Audre Lorde

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Audre Lorde
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Audre Lorde, en 1980.

Nom de naissance Audrey Geraldine Lorde
Naissance
Harlem Drapeau des États-Unis États-Unis
Décès (à 58 ans)
Sainte-Croix, Îles Vierges Drapeau des États-Unis États-Unis
Nationalité Américaine
Profession
Formation
Hunter College High School (lycée)
Hunter College (université)
Conjoint
Edwin Rollins
Frances Clayton
Descendants
Elizabeth
Jonathan

Audre Geraldine Lorde (Harlem, 18 février 1934 - Sainte-Croix dans les Îles Vierges, 17 novembre 1992) est une écrivain et poétesse américaine Noire, activiste, féministe, lesbienne qui s'est battue contre le racisme. À travers son art et ses luttes, elle a mis en avant les subjectivités féminines Noires et lesbiennes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et adolescence[modifier | modifier le code]

Audrey Lorde est née à New York de parents originaires de Grenade, Frederick Byron Lorde et Linda Gertrude Belmar Lorde. Malvoyante, officiellement aveugle, elle est la dernière de trois filles. Elle grandit à Harlem pendant la Grande Dépression, écoutant sa mère lui parler des Caraïbes. Elle n'apprend à parler que très tard, à l'âge de quatre ans. Cette incapacité à apprivoiser le langage, dans ses premières années, explique l'importance qu'elle a conférée à la langue et à sa réappropriation par les minorités (notamment à travers la poésie) par la suite. Toutefois, sa mère lui apprend à lire et à écrire assez tôt et Lorde écrit son premier poème à la fin du collège (vers l'âge de treize ans). C'est à ce moment qu'elle choisit de retirer le "y" de son prénom, Audrey, pour devenir Audre, ce qui constitue une étape cruciale dans la réappropriation de sa propre identité.

A partir de 1947, elle poursuit ses études au Hunter College High School (en), un lycée d'élite où la majorité des étudiants sont Blancs et viennent des classes moyennes. C'est là qu'elle découvre la poésie, admirant John Keats, Lord Byron, T. S. Eliot ou encore Elinor Wylie , Edna St. Vincent Millay et Helene Magaret. Elle tente d'imiter l'intensité et la complexité de ces textes. Par ailleurs, elle rejoint les "Branded", une bande de filles Blanches, éprises de poésie et avides de liberté, dont fait notamment partie la poétesse Diane di Prima. Ensemble, elles séchent les cours, pratiquent l'Occultisme, s'initient au mysticime, écrivent et se lisent leurs productions poétiques les unes aux autres. Pourtant, même si ces jeunes filles viennent des classes sociales inférieures, immigrées pour beaucoup, et ont elles aussi été reçues au Hunter College High School en raison de leurs bons résultats, Lorde se sent différente au milieu d'elles, contrainte de mettre son identité Noire de côté. Or, elle subit un racisme quotidien: elle est notamment marquée par un voyage en famille à Washington D.C. à l'occasion de la fête nationale. Au cours de leur périple touristique dans la ville, la famille décide de s'offrir des glaces. Mais tous les restaurants pratiquent la ségrégation raciale et la serveuse Blanche refusent de servir des Noirs. La famille Lorde quitte le magasin, stoïque, mais Audre n'oubliera jamais cette humiliation. Aussi on ne s'étonnera guère que son amitié la plus forte durant cette période se noue avec une jeune danseuse Noire, étudiante au Hunter College High School, Genevieve Johnson, ou Gennie, qui devient son alter-ego et son premier amour (platonique). Comme Lorde le raconte dans sa "mythobiographie", Zami: A New Spelling of My Name[1], à peine âgée de seize ans, Gennie se suicide en avalant de la mort aux rats, sans laisser aucune explication à ce geste définitif[2]. Lorde est traumatisée par ce suicide et en porte la culpabilité[3]. Elle quitte sa famille peu après.

L'indépendance[modifier | modifier le code]

En rupture avec sa famille, Audre Lorde s'installe seule dans un appartement à Brighton Beach et travaille la nuit au Bellevue Hospital à Manhattan, assistant les infirmières. A l'époque, alors que son journal intime révèle déjà de fortes attirances pour des femmes[4], elle sort avec un jeune étudiant Blanc, Gerry Levine. Elle fait des études de littérature à l'université de Hunter College (en). C'est une période de grande isolation et de solitude. Enceinte de Levine, elle réchappe d'un avortement clandestin risqué, qu'elle parvient à obtenir en février 1952, à la veille de son dix-huitième anniversaire[5]. Fin 1952, elle arrête ses études et déménage à Stamford (Connecticut) pour travailler. Après avoir été renvoyée au bout de trois semaines d'un job dans une usine de rubans parce que le syndicat refuse d'intégrer des Afro-américains, elle trouve un emploi dur et peu rémunéré chez Keystone Electronics, où travaillent majoritairement des femmes Noires et portoricaines. Elle y rencontre Virginia "Ginger" Thurman, Noire elle aussi, qui est sa première amante. Elle commence à se dire "gay". Elle milite avec le collectif "Free the Rosenbergs".

Avec l'argent économisé, Lorde finance son voyage au Mexique en 1954. Là, elle passe une année déterminante, étudiant à l'Université nationale autonome du Mexique. Elle s'installe dans la banlieue de Mexico, à Cuernavaca, une petite ville où vit une communauté bohème, paradis pour les réfugiés politiques du Maccarthysme. Là, elle tombe amoureuse d'une journaliste lesbienne Blanche d'une cinquantaine d'années, Eudora Garrett. C'est une période d'affirmation et de renaissance, où elle consolide sa recherche identitaire aux niveaux personnel et artistique, s'affirmant comme lesbienne et poétesse.

De retour à New York, elle publie la nouvelle "La Llorona" dans la revue Venture sous le pseudonyme de Rey Domini. continue à exercer des petits boulots (notamment secrétaire médicale et bibliothécaire), tout en étudiant les sciences des bibliothèques au Hunter College. Lorde fréquente assidûment la communauté lesbienne qui se réunit dans plusieurs bars à East et West Village, un milieu d'outsiders majoritairement Blanches. Même si les quelques lesbiennes Noires sont acceptées et entretiennent souvent des relations interraciales, même si toutes partagent une même expérience de l'oppression en tant que femmes homosexuelles, Lorde n'en souffre pas moins du tabou qui entoure la question de la race dans cette communauté. A cette période, elle poursuit son travail d'écriture, tout en partageant sa vie avec Marion Masone, une jeune femme Blanche qui souffre de schizophrénie, dont elle se sépare après deux ans de vie commune[6]. Après avoir obtenu son Bachelor's degree en 1959, Lorde poursuit ses études à l'Université Columbia, décrochant une maîtrise en sciences des bibliothèques en 1961. Elle travaille alors comme bibliothécaire à la bibliothèque municipale de Mount Vernon.

Écrire et lutter[modifier | modifier le code]

À partir des années 1960, Lorde est régulièrement publiée, que ce soit dans des magazines littéraires noirs, des anthologies de poésie ou dans une anthologie de poésie Noire, éditée par Langston Hughes, New Negro Poets, USA (1962)[7]. Mais c'est la maison d'édition de Diane di Prima, Poet's Press, qui publie le premier recueil de poèmes de Lorde: The First Cities (1968). Dans l'introduction de l'ouvrage, Di Prima rend hommage à leur longue amitié et remercie Lorde de l'avoir aidée à accoucher de son dernier enfant.

En 1962, Lorde contracte un mariage très peu conventionnel avec le juriste, Edwin Rollins, un homme homosexuel blanc. Cette union, qui ne les empêche pas de poursuivre leur vie amoureuse chacun de leur côté, leur permet de donner naissance à deux enfants, Elizabeth et Jonathan, avant de divorcer en 1970. En 1966, Lorde est promue bibliothécaire en chef à la Bibliothèque de Town School à New York, où elle demeure jusqu'en 1968. La même année, elle est invitée en résidence à l'université de Tougaloo dans le Mississippi, financée par une bourse du National Endowment for the Arts. Lorde y rencontre Frances Clayton, une professeure de psychologie, qui devient sa compagne et avec laquelle elle vivra plusieurs années à Staten Island, élevant ensemble les enfants de Lorde, jusqu'en 1989.

Berlin[modifier | modifier le code]

Entre 1984 et 1992, passe beaucoup de temps à Berlin. En 1984, elle est professeure invitée au John F. Kennedy-Institute for North American Studies de la Freie Universität de Berlin. En effet, à l'époque, Lorde commence à gagner une forte reconnaissance en Europe, notamment en Allemagne.

Les dernières années[modifier | modifier le code]

Durant quatorze ans, Lorde s'est battue contre le cancer du sein, diagnostiqué en 1978, et qui la contraindra à subir une mastectomie. Mais six ans plus tard, elle est atteinte du cancer du foie.

Elle devient alors d'autant plus active, publiant The Cancer Journals (1981). Elle fait l'objet du documentaire A Litany for Survival: The Life and Work of Audre Lorde, qui la montre en tant qu'auteure, poète, activiste, féministe et lesbienne. jusqu'au décès de Lorde d'un cancer. Lorde est morte le 17 novembre 1992 à Saint Croix, où elle vivait avec sa compagne Gloria I. Joseph.

Selon ses propres mots, elle était une « poétesse, guerrière, mère, lesbienne, noire ». Avant sa mort, au cours d'une cérémonie de baptême africaine, Lorde prend le nom de Gamba Adisa, qui veut dire « Guerrière : Celle qui se fait comprendre ».



Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Traduction : Zami : une nouvelle façon d'écrire mon nom, Québec, Mamamélis, 2001.</
  2. Alexis de Veaux, Warrior Poet. A Biography of Audre Lorde, New York, Norton & Company, pp. 28-30.
  3. Journal intime non publié, 16 mars 1951. Cité par Alexis de Veaux, Warrior Poet. A Biography of Audre Lorde,op. cit., p. 30
  4. Alexis de Veaux, Warrior Poet. A Biography of Audre Lorde,op. cit., p.31.
  5. Audre Lorde, Zami: A New Spelling of My Name, Watertown, Mass., Persephone Press, 1983, pp.107-115.
  6. Alexis de Veaux, Warrior Poet. A Biography of Audre Lorde, New York, Norton & Company, p. 58.
  7. Langston Hugues (dir.), New Negro Poets, USA, [1964], Indiana University Press, Bloomington & London Eighth Printing, 1970

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Poésie[modifier | modifier le code]

  • The First Cities (1968)
  • Cables to Rage (1970)
  • From a Land Where Other People Live (1973)
  • New York Head Shop and Museum (1974)
  • Coal (1976)
  • Between Our Selves (1976)
  • The Black Unicorn (1978)
  • Undersong: Chosen Poems Old and New (1982)
  • Our Dead Behind Us (1986)
  • Need: A Chorale for Black Woman Voices (1990)
  • The Marvelous Arithmetics of Distance (1993)

Prose[modifier | modifier le code]

  • Uses of the Erotic: The Erotic as Power (1978)
  • The Cancer Journals (1980). Traduction : Journal du cancer suivi de Un souffle de lumière, Québec, Mamamélis/Trois, 1998.
  • Zami: A New Spelling of My Name, Mythobiography (1983). Traduction : Zami : une nouvelle façon d'écrire mon nom, Québec, Mamamélis, 2001.
  • Sister Outsider: Essays and Speeches (1984). Traduction : Sister Outsider, essais et propos d'Audre Lorde, Mamamélis, 2003.
  • I Am Your Sister: Black Women Organizing Across Sexualities (1985)
  • A Burst of Light: Essays (1988)

Biographies[modifier | modifier le code]

  • Alexis De Veaux, Warrior Poet: A Biography of Audre Lorde, New York, W.W. Norton, 2004.
  • Joan Wylie Hall, Conversations With Audre Lorde, University Press of Mississippi, 2004.

Prix et distinctions[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

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