Autisme virtuel

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La théorie de l'autisme virtuel désigne une hypothèse non scientifique avec des éléments de pseudo-science, qui se base sur des obervations empiriques et non vérifiées pour postuler une conception originale des troubles du spectre de l'autisme (TSA). En effet, il est question d'inclure dans l'étiologie, la symptomatologie et l'épidémiologie de l'autisme, une sous-catégorie conceptualisée sous l'expression d'autisme virtuel, autisme secondaire ou autisme dû aux écrans. Cette découverte a été décrite par le psychologue roumain Marius Teodor Zamfir comme une nouvelle forme d'autisme, non génétique. Elle a été popularisée en France, notamment, par le collectif Surexposition Écrans (COSE), qui bénéficie d'une forte médiatisation depuis 2016, et a interpellé Brigitte Macron à ce sujet en novembre 2017[1].

La communauté scientifique réfute cette association, la littérature scientifique étant dépourvue de preuves d'association entre l'autisme et l'exposition aux écrans. Différents chercheurs soulignent la faiblesse des quelques études existantes à ce sujet, et l'instrumentalisation de la peur de l'autisme par différentes personnalités non-spécialistes du sujet, au détriment des parents d'enfants autistes et des personnes autistes elles-mêmes.

Origines : une corrélation entre autisme et pluviométrie aux Etats-Unis[modifier | modifier le code]

En octobre 2006, les économistes Michael Waldman, Sean Nicholson et Nodir Adilov ont publié une hypothèse selon laquelle une petite partie de la population serait susceptible de développer l'autisme à cause d'une biologie particulière, et suggère que le visionnage de la télévision pourrait constituer un facteur environnemental déclencheur[2].

Les auteurs ont employé l'enquête américaine de l'usage du temps afin d'analyser les données des états de Californie, de l'Oregon et de Washington, trois états connus pour leur fort taux de précipitations, entre les années 70 et 80, postulant un lien entre précipitations et temps passé à la maison à regarder la télévision. Ces auteurs découvrent qu'un fort taux de précipitations est lié à un fort taux d'autisme[3].

L'étude conclut à l'établissement d'un facteur déclencheur pour l'autisme, particulièrement chez l'enfant de moins de trois ans, lié au niveau de précipitations dans l'environnement de l'enfant. Il est également question d'un lien entre la hausse du taux d'autisme dans les états de Californie et de Pennsylvanie et le développement de la télévision par câble entre les années 1970 et 1980[4].

Rumeur lancée en 2016 au sujet d'un personnage de série pour enfants[modifier | modifier le code]

Le 20 octobre 2016, le site web Morning News USA, se basant sur des études menées en 2012 par l'université de Harvard, lance la rumeur[5] selon laquelle le visionnage de la série télévisée Peppa Pig provoquerait l'autisme chez les jeunes enfants, parce que le personnage inciterait les enfants à reproduire une attitude irrévérencieuse envers l'autorité. Le site NBC San Diego relève par la suite que l'étude aurait été inventée de toutes pièces[5]. En effet, aucune information n'est disponible sur l'identité du chef de recherche, Marc Wildenberg, et aucune donnée sur le personnage de Peppa Pig n'a été trouvée à l'université de Harvard[6]. Les parents sont mis en garde contre l'assimilation de l'autisme à l'émulation d'un comportement grossier ou à l'idée d'un enfant difficile ou mal élevé[6].

Conceptualisation en Roumanie[modifier | modifier le code]

En décembre 2013, le psychologue Marius Teodor Zamfir, coordinateur de la fondation Centrul Sfântul Mihail pour enfants avec autisme à Bucarest, publie un blog sur le site orthodoxe SACCSIV[7]. On y postule que le visionnage de la télévision pour les enfants de moins de trois ans produirait des symptômes tels que le retard de langage, les troubles oppositionnels, le TDAH et l'autisme. La causalité générale de l'autisme y est liée aux effets secondaires d'une vaccination excessive chez le jeune enfant ainsi qu'à un affaiblissement du système immunitaire.

À partir de novembre 2016, plusieurs interventions de Marius Zamfir sont relayées par la chaîne chrétienne Trinitas TV, dont une émission portant le titre Stop Autismul virtual ! ou Stop à l'autisme virtuel ![7].

Étude de Marius Zamfir[modifier | modifier le code]

En mars 2018, Marius Zamfir publie une étude sur ResearchGate, intitulée La consommation d'environnement virtuel plus que quatre heures par jour peut causer un syndrome similaire au trouble du spectre de l'autisme chez les enfants entre zéro et trois ans[8]. Il s'agit d'une recherche portant sur 110 enfants au sein des centres de soins pour l'autisme de Roumanie, réalisée de 2007 à 2017[8].

L'étude comporte un groupe contrôle composé d'enfants diagnostiqués avec un TSA, présentant une consommation d'environnement virtuel de moins de deux heures par jour, ainsi qu'un groupe écrans composé d'enfants diagnostiqués TSA, ayant révélé au cours de l'anamnèse une forte consommation d'environnement virtuel. Dans ces deux groupes, le diagnostic d'autisme a été confirmé à l'aide de l'ASRS, un test utilisé pour les enfants TSA en Roumanie, ainsi que le M-CHAT et le CARS[8].

Un troisième groupe appelé groupe des enfants intégrés a été constitué au cours de l'étude, composé d'enfants issus des deux précédents groupes ayant montré des facultés d'intégration améliorées en milieu scolaire, ainsi qu'une progression dans les évaluations du WISC IV ainsi que de l'ASRS[8].

L'étude s'accompagne de graphiques montrant la hausse de consommation d'environnement virtuel en Roumanie entre 2012 et 2017[8]. L'auteur attribue cette hausse à la baisse du prix des tablettes et des téléphones Android, et à l'introduction de la technologie 4G permettant un accès illimité à Internet depuis des endroits divers[8].

Le comportement des enfants soumis à un environnement virtuel important est lié à un développement plus faible des zones neuronales et à une inhibition des processus mentaux[8]. Les violents stimuli visuels et auditifs résulteraient en des agressions sur des cerveaux en plein développement[8]. La manipulation physique de l'environnement est considérée nécessaire à la formation des voies neuronales[8].

L'auteur réalise une comparaison avec les études publiées par Michael Rutter (professeur de psychologie infantile au Royaume-Uni) en 1999 et 2001 au sujet du phénomène de quasi-autisme ou semi-autisme observé dans les orphelinats roumains[8] (voir aussi hospitalisme). Il met en avant les similitudes symptômatologiques vérifiées dans le DSM IV, telles que l'intérêt pour un certain type de sensation, des maniérismes moteurs, ainsi que des intérêts étranges et obsessionnels[8]. Cependant, il souligne une différence, à savoir que les enfants ne recherchent pas d'eux-mêmes l'isolement, comme dans l'autisme classique[8]. À contrario, dans la forme d'autisme mentionnée, le comportement des enfants s'améliore lorsque ceux-ci sont placés dans un environnement favorable[8]. Cette comparaison lui permet de postuler l'existence d'une forme d'autisme alternative à l'action de facteurs génétiques, davantage influencée par des facteurs épigénétiques[8].

L'étude se conclut sur l'idée que la consommation excessive d'environnement virtuel, cumulée à des prédispositions génétiques, produit une structure neurocognitive typique aux enfants TSA, causée par la privation sensori-motrice et socio-affective, résultant en un « taux important d'autisme, à un niveau national et international »[8].

Réapparition en France[modifier | modifier le code]

En mars 2017, le docteur Anne-Lise Ducanda, pédiatre en PMI dans l'Essone (Viry-Châtillon), diffuse une vidéo en ligne sur le site de vidéos en streaming YouTube[9]. Elle déclare constater la présence, selon ses termes, exponentielle de troubles du spectre autistique chez les enfants de trois à quatre ans de son cabinet, évoquant des temps d'exposition aux écrans allant de six à douze heures par jour[9]. Elle mentionne également les enseignants lui demandant des consultations pour des enfants présentant des retards de développement, des troubles du comportement et des troubles du spectre autistique[9]. L'expression de troubles du spectre autistique est utilisée dans la littérature psychiatrique depuis Lorna Wing qui a contribué à l'idée d'un continuum, puis d'un spectre, afin de prendre en compte un ensemble plus varié de profils cliniques, avant d'être officialisé dans la classification psychiatrique DSM V sous le terme de troubles du spectre de l'autisme. Ce choix de mots semble souligner l'apparent paradoxe consistant à déclarer, comme l'indique le site du Collectif Surexpositions Ecrans, que bien qu'ils considèrent s'occuper d'enfants autistes vrais, il ne disent pas que les écrans sont à l'origine de l'autisme[10].

Observations du docteur Ducanda dans sa vidéo[modifier | modifier le code]

Le docteur Ducanda se réfère à des signes cliniques appartenant typiquement au diagnostic de TSA : écholalies, enfants « inhibés » qui ne bougent pas, qui jouent toujours avec le même jouet (voir intérêts restreints dans l'autisme), qui regardent fixement une lumière (voir troubles sensoriels dans l'autisme), ou qui battent l'air avec leurs mains (voir stéréotypies)[9]. Un retard des facultés de langage en milieu éducatif est également mentionné. Elle associe ces symptômes avec la triade autistique (voir DSM IV et Triade de Wing) employée pour diagnostiquer l'autisme[9].

Pour elle, le manque d'exploration induit par l'excès du temps passé devant les écrans provoque une altération de la formation normale des connexions neuronales[9]. Les sensations tactiles, visuelles et auditives dans un environnement physique s'opposent au stimulations visuelles ou auditives conçues comme des facteurs d'agression pour le cerveau des jeunes enfants en développement[9]. Elle évoque également des troubles du comportement, une intolérance à la frustration en particulier lors du retrait ou de l'arrêt des dispositifs technologiques, ainsi que des troubles de la relation conçus comme une incapacité à rentrer en contact avec l'environnement physique, humain et langagier[9]. C'est pourquoi elle conseille aux parents de limiter le temps passé par les enfants devant les écrans au profit d'activités relatives à l'imitation, comme le jeu de la ferme ou de la dînette[9].

Anne-Lise Ducanda affirme qu'elle avait l'habitude d'aiguiller les parents vers une consultation en hôpital ou en CMP, dans lequel un TSA était souvent diagnostiqué, mais qu'à présent, elle préconise aux parents de modifier leur usage des écrans, ainsi que celui de leur enfant[9]. Elle évoque une disparation des symptômes observés après une réduction drastique du temps passé devant les écrans[9]. L'augmentation de l'offre en matière de produits numériques[11] (programmes TV visant un public de très jeunes enfants ainsi que jeux éducatifs sur tablette) destinés aux tout-petits, ainsi que celle de la taille des écrans de télévision, aurait entraîné une mise à l'épreuve de la volonté parentale[12], face à laquelle elle en appelle aux pouvoirs publics. Les parents moins disponibles à cause du temps passé devant les écrans seraient involontairement les acteurs d'une diminution des moments d'interaction primordiaux pour les enfants entre zéro et trois ans[9]. Le docteur Ducanda en appelle également à une diversification des offres en matière d'aide éducative pour les parents : technicienne d'intégration sociale et familiale (TISF), dispositif de réussite éducative, aide éducative à domicile, et met en avant l'utilité des SESSAD. Il est également question d'augmenter le degré de sensibilisation des parents et l'idée d'une école des parents est formulée[9]. La vidéo se conclut par des données issues du centre pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) concernant l'augmentation de la prévalence du TSA aux États-Unis, que le docteur Ducanda met en parallèle avec l'apparition de la télévision qui aurait eu lieu en 1975[9].

Réception par la communauté médicale et scientifique[modifier | modifier le code]

Dans un article publié en mai 2017, le docteur Jean-Michel Pedespan, responsable de l’unité de neurologie pédiatrique du CHU de Bordeaux, rappelle la nécessité d'un processus de maturation des connexions cérébrales des jeunes enfants et soumet l'idée qu'une répétition précoce de stimuli visuels intenses pourrait susciter une invasion de certains circuits neuronaux initalement dévolus à d'autres fonctions, résultant en une réduction de l'espace cortical disponible[13]. Cette théorie se base sur l'observation d'une surabondance de synapses dans le cerveau des jeunes personnes TSA, ce qui entraîne l'idée d'un cerveau hyper-connecté[14], cependant, l'idée relative à une invasion de synapses qui seraient superflues ou à un manque d'espace dans une partie du cerveau ne semble pas validée scientifiquement. A contrario, il souligne que l'usage de Skype pour communiquer avec des proches éloignés permet de resserrer les liens relationnels. Au sujet de la durée du sevrage des écrans mise en avant par le docteur Ducanda et estimée par celle-ci à un mois avant le retour à la normale, sauf pour ceux qui présentent réellement un profil autistique selon elle, le docteur Pedespan déclare que rien ne permet de conclure à l'installation de troubles irréversibles[13].

En janvier 2018, le docteur Ducanda est l'invitée de la journaliste Élise Lucet dans un reportage intitulé Accro aux écrans, diffusé en prime-time pour l'émission Envoyé spécial sur la chaîne de télévision publique France 2[15]. Dans un article paru en février 2018, le docteur Patrick Pelloux, qui travaille avec l'association SOS Autisme afin de faire évoluer les conditions d'accueil des enfants autistes aux urgences, mentionne une « fake news », du « charlatanisme », et de « l'information spectacle » pouvant avoir des conséquences sur la Santé publique et la vie des familles[16]. Yehezkel Ben-Ari, chercheur en neurobiologie dont la carrière a été récompensée par le Grand Prix de l'INSERM et qui travaille sur la conception de traitements biologiques pour l'autisme en partenariat avec le docteur Éric Lemonnier dans le cadre de l'institut Neurochlore, s'exprime également dans cet article en disant que cette théorie est incompatible avec une compréhension profonde des mécanismes du système nerveux[16].

En février 2018, une tribune de professionnels du soin et de chercheurs en pédopsychatrie et en pédiatrie paraît dans le journal Le Monde et rappelle que l'addiction aux écrans n'est reconnue ni par l'Académie des sciences, ni par l'Académie nationale de médecine, ni par le DSM V, bien que l'OMS soit actuellement en pourparlers à ce sujet[17]. Ils évoquent la diffusion régulière d'émissions ayant pour sujet des enfants allant jusqu'à se lever la nuit pour utiliser le smartphone de leurs parents[18], et mettent en garde contre l'amalgame réalisé par des émissions telles que le reportage d'Envoyé spécial qui assimile les écrans numériques à une drogue. Ils se demandent dans ce contexte comment une telle alerte pourrait ne pas culpabiliser les parents. Il est également question du risque de confusion dans les discours tenus pour parler de symptômes relatifs à la surexposition aux écrans, puisqu'il est rappelé que de nombreux enfants avec TSA sont particulièrement attirés par les technologies vidéo et du numérique. Les symptômes évoqués seraient dans ce cas réellement confondus avec les symptômes de l'autisme.

La revue Science et pseudo-sciences, de janvier à mars 2018, traite de la vidéo du docteur Ducanda avec comme invité Franck Ramus, psycho-linguiste et spécialiste en sciences cognitives[19]. Franck Ramus mentionne une corrélation entre le développement intellectuel des enfants et le temps passé devant des écrans, mais rappelle que de nombreux facteurs entrent en jeu, à savoir le niveau d’éducation des parents, les revenus de la famille, les interactions parent-enfant, et s'interroge sur la pertinence de postuler un lien cause-effet[19]. Il statue que les observations subjectives d'un médecin n'ont pas valeur de faits validés et ne permettent pas d'aboutir à des conclusions concernant les données épidémiologiques et les mécanismes causaux[19]. En outre, il mentionne le constat portant sur des syndromes pseudo-autistiques réalisé dans des orphelinats roumains à la chute de Ceaucescu, et souligne que ces syndromes résultaient d'une situation de carence extrême[19]. En écartant l'hypothèse d'un tel niveau de maltraitance, il est selon lui exclu de parler d'autisme pour évoquer les troubles relevés par le docteur Ducanda[19].

En mars 2018, la Fédération Nationale des Orthophonistes (FNO) mobilise les chercheurs de l’ERU 43[20], groupe de travail créé dans la foulée du quatrième plan autisme en vue de promouvoir la recherche, l'innovation et l'enseignement universitaire, afin d’effectuer une étude de la littérature scientifique sur le sujet de l'exposition des enfants aux outils numériques[21]. Ce rapport désigne les membres du Collectif Surexpositions Ecrans[22] (dont fait partie le docteur Ducanda) comme introducteurs de la notion d'autisme virtuel, considéré comme un « faux autisme » ou « autisme secondaire » (consulter également [23] et [10]) lié à la surexpositon aux écrans. Il est rappelé qu'a contrario, le DSM 5 ne fait état d'aucune sous-catégorie dans les TSA et que la Haute Autorité de santé (HAS) préconise l'intervention coordonnée de spécialistes de santé de deuxième voire de troisième ligne, avec des critères précis de diagnostic. Dans ce contexte, un professionnel tel qu'un médecin en pédiatrie travaillant dans une structure de santé de première ligne n'est pas habilité à établir de diagnostic en matière d'autisme. En outre, cette expertise cite plusieurs études montrant une amélioration des apprentissages chez les enfants avec TSA au niveau du développement linguistique et des particularités motrices et sensorielles, attribuée à l'usage de la tablette numérique, reconnue comme pouvant favoriser l'acquisition de compétences au niveau de la cognition non verbale. Cependant, d'autres études montrent que les individus (enfants et jeunes adultes) avec TSA ont une plus grande vulnérabilité face à l'usage compulsif d'Internet et de vidéos, tendance attribuée à un déficit des fonctions exécutives. Le rapport conclut sur le caractère confusionnant et dangereux de la notion d'autisme virtuel.

Réactions de parents d'enfants autistes[modifier | modifier le code]

À la suite de l'émission Envoyé spécial de janvier 2018, deux mères d'enfants autistes ont porté plainte[24] au Conseil départemental de l'Ordre des médecins de l’Essonne contre le docteur Ducanda, pour faute déontologique. Elles dénoncent une culpabilisation des mères, de faux espoirs donnés aux familles, et l'injonction par des accompagnants ou des professionnels de santé de stopper l'exposition aux écrans, voire de retirer aux enfants l'usage des outils numériques. Ces deux mères insistent sur la nécessité d'une prise en charge rapide et d'un diagnostic sérieux, avec l'interventions d'accompagnants en milieu scolaire (auxilliaires de vie scolaire ou AVS) et s'inquiètent de l'idée d'un retrait des écrans comme remède à l'autisme. Dans l'émission du magazine Arrêt sur images de février 2018, le docteur Ducanda mettait en question l'emploi des dispositifs numériques comme instruments éducatifs, et évoquait également l'éventualité d'un surdiagnostic des enfants autistes, ainsi qu'un nombre d'AVS surestimé par rapport aux besoins réels[25].

Problématiques éducatives[modifier | modifier le code]

Thèses psychanalytiques et de rupture du lien affectif[modifier | modifier le code]

Daniel Marcelli, pédopsychiatre auteur de plusieurs livres traitant de l'éducation, a soutenu le docteur Ducanda dans son usage des termes autisme et symptômes d'allure autistique pour qualifier les enfants surexposés aux écrans[26]. Il se réfère pour cela à une distinction entre l'autisme typique (voir autisme infantile) et le reste des conditions sous la catégorie de troubles envahissants du développement (TED) dans le DSM IV. Pour lui, l'autisme doit se comprendre dans une problématique relationnelle[27], c'est pourquoi il compare l'enfant autiste à un sac de pommes de terre incapable de calquer son tonus sur celui du parent qui le porte. Il souligne cependant que l'autisme est comparable à un cancer, et qu'il existe des cancers tout à fait bénins, selon son expression, qu'il est possible d'opérer, mettant en avant la nécessité d'un diagnostic et d'une prise en charge précoce.

Pierre Delion, dans son ouvrage de 2014 L'Enfant difficile, mentionne les écrans comme un équivalent technologique de la relation parentale pathogène[28]. Les écrans deviennent un facteur de rupture dans le développement sensori-moteur de l'enfant, dans le développement affectif et relationnel précoce, car pour lui, la mère captée par l'écran ne peut mettre en place le dialogue narratif nécessaire à l'enfant.

Il a été question, d'après une interview parue dans le Journal International de Médecine, de la relation entre certains membres du collectif Surexpositions Ecrans et la Thérapie Andaloussia pour anéantir l'autisme[29], conçue par la thérapeute algérienne Rima « Andaloussia » Dodi Driouèche, qui conçoit l'autisme comme une maladie de la relation d'attachement maternelle dont la prévalence aurait brutalement augmenté à cause de l'accessibilité croissante des dispositifs vidéo et numériques, avec de nombreuses références à la psychanalyse[30].

Technoférence, asynchronie, transhumanisme[modifier | modifier le code]

Le docteur et chercheuse Linda Pagani, professeur en psychoéducation à l'Université de Montréal juge qu'en favorisant l'interaction avec les écrans, on commence à avantager certains types de comportements qui se rapprochent de l'autisme. Elle mentionne également le caractère asynchrone du mode de communication consistant à communiquer par messages texte interposé, sur un téléphone portable[31].

La chercheuse Françoise Morange-Majoux mentionne[32] l'importance de la synchronie dans le développement de l'enfant, permettant le développement de la marche, du langage, de la lecture, et évoque les mères qui promènent leur bébé en poussette en parlant en même temps au téléphone. Le bébé entend leur mère parler, mais elle ne s'adresse pas à eux.

Au sujet d'une étude publiée en mai 2017 dans la revue The Child Development, mesurant la quantité de troubles du comportement manifestée par des enfants de trois ans auprès de 170 familles dans lesquelles de nombreux parents déclaraient avoir un usage problématique des smartphones, avec de nombreuses technoférences quotidiennes, le pédopsychiatre Bruno Falissard mentionne un problème d'interaction parent-enfant lorsque les parents s'interrompent pour regarder souvent leur téléphone ou leur tablette[32].

Selon Cris Rowan, thérapeute occupationnelle en pédiatrie en Colombie Britannique, auteure d'une tribune[33] sur le Huffington Post en faveur de l'interdiction pour les moins de douze ans de tous dispositifs électroniques portables (téléphones, tablettes, jeux vidéo), le désir exprimé par les jeunes de vivre à l'intérieur d'un jeu vidéo, de devenir la télévision, ou d'être pourvus de Google Glass en permanence serait le signe d'une volonté de devenir transhumains, en raison de la difficulté d'établir des contacts avec le monde réel. Il est question de s'accomplir dans un monde dénué de toucher, de mouvement, de nature et d'attachement, pour des enfants dont la surexposition aux technologies du virtuel ne peut que résulter de négligences parentales[34].

Screen-time shaming[modifier | modifier le code]

Melissa Morgenlander, détentrice d'un PhD en études cognitives du Teachers College de Columbia University, et chercheuse spécialisée dans les usages de la télévision, des jeux vidéo et des technologies mobiles au service du développement intellectuel et social des enfants, se refuse à définir une période de temps-écran fixée par jour, ainsi qu'un âge en-dessous duquel leur usage serait déconseillé[35]. Elle dénonce ce qu'elle appelle le screen-time shaming, qui est un jugement porté de la part de certains parents sur d'autres parents ou leurs enfants. Pour elle, le rôle éducatif d'un parent relativement à l'exposition de son enfant aux écrans dépend d'abord du type de contenu et de la possibilité de partager une interaction sociale avec l'enfant dans le cadre d'un visionnage partagé ou co-viewing[35]. Elle prend l'exemple de son propre enfant autiste et indique que l'usage de technologies numériques permet de faciliter certaines démarches d'autonomisation par la mise en place de routines, comme le visionnage de l'application Google street view pour parcourir les rues avant de s'y rendre (voir aussi communication améliorée et alternative au sujet de l'usage d'outils technologiques pour améliorer les compétences de communication dans l'autisme)[35]. Dans ce contexte, il existe une différence entre la considération du temps passé devant les écrans aux Etats-Unis et en France, lorsqu'il est question d'un enfant autiste : là il est question d'employer les technologies comme moyen d'autonomisation, ici il est question d'adopter une démarche pédagogique afin de réguler l'accessibilité[35]. On notera tout de même que cette dernière vision est soutenue par l'Association américaine de pédiatrie à travers l'élaboration du Plan familial d'usage des médias.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « 4 membres du Collectif reçus à l’Elysée », Collectif Surexposition Ecrans, .
  2. Waldman, Nicholson et Adilov 2006, p. 1.
  3. Waldman, Nicholson et Adilov 2006, p. 3.
  4. Waldman, Nicholson et Adilov 2006, p. 2.
  5. a et b « Non, Peppa Pig ne provoque pas l'autisme », Fredzone,‎ (lire en ligne)
  6. a et b (en-US) « New “Harvard Study” Links This Popular Kids Activity to Autism! Here’s the Full Truth | World Of Moms », sur World Of Moms (consulté le 17 juin 2018)
  7. a et b « Autisme virtuel, chronologie d’une épidémie médiatique - Serge Tisseron », Serge Tisseron,‎ (lire en ligne).
  8. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o Zamfir 2018.
  9. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m et n Docteur Ducanda et Dr Terrasse PMI, « les écrans : un danger pour les enfants de 0 à 4 ans / Screens: danger for the 0 to 4 year olds », (consulté le 10 juin 2018).
  10. a et b « L'autisme virtuel - CoSE - Collectif surexposition écrans », CoSE - Collectif surexposition écrans,‎ (lire en ligne)
  11. « La surexposition aux écrans est un véritable fléau ! », L’ADN,‎ (lire en ligne)
  12. « Ecrans et autisme: un médecin de PMI lance l’alerte – Gynger », sur www.gynger.fr (consulté le 10 juin 2018).
  13. a et b « Surexposés aux écrans, les enfants semblent autistes ? - A la une - Destination Santé », Destination Santé,‎ (lire en ligne).
  14. « Autisme : un excès de synapses qui pourrait être réversible », Sciences et Avenir,‎ (lire en ligne)
  15. « VIDEO. Accros aux écrans », Franceinfo,‎ (lire en ligne).
  16. a et b « "En diffusant un documentaire associant autisme et écrans, les médias véhiculent une fake news" », Le Huffington Post,‎ (lire en ligne).
  17. Gill Sgambato, « La psychiatrie française en revue, etc.: Enfants face aux écrans, « ne cédons pas à la démagogie » », sur La psychiatrie française en revue, etc., (consulté le 10 juin 2018).
  18. Émissions telles que : RMC, « Les enfants qui s'en sortiront le mieux dans la vie sont ceux qui ont le moins accès aux écrans », sur RMC (consulté le 10 juin 2018).
  19. a, b, c, d et e « Enfants de moins de quatre ans, écrans et troubles du comportement - Afis - Association française pour l'information scientifique », sur www.pseudo-sciences.org (consulté le 10 juin 2018)
  20. http://lurco.unadreo.org/articles/getArticle/37
  21. http://www.fno.fr/wp-content/uploads/2018/03/expertise-lurco-pour-la-fno-tsa-et-outils-numriques-5-mars-2018-1.pdf
  22. http://www.surexpositionecrans.org/
  23. « Autisme Virtuel et Surexposition », CoSE - Collectif surexposition écrans,‎ (lire en ligne)
  24. « Ecrans : les parents d'enfants autistes demandent au Dr Ducanda de s'arrêter », L'Obs,‎ (lire en ligne).
  25. « Danger des écrans pour les tout-petits : "Jusqu'où caricaturer pour alerter ?" par La rédaction | Arrêt sur images », Magazine Arrêt sur images,‎ (lire en ligne).
  26. « Le soutien du Professeur Marcelli - CoSE - Collectif surexposition écrans », CoSE - Collectif surexposition écrans,‎ (lire en ligne).
  27. France 3 Poitou-Charentes, « Entretien avec le Professeur Daniel Marcelli », (consulté le 11 juin 2018).
  28. Jean-Marie Tremblay, « Pierre Delion, L'ENFANT DIFFICILE », sur classiques.uqac.ca, (consulté le 11 juin 2018).
  29. Aurélie Haroche, « Autisme virtuel : écran de fumée », Journal International de Médecine,‎ (lire en ligne). Voir la copie de l'article sur le site de Pro Aid Autisme : « Autisme virtuel : écran de fumée ( Aurélie Haroche, Journal International de Médecine) », sur proaidautisme.org, (consulté le 11 juin 2018).
  30. LA THERAPIE ANDALOUSSIA POUR ANEANTIR L'AUTISME, « LA MATERNITÉ : Enregistrement N°2 », (consulté le 11 juin 2018).
  31. ICI Radio-Canada Première - Radio-Canada.ca, « Les écrans, source de problèmes mentaux chez les enfants? | La sphère », La sphère | ICI Radio-Canada.ca Première,‎ (lire en ligne).
  32. a et b « Ecrans, la grande déconnexion parents-bébés », Le Monde Sciences et Médecine,‎ .
  33. (en-US) Cris Rowan, « 10 Reasons Why Handheld Devices Should Be Banned for Children Under the Age of 12 », sur Huffington Post, (consulté le 17 juin 2018)
  34. (en-US) « "Mommy, Pretend I'm Playing a Game on my iPad!" », sur Psychology Today (consulté le 17 juin 2018)
  35. a, b, c et d « Usages des écrans, autisme et théorie du screen-time shaming », Celluloid | Video | Education | Digital Humanities,‎ 21-23 mars 2018 (lire en ligne)

Bibliographie[modifier | modifier le code]