Bal Bullier

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Le bal Bullier est un bal situé à Paris, créé par François Bullier au milieu du XIXe siècle, et qui ferme ses portes définitivement en 1940. Il était situé au niveau de l'actuel 39, avenue Georges-Bernanos dans le quartier du Val-de-Grâce du 5e arrondissement de Paris, à l'emplacement du Centre Bullier du CROUS.

La salle de bal.

Histoire[modifier | modifier le code]

Portrait-charge de François Bullier en 1848[1].
Affiche de Jules Chéret 1888.

François Bullier (1796-1869), ancien employé du bal de la Grande-Chaumière, rachète en 1843 (ou en 1847) le bal du Prado d'Été situé au 31, avenue de l'Observatoire. Il le transforme complètement en plantant 1000 pieds de lilas pour pouvoir lui redonner le nom de Closerie des Lilas qu'il portait lors de sa création en 1804.

Mais il sera surtout connu sous le nom de « Bal Bullier ».

Son propriétaire continue à l'agrandir et en 1850 il en change la décoration. Il s'inspire de l'Orient et de l'Alhambra, en ornant les bosquets de lampes à gaz en forme de gerbes et de girandoles en verre de toutes les couleurs. On y propose des animations : le jeu de billard et le jeu de quilles, le tir à l'arc ou au pistolet. L'endroit est surtout réputé comme étant beaucoup moins cher que le bal Mabille et aussi par le fait que le bal est ouvert toute l'année. Clara Fontaine, Rigolette, Céleste Mogador y dansèrent d'une façon échevelée. La mazurka et la scottish remplaçaient le quadrille et la valse qui avait été supplantée par la polka et le chahut-cancan.

À cette époque, le bal Bullier ouvrait tous les jours, pour de la balançoire, des promenades dans les allées et les bosquets, et des jeux de plein air. À partir de 1859, le bal n'ouvre plus que les soirs des dimanche, lundi et jeudi et se recentre sur le bal.

Pendant la guerre de 1870, les locaux sont réquisitionnés pour héberger une ambulance, (une sorte d’hôpital de campagne).

Vue générale de l'entrée du Bal Bullier, le long de la station Port Royal, alors sur la Ligne de Sceaux
Jardin et Bal Bullier.

Le fronton de l'entrée principale avait été exécuté en terre cuite émaillée et mis en place en 1895. Il représentait un coq gaulois debout sur les emblèmes des Facultés. En dessous, était inscrite la phrase Salvatit et placuit (il sauve et apaise). Une sculpture représentant un groupe de femmes et deux étudiants portant le « sophisme » ou « Faluche » (chapeau d'étudiant) y dansaient le cancan.

Une invitation à un bal étudiant à Bullier en 1910.

Le niveau du bal baisse avec les années et laisse de plus en plus place à de la prostitution.[réf. nécessaire]

Jusqu'en 1914, tous les jeudis Sonia Delaunay et son mari Robert se rendent au bal Bullier, dont Sonia en fera un tableau : Le Bal Bullier de 95 × 390 cm en 1913[2]. Le « beau monde » s'y mêle aux midinettes. C'est là que Sonia porte ses premières robes simultanées et Robert un costume du même style conçu par sa femme[3]. Les Delaunay font sensation en dansant le tango.

Guillaume Apollinaire fait du couple Delaunay au bal Bullier de véritables stars. Dans un article publié le 1er janvier 1914 au Mercure de France sous le titre Les Réformateurs du costume[4], le poète écrit : « Il faut aller voir à Bullier, le jeudi et le dimanche, Mr et Mme Robert Delaunay, peintres, qui sont en train d'y opérer la réforme du costume. L'orphisme simultané a produit des nouveautés vestimentaires qui ne sont pas à dédaigner[5]. »

Le bal est réquisitionné pendant la guerre de 1914–1918 par l'intendance militaire pour la fabrication des uniformes. Il rouvre ses portes en 1920 sous les deux noms de Bal Bullier ou Closerie des lilas.

Il se convertit au tango et au jazz et suit l'influence du mouvement dada dans sa décoration et ses attractions.

Le bal Bullier a également servi de lieu de réunions[6].

Il ferme définitivement en 1940. Après la guerre, il est démoli et remplacé par le Centre Bullier, dépendant du CROUS[7] et comportant divers services pour les étudiants, notamment une résidence et un restaurant. Son adresse actuelle est 39, avenue Georges Bernanos, dans le 5e arrondissement et son nom officiel Centre Jean-Sarrailh. Une brasserie voisine qui existe toujours a pris le nom de Closerie des lilas.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Anonyme (« un ancien contrôleur du droit des pauvres »), Un bal d'étudiants (Bullier), Paris, librairie H. Champion, 1908.
  • Henri Joannis Deberne, Danser en société, Christine Bonneton éditeur, Paris, 1999 (ISBN 2-86253-229-0).
  • Michel Hoog, Bernard Dorival, Rétrospective Sonia Delaunay au Musée national d'art moderne, 1967-1968, Paris, Réunion des musées nationaux,‎ 1967, 88 p.
  • Jean-Paul Ameline, Pascal Rousseau, Robert Delaunay, de l'impressionnisme à l'abstraction, 1906-1914 : catalogue de l'exposition du 3 juin au 16 août 1999, Paris, Centre Pompidou,‎ juin 1999, 277 p. (ISBN 2-84426-020-9)
  • Jacques Damase, Sonia Delaunay, Nous irons jusqu'au soleil, Paris, Robert Laffont,‎ 1978, 226 p. (ISBN 2-221-00063-3)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Extrait de : Auguste Vitu Les bals d'hiver. Paris masqué, avec 50 illustrations par E. de Beaumont, Henri Emy et J. Montjoye, P. Martinon éditeur, Paris 1848.
  2. voir le tableau Le Bal Bullier
  3. Jacques Damase, Sonia Delaunay (1978), p. 36-37
  4. Jean-Paul Ameline, Pascal Rousseau (1999), p. 255
  5. Jean-Paul Ameline, Pascal Rousseau (1999), p.254
  6. Voir, par exemple, la convocation à une réunion politique à Bullier faite par les étudiants d'Action française, dans leur journal, L’Étudiant français, du 25 janvier 1935, page 1.
  7. Centre Régional des Œuvres Universitaires et Scolaires.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :