Audre Lorde

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Audre Lorde
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Audre Lorde, en 1980.
Nom de naissance Audrey Geraldine Lorde
Naissance
Harlem Drapeau des États-Unis États-Unis
Décès (à 58 ans)
Sainte-Croix, Îles Vierges Drapeau des États-Unis États-Unis
Nationalité Américaine
Profession
Formation
Hunter College High School (lycée)
Hunter College (université)
Conjoint
Edwin Rollins
Frances Clayton
Descendants
Elizabeth
Jonathan

Audre Geraldine Lorde (Harlem, - Sainte-Croix dans les Îles Vierges, ) est une femme de lettres et poétesse américaine noire, militante féministe, lesbienne, engagée contre le racisme. En tant que poétesse, elle est connue pour sa maîtrise technique et son expression émotionnelle, ainsi que pour ses poèmes exprimant la colère et l'outrage envers les injustices civiles et sociales qu'elle observe tout au long de sa vie. Ses poèmes et sa prose sont centrés sur les questions des droits civiques, le féminisme et l'exploration de l'identité féminine noire. C'est une militante du féminisme intersectionnel.

Audre Lorde, Meridel Lesueur, Adrienne Rich 1980.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et adolescence[modifier | modifier le code]

Audrey Lorde est née à New York de parents originaires de Grenade, Frederick Byron Lorde et Linda Gertrude Belmar Lorde. Malvoyante, officiellement aveugle, elle est la dernière de trois filles. Elle grandit à Harlem pendant la Grande Dépression, écoutant sa mère lui parler des Caraïbes. Elle n'apprend à parler que très tard, à l'âge de quatre ans. Cette incapacité à apprivoiser le langage, dans ses premières années, explique l'importance qu'elle a conférée à la langue et à sa réappropriation par les minorités (notamment à travers la poésie) par la suite. Toutefois, sa mère lui apprend à lire et à écrire assez tôt et Audre Lorde écrit son premier poème à la fin du collège (vers l'âge de treize ans). C'est à ce moment qu'elle choisit de retirer le « y » de son prénom, Audrey, pour devenir Audre, ce qui constitue une étape importante dans la réappropriation de son identité.

À partir de 1947, elle poursuit ses études au Hunter College High School (en), un lycée d'élite où la majorité des étudiants sont blancs et issus des classes moyennes. C'est là qu'elle découvre la poésie, admirant John Keats, Lord Byron, T. S. Eliot ou encore Elinor Wylie, Edna St. Vincent Millay et Helene Magaret. Elle tente d'imiter l'intensité et la complexité de ces textes. Par ailleurs, elle rejoint les « Branded », une bande de filles blanches, éprises de poésie et avides de liberté, dont fait notamment partie la poétesse Diane di Prima. Ensemble, elles sèchent les cours, pratiquent l'occultisme, s'initient au mysticisme, écrivent et se lisent mutuellement leurs productions poétiques. Pourtant, même si ces jeunes filles viennent des classes sociales modestes, immigrées pour beaucoup, et ont elles aussi été reçues au Hunter College High School en raison de leurs bons résultats, Lorde se sent différente au milieu d'elles, contrainte de mettre son identité noire de côté. Or, elle subit un racisme quotidien : elle est notamment marquée par un voyage en famille à Washington D.C. à l'occasion de la fête nationale. Au cours de son périple touristique dans la ville, la famille décide de s'offrir des glaces. Mais tous les restaurants pratiquent la ségrégation raciale et la serveuse blanche refuse de servir des Noirs. La famille Lorde quitte le magasin, stoïque, mais Audre Lorde n'oubliera jamais cette humiliation. Aussi on ne s'étonnera guère que son amitié la plus forte durant cette période se noue avec une jeune danseuse noire, étudiante au Hunter College High School, Genevieve Johnson, ou Gennie, qui devient son alter ego et son premier amour (platonique). Comme Audre Lorde le raconte dans sa « mythobiographie », Zami: A New Spelling of My Name[1], à peine âgée de seize ans, Gennie se suicide en avalant de la mort aux rats, sans laisser d'explication à ce geste radical[2]. Audre Lorde est traumatisée par ce suicide et en porte la culpabilité[3]. Elle quitte sa famille peu après.

L'indépendance[modifier | modifier le code]

En rupture avec sa famille, Audre Lorde s'installe seule dans un appartement à Brighton Beach et travaille comme aide-soignante la nuit au Bellevue Hospital à Manhattan. À l'époque, alors que son journal intime révèle déjà de fortes attirances pour des femmes[4], elle sort avec un jeune étudiant blanc, Gerry Levine. Elle fait des études de littérature à l'université de Hunter College. C'est une période de grand isolement et de solitude. Enceinte de Levine, elle réchappe d'un avortement clandestin risqué, qu'elle parvient à obtenir en février 1952, à la veille de son dix-huitième anniversaire[5]. Fin 1952, elle arrête ses études et déménage à Stamford (Connecticut) pour travailler. Après avoir été renvoyée au bout de trois semaines d'un job dans une usine de rubans parce que le syndicat refuse d'intégrer des Afro-Américains, elle trouve un emploi dur et peu rémunéré chez Keystone Electronics, où travaillent majoritairement des femmes noires et portoricaines. Elle y rencontre Virginia « Ginger » Thurman, noire elle aussi, qui est sa première amante. Elle commence à se dire « gay ». Elle milite avec le collectif « Free the Rosenbergs ».

Avec l'argent économisé, Audre Lorde finance son voyage au Mexique en 1954. Là, elle passe une année déterminante, étudiant à l'université nationale autonome du Mexique. Elle s'installe dans la banlieue de Mexico, à Cuernavaca, une petite ville où vit une communauté bohème, paradis des réfugiés politiques du maccarthysme. Là, elle tombe amoureuse d'une journaliste lesbienne blanche d'une cinquantaine d'années, Eudora Garrett. C'est une période d'affirmation et de renaissance : elle consolide sa recherche identitaire aux niveaux personnel et artistique, s'affirmant comme lesbienne et poétesse.

De retour à New York, elle publie la nouvelle "La Llorona" dans la revue Venture sous le pseudonyme de Rey Domini. Elle continue à exercer de petits boulots (notamment secrétaire médicale et bibliothécaire) tout en étudiant pour devenir bibliothécaire au Hunter College. Audre Lorde fréquente assidûment la communauté lesbienne qui se réunit dans plusieurs bars de l'East Village et du West Village, un milieu d'outsiders majoritairement blanches. Même si les quelques lesbiennes noires sont acceptées et entretiennent souvent des relations interraciales, et si toutes partagent une même expérience de l'oppression en tant qu'homosexuelles, Audre Lorde n'en souffre pas moins du tabou qui entoure la question de la "race" dans cette communauté. À cette période, elle poursuit son travail d'écriture, tout en partageant sa vie avec Marion Masone, une jeune Blanche souffrant de schizophrénie, dont elle se sépare après deux ans de vie commune[6]. Après avoir obtenu son Bachelor's degree en 1959, Lorde poursuit ses études à l'université Columbia, décrochant son diplôme supérieur de bibliothécaire en 1961. Elle travaille alors comme bibliothécaire à la bibliothèque municipale de Mount Vernon.

Écrire et lutter[modifier | modifier le code]

À partir des années 1960, Audre Lorde publie régulièrement, que ce soit dans des magazines littéraires noirs, des anthologies de poésie ou dans une anthologie de poésie noire éditée par Langston Hughes, New Negro Poets, USA (1962)[7]. Mais c'est la maison d'édition de Diane di Prima, Poet's Press, qui publie le premier recueil de poèmes : The First Cities (1968). Dans l'introduction de l'ouvrage, Di Prima rend hommage à leur longue amitié et remercie Audre Lorde de l'avoir aidée à accoucher de son dernier enfant.

En 1962, Audre Lorde contracte un mariage très peu conventionnel avec le juriste Edwin Rollins, homosexuel blanc. De cette union, qui ne les empêche pas de poursuivre leur vie amoureuse chacun de leur côté, naîtront deux enfants, Elizabeth et Jonathan. Ils divorceront en 1970. En 1966, Audre Lorde est promue bibliothécaire en chef à la bibliothèque de Town School à New York, où elle demeure jusqu'en 1968. La même année, elle est invitée en résidence à l'université de Tougaloo dans le Mississippi, financée par une bourse du National Endowment for the Arts. Audre Lorde y rencontre Frances Clayton, professeure de psychologie, qui devient sa compagne et avec laquelle elle vivra plusieurs années à Staten Island, où elles élèvent ensemble les enfants de Audre Lorde jusqu'en 1989.

Berlin[modifier | modifier le code]

Entre 1984 et 1992, elle passe beaucoup de temps à Berlin. En 1984, elle est professeure invitée au John F. Kennedy-Institute for North American Studies de la Freie Universität de Berlin. En effet, à l'époque, Audre Lorde est de plus en plus reconnue en Europe, notamment en Allemagne.

À partir d'images d'archives, Dagmar Schultz réalise en 2012, Audre Lorde: The Berlin Years 1984 to 1992. Ce documentaire suit Audre Lordre lors des conférences et interventions en Allemagne, auprès de la diaspora noire. Il montre le rôle de mentor qu'a joué Audre Lordre dans le développement de la lutte antiraciste et du mouvement afro-allemand avant et après la réunification allemande[8].

Les dernières années[modifier | modifier le code]

Durant quatorze ans, Lorde se bat contre un cancer du sein qui, diagnostiqué en 1978, la contraindra à subir une mastectomie. Mais six ans plus tard, elle déclare un cancer du foie. Elle devient alors d'autant plus active, avec notamment The Cancer Journals (1981). Un documentaire, A Litany for Survival: The Life and Work of Audre Lorde, fait son portrait d''autrice, poète, activiste, féministe et lesbienne jusqu'à son décès, dû au cancer, le à Saint-Croix (Îles Vierges des États-Unis), où elle vivait avec sa compagne Gloria I. Joseph.

Elle-même se définissait comme « poétesse, guerrière, mère, lesbienne, noire ». Au cours d'une cérémonie de baptême africain, elle avait d'ailleurs pris le nom de Gamba Adisa, qui veut dire « Guerrière celle qui se fait comprendre ».

Intersectionnalité[modifier | modifier le code]

Elle publie un 1984, Sister Outsider, un recueil de textes et d'essais sur les Black Power, mais également l’hétérosexisme, les femmes Noires. Elle revendique le N majuscule pour désigner les femmes Noires.

Audre Lorde rappelle que les discriminations que subissent les femmes Noires sont de trois types: couleur de peau, genre et classe. Ces oppressions se combinent les unes avec les autres. Cette combinaison d’oppressions s'observe chez les femmes Noires cantonnées majoritairement dans des travaux de service et de soin à la personne. Elles travaillent pour faire des ménages ou s’occuper des enfants d’une famille blanche plus aisée. Ces emplois précaires nécessitent de longs trajets et des horaires nocturnes ou matinaux. Elles sont plus souvent exposées à des violences sexuelles.

Pour Audre Lorde, les conditions spécifiques des femmes Noires sont minorisées voir invisibilisées par les féministes blanches radicales comme Mary Daly qui affirme que toutes les femmes subissent la même oppression parce qu’elles sont femmes[9].

Publications[modifier | modifier le code]

Poésie[modifier | modifier le code]

  • The First Cities (1968)
  • Cables to Rage (1970)
  • From a Land Where Other People Live (1973)
  • New York Head Shop and Museum (1974)
  • Coal (1976)
  • Between Our Selves (1976)
  • The Black Unicorn (1978)
  • Undersong: Chosen Poems Old and New (1982)
  • Our Dead Behind Us (1986)
  • Need: A Chorale for Black Woman Voices (1990)
  • The Marvelous Arithmetics of Distance (1993)

Prose[modifier | modifier le code]

  • Uses of the Erotic: The Erotic as Power (1978)
  • The Cancer Journals (1980). Traduction : Journal du cancer suivi de Un souffle de lumière, Québec, Mamamélis/Trois, 1998.
  • Zami: A New Spelling of My Name, Mythobiography (1983). Traduction : Zami : une nouvelle façon d'écrire mon nom, Québec, Mamamélis, 2001.
  • Sister Outsider: Essays and Speeches (1984). Traduction : Sister Outsider, essais et propos d'Audre Lorde, Mamamélis, 2003.
  • I Am Your Sister: Black Women Organizing Across Sexualities (1985)
  • A Burst of Light: Essays (1988)

Biographies[modifier | modifier le code]

  • Alexis De Veaux, Warrior Poet: A Biography of Audre Lorde, New York, W.W. Norton, 2004.
  • Joan Wylie Hall, Conversations With Audre Lorde, University Press of Mississippi, 2004.

Documentaires[modifier | modifier le code]

  • Jennifer Abod, The Edge of Each Other’s Battles: The Vision of Audre Lorde, 2002
  • Ada Gray Griffin et Michelle Parkerson, A Litany for Survival: The Life and Work of Audre Lorde, 1995
  • Dagmar Schultz, Audre Lorde: The Berlin Years 1984 to 1992, 79 minutes, 2012

Prix et distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Traduction : Zami : une nouvelle façon d'écrire mon nom, Québec, Mamamélis, 2001.</
  2. Alexis de Veaux, Warrior Poet. A Biography of Audre Lorde, New York, Norton & Company, p. 28-30.
  3. Journal intime non publié, 16 mars 1951. Cité par Alexis de Veaux, Warrior Poet. A Biography of Audre Lorde,op. cit., p. 30
  4. Alexis de Veaux, Warrior Poet. A Biography of Audre Lorde,op. cit., p. 31.
  5. Audre Lorde, Zami: A New Spelling of My Name, Watertown, Mass., Persephone Press, 1983, p. 107-115.
  6. Alexis de Veaux, Warrior Poet. A Biography of Audre Lorde, New York, Norton & Company, p. 58.
  7. Langston Hugues (dir.), New Negro Poets, USA, [1964], Indiana University Press, Bloomington & London Eighth Printing, 1970
  8. (en) Patricia-Pia Célérier, « Audre Lorde: The Berlin Years 1984 to 1992 by Dagmar Schultz (review) », African Studies Review, vol. 57, no 1,‎ , p. 237–238 (ISSN 1555-2462, lire en ligne, consulté le 12 juillet 2019)
  9. Hourya Bentouhami, « BALLAST | Audre Lorde : le savoir des opprimées », sur BALLAST, (consulté le 1er juillet 2019)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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