Badgir

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Maison des Boroudjerdis, Kashan, Iran. Construite en 1857. Un excellent exemple d'architecture en région désertique, où l'on peut remarquer deux hauts badgirs.

Un badgir ou « tour du vent » (en persan : بادگیر, littéralement « attrape-vent ») est un élément traditionnel d'architecture persane utilisé depuis des siècles pour créer une ventilation naturelle dans les bâtiments, en particulier dans la pièce à vivre (Otagh-Badgir)[1].

Origine[modifier | modifier le code]

Complexe Ganjali Khan, Kerman, Iran

Le badgir est une invention venant du monde iranien. Les badgirs existent en particulier dans le centre désertique du pays, ainsi que dans les villes situées sur la rive nord du golfe Persique telles que Siraf, Laft (en), Lengeh ou Kong (en)[2].

La cité antique de Yazd en particulier est connue comme la « ville des capteurs de vent », du fait du nombre important de badgirs que l’on y trouve. En particulier, le palais de Dowlat-âbâd, situé au milieu du jardin de bâgh-e-dôlat-âbâd, abrite le plus haut badgir du monde, dont la colonne octogonale atteint une hauteur de 34 mètres[3].

Aspect[modifier | modifier le code]

La forme prise par les badgirs est variée. Elle peut être unidirectionnelle, bidirectionnelle ou multidirectionnelle. Cependant la plupart d'entre eux étaient construits en forme de polygone régulier, en particulier de carré ou d'octogone. Sa hauteur devait être supérieure à celle des autres éléments du toit afin de permettre une prise d'air optimale.

La forme prise par le bagdir variait en fonction du climat. Dans les zones désertiques, les bagdirs ne comportaient généralement qu'une unique ouverture, située en sens inverse des vents du désert pour éviter la pénétration du sable et de la poussière que ces derniers charrient. Au contraire, dans les zones moins marquées par le désert, les bagdirs de forme carrée voire octogonale permettaient un captage plus constant des vents[3]. Ainsi les bagdirs de la ville de Yazd, relativement protégée des typhons désertiques par deux chaînes de montagnes, sont généralement octogonaux et élevés (entre 15 et 18 mètres de hauteur). Inversement, les bagdirs de Meybod, exposés directement aux intenses vents du désert, sont de faible hauteur et n’ont qu’une seule ouverture[3].

Fonctionnement[modifier | modifier le code]

Un badgir « multidirectionnel » sur les toits de Yazd.

En fonction de la puissance du vent et du gradient de température entre l'intérieur et l'extérieur des bâtiments, deux principes sont en jeu dans l'effet réfrigérant des bagdirs : l'effet attrape-vent et l'effet cheminée[4].

Effet attrape-vent[modifier | modifier le code]

On pense que ce capteur de vent fonctionne grâce à la faible différence de pression entre la base et le sommet à l'intérieur de la colonne. Ainsi, à chaque fois qu'un faible souffle de vent passe à travers le sommet du badgir (on ne sent pas la différence à la base de la colonne), la différence de pression aide à remonter l'air chaud vers le sommet et à amener de l'air frais vers le bas de la colonne. L'effet d'accumulation sur une période de 24 heures est notable.

Les bagdirs sont historiquement bâtis en adobe : un mélange de terre d’argile, de paille et d’eau[5]. Les propriétés de la terre crue permettent de réduire la transmission de chaleur ; le capteur de vent rafraîchit ainsi considérablement les espaces bas dans les mosquées et les maisons en pleine journée.

Le bagdir était souvent couplé à un second système de réfrigération afin de rafraîchir plus encore l'air capté par la tour. Le plus souvent, il s'agissait d'un bassin situé sous le bagdir. Au contact de l'eau, l'air chaud provoquait une évaporation à la surface du bassin, perdant ainsi une partie de sa chaleur[3].

Les demeures les plus cossues disposaient d'un yakhtchâl, un « stockage de glace » enterré disposant de murs de deux mètres d’épaisseur au moins et d'une base totalement imperméable qui rafraîchissait également l'air capté par le bagdir avant qu'il ne soit canalisé vers d'autres pièces[3].

Effet cheminée[modifier | modifier le code]

En l'absence de vent, l'air contenu dans la tour, chauffée par le soleil, se réchauffe. Du fait de la convection, il monte, s'échappe de la tour par le haut et crée un appel d'air qui ventile les pièces situées sous le bagdir[4].

Utilisation[modifier | modifier le code]

Réservoir d'eau réfrigéré par des bagdirs à Yazd en Iran.

Le badgir est si efficace qu'il continue à être utilisé dans l'architecture iranienne contemporaine comme élément réfrigérant. De nombreux réservoirs d'eau traditionnels[6] sont couplés à des capteurs de vent, permettant ainsi de stocker l'eau à des températures extrêmement fraîches pendant les mois d'été.

Les considérations écologiques actuelles ont provoqué un regain d'intérêt pour la technique du bagdir[3] qui représente une solution de réfrigération à faible empreinte environnementale car elle ne nécessite ni consommation d'énergie ni utilisation de matériaux rares.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. G.R. Dehghan Kamaragi, « Le Badgir est un système de refroidissement naturel placé sur le toit... » (consulté le 24 février 2018)
  2. Dehghan Kamaragi 2014.
  3. a, b, c, d, e et f Hoda Sadough, « Les Bâdgirs », Téhéran, no 24,‎ (lire en ligne)
  4. a et b Hervé Richard, « Les tours à vents, Bourse d'Etude Fondation EDF », (consulté le 24 février 2018)
  5. Cedric Paleo, « BAGDIR – TOUR A VENT », sur https://paleo-energetique.org/, (consulté le 24 février 2018)
  6. Albert Videt, « Badgir / Tour à vent / بادگیر - Yazd », sur http://www.albert-videt.eu// (consulté le 24 février 2018)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Gholam-Reza Dehghan Kamaragi, Les systèmes de ventilation et refroidissement dans l'architecture traditionnelle du golfe Persique : Histoire des dispositifs, modélisation, évaluation des performances, non publié, , thèse de doctorat d'architecture, ENSA Paris-Malaquais et laboratoire GSA de l'université Paris-Est, soutenue en décembre 2014 (présentation en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]