Attentats de 1986 en France

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Attentats de 1986 en France
Image illustrative de l’article Attentats de 1986 en France
Les Galeries Lafayette Haussmann (ici lors des fêtes de Noël 2006) ont été une des cibles de ces attentats

Localisation Paris, La Défense, Drapeau de la France France
Cible Civils
Date entre décembre 1985 et septembre 1986
Type Attentats à la bombe
Armes Engin explosif improvisé
Morts 14
Blessés 303
Auteurs Fouad Ali Saleh
Organisations InfoboxHez.PNG Hezbollah
Mouvance Terrorisme islamiste

Les attentats de 1986 en France sont une série d’attaques terroristes qui se sont déroulées entre décembre 1985 et septembre 1986 en France.

Contexte[modifier | modifier le code]

La France refuse d’entériner leur domination de fait du Hezbollah sur une partie du Liban, et cherche à jouer des rivalités Hezbollah, OLP, Fatah et Palestiniens prosyriens plus Druzes pour bloquer la progression du Hezbollah. L’opposition du Hezbollah à la France va se manifester par plusieurs attentats et prise d’otage, bien qu’il soit difficile d’affirmer qu’il ait existé une stratégie ordonnée[1].

Chronologie[modifier | modifier le code]

1984 : structuration du réseau[modifier | modifier le code]

Fouad Ali Saleh, né à Paris, de nationalité tunisienne, est expulsé d’Iran[réf. nécessaire] en 1984 et arrive à Paris. Il rencontre Mohamed Mehdi, "combattant" du Hezbollah libanais, et plusieurs de ses amis. Ce sont eux qui déposeront les explosifs. Á côté de ce groupe, plusieurs individus auront un rôle de soutien logistique[2],[3].

Décembre 1985 : deux bombes[modifier | modifier le code]

Les premiers attentats sont dans les grands magasins de Paris, peu avant les fêtes de fin d’année. L’enquête, dirigée par le juge Alain Marsaud, s’oriente vers le groupe Abou Nidal ou vers un déséquilibré[4].

Février et mars 1986[modifier | modifier le code]

Quatre bombes sont posées à Paris en février 1986 et trois en mars. Ils sont revendiqués par le « Comité de solidarité avec les prisonniers politiques arabes et du Proche-Orient ». Les attentats sont commis avec des moyens artisanaux et sur la base d'un explosif, le C-4, mélange d'octogène et d'hexogène[5].

Plusieurs pistes sont envisagées : milieux chiites iraniens, tunisiens et libanais en France, ainsi que le Koweït peuplé de très nombreux Chiites iraniens. Une série d’interpellations est ordonnée le 14 mars. Elle vise de nombreuses personnes appartenant au foyer Ahl El Beit, foyer qui sert de lieu de rendez-vous à l'intégrisme chiite. Mais aucune charge ne peut être retenue contre les personnes interpellées qui seront libérées et expulsées. Le gouvernement, estime qu’il s'agit d’un message du Djihad essentiellement lié à la libération des membres de son organisation emprisonnés au Koweït, et dont on vient d’annoncer la condamnation à mort, ainsi qu'une pression supplémentaire sur la France pour qu’elle libère Anis Naccache, puisque le marchandage des otages au Liban ne semble pas suffisant[5].

Après les élections législatives du 16 mars, la droite revient au Gouvernement et négocie avec l’Iran sans que cela ne stoppe les attentats. Le clan de Georges Ibrahim Abdallah est alors une nouvelle piste, il est mis sous surveillance par les syriens[6].

Septembre 1986[modifier | modifier le code]

Les attentats de septembre 1986, dont celui rue de Rennes, sont les plus meurtriers et prennent de court le gouvernement. On suppose très rapidement qu’il a fallu des soutiens étatiques importants pour cette campagne d’attentats et toutes les pistes redeviennent ouvertes[7].

Le réseau n’ayant plus d’explosifs, Fouad Saleh est obligé de partir à Beyrouth pour rendre compte de leurs actions et pour en recommander[8].

Mars 1987 : arrestation du groupe Ali Fouad Saleh[modifier | modifier le code]

Lofti Ben Khala, interpellé en février 1986, se propose d’être un informateur. Il désigne aux services de polices un groupe d’individus qui avait un appartement dans le 12e arrondissement. La Direction de la Surveillance du territoire pose des écoutes téléphoniques et des micros et le , apprend que les membres du réseau vont déplacer les explosifs stockés dans l'appartement. Les poseurs de bombes sont arrêtés[9].

Affaire Gordji[modifier | modifier le code]

Le juge Gilles Boulouque souhaite entendre Wahid Gordji, l’interlocuteur iranien du gouvernement français dans l’affaire des otages, qui serait lié aux attentats. En juin 1987, Charles Pasqua et Robert Pandraud décident de mettre sous surveillance l’ambassade d'Iran en France. Le 14 juillet, le Premier secrétaire de l’ambassade française est arrêté par les Iraniens. Mais entre temps l’enquête judiciaire s'est poursuivie et les charges retenues contre Gordji s’effondrent une à une : il est impossible de prouver l’implication directe de l’Iran dans les attentats bien que certains indices puissent conduire logiquement à eux[10].

Récapitulatifs des engins explosifs posés
Date Lieu Victimes
Galeries Lafayette Haussmann et Printemps Haussmann à Paris 43 blessés[4]
Galerie marchande de l'Hôtel Claridge, avenue des Champs-Élysées à Paris 8 blessés[5]
toilettes du 3e étage de la Tour Eiffel à Paris Aucune[5]
librairie Gibert Jeune à Paris 5 blessés[5]
magasin FNAC Sport du Forum des Halles à Paris 22 blessés[5]
ligne ferroviaire Paris Lyon 9 blessés[6]
galerie Point Show, avenue des Champs-Élysées à Paris 2 morts et 29 blessés[6]
Gare de Châtelet - Les Halles à Paris Aucune[6]
Quais RER de la gare de Lyon à Paris. Aucune[7]
Bureau de poste de l’hôtel de ville de Paris 1 mort et 21 blessés[7]
Cafétéria Casino au Centre commercial de la Défense 54 blessés[7]
Pub Renault, rue Marbeuf à Paris. 3 morts et 1 blessé par l’explosion de l’engin découvert et déplacé[7]
Service des permis de conduire de la préfecture de police à Paris. 1 mort et 56 blessés[7]
devant le magasin Tati rue de Rennes à Paris 7 morts, 55 blessés[7]

Procès[modifier | modifier le code]

Pour son implication reconnue déterminante, la cour d'assises spéciale de Paris condamne Fouad Ali Saleh à la réclusion criminelle à perpétuité le , avec une période de sûreté de 18 ans. Hassan Aroua, le chauffeur tunisien de 38 ans, Abdelhamid Badaoui (33 ans) et Omar Agnaou (30 ans), les deux « étudiants » marocains qui ont stocké les explosifs, sont condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité mais sans période de sûreté[11]. Les cinq principaux protagonistes de ces attentats, en fuite, sont condamnés par contumace le à la réclusion criminelle à perpétuité : il s'agit du « cerveau », Abdelhadi Hamade, de ses deux lieutenants, Ibrahim Akil et Hassan Goshn, et des deux « artificiers », Hussein Mazbouh et Haidar Habib[12].

Portée et répercussions[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative au 140 bis de la rue de Rennes à Paris.

La loi du 9 septembre 1986 relative à la lutte contre le terrorisme créée des juridictions spécialisées, ainsi que le fonds de garantie chargé de l'indemnisation des dommages corporels consécutifs à un acte de terrorisme.

Françoise Rudetzki, qui s'est longtemps battue pour instaurer ce fonds, a été victime d'attentats antérieurs en 1983.

Les attentats de Saleh et de son groupe modifient considérablement la perception du terrorisme international au milieu des années 1980. Leur nombre (presque autant en un an que durant les quinze années précédentes[13]), leur intensité (jusqu'à quatre attentats en trois jours, le ciblage du grand public (Champs-Élysées, tour Eiffel, Gibert Jeune, Forum des Halles, TGV, RER, magasin Tati, bureau de poste, etc.) et l'horreur[14],[15] sont alors inégalés. « Les services de l'État, l'Intérieur, la Justice, sont dépassés »[16]. Trente ans plus tard, en 2015, ces attentats restent parmi les dix attaques terroristes les plus meurtrières perpétrées en France depuis 1970[17], et demeurent une référence pour apprécier les défenses de la société face à l'idéologie islamiste radicale[18].

D'autre part, la mise en évidence d'un commanditaire étatique de la taille de l'Iran est un facteur aggravant, ainsi que la découverte du nombre et de la violence des attaques en cours de préparation[19], ainsi que l'étendue européenne des réseaux pilotés par l'Iran via le Hezbollah, jusqu'en Afrique[20].

Ces attentats ont un grand retentissement. Celui contre le magasin Tati, à l'époque « l'attentat le plus sanglant jamais perpétré contre des civils en France »[14], donne lieu trois ans plus tard à une cérémonie rue de Rennes conduite par le président François Mitterrand et le maire de Paris, Jacques Chirac[21]. Le New York Times couvre dans un long article son jugement qu'il considère comme « un procès majeur du terrorisme »[22] et les déclarations de Fouad Ali Saleh sont publiées dans Le Monde et Libération[23]. En 2000, un livre de plus de 400 pages[24] relate les circonstances de son arrestation, qui n'est obtenue qu'après plus d'un an et demi d'une enquête insoluble[25]. De nombreuses vidéos sur cette actualité restent consultables[26]. En 2012 est diffusé un téléfilm, L'Affaire Gordji : Histoire d'une cohabitation, qui met en scène les conséquences, au plus haut niveau de l'État, de l'implication de l'Iran intégriste dans les attentats perpétrés par Saleh.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bigo 1991, Les motivations du Hezbollah
  2. Bigo 1991, Les arrestations du groupe Fouad Saleh
  3. Bigo 1991, Les indices concernant la participation d'auteurs libanais
  4. a et b Bigo 1991, Les attentats de décembre 1985 et la criminalisation
  5. a b c d e et f Bigo 1991, Les attentats de février 1986 et la piste iranienne
  6. a b c et d Bigo 1991, Les attentats de mars 1986 et la piste Abdallah
  7. a b c d e f et g Bigo 1991, Les attentats de septembre 1986 et la piste syro/abdalienne
  8. Bigo 1991, Les réseaux transfrontières mis au point par le Hezbollah : manque de moyens, amateurisme... mais efficacité malgré tout.
  9. Bigo 1991, La nouvelle série prévue en 1987
  10. Bigo 1991, Les indices concernant la participation directe des Iraniens dans les attentats
  11. Jacques Cordy, « Les attentats de 1986 à Paris, devant la cour d'assises : la perpétuité pour Fouad Ali Saleh », sur archives.lesoir.be, (consulté le 5 janvier 2020).
  12. « Liste des attentats », sur sos-attentats.org.
  13. Voir le graphique Nombre d'attentats meurtriers en France depuis les années 1970 sur Jean-Marie Pottier, « La France n'avait pas connu trois attentats aussi rapprochés depuis 1995 », sur slate.fr, (consulté le 8 février 2020).
  14. a et b Antenne 2, « Flash spécial ».
  15. Marc Knobel, « Paris, à feu et à sang », sur crif.org, (consulté le 8 février 2020).
  16. Jean-Louis Bruguière, Les voies de la terreur : terrorisme, les racines du mal, Paris, Fayard, , 304 p. (ISBN 978-2-213-68475-8, lire en ligne).
  17. « L'attentat le plus meurtrier en France depuis 40 ans », sur ouest-france.fr, (consulté le 8 février 2020).
  18. Barbara Lefebvre, « De Saleh à Harpon, 35 ans de renoncements des dirigeants Français face à l'idéologie islamiste », sur valeursactuelles.com, (consulté le 8 février 2020).
  19. Didier Bigo, « Les attentats de 1986 en France : un cas de violence transnationale et ses implications », Cultures & Conflits, no 4,‎ (ISSN 1157-996X, lire en ligne, consulté le 8 février 2020).
  20. « Europe : les réseaux du HizbAllah », Notes & Études de l'Institut de criminologie de Paris, nos 15-17,‎ (lire en ligne, consulté le 9 février 2020).
  21. « Mitterrand-Chirac rue de Rennes », sur ina.fr, (consulté le 8 février 2020).
  22. (en) Youssef M. Ibrahim, « Trial of Accused Mastermind In Bombings Begins in Paris », sur nytimes.com, (consulté le 8 février 2020).
  23. Journaux des 30 et 31 janvier, et 5 et 11 février 1990.
  24. Patrice Trapier, La Taupe d'Allah, Paris, Plon, , 418 p. (ISBN 978-2-702-86174-5).
  25. Patricia Tourancheau, « Rue de la Voûte, la taupinière de la DST », sur liberation.fr, (consulté le 8 février 2020).
  26. Dont sur YouTube : « Attentats de 1986 », sur youtube.com (consulté le 8 février 2020).

Voir aussi[modifier | modifier le code]