quelques surveillantes sont aussi travesties, pour mieux exercer leur délicat office, ou, peut-être, pour s'amuser tout bonnement, elles aussi. Qui oserait, du premier coup d’œil, distinguer les folles ? C'est, en réalité, parce que vous êtes prévenu que vous trouvez aux regards une étrangeté ou une fixité particulière, mais, de bonne foi, les signes particuliers de la démence échappent. Vous êtes là en présence de danseuses donnant l'impression d'une soirée bourgeoise, se tenant très décemment, avec une coquetterie de bon goût;
« Mais, à la longue, quelques excentriques rappellent à la douloureuse réalité.
« C'est, par exemple, une vieille, doucement gourmandée par les infirmières, au petit bonnet rond, en fichu blanc à la Marie-Antoinette, qui veut à toute force agiter un drapeau qu'elle s'est fait avec un mouchoir.
« Une autre, très prétentieuse, coiffée, pour tout travestissement, d'un chapeau de feutre d'homme dans la ganse duquel est passé un bouton de verre, semble prendre les plus grandes précautions en gardant dans sa main trois ou quatre cailloux de verroterie grossière ; elle a les cheveux d'un blanc jaune, son menton est hérissé d'un duvet gris, mais, elle minaude, prend des airs de reine, se plaint de la chaleur.
« Ah ! soupire-t-elle, quand on a des diamants, on a toujours peur des escrocs ! »
« Et elle raconte des histoires de vols de bijoux, des mésaventures qui lui sont arrivées ; elle montre complaisamment, cependant, ses prétendus diamants :
« Tenez ! celui-ci, c'est l'empereur de Russie qui me l'a envoyé ! »
« Ses yeux ont, en parlant, une singulière malice, et cette idée vous assaille, comme un cauchemar : Si elle se moquait, cependant, si elle s'amusait à nous mystifier, nous qui ne sommes pas fous? »
« Ce qui est sinistre, par exemple, ce sont les folles qu'on ne distrait pas, les plus atteintes, assises des deux côtés de la galerie, « faisant tapisserie », comme on dit dans l'argot mondain. Les visages, là, sont hébétés, sans éclat, indifférents.
« Peu leur importe ce qui se passe autour d'elles ; leur esprit, dédaigneux, est ailleurs.
« Et, au milieu d'elles, une femme en noir tient avec mille soins une poupée dans ses bras, comme un enfant, et lui sourit, par instant, la prend sur ses genoux, lui désigne, avec des inflexions de voix caressantes, comme pour l'amuser, les costumes les plus pittoresques. Cela est poignant violemment. Quel deuil y a-t-il au fond de cette folie-là, lugubre, précisément, par sa banalité sentimentale ?
« A celles-là, les infirmières portent des plateaux remplis de verres très épais, où il y a des sirops, et les folles les prennent avec dignité, comme avec une sorte de condescendance, sauf quelques-unes, un peu farouches, qui refusent avec hauteur.
« Il est près de onze heures : le bal va finir.
« On sort, et l'on se retrouve dans l'immensité et dans la solitude des chemins, avec des sortes d'hallucinations, des sensations vagues, une déroute complète des idées... Où est la réalité, où est la folie ?... Pendant un instant, on ne sait plus...
« Mais elles, les folles, à qui ont-elles songé, après cette soirée bruyante; dans la tranquillité soudaine des dortoirs aux rideaux blancs ? »

Le bal des folles, 13 mars 1890[modifier | modifier le code]

José Belon, Le bal des folles à la Salpetrière, Paris 1890 [5].

Le Monde illustré écrit le 22 mars 1890[5] :

Un bal à la Salpêtrière. — Chaque année, au jour de la Mi-Carême, une fête dansante et costumée est offerte aux pensionnaires de la Salpêtrière, et quelques invités sont conviés à cet étonnant spectacle.
C'est ce bal bizarre que représente notre dessin. Elles sont toutes frappées d'un mal terrible, ces infortunées créatures qui semblent se divertir. Au bal de cette année, elles étaient près de trois cents costumées, les unes en cavaliers de tous les temps et de tous les pays, les autres en « Folie » (O ironie!), en Espagnoles, en Suissesses, etc.
Les danses étaient précédées d'un défilé formé par des couples assortis qui tous faisaient très bonne contenance.
Le spectacle est, certes, fort intéressant, mais il est en même temps fort pénible, car, si toutes ces pauvres femmes, profitant d'un court répit, semblent oublier leur mal, on sent qu'il les guette et que d'un instant à l'autre il les couchera, tordues dans des crises terribles qui les rendront pareilles à des bêtes furieuses.

Le bal des folles, le bal des enfants épileptiques, 5 mars 1891[modifier | modifier le code]

Le Constitutionnel écrit le 8 mars 1891[6] :

Le bal annuel des folles, à la Salpêtrière, a obtenu hier un immense succès. Jamais on n'avait vu un tel défilé de pierrots, Triboulets de toute sorte, folies, écuyères, etc. On remarquait beaucoup, parmi les malades déguisées, d'ailleurs de fort charmante façon, les sujets habituels de M. le professeur Charcot.
Au reste, pas d'incident notable.
De même, le bal des enfants épileptiques auquel assistaient tous les jeunes élèves de Mlle Nicole, s'est passé de la manière la plus normale.
On remarquait dans l'assistance MM. le Marquis d'Antas, ministre du Portugal, baron Ramon, Th. Cahu, les peintres Cormon, Cabanes, docteur Paul[7], Blocq, Salles, Eiffel, docteur Voisin, Peyron, directeur de l'Assistance publique ; Le Bas, etc.

Le bal des folles, 1er mars 1894[modifier | modifier le code]

La Justice écrit, le 4 mars 1894[8] :

Le bal des folles.
Pendant que les confetti triomphaient sur les boulevards, le bal annuel de la Salpêtrière avait lieu dans les longues salles vitrées où se déroulaient naguère les expériences de Charcot. Les folles s'y promenaient sous des déguisements divers : arlequins, pierrettes, pompiers, mousquetaires, etc.
Deux bals distincts avaient été organisés, l'un pour les folles adultes, les hystériques ; l'autre pour les femmes idiotes, les épileptiques, etc.
Jusqu'à une heure avancée, docteurs, internes, infirmiers, ont rivalisé d'entrain pour animer le bal et donner aux pauvres femmes quelques instants de distraction.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Article Le bal des folles, Le Petit Parisien, samedi 19 mars 1887, page 2, 3e colonne.
  2. L'article paraît le dimanche 19 et parle de la Mi-Carême de l'avant-veille, jeudi 17. Il a donc été rédigé le 18.
  3. L'Univers illustré, 17 mars 1888. On distingue sur ce dessin un orchestre pourvu de cuivres. Le récit décrivant ce bal exclut les cuivres et ne mentionne que des flûtes et violons.
  4. La folie costumée, L'Univers illustré, 17 mars 1888, pages 170-171.
  5. a et b Un bal à la Salpetrière, Le Monde Illustré, 22 mars 1890, texte page 179, 3e colonne et illustration page 188..
  6. Rubrique A Paris, Le Constitutionnel, dimanche 8 mars 1891, page 1, 4e colonne.
  7. Le docteur Paul était un célèbre médecin-légiste, à moins qu'il s'agisse ici d'un homonyme.
  8. Rubrique Échos, La Justice, 4 mars 1894, page 1, 5e colonne.

Articles liés[modifier | modifier le code]