Anse de Camaret

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Anse de Camaret
Géographie physique
Type anse
Localisation Mer d'Iroise
Coordonnées 48° 17′ 48″ nord, 4° 34′ 51″ ouest
Superficie 3,5 km2

Géolocalisation sur la carte : Finistère

(Voir situation sur carte : Finistère)
Anse de Camaret

L'anse (ou baie) de Camaret est située à l'ouest du département du Finistère en France, à deux milles au sud du goulet de Brest.

Géographie[modifier | modifier le code]

Localisation[modifier | modifier le code]

L'anse de Camaret est délimitée par une ligne joignant la pointe du Grand Gouin à la pointe Trémet. Sa superficie est de l'ordre de 3,5 km2. L'ouvert de cette anse, limité par une ligne joignant la pointe du Toulinguet à la pointe des Capucins, fait face à l'anse de Bertheaume au nord-ouest, dont elle est séparée par la zone d'attente pour le franchissement du goulet de Brest[1].

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

L'anse est protégée des vents d'est par la presqu'île de Quelern, et des vents d'ouest et de sud-ouest par la pointe du Grand Gouin et le relief de la presqu'île de Camaret.

Le port est situé au sud-ouest de la baie, protégé par une digue naturelle, ou cordon de galets longue de 900 mètres[2] nommée Le Sillon.

Navigation[modifier | modifier le code]

Abritée des vents dominants de secteur ouest, l'anse de Camaret constitue un havre en cas de mauvais temps. Elle est aussi une zone d'attente de conditions favorables au passage du goulet de Brest ou du Raz de Sein, ou à l'appareillage vers le chenal du Four au nord-ouest.

L'accès au port n'est pas balisé par un chenal. L'entrée est marquée par un feu isophase à secteurs vert et blanc à l'extrémité du môle nord et par un feu à éclats rouge à l'extrémité du môle sud[3].

En saison de pêche, de nombreux casiers et filets sont immergés entre la pointe du Grand Gouin et le môle nord du port, devant la plage du Corréjou. Ils sont signalés par des bouées.

Une ferme aquacole est située côté est de l'anse, devant la pointe Sainte-Barbe.

Géologie[modifier | modifier le code]

La baie de Camaret fait partie de la Réserve naturelle régionale des sites d'intérêt géologique de la presqu'île de Crozon. Sa structure permet de lire l'histoire géologique entre le Briovérien (environ -670 Ma) et le Famennien (-360 Ma). Ses points d'intérêt majeur sont répertoriés dans la liste des géosites de Bretagne.

Avant le Cambrien (< -540 Ma), la mer briovérienne recouvre la Bretagne. L'orogenèse cadomienne modèle une nouvelle fois la région, après le cycle icartien (-2 000 Ma). Puis, durant 100 à 150 Ma, les reliefs ainsi formés subissent l'érosion, et la Bretagne connaît des transgressions et régressions marines. Survient alors l'orogenèse hercynienne (environ -400 Ma) et la formation d'une montagne de 7 000 à 8 000 mètres d'altitude. Cette montagne subira à son tour des phénomènes d'érosion.

Les plissements rocheux, les diverses couches de sédiments visibles en baie de Camaret et aux abords, témoignent de ces phénomènes géologiques.

Discordance Briovérien / Paléozoïque du Gouin[modifier | modifier le code]

Sur la falaise de la pointe du Gouin, le Grès armoricain (-480 Ma) se superpose aux stratifications du Briovérien (-670 Ma) et de manière absolument originale, les pénètre en certains endroits en une profondeur de 20 à 30 cm[4]. Une telle configuration résulte des plissements hercyniens (-330 Ma, dans le Massif Armoricain).

Ripple-marks du Corréjou[modifier | modifier le code]

Entre la pointe du Gouin et la plage du Corréjou, des rides de courant ou ripple-marks se dessinent sur les bancs de grès verticaux. Ces véritables plages fossiles datent de l'Ordovicien (-470 Ma)[5] et sont accessibles à pied lors de basses mers de vives-eaux.

Anticlinal de la Mort-Anglaise[modifier | modifier le code]

Pli géologique remarquable car complet, l'anticlinal de la Mort-Anglaise situé au SSE de l'anse de Camaret est daté de l'Ordovicien moyen (env. -460 Ma). Son cœur est constitué de Grès armoricain et ses flancs de quartzite blanche. Sur son flanc nord : un filon de dolérite plus récent (env. -190 Ma)[6].

Plage de Trez Rouz[modifier | modifier le code]

La falaise basse et peu spectaculaire bordant la plage de Trez Rouz mêle de la tourbe à du sable marin interstratifié et à des cailloux. Elle porte la trace de sédimentations et de mouvements survenus entre −470 000 et −10 000 ans[7].

Environnement[modifier | modifier le code]

Avifaune[modifier | modifier le code]

Outre les espèces les plus communes (mouette rieuse, goéland argenté, goéland brun, goéland marin), les oiseaux couramment observés dans l'anse de Camaret sont — entre autres — les suivants[8] :

Faune sous-marine[modifier | modifier le code]

La faune sous-marine de l'anse de Camaret est représentative de celle de l'Atlantique nord-est. Elle alimente une pêche de loisir pratiquée essentiellement à la ligne et au casier, marginalement au filet. Les crustacés sont pêchés en apnée et les coquillages à pied, sur le littoral, les jours de grande marée.

Poissons[modifier | modifier le code]

Crustacés[modifier | modifier le code]

Coquillages[modifier | modifier le code]

Paramètres de qualité de l'environnement[modifier | modifier le code]

Eaux de baignade[modifier | modifier le code]

La surveillance sanitaire des eaux de baignades est mise en œuvre par les Agences Régionales de Santé (ARS) sous l'égide du ministère chargé de la santé. Les deux points de contrôles de l'anse de Camaret sont situés :

  • plage du Corréjou (face cale),
  • plage de Trez Rouz (milieu).

Les résultats sont accessibles sur le site du ministère chargé de la santé[9].

Points de surveillance Ifremer[modifier | modifier le code]

L'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer[10] a défini dans l'anse de Camaret trois points de surveillance du littoral et de recueil de données :

Histoire[modifier | modifier le code]

L'anse de Camaret a vu passer des célébrités et vécu de violents combats. À un envahisseur venu de la mer et visant Brest, elle permet de prendre à revers par voie de terre les défenses du goulet. Elle a donc été le lieu de multiples tentatives de débarquement.

Jeanne de Navarre embarque pour l'Angleterre, 1403[modifier | modifier le code]

Le 13 janvier 1403, Jeanne de Navarre, duchesse de Bretagne, embarque en baie de Camaret avec Henri IV, roi d'Angleterre. Elle l'épousera le 7 février de la même année et sera couronnée à Londres le 25 février suivant.

Incursion espagnole, 1594[modifier | modifier le code]

À la fin du XVIe siècle, les Espagnols tentent d'utiliser Brest comme port de départ d'une invasion de l'Angleterre.

« Au printemps de 1594, douze vaisseaux espagnols portant des troupes, des ouvriers et le matériel nécessaire pour établir des travaux de défense, abordèrent dans la baie de Camaret, avec l'intention d'élever des fortifications sur la presqu'île de Kélern[11]. »

Ces travaux ont été exécutés en partie à l'extrémité de la presqu'île, aujourd'hui nommée pointe des Espagnols.

Seconde tentative espagnole de débarquement, 1597[modifier | modifier le code]

Une flotte de cent vaisseaux espagnols en provenance de la Corogne et du Ferrol se présente devant le goulet de Brest début novembre 1597. Une tempête les disperse et cinq caravelles se réfugient en baie de Camaret[11]. Elles en sont expulsées rapidement par six vaisseaux venus du Conquet.

Attaque hollandaise, 1691[modifier | modifier le code]

Dans le courant de l'année 1691, une flotte de seize vaisseaux hollandais et anglais pénètre en baie de Camaret et tente de neutraliser trois frégates françaises « qui se défendent vigoureusement[12] et les mettent en fuite.

Bataille de Camaret, 18 juin 1694[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de Camaret.

Dans le cadre de la Guerre de la Ligue d'Augsbourg, une flotte composée d'une trentaine de vaisseaux anglais et hollandais[13] se présente le 16 juin 1694 en mer d'Iroise avec l'objectif de prendre Brest après un débarquement à Camaret :

« Le lord Berkley, qui commandait l'armée navale, entra le 17 dans la baye de Camaret, et fit mouiller en arrière de la flotte tous les bâtiments de transport (…). [Le général Talmash] parut le même jour avec le marquis de Carmarthen dans une espèce de galère à 20 rames, avec laquelle ils s'avancèrent autant qu'il leur fut possible pour reconnaître la côte[12]. »

La tentative de débarquement sur la plage de Trez-Rouz a lieu le matin du 18 juin :

« Les [sept] frégates s'approchèrent et firent feu sur nos batteries et sur nos retranchemens ; en même temps, les chaloupes approchèrent aussi, et mirent à terre le général Talmash avec environ 1 800 hommes[12]. »

« (…) à peine les 7 frégates eurent-elles doublé l'écueil qui termine la Pointe du Couvent, que la côte entière s'embrasa sur tout son pourtour ; un feu terrible, dirigé par les batteries, dont l'existence était inconnue aux alliés, s'abattit sur les 7 navires[11]. »

Elle se solde par un échec :

« (…) M. de Benoise et de la Cousse sortirent courageusement des retranchemens, l'épée à la main, fondirent brusquement sur [les troupes ennemies], les chargèrent, les renversèrent, en tuèrent une grande partie, et poursuivirent l'autre jusqu'à ses chaloupes ; et la mer ayant baissé, ce qui n'avoit pas péri se trouva échoué. Ce fut une nécessité de demander quartier et de se rendre[12]. »

Une seconde vague de débarquement est également repoussée et la frégate Wesep s'échoue aux abords de la pointe du Gouin :

« Les chaloupes angloises qui venaient avec un second envoi de troupes, craignant la même destinée que les premières, se retirèrent avec précipitation ; M. de Talmash, auteur de l'entreprise et commandant de la descente, y fut tué. Une galiote, chargée de 500 soldats, fut coulée à fond (…) et une frégate hollandaise de 30 canons s'étant trop approchée de la pointe vis-à-vis du sillon de la Tour de Camaret, échoua et fut obligée de se rendre[14]. »

La Surveillante contre le Québec : combat naval, 1779[modifier | modifier le code]

Le 6 octobre 1779, deux frégates : la française Surveillante et l'anglaise Quebec, s'affrontent en Manche en un violent combat. Le HMS Quebec explose et coule. La Surveillante, terriblement endommagée, fait route vers Ouessant. Elle est prise en remorque par une dizaine de bateaux de pêche qui la mènent en baie de Camaret où elle est accueillie par des secours dans la nuit du 7 octobre. La Surveillante quitte l'abri de Camaret le lendemain sous les acclamations, remorquée à Brest par une centaine de chaloupes et de canots français et espagnols[11].

Prise de La Chevrette, 1791[modifier | modifier le code]

Le 2 Thermidor an IX (21 juillet 1791), la corvette française La Chevrette, mouillée en baie de Camaret, est prise d'assaut à la nuit tombée par environ trois cent marins anglais répartis en une quinzaine d'embarcations[11].

Essai du sous-marin Nautilus, 1801[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Nautilus (Fulton).

Au mois de juillet 1801, Bonaparte étant premier Consul, l'ingénieur et inventeur américain Robert Fulton présente à Rouen, puis à Brest et Camaret[15] aux autorités françaises un prototype de sous-marin à voile et à hélice actionnée à l'aide d'une manivelle : le Nautilus. Après quelques plongées dans le port de Brest et quelques sorties en rade, est-il écrit dans Le Mercure technologique de 1822 :

« (…) pendant le reste de la belle saison, Fulton chercha à faire sauter quelques-uns des navires anglais, qui s'avançaient journellement, dans les rades de Bertheaume et de Camaret. Il fut sur le point de joindre un vaisseau de 74 qui eut le bonheur de changer tout à coup de direction et de s'éloigner du Nautilus[16]. »

Centre d'aviation maritime, 1916 - 1919[modifier | modifier le code]

Au cours de la Première Guerre mondiale, les sous-marins allemands sont très actifs à partir de l'année 1916 autour des côtes bretonnes, où ils coulent une centaine de navires. À l'automne 1916, les Alliés décident de déployer 360 hydravions répartis en vingt Centres d'aviation maritime[17]. Celui de Camaret est constitué en janvier 1917, sur le Sillon[18] : la baie devient le théâtre de décollages et d'amerrissages.

Mission terminée, les hydravions abandonnent l'anse de Camaret à l'été 1919.

Départs pour l'Angleterre, juin 1940[modifier | modifier le code]

Le 18 juin 1940, au cours de la Seconde Guerre mondiale, le général Charles de Gaulle appelle à rejoindre les Forces françaises libres en Angleterre. Le même jour en baie de Camaret, les militaires présents en presqu'île embarquent « sur les cargos mouillés à quelques encablures du môle »[12]. Le lendemain, deux cent cinquante à trois cents personnes embarquent aussi pour l'Angleterre à bord de bateaux de pêche.


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Carte n°7148L SHOM - édition n°3 Tirage à jour : 2011
  2. « Espace portuaire de Camaret-sur-Mer », sur http://patrimoine.region-bretagne.fr, (consulté le 28 mars 2017)
  3. Carte n°7401 SHOM - Édition n°3 - 2016
  4. Yves Plusquellec, Curiosités géologiques de la Presqu'île de Crozon, Rennes, Edition Apogée, , 110 p. (ISBN 978-2-84398-373-3), p. 86-87
  5. Max Jonin, Géotourisme en Finistère, petit guide géologique pour tous, Paris, Biotope, Mèze - Muséum national d'Histoire naturelle, , 96 p., p. 34-35
  6. Yves Plusquellec, Curiosités géologiques de la Presqu'île de Crozon, Rennes, Edition Apogée, , 110 p. (ISBN 978-2-84398-373-3), p. 88
  7. Max Jonin, Géotourisme en Finistère, petit guide géologique pour tous, Paris, Biotope, Mèze - Muséum national d'Histoire Naturelle, , 96 p., p. 64-65
  8. Serge Kergoat, « Avifaune du littoral camarétois », Avel Gornog,‎ , p. 66-67
  9. « Ministère chargé de la santé - Qualité des eaux de baignade », sur baignades.sante.gouv.fr (consulté le 28 avril 2017)
  10. « Ifremer »
  11. a, b, c, d et e Joseph Téphany, Camaret-sur-Mer — Courte notice, Paris, Le Livre d'histoire-Lorisse, , 127 p.
  12. a, b, c, d et e (Calvez et al. 2008, p. ?) Selon relation du capitaine Jamain, enseigne de vaisseau.
  13. Les chiffres varient selon les sources. Se reporter à Bataille de Camaret#cite note-15
  14. Georges Toudouze, Défense de nos côtes, vol. B3 85, Archives du ministère de la Marine, p. 235
  15. « Submersible de Fulton : testé à Camaret ! », Le Télégramme,‎ (lire en ligne)
  16. « Notice sur la vie et les travaux de Robert Fulton », Annales de l'industrie nationale et étrangère, ou Mercure technologique : recueil de mémoires sur les arts et métiers, les manufactures, le commerce, l'industrie, l'agriculture, etc,‎ (lire en ligne)
  17. Thierry LE ROY, « Le C.A.M. de Camaret 1917-1918 : un centre d'aviation maritime de première ligne. », Avel Gornog,‎ , p. 82-102 (ISSN 1247-3162)
  18. « Le site du Centre d'aviation maritime de Camaret 1917-1918 », sur bretagne-aviation.fr (consulté le 10 avril 2017)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Louis Calvez, La presqu'île de Crozon — Histoire - Art - Nature, Paris, Le Livre d'histoire-Lorisse, , 467 p. (ISBN 978-2-84373-744-2)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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