Axular

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Portrait imaginaire d'Axular

Axular[1] ou Pedro Agerre Axular[1] ou sous son nom de naissance Pedro Agerre Azpilkueta[1], né en 1556 à Urdazubi et mort le 8 avril 1644 à Sare, est un auteur navarrais de langue basque et le principal écrivain de l'école de Sare. Il est considéré comme le meilleur prosateur de la littérature basque.

Il est aussi connu comme Axular, Pedro de Axular, Atsular (à l'origine, le nom se prononce /ats̺ular/ ; la prononciation moderne /aʃular/ est la conséquence du changement dans la valeur de la lettre x).

Biographie[modifier | modifier le code]

La maison natale d'Axular, à Urdax.

Il naît à Urdax, en Navarre, dans une ferme appelée Axular, d'où il recevra son surnom. Il fait ses études de théologie à Pampelune et des Sciences humaines, Rhétorique et Philosophie à Lérida et à Salamanque. En 1596 il est ordonné prêtre dans la localité française de Tarbes et pendant quatre ans, il est prédicateur à Saint-Jean-de-Luz, dont l'évêque, Bertrand d'Etxauz, le nomme recteur de Sare.

Un prêtre de Saint-Jean-de-Luz, nommé Joanes Harostegi, le dénonce, croyant avoir droit à la paroisse et alléguant qu'Axular est étranger. Mais Axular soutient qu'il est Navarrais et, en conséquence, sujet du roi de France et de Navarre Henri IV et demande sa naturalisation. La réponse du monarque ne se fait pas attendre : la naturalisation est inutile car, étant navarrais, il est lui aussi sujet du roi. Ceci étant, le Parlement de Bordeaux émet deux jours après une sentence par laquelle Axular est maintenu dans sa charge. Il reste ainsi dans cette paroisse pendant le reste de sa vie, où il décède en 1644.

Il vit dans un environnement riche et changeant : entretemps, l'Espagne entre en décadence, la France vit une époque dorée, parce que même en étant un pays catholique, elle vit une grande soif de sagesse qu'elle recherche au-delà du christianisme. On ne doit pas oublier qu'après le Traité des Pyrénées, la France jouit d'une époque de tranquillité et quand Axular écrit Gero, le catholicisme y a été renforcé.

Axular dans le folklore populaire[modifier | modifier le code]

Le personnage d'Axular, grâce à l'imagination populaire, est devenu le transformé le protagoniste de quelques histoires traditionnelles. Comme l'ont raconté les anciens de Sare à l'ethnologue José Miguel de Barandiaran, Axular s'est formé avec son frère à toutes sortes de sciences occultes à l'université fondée par le diable dans une grotte de Salamanque. De là, les dons rhétoriques et l'érudition de l'auteur, qui suscitaient l'admiration dans toute sa paroisse. Malheureusement, Axular doit souffrir le reste de sa vie de s'être vu dépossédé de son ombre[2], puisque celle-ci est passée aux mains du diable comme paiement de l'éducation universitaire.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Gero, bi partetan partitua eta berezia (1643)

Gero, bi partetan partitua eta berezia (1643), connu généralement comme Gero (Après en basque), a été sa seule œuvre. La traduction du titre complet dit ceci : « Après, divisé et differencié en deux parties, dans on fait comprendre combien de méfaits causent le retard, le fait de laisser les travaux pour après. Dans la deuxième il est guidé à laquelle, en laissant les retards, il veut se consacrer immédiatement à ses obligations. À partir des Saintes Écritures, des docteurs de l'Église et des livres de dévotion. Compilé par Axular, curé de Sare[3]. ». Dans son prologue adressé au lecteur, il indique ceci :

…"Badaquit halaber ecin heda naitequeyela euscarazco minçatce molde guztietara. Ceren anhitz moldez eta differentqui minçatcen baitira euscal herrian, Naffarroa garayan, Naffarroa beherean, Çuberoan, Lappurdin, Bizcayan, Guipuzcoan, Alaba-herrian eta bertce anhitz leccutan".
Je sais de même que je ne peux pas m'étendre à toutes les formes du basque. Puisque on parle de beaucoup de façons et différemment au Pays basque, dans la Haute Navarre, la Basse-Navarre, la Soule, le Labourd, la Biscaye, le Gipuscoa, l'Alava et dans beaucoup d'autres endroits.

Il s'agit d'une œuvre de littérature ascétique, composée de soixante chapitres, qui a été comparée au Guide de pécheurs de frère Louis de Grenade. Son contenu se résume dans le proverbe suivant « Gero dioenak bego dio » (« Qui dit plus tard, dit que ça continue »), c'est-à-dire, laisser les tâches pour plus tard est la devise des paresseux, et pour cela il utilise les arguments et les phrases de beaucoup d'auteurs classiques, en les accumulant mais en les mettant en rapport avec maîtrise et élégance. En tenant compte du titre, on peut penser qu'il y avait deux parties, mais on en considère actuellement seulement qu'une, peut-être parce que toutes les deux forment un tout, parce qu'il a cessé d'écrire ou parce qu'il n'est pas arrivé à publier la seconde partie.

Le livre est consacré à Bertrand d'Etxauz, son maître et protecteur, alors archevêque de Tours.

Il utilise une rhétorique propre aux sermons, puisque Axular a été prédicateur avant d'être auteur. Son but est de changer le comportement humain, et pour cela il se sert d'une grande gamme de ressources rhétoriques, avec trois intentions fondamentales :

  • enseigner : il développe le sujet avec un style calme, tranquille, raisonné et avec de longues explications ;
  • être agréable : il exemplifie continuellement avec des références et des proverbes ;
  • toucher le lecteur : quand il veut accuser, il utilise un rythme léger, un style direct (la seconde personne, c'est-à-dire, le tutoiement), des propositions plus brèves et une intonation interrogative et exclamative ; en bref, les ressources du sermon ecclésiastique.

Critique de Luis Villasante[modifier | modifier le code]

Toutes les langues possèdent un auteur modèle dans leur littérature : Shakespeare pour l'anglais, Dante pour l'italien, Cervantès pour l'espagnol, etc. Selon plusieurs auteurs, Axular est le modèle pour le basque. Selon le critique et expert Luis Villasante[4], les caractéristiques qu'un auteur modèle doivent accomplir sont au nombre de cinq et, selon lui, Axular accomplirait toutes les cinq :

  • Antiquité : depuis trois siècles et demi, sans interruption, beaucoup d'auteurs ont fait l'éloge de l'œuvre d'Axular. Depuis le recul que donne le temps, des auteurs comme Joanes Etxeberri de Sara[5], Manuel Larramendi,[6], Pedro Antonio Añibarro[7], Intxauspe, le prince Louis-Lucien Bonaparte, Julio Urquijo, Resurreccion Maria Azkue, José Luis Ormaetxea, Piarres Lafitte, Manuel Lekuona, Ibon Sarasola et d'autres ont admiré le style d'Axular.
  • Originalité : les traductions ne sont pas originales évidemment, c'est la raison pour laquelle une œuvre littéraire doit être originale. Il est vrai que Gero est plein de citations d'auteurs classiques et qu'il est possible qu'il ait été influencé (par exemple, dans la thématique à caractère religieux et doctrinaire, mais non dans le sujet, la manière ni le style) par le Guide de pécheurs de frère Louis de Grenade, mais cela n'affaiblit pas son originalité ; bien au contraire, il confirme la formation culturelle de l'auteur, parce que l'auteur lui-même admet et accepte qu'au moment d'écrire son œuvre, il a eu plusieurs livres sur la table. En plus, son travail incommensurable effectué en basque et d'une grande qualité assure son originalité.
  • Contenu important : le sujet se trouve dans les enseignements chrétiens, parce que la vie est vue comme un chemin vers Dieu et par conséquent l'objectif du chrétien. Cette œuvre se centre sur les méfaits produits par l'errance et par le fait de laisser les tâches pour plus tard. En prenant des proverbes et des propos populaires pour assurer son imperturbabilité, il attaque, par le chemin de la Contre-reforme, la Réforme protestante.
  • Belles manières : du point de vue littéraire, il utilise les belles manières, agiles et flexibles. Il passe donc d'une idée à une autre avec rapidité, mais sans causer de confusion. Il écrit pour des gens de niveau moyen, avec des propositions enchaînées de manière équilibrée, gagnant ainsi l'attention du lecteur. La répétition des mots, sons et structures syntaxiques parallèles, avec les allitérations et les questions rhétoriques, allègent la possible lenteur du sujet.
  • Langue adéquate : l'utilisation de proverbes et l'accumulation de synonymes pour qu'il soit compréhensible par tout bascophone démontre que l'auteur connaissait non seulement celui du basque, mais aussi le monde basque. Les jeux de mots, proverbes, coups d'humeur, etc., ont sans aucun doute des traces basques. Axular est sans aucun doute un maître dans la prose rhétorique comme le démontre le traitement stylistique qui est fait du sujet.

Prénom[modifier | modifier le code]

Sa notoriété a rendu son nom populaire au Pays basque et son surnom a été repris comme prénom ces dernières années[8],[9].

Personnalités portant ce prénom[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c EIMA: Eskola-liburuetako onomastikaren, gertaera historikoen eta artelanen izenak. Zerrendak.
  2. Mythologie basque : Atarrabi. Atarrabi est un personnage important dans la mythologie basque. Il est un des fils de Mari, la déesse des Basques. On le connaît aussi sous le nom de Atarrabio, Ondarrabio, Atxular ou Axular. Avec son frère Mikelats, ils ont été à l'école du diable. Celui-ci devait en garder un pour l'avoir à son service. C'était le prix a payer pour cette éducation. Il existe plusieurs légendes à son sujet dont celle où Atarrabi se fait prêtre. Il a été curé de Sare (Lapurdi/Labourd), village où se trouvent des grottes très renommées, proches de celles de Zugarramurdi, où se déroulaient les akelarre qui ont déclenché le fameux procès des sorcières à Logroño en 1610 (Nafoarroa/Navarre). Il est le bon fils.
  3. Traduction au castillan par José Manuel López Gaseni, Historia de la literatura vasca, p. 36.
  4. Luis Villasante Kortabitarte (Guernica (Espagne), 1920 - Ognate, 2000), auteur et grammairien espagnol d'origine basque.
  5. Joanes Etxeberri de Sara (1668-1749) a été un médecin et un auteur basco-français en langue basque du Foralisme. Sa plus grande préoccupation a été l'analphabétisme des euskalduns (basques) ou bascophones et la défense de cette langue, l'euskera.
  6. Joxemiel Bidador, Euskaldunon Egunkaria, 1995-5-5, 1995-5-12, et 1995-5-19): "Lantxo honekin, bestela, Larramendi lehengo euskal folklorista bezala dagerkigu, Iztuetari aurre hartu ziolarik" Traduction : « Avec ce travail Larramendi nous apparaît comme le premier folkloriste, devançant Iztueta »
  7. Pedro Antonio Añibarro (Areatza, Biscaye, 5 décembre 1748 - Zarautz, 1830) auteur espagnol en basque et castillan et prêtre franciscain. Il a été ordonné en 1746 et en 1790 il a sollicité son transfert au couvent des Missionnaires de Zarautz.
  8. (eu+fr) Xarles Bidegain, Izendegia : Prénoms basques, Donostia; Baiona, Elkarlanean Argitaletxea, , 226 p. (ISBN 9782913156258 et 2913156258, OCLC 44746960), p. 35
  9. (eu) Gizonezkoen ponte-izenak [PDF] (Liste de prénoms basques masculins), base de données d'Onomastique de l'Académie de la langue basque ou Euskaltzaindia, avec la graphie académique actuelle ainsi qu'éventuellement l'équivalent du prénom français et espagnol. Recherches complémentaires en basque sur l'origine du prénom.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]