Badr Shakir al-Sayyab

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Badr Shakir al-Sayyab

Badr Shakir al-Sayyab (en arabe: بدر شاكر السياب) (Djaykur - Koweït 1964) est un poète et traducteur irakien de langue arabe. Il est la référence incontestée de la poésie arabe moderne et l'un des fondateurs du Vers libre dans la littérature arabe.

Biographie[modifier | modifier le code]

Bader Shakir Al Sayab est né à Djaykur dans la province d'Al Basra au sud de l'Irak. Le poète a vécu une enfance difficile suite au décès de sa mère à l'âge de 6 ans, événement qui a chamboulé sa vie. Après avoir terminé ses études primaires à l'école "Bab sliman" (en arabe باب سليمان) puis à l'école "Al mahmoudia" (en arabe المحمودية), il a poursuivi ses études au lycée de Bassora avant d'emménager à Bagdad pour intégrer la "Dar Al mouaalimin al aalia" (en arabe دار المعلمين العالية) ancienne institution d'éducation destinée à former des professeurs d'école primaire[1]. Passionné par la littérature, il s'est spécialisé dans un premier temps en littérature arabe puis en littérature anglaise à partir de 1945 dans laquelle il a obtenu son diplôme universitaire trois ans plus tard. Quelques mois après son affectation en tant qu'enseignant, il s'est fait licencié de son poste à cause de ses opinions politiques et son appartenance au Parti communiste irakien. Il s'est donc installé en Iran puis au Koweït[2].

En 1962 il était admis à l'hôpital CHU à Beyrouth pour être soigné d'une douleur dorsale. Transporté d'hôpital en hôpital, entre Rome et Londres, à moitié paralysé, il finissait deux ans plus tard par mourir seul dans un hôpital de Koweït, loin de son village et des siens.

Personnalité[modifier | modifier le code]

Bader Shakir Al Sayab a souffert de dénégation, raison profonde de son engagement communiste-plus par mépris social que par conviction philosophique-, son refuge dans l'alcool et dans l'obscénité pour fuir les troubles de la vie. Très sensible, son pessimisme et sa solitude l'ont empêché de s'intégrer socialement. Néanmoins, le poète était célèbre pour son amour de la lecture et son érudition comme a pu le mentionner son ami Faysal Al Yasari: « Al Sayab était un lecteur invétéré : il avait non seulement lu nombre d'ouvrages de la littérature mondiale à travers l'Anglais qu'il maîtrisait, mais aussi des œuvres religieuses, politiques, ... »[3]

Littérature[modifier | modifier le code]

Le poète était reconnu pour son caractère révolutionnaire qui se manifestait dans ses poèmes. Son audace et son ouverture sur la Littérature occidentale lui ont permis de faire muter la Poésie d'une structure formelle et classique basée sur le respect des règles de la Métrique arabe et du Rime à une autre, plus déstructurée au niveau de la forme mais fondée sur la liberté d'expression et le reflet de la réalité. La poésie de Bader Shakir Al Sayab représente les plus importantes tendances poétiques qu'avait connu sa génération. Il avait débuté classiciste, puis s'est influencé par le Romantisme de "Abou Shabaka" du Liban et Charles Baudelaire. Mais en vérité, ses réalisations avaient commencé avec sa poésie réaliste surtout les poèmes: "Le Fossoyeur" , "La Prostituée aveugle" , "Armes et enfants" ainsi que "Le Chant de la pluie" qui symbolise la poésie arabe moderne avec sa forme artistique distincte et son contenu social significatif[4].:

                       Tes yeux sont deux forêts de palmiers au petit matin,
Ou deux balcons dont le clair de lune se retire
Quand tes yeux sourient, les vignes mettent en avant leurs feuilles,
Et les lumières dansent..comme des lunes dans une rivière

Quant à son poème "Seul sur le lagune", il se qualifie comme étant une "poésie de l'exil" puisqu'il démontre sa souffrance avec la maladie et sa peur de mourir loin de son pays L'Irak. Il dit dans une section[5]:

                       Car je suis un étranger
Car L'Irak bien-aimé
Est Loin et je suis, ici, nostalgique
Pour lui, pour elle..Je crie : Irak
Et de mon cri me revient des pleures
Un éclat d'écho
Je crois avoir traversé l'étendue
A un monde en décomposition qui ne répond pas
Pour mon cri
Si je secoue les branches
Seule la mort fait tomber d'elles
Des pierres
Pierres, mais pas de fruits
Même les ruisseaux
Sont - pierres, même l'air frais
Est pierre humidifiée de sang
Mon cri est une pierre, ma bouche est un rocher
Mes jambes sont un vent errant dans les déchets

Traductions[modifier | modifier le code]

Al Sayab maîtrisait l'anglais, ce qui l'a incité à contribuer à la traduction de plusieurs réalisations appartenant à des auteurs internationaux comme : "Poèmes sur l'age atomique" de Edith Sitwell , "Les yeux d'Elsa ou la guerre et l'amour" de Louis Aragon et d'autres de Federico García Lorca , Ezra Pound , T. S. Eliot. Il a publié la collection de ses traductions la première fois en 1955 sous le titre de "Sélection de poèmes de la poésie moderne mondiale". Ainsi, il a également réalisé des traductions prose comme : "trois siècles de littérature" (plusieurs auteurs) publiée en deux tomes; le premier est sans date tandis que le deuxieme est en 1966 et "le poète, l'inventeur et le colonel" qui est une pièce théâtrale se composant d'un seul et unique chapitre de Peter Ustinov, publiée en 1953[6]

Œuvres[modifier | modifier le code]

Publiées de son vivant[modifier | modifier le code]

Le poète a une collection de poèmes en deux tomes qui a été éditée par la maison d'édition "Dar Al aawda" en arabe "دار العودة" à Beyrouth en 1971 et qui englobe plusieurs poèmes et sous collections qui ont été publiés en différentes périodes et sous thématiques différentes. D'abord romantique :

  • ’Azhâr dhâbila (أزهار ذابلة) (Fleurs fanées), 1947. C'est dans ce recueil de poésie que Sayyab publie son premier poème en vers libre, Hal kana hubban?. Ce poème est souvent considéré comme le premier poème jamais écrit en vers libre de la littérature arabe moderne ;
  • ’Azhâr wa 'asâtîr (Fleurs et légendes), 1948 ;
  • ’Asâtîr (Légendes), 1950 ;
  • Fajr al salâm (L'aube de la paix), 1951 ;
  • Haffâr al qubûr (Le Fossoyeur), 1952 ;
  • ’Asliha wa ’atfâl (Armes et enfants), 1954 ;
  • ’Al maoumis al ’myâ’ (La Prostituée aveugle), 1954.

Puis réaliste et progressiste :

  • ’Unshoudat al matar (Le Chant de la pluie), 1960 ;
  • al ma'bad al gharîq ('Le Temple englouti), 1962 ;
  • Manzil al ’aqnân (La Maison des esclaves), 1963 ;

Atteint d'une maladie incurable, sa poésie devient de plus en plus intime et triste :

  • Shanâshil ibnat al Shalabi (Le Balcon de la fille du seigneur), 1963.

Posthumes[modifier | modifier le code]

Iqbâl, un recueil de poésie qui porte le prénom de la femme de Sayyab, est publié après la mort du poète, en 1965.

D'autres œuvres posthumes sont publiées par la suite :

  • Qithata al rîh (La Guitre du vent), 1971 ;
  • 'Asîr (Orages), 1972 ;
  • Hadâyâ (Les cadeaux), 1974.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Bader Shakir al-Sayyab - biography », sur http://users.humboldt.edu/,‎ (consulté le 28 avril 2016).
  2. (ar) « La vie de Bader Shakir al sayyab », sur http://mawdoo3.com/,‎ (consulté le 28 avril 2016).
  3. (ar) « بدر شاكر السياب », sur https://ar.wikipedia.org/ (consulté le 28 avril 2016).
  4. (en) « rain-song-Poem by Badr Shakir al-Sayyab », sur http://www.poemhunter.com/,‎ (consulté le 28 avril 2016).
  5. (en) « For I Am A Stranger - Poem by Badr Shakir al-Sayyab », sur http://www.poemhunter.com/,‎ (consulté le 28 avril 2016).
  6. (en) « A Profile from the Archives », sur http://www.jadaliyya.com/,‎ (consulté le 28 avril 2016).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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