Béké

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne une population des Antilles. Pour le comitat de Hongrie, voir Békés.

Aux Antilles françaises, un Béké est un habitant créole à la peau blanche de la Martinique et de la Guadeloupe descendant des premiers colons européens[1].

Les Békés constituent un peu moins d'1 % de la population martiniquaise, soit 3 000 personnes environ[2].

En Guadeloupe, en langue créole, on parle plutôt de « Blancs-péyi »[3], bien que ce terme soit plus large puisqu'il peut aussi désigner des individus blancs nés et élevés sur l’île mais dont la famille n'est pas présente depuis l'époque coloniale.

Un grand nombre habite aussi les îles de Saint-Martin et Saint-Barthélemy.

Le terme « béké » est parfois également employé comme adjectif.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Il semble que le mot soit d'origine igbo (Nigeria), langue dans laquelle il désigne un Blanc ou un Européen[4].

Selon une autre hypothèse, le mot béké viendrait de la langue ashanti, m’béké signifiant « homme détenant le pouvoir », en opposition à m’méké, « homme détenant le savoir »[5].

Origines de la communauté békée[modifier | modifier le code]

Les békés descendent des Européens arrivés au début de la colonisation, notamment les engagés ou « 36 mois » (nom qui correspond à la durée de leur contrat avec leur maître)[6]. À la fin de ce contrat le maître leur donnait en nature 300 livres de pétun. Ce pécule leur permettait soit de payer leur voyage de retour soit d'acquérir les outils nécessaires pour défricher une concession à leur propre compte[7]. Cependant, une grande parte de cette main-d'œuvre mourait avant l'échéance des 3 ans [8]. Ces pauvres ou modestes gens, de soldats, d'artisans ou travailleurs européens sont venus très tôt aux Antilles françaises, avant même, pour certains, l'arrivée massive des esclaves africains.

Outre ces ouvriers, des négociants et des membres de familles de la noblesse ont également immigré, pour ces derniers en général des cadets de famille. Actuellement, en Martinique, seules 28 familles béké sur 209 environ ont une origine noble (soit environ 13 %)[9] (ce taux est toutefois sans doute légèrement sous-estimé à cause du manque d'archives[10].)

Métissés ou non avec la population d'origine africaine, les Békés pauvres furent parfois, dans un premier temps, rejetés par les Békés de classes riches. Toutefois, certaines de des plus anciennes familles de la Martinique ayant réussi dans les affaires ont été anoblies sous Louis XV, comme ce fut le cas pour Jean Assier (1688-1771)[11]..

Il existe encore quelques rares Békés de classe modeste ou pauvre, qui furent appelés en Martinique « békés grillave », soit « békés goyave », car certains d'entre eux étaient affectés à la récolte de la goyave et résidaient sur ces plantations.

Les Blancs créoles sont majoritairement d'origine française même si on y trouve aussi des descendants de ressortissants hollandais ou anglais notamment. Ils pouvaient être de confession protestante ou juive. En effet certains ont été chassés du Brésil et amenèrent la culture de la canne à sucre[12].

Histoire[modifier | modifier le code]

En Martinique[modifier | modifier le code]

En Guadeloupe[modifier | modifier le code]

En Guadeloupe, les Békés, ou plutôt les « Blancs Péyi », ont une histoire différente de la Martinique. En effet, contrairement à cette dernière qui était sous occupation anglaise, la Guadeloupe a connu la Révolution française et la Terreur. La quasi-totalité des grands propriétaires terriens (les grands planteurs) de l'île a été guillotinée par les troupes révolutionnaires amenées par Victor Hugues, et les rares survivants se sont enfuis dans les îles alentours. Les descendants des colons guadeloupéens n'ayant pas été massacrés (petits planteurs, marins, commerçants, militaires…) sont appelés « Blancs-Pays ». Par la suite, progressivement, quelques békés de la Martinique s’installèrent en Guadeloupe tout en conservant étroitement leurs liens avec leurs familles d'origine.

Situation sociale[modifier | modifier le code]

En Martinique en 2009, les békés représenteraient environ 3 000 personnes pour environ 400 000 habitants[2]. Le groupe est lui-même très hiérarchisé en fonction du nom et de la fortune[13].

Les grandes familles sont les Hayot (des Juifs hollandais arrivés en Martinique à la fin du XVIIe siècle, propriétaire du Groupe Bernard Hayot, dont le dirigeant Bernard Hayot est la plus grande fortune des Antilles françaises[2]), les Huyghues Despointes (famille d'origine protestante qui a ses racines dans le nord de la France, arrivée au XVIIe siècle, aujourd'hui propriétaire des principales usines de produits alimentaires[2]), les Fabre, les Duchamps, les Monplaisir (rangée parmi les familles mulâtres depuis que l'ancêtre a épousé l'une de ses esclaves noires, à Sainte-Lucie), les Assier de Pompignan (l'une des plus anciennes familles de békés de la Martinique - trois siècles après l'arrivée de l'ancêtre Jean, on dénombre 300 de ses descendants directs sur l'île), les Plissoneau, les de Reynal, les de Lucy , Vivies, Loret, Barbotteau ou encore les Aubéry[14].

Dans les années 1990, les Békés représentaient moins de 1 % de la population et contrôlaient 29,2 % des entreprises de plus de vingt salariés de Martinique et 16,5 % des entreprises de plus de dix salariés en Guadeloupe[15]. Ils sont très présents dans la filière agroalimentaire, où ils détiennent 90 % des entreprises[16].

Beaucoup de descendants de familles békés aux Antilles, en Martinique comme en Guadeloupe, n'ont toutefois un niveau social élevé. Directeur d'un club de fitness à Pointe-à-Pitre, Robert Lignières assure : « Aujourd'hui, nous comptons parmi les békés de Guadeloupe beaucoup plus d'employés, de RMIstes et de dirigeants de petites entreprises que de grands patrons »[17].

Les Békés continuent cependant d'occuper une position dominante assortie d'une volonté d'endogamie raciale[18], exprimée publiquement par Alain Huygues-Despointes, dans un documentaire de Canal+[19], regrettant que les historiens ne s'intéressent pas "aux bons côtés de l'esclavage" et expliquant "vouloir préserver sa race" ː "quand je vois des familles métissées avec des Blancs et des Noirs, les enfants naissent de couleurs différentes, il n'y a pas d'harmonie".

En Martinique, le lieu de résidence favori des Békés est Cap-Est, surnommé "Békéland" par les insulaires[2].

Personnalités békées[modifier | modifier le code]

Guadeloupe[modifier | modifier le code]

Martinique[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Leiris, Contacts de civilisations en Martinique et en Guadeloupe, (lire en ligne [PDF]), p. 137-138
  2. a b c d et e Béatrice Gurrey et Benoît Hopquin, « Békés : une affaire d'héritage », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  3. Du Neg nwe au Beke Goyave, le langage de la couleur de la peau en Martinique - Isabelle Michelot « Il est composé du complément du nom -péyi (signifiant local) en construction directe sans connotation économique, par opposition au béké (où le sème de « riche » est dominant) et au blanc goyave (où le sème « pauvre » est dominant), appellation méprisante du blanc qui n’a pas réussi économiquement »
  4. Annegret Bollée (dir.), Dictionnaire étymologique des créoles français de l’océan Indien. Tome II : Mots d’origine non-française ou inconnue, 1993, Serge Joséphau, « Africanismes dans le créole », in Quelques aspects du patrimoine culturel des Antilles., Fort-de-France, CDDP, 1977, cités par M.-C. Hazaël-Massieux
  5. "Les békés à la télé", compte-rendu du documentaire de Canal + Les Derniers Maîtres de la Martinique, le 3 février 2009 [1]
  6. (fr) L'ancêtre de Roger de Jaham, co-président de l’association « Tous Créoles! » est par exemple un engagé pour 36 mois arrivé à fond de cale en 1635, Roger de Jaham, portrait d’un Martiniquais, le Télégramme outre-mer
  7. Jacques Petitjean Roget, Personnes et famille à la Martinique au XVIIe siècle, p. 12/13
  8. Catherine Coquery-Vidrovitch, Etre esclave : Afrique-Amériques, p. 100
  9. Eugène Bruneau-Latouche, 209 familles subsistantes de la Martinique, p. 30
  10. Eugène Bruneau-Latouche, 209 anciennes familles subsistantes de la Martinique, p. 28
  11. Ce dernier, selon l’arbre généalogique commun aux familles békées de Martinique dévoilé par Alain Huyghues Despointes, descendant d'une famille arrivée au XVIIe siècle à Case-Pilote (Les 10 familles les plus entreprenantes de La Martinique, L'Express, 01/12/2008 [2]), serait un ancêtre commun à la plupart des Békés (« Les békés à la télé », compte-rendu du documentaire de Canal + « Les derniers maîtres de la Martinique » par Édouard Boulogne, le 3 février 2009 [3]).
  12. Jean Benoist, Types de plantations et groupes sociaux à la Martinique, (lire en ligne [PDF]), p. 16
  13. Jean Benoist, Types de plantations et groupes sociaux à la Martinique, (lire en ligne [PDF]), p. 43-45
  14. « Les 10 familles les plus entreprenantes de La Martinique », L'Express,‎ (lire en ligne).
  15. Michel Desse, « La récente transformation des acteurs économiques dans les DOM : l'exemple de la Guadeloupe, Martinique et Réunion », Annales de Géographie, vol. 106, no 598,‎ , p. 597 (lire en ligne)
  16. "Des familles riches qui trustent les terres "— Libération du 13 mars 2009 [4].
  17. Guadeloupe : derrière la crise sociale, l'antagonisme racial - Cyrille Louis, Le Figaro, 16 février 2009
  18. Emmanuel Todd, Le Destin des immigrés: assimilation et ségrégation dans les démocraties occidentales, Ed. du Seuil, , p. 409.
  19. Documentaire de Canal+ diffusé en 2009 intitulé « Les derniers maîtres de la Martinique »

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Édith Kováts-Beaudoux, Les Blancs Créoles de la Martinique : Une minorité dominante, éd. L’Harmattan, 2002 (éd. orig. 1969) (ISBN 978-2-7475-3206-8) [présentation en ligne] (recension par Frédéric Cazou, in L’Homme, no 177-178 janvier-juin 2006)
  • Jacques Petitjean-Roget, La Société d’habitation à la Martinique. Un demi-siècle de formation 1635-1685, Lille, Atelier de reproduction des thèses, 1980 (2 volumes)
  • Michel Leiris, Contacts de civilisations en Martinique et en Guadeloupe, (lire en ligne [PDF])
  • Jean Benoist, Types de plantations et groupes sociaux à la Martinique, (lire en ligne [PDF])
  • (en) Howard Johnson et Karl Watson, The white minority in the Caribbean, Ian Randle, , 180 p. (ISBN 978-1-5587-6161-2)
  • Michel Desse, « La récente transformation des acteurs économiques dans les DOM : l'exemple de la Guadeloupe, Martinique et Réunion », Annales de géographie, vol. 106, no 598,‎ , p. 592-611 (lire en ligne)

Ouvrages anciens[modifier | modifier le code]

  • Renée Dormoy-Léger et Élodie Dujon-Jourdain, Mémoires de Békées, texte établi, présenté et annoté par Henriette Levillain, éd. L'Harmattan, 2002, 2 vol. [présentation en ligne]
  • Sidney Daney de Marcillac, Histoire de la Martinique depuis la colonisation jusqu'en 1815, 1846 [lire en ligne]

Liens externes[modifier | modifier le code]