Aziz Chouaki

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Aziz Chouaki
Aziz Chouaki.jpg

Aziz Chouaki en 2010.

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Naissance
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Aziz Chouaki, né le à Tizi Rached en Algérie, est un écrivain, musicien, romancier, dramaturge qui se définit comme un artiste algérien francophone.

Biographie[modifier | modifier le code]

Aziz Chouaki est né à Tizi Rached, en Algérie, dans une famille d'instituteurs. Son grand-père, Mohamed-Saïd Hadjeres, est le 1er instituteur musulman de l'École Normale durant la période coloniale Française (Albert Camus le cite dans Misère de la Kabylie). Dès 1955, en pleine guerre d'Algérie, Aziz Chouaki rejoint la capitale avec sa mère institutrice. Profondément marqué par l'abandon de son père, il se réfugie dans les livres. Il est élevé au carrefour de 3 langues (le berbère, l'arabe, le Français), entre tradition et modernité. C'est en faisant son service militaire, en fouinant dans la bibliothèque de la caserne, qu'il découvre la littérature française classique. À sa sortie, en 1977, il se met à écrire. En 1983, il publie à compte d'auteur un recueil de nouvelles et de poèmes au style très particulier : Argo (Le diadème était maudit, Feux et Encres, Intronisant fatal le venin, Le Serpent vénérant royal, Fiel et Science, Le siècle était bien funeste).

Après des études de lettres anglaises à la Université d'Alger, il entame un magister sur Ulysse de James Joyce.

Parallèlement à ce cursus universitaire, il se frotte dès 17 ans à la musique. Rapidement professionnel, il devient un acteur majeur du milieu rock algérois, bien loin du circuit traditionnel. Guitariste héritier des traditions musicales pied-noir, il écume les cabarets de la côte algéroise en jouant autant le répertoire des Beatles, de Jimi Hendrix que de Wes Montgomery. La musique va durablement marquer sa démarche d'auteur.

En 1988, il publie Baya, un premier roman assez singulier. Ce long monologue d'une femme donne la parole à l'inconscient féminin algérien : à la fois pur produit colonial et dépositaire de la tradition algéroise, Baya incarne l'Algérie du bon sens populaire, un peu nostalgique du « temps de la France ». Ce qui sera reproché à son auteur.

Paris gris dehors pluvieux, chaud dedans radieux. Les belles voitures de luxe, feutrées, le métro tout clinquant, net. Les Arabes et les Noirs, ils rasent les murs, ça se voit; il y en a un il était en chemise, il tremblait de froid mais va t'acheter une veste, mon vieux ! Ou alors dégage : il me donne honte d'être algérienne. J'ai rien à voir avec cette chose crépue moi ! (in Baya).

Ce texte est repéré en 1990 par le metteur en scène Jean-Pierre Vincent, alors directeur du Théâtre des Amandiers de Nanterre qui aura cette phrase à l'adresse de l'auteur : « Tu es comme Monsieur Jourdain, tu fais du théâtre sans le savoir ! ». Le texte est monté aux Amandiers en 1991. À la grande surprise de l'auteur lui-même, une carrière de dramaturge s'amorce.

En 1988, sur fond d'islamisme radical, l'Algérie est le théâtre d'émeutes populaires. Période au cours de laquelle Aziz Chouaki signe chaque semaine dans le Nouvel Hebdo des « Nouvelles sulfureuses » qui mettent en scène autant le FLN que les islamistes. Des menaces de mort le persuadent de quitter le pays définitivement le 11 janvier 1991.

En 1997 il publie aux éditions Mille et une nuits Les Oranges. Texte majeur du théâtre francophone qui rencontre son public et la critique. À la fois fable et fresque historique, le texte raconte l'histoire du peuple algérien à travers la métaphore des Oranges.

Que faire aujourd'hui ? Aucune idée, voir venir, tant qu'il y a du soleil. Ce pendentif ? Accroché à cette chaîne en argent ? Oh, c'est rien, juste un souvenir. La première balle qu'un soldat Français a tiré, sous le laqué azur de ce ciel d'Algérie. Juillet 1830. Oui, la première balle dont l'écho hante les tympans, jusqu'à aujourd'hui, cachez-moi ce... que je ne saurais... La première balle, elle s'est logée dans une orange, les oranges d'Algérie, oui. Les si fameuses... (in Les Oranges)

Ce texte est joué fréquemment en France et à l'étranger. Cependant, l'écriture romanesque reste son territoire de prédilection. Entre 2000 et 2004 paraîtront Aigle, L'Étoile d'Alger (publié dans plusieurs langues, Prix Fnac 2004, Prix Flaïano 2006 à Rome) et Arobase.

Au théâtre se tisse un long compagnonnage entre l'écriture d'Aziz Chouaki et le metteur en scène Jean-Louis Martinelli, directeur du Théâtre des Amandiers de Nanterre, qui lui commande plusieurs textes (Zoltan, Corsica, Esperanza), dont Une virée, monté en 2004, 2005, 2006. S'ensuit une adaptation pour le théâtre suédois en 2007 : Tel l'auteur suédois Lars Norén, Aziz manie de la dynamite et parvient à nous faire rire alors même que ses 3 personnages - trois grands paumés du monde - nous entraînent dans une descente aux enfers (Jean-Louis Martinelli).

Ce compagnonnage avec Jean-Louis Martinelli (marqué également par la mise en scène du texte Les Coloniaux en 2009) ira jusqu'à une commande d'écriture autour du Dom Juan de Molière. Texte mis en espace par Michel Didym et Laurent Vacher à la Mousson d'été en 2006. C'est à partir de cette structure - celle d'un Dom Juan qui trahit toutes les formes de pureté - qu'Aziz Chouaki laisse sa langue magnifique pénétrer dans la modernité de ce mythe si présent (Michel Didym).

Quel parcours, quel parcours. Je suis né de poussières de paroles, moi, de présents lambeaux de propos, Dom Juan, de balcon à balcon, bribes de marchés andalous, racontars de bars à tapas, coutelas et vin sombre, légendes d'arrière mémoire (...). Molière a moulé mes raisons, il a mis des étoiles dans le flot de ma fange. Puis j'ai voyagé, beaucoup, au hasard des plumes, tant y a du jus à jouir, dandy absolu chez Baudelaire, héros romantique chez Mozart 'mille e tré', je me suis retrouvé icône de classe chez Brecht, de retour d'exil chez Pouchkine, à la fois carpe et lapin, toujours entre l'ail et la croix, quoi, le soufre et le ciel (acte IV, scène 1 de Dom Juan).

Aziz Chouaki est un auteur qui se dit influencé autant par Rabelais et Borges que par Miles Davis.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Parutions[modifier | modifier le code]

  • 1982 : Argo, Alger, éd. L'Unité (poèmes/nouvelles)
  • 1989 : Baya, Alger, éd. Laphomic (roman)
  • 1998 : Les Oranges, éd. Mille et une nuits (théâtre)
  • 2000 : Aigle, éd. Gallimard (roman)
  • 2001 : Avoir 20 ans à Alger, éd. Alternatives (fiction)
  • 2001 : El Maestro, éd. Théâtrales (théâtre)
  • 2002 : L'Étoile d'Alger, éd. Balland, éd. Points Seuils, 2004 (roman)
  • 2004 : Arobase, Balland (roman)
  • 2005 : Une virée, éd. Théâtrales (théâtre)
  • 2007 : Le Tampon vert, éd. Théâtrales (théâtre)
  • 2009 : L'Argent, collectif, commande de la Comédie-Française
  • 2009 : Aigle, éd. Ex Aequo (réédition)
  • 2009 : Les Coloniaux, éd. Mille et nuits (théâtre)
  • 2009 : Dom Juan, éd. Solitaires intempestifs (théâtre)
  • 2010 : Chez Mimi, éd. Les Cygnes (théâtre)
  • 2011 : La Pomme et le Couteau, éd. Les Cygnes (théâtre)
  • 2012 : Zoltan, éd. Les Cygnes (théâtre)

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • 1991 : Baya, mise en scène Michèle Sigal, Théâtre Nanterre Amandiers, captation France Culture
  • 1996 : Boudin-purée, mise en scène Mustapha Aouar, Gare au Théâtre, Vitry-sur-Seine
  • 1997 : Les Oranges, mise en scène de l’auteur, TILF, La Villette, nombreuses mise en scène, principalement : Laurent Vacher, tournée en province, théâtre de la Cité Internationale, Paris 1998 ; Philippe Boyau, Henri Thomas, Grenoble, 2000 ; Eric Checco, Avignon, 2001 ; Francis Azéma, Toulouse, 2002
  • 1999 : Le Père indigne, mise en scène Mustapha Aouar, Gare au Théâtre, Vitry-sur-Seine
  • 1999 : Bazar, mise en scène Pascale Spengler, La laiterie Strasbourg
  • 2000 : Le Trésor, mise en espace Michel Didym, Théâtre Saulcy, Metz
  • 2001 : Avoir 20 ans à Alger, mise en scène Mustapha Aouar, Gare au théâtre, Vitry-sur-Seine
  • 2001 : Le Portefeuille, mise en scène Mustapha Aouar, La laiterie Strasbourg
  • 2001 : El Maestro, mise en scène Nabil El Azan, scène nationale du Creusot, la Mousson d’été, TILF La Villette + mise en scène de l’auteur, Avignon 2002. Tournée en 2003. Mise en scène Francis Azéma, Toulouse, 2009
  • 2003 : L'Arrêt de bus, mise en scène Laurent Vacher, scène nationale de Forbach, suivie d'une tournée
  • 2004 : Une virée, commande d’écriture Nanterre-Amandiers, mise en scène Jean-Louis Martinelli, ; adaptation en suédois, produite par Lars Norén au Riksteatern, mise en scène Jean-Louis Martinelli, tournée suédoise en 2005 ; tournée française en 2006 ; reprise en 2006 à Nanterre-Amandiers
  • 2006 : Les Coloniaux, lecture par Fellag, à Verdun, Bar le Duc
  • 2006 : Dom Juan, commande Nanterre-Amandiers, mise en espace Michel Didym et Laurent Vacher
  • 2007 : Les Coloniaux, mise en espace Jean-Louis Martinelli, Mousson d’été ; mise en scène à Nanterre Amandiers en 2009 ; captation TV5
  • 2009 : Les Oranges, mise en scène Akel Akian, Théâtre de Lenche, Marseille
  • 2011 : L'Étoile d'Alger, adaptation hip-hop, compagnie Farid O
  • 2011 : Chez Mimi, mise en scène Frédérique Lazarini, Vingtième Théâtre
  • 2011 : La Pomme et le Couteau, mise en espace Michel Didym, pour France Culture
  • 2015 : Esperanza, festival d'Avignon au lycée Saint Joseph, capté par RFI
  • 2015 : El Maestro, festival d'Avignon à l'espace Roseau
  • 2016 : Esperanza création au Théâtre National de Nice mise en scène Hovnatan Avédikian
  • 2017 : Palestro, écrit avec Bruno Boulzaguet ; Théâtre 71 Malakoff puis Théâtre de l'Atalante à Paris, puis Théâtre des Bernardines à Marseille
  • 2017: Esperanza mise en scène Hovnatan Avédikian au théâtre des halles festival d'Avignon
  • à venir: 2018 : Nénesse mise en scène Jean Louis Martinelli, Théâtre Déjazet

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Kenza Abdellahi, L'identité algérienne à travers les dramaturgies de Mohamed Kacimi et Aziz Chouaki, Université Paris 3, 2010, 77 p. (mémoire de master 1 d'Études théâtrales)
  • Rym Benhachemi, La question de l'exil et du partage d'une mémoire collective chez Aziz Chouaki, Université Paris 3, 2011, 84 p. (mémoire de master 1 d'Études théâtrales)
  • Christiane Chaulet-Achour, « Aziz Chouaki : entre héritage et dispersion. Le contemporain métis », Insaniyat nos 32-33, avril-septembre 2006, p. 141-154.

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Aziz Chouaki ou le serment des oranges, film de Lamine Ammar-Khodja, s. n., s. l., 2008, 60 min
  • Les coloniaux, film d'Hélène Ricome, COPAT, SOPAT, Paris, 2009 (contient une interview d'Aziz Chouaki, 14 min)
  • L'étoile d'Alger, film de Rachid Benhadj, projection en avant première salle Ibn Zeydoun à Alger, 2016
  • Timgad, co-scénariste, réalisation Fabrice Benchaouche, sortie en septembre 2016

Liens externes[modifier | modifier le code]