Autonomie et connaissance

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Autonomie et connaissance est un livre de Francisco Varela, biologiste et philosophe.

Il prend acte du fait que l'autopoièse, modèle d'analyse des systèmes vivants qu'il a mis au point avec son collègue Humberto Maturana, entre en conflit avec le modèle standard[Lequel ?].

L'ouvrage identifie deux points de vue duaux, qu'il nomme respectivement l'autonomie et la commande, et qu'il rattache à des traditions représentées respectivement par Norbert Wiener et par John von Neumann.

Le modèle de la commande est pour lui un point de vue extérieur sur des systèmes traités comme des boîtes noires, et interagissant avec leur milieu sur le modèle d'entrées-sorties. L'autonomie, quant à elle, ne présuppose pas un point de vue global unique, non plus qu'une définition pré-établie. Le système établit et maintient par lui-même les moyens de sa propre définition. Il interagit avec le milieu en subissant des perturbations qui le forcent à évoluer.

Autonomie signifie loi propre. Afin de bien comprendre ce concept, il est préférable de le comparer à l'allonomie ou loi externe […] C'est là bien sûr ce que nous appelons la commande.
[…] Le modèle qu'on donne couramment est le suivant : quelque chose entre dans un processus, quelque chose en ressort […] Le paradigme fondamental de nos interactions avec ce genre de systèmes est l'instruction, et les résultats insatisfaisants de nos interactions avec ces systèmes sont des erreurs.
[…] La théorie de la commande est intimement liée à une conception de l'information comme instruction et représentation.
Autonomie et connaissance, pp7-9.

Varela montre qu'à l'intérieur des systèmes vivants (de la cellule à l'individu), on peut identifier des sous-systèmes complexes auxquels le modèle s'applique tout aussi bien. Il prend deux exemples : le système nerveux et le système immunitaire.

C'est parce que le système immunitaire répond constamment à des stimuli en provenance de lui-même qu'il peut reconnaître le soi du non-soi. […] La distinction fondamentale qu'opère le système lymphoplasmocytaire n'est pas entre le soi et le non-soi ; elle se situe plutôt entre ce qui peut et ce qui ne peut pas interagir avec la structure immunitaire : c'est la distinction entre l'identité et le non-sens provenant du « bruit » immunologique.
Autonomie et connaissance, p.122
On a très souvent remarqué que les systèmes nerveux et immunitaire ont plusieurs caractéristiques en commun. Ces deux systèmes semblent s'être développés afin de doter l'organisme d'une capacité de reconnaissance, et ils lui permettent de répondre à des stimuli extrêmement variés. Tous deux traduisent leurs interactions en une dynamique interne de signaux.
Autonomie et connaissance, p.130
Par rapport à ce problème central, l'immunologie en est aujourd'hui là où en était la neurophysiologie il y a trente ans.
Autonomie et connaissance, p.134
L'organisme répond à une « image interne » de la molécule étrangère ; il répond à sa signification traduite dans le langage utilisé par le réseau.
Autonomie et connaissance, p.135

Cette philosophie entre en résonance avec des recherches de Sartre (dont la Critique de la raison dialectique est citée en introduction) : comment les groupes émergent à partir des collectifs, mais aussi avec des points de vue de physiciens quantiques (on pense au concept d'horizon de Cohen-Tannoudji, et à la revalorisation de l'observateur).

On peut également voir une communauté de pensée avec Ilya Prigogine, et ses études sur l'ordre loin de l'équilibre (La Nouvelle Alliance) ou encore avec Gilbert Simondon et sa théorie de l'individuation psychique et collective.

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