Attentat de la piazza Fontana

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Attentat de la piazza Fontana
Image illustrative de l’article Attentat de la piazza Fontana
Le bâtiment de la Banca Nazionale dell'Agricoltura dans lequel la bombe a explosé (photo de 2007).

Localisation Piazza Fontana
Milan (Italie)
Coordonnées 45° 27′ 47″ nord, 9° 11′ 39″ est
Date
16 h 37
Type Attentat à la bombe
Morts 16
Blessés 88
Mouvance Extrême droite

Géolocalisation sur la carte : Italie

(Voir situation sur carte : Italie)
Attentat de la piazza Fontana

Géolocalisation sur la carte : Milan

(Voir situation sur carte : Milan)
Attentat de la piazza Fontana

L'attentat de la piazza Fontana est un attentat à la bombe qui s'est produit à la Banca Nazionale dell'Agricoltura sur la Piazza Fontana dans le centre de Milan le faisant 17 morts et 88 blessés.

Les attentats terroristes de ce jour-là sont au nombre de cinq, concentrés en l'espace de 53 minutes et frappent simultanément Rome et Milan. Cet événement marque une étape déterminante de la stratégie de la tension, et est considéré comme le principal point de départ des « années de plomb » italiennes.

Les enquêteurs ont poursuivi leurs recherches sans relâche pendant des années. Au départ, les investigations se sont concentrées sur les milieux anarchistes. Puis, pendant deux ans, elles cherchent les coupables parmi les organisations d'extrême gauche. Ensuite, durant quatre ans, l'enquête se concentre sur les milieux d'extrême droite. D'autres thèses vont se succéder : on va soupçonner les services secrets russes, puis la CIA, ou les services secrets militaires italiens. Des dizaines de procès se dérouleront pendant presque cinquante ans, sans que jamais on n'arrive à identifier avec certitude un seul des véritables responsables du massacre.

Décembre 1969[modifier | modifier le code]

Reconstitution de la mort de Giuseppe Pinelli.
Pietro Valpreda durant une audience.

Le 12 décembre 1969 à 16 h 37, une bombe éclate dans la Banca Nazionale dell'Agricoltura (it) sur la Piazza Fontana, dans le centre de Milan, faisant seize morts et une centaine de blessés. Aussitôt, l'extrême gauche est accusée, en particulier les anarchistes. Quatre mille personnes sont arrêtées par la police[1].

Le 15 décembre, à Rome, on arrête le danseur anarchiste Pietro Valpreda. Un chauffeur de taxi milanais, membre du PCI, affirme l'avoir conduit à la Piazza Fontana quelques minutes avant l'explosion. Valpreda sera acquitté, faute de preuve[2].

Le 16 décembre, le cheminot anarchiste Giuseppe Pinelli fait une chute mortelle du quatrième étage de la Préfecture de police de Milan, où il était interrogé. La police déclare qu'il s'est suicidé[3], mais la presse de gauche accuse, sans preuve, le commissaire Luigi Calabresi de l'avoir volontairement défenestré[2] (c’est le thème de la pièce de Dario Fo Mort accidentelle d’un anarchiste). Le journal d'extrême gauche Lotta continua, sous la plume de Pio Baldelli, titre en première page : « Pinelli a été assassiné et Calabresi est son assassin! »[2].

Le 27 octobre 1975, le juge d'instruction D'Ambrosio, déterminera que la mort de Pinelli a été due à des causes accidentelles, et que, par ailleurs, le commissaire Calabresi n’était pas présent dans la pièce où se trouvait Pinelli au moment de sa chute[4].

Le 17 mai 1972, le commissaire Calabresi est assassiné. Seize ans plus tard, Leonardo Marino, ex-militant de Lotta Continua, avouera avoir servi de chauffeur lors de l'assassinat. Il désignera, comme commanditaires de l'attentat, Adriano Sofri et Giorgio Pietrostefani, et, comme tireur, Ovidio Bompressi[2].

Des militants d'extrême droite (notamment Mario Merlino (it)) ainsi que des membres des services secrets italiens, réussissent à s'infiltrer dans des groupes anarchistes [réf. nécessaire] .

Selon l'auteur d'extrême droite François Duprat, lors du cortège funèbre suivant les attentats, 80 000 personnes manifestent, dont 30 à 40 000 Missini faisant le salut fasciste[5].

Responsabilités néofascistes dans l'attentat[modifier | modifier le code]

Dans les années 1980, le terroriste néo-fasciste Vincenzo Vinciguerra déclare au juge Felice Casson que l'attentat visait à la proclamation de l'état d'urgence et à pousser l'Italie vers un régime autoritaire[6].

En 1989, le fondateur d’Avanguardia Nazionale, Stefano Delle Chiaie, est arrêté à Caracas et extradé en Italie afin d'être jugé pour ses responsabilités dans l'attentat de 1969[réf. nécessaire]. Il est cependant acquitté par la cour d'assises de Catanzaro en 1989, de même que son camarade Massimiliano Fachini (it)[réf. nécessaire].

En 1997, trois anciens militants néo-fascistes du Movimento Politico Ordine Nuovo, Carlo Maria Maggi (it), Delfo Zorzi et Giancarlo Rognoni, sont mis en examen pour l'attentat. En 1998, David Carrett, un officier de la US Navy, est mis en examen pour sa participation à l'attentat ; il est aussi accusé d'espionnage politique et militaire. Le juge Guido Salvini (it) ouvre aussi une enquête contre Sergio Minetto, un responsable italien du service d'intelligence de l'OTAN, et le collaborateur de justice Carlo Digilio (it), soupçonné d'être un indic de la CIA.

Mais le , la Cour d'appel de Milan annule les peines prononcées contre les trois accusés d'Ordine Nuovo, condamnés en première instance[7]. Carlo Digilio (it) bénéficie de l'immunité en échange de sa participation aux enquêtes, en accord avec le statut italien des collaborateurs de justice. Cet acquittement est confirmé par la Cour de cassation en mai 2005, qui confirme par ailleurs la condamnation de la partie civile à payer les frais du procès, décision qui a suscité l'indignation de l'opinion publique, ainsi que celle du président de la République, Carlo Azeglio Ciampi, qui s'engage à ce que l’État paie ceux-ci[8]. La Cour de cassation, tout en acquittant les trois accusés, a cependant bien affirmé que l'attentat de Piazza Fontana avait été réalisé par les néo-fascistes d'Ordine Nuovo, guidés entre-autres par Franco Freda et Giovanni Ventura, mais que ceux-ci ne pouvaient pas être arrêtés pour des motifs administratifs (ayant été absouts par sentence définitive dans un autre procès en 1987)[9].

Thèse de la « stratégie de la tension »[modifier | modifier le code]

Selon une théorie qui fait débat, une partie de l’appareil d’État, en lien avec la CIA, aurait entretenu un climat de peur, via la dite stratégie de la tension, afin de faciliter l’arrivée au pouvoir d’un régime dictatorial, comme en Grèce en 1967.

Une enquête journalistique particulièrement complète [non neutre] reste à ce jour L'Orchestre noir, documentaire réalisé par Frédéric Laurent (cofondateur de Libération) et Fabrizio Calvi en 1997 et diffusé sur Arte en 2 soirées en 1998. Elle soulève un coin du voile sur de possibles manipulations par l'organisation Gladio de néo-fascistes membres de mouvements tels que Movimento Politico Ordine Nuovo ou Avanguardia Nazionale. L'objectif des attentats (dont celui de la Piazza Fontana, celui de Brescia en 1974, ou de celui de Bologne en 1980) aurait été de déclencher, sinon un coup d'État, du moins une déclaration d'état d'urgence [réf. nécessaire] .

Au début des années 1990, la révélation de l'existence du réseau Gladio, une organisation paramilitaire clandestine (stay-behind) de l'OTAN, entraîne de nouvelles spéculations sur ce thème.

En 2000, un document publié par des élus des Démocrates de gauche participant à la commissione Stragi (it) du parlement italien (commission d'enquête sur les massacres) a conclu que Washington avait soutenu « une stratégie de la tension visant à empêcher le PCI et, dans une moindre mesure, le PSI à atteindre le pouvoir ». Celle-ci aurait compris des attaques terroristes sous faux drapeau, attribuées à la partie adverse, en l'occurrence l'extrême-gauche et la mouvance autonome. Néanmoins, l'enquête judiciaire n'a établi aucun lien direct entre le réseau de l'OTAN et les néofascistes impliqués dans l'attentat.

Ce document, dépourvu de valeur officielle, qui comporte des erreurs factuelles[réf. nécessaire] et accuse nommément des membres d'Alliance nationale, a provoqué de vifs échanges au parlement italien et s'est vu qualifié par le président du Sénat italien Nicola Mancino d'« exemple de suffisance intellectuelle » (« esempio di supponenza intellettuale »)[10].

Manifestations[modifier | modifier le code]

Au fil des ans, de nombreux événements ont eu lieu à la mémoire du massacre de la Piazza Fontana et de la mort de Giuseppe Pinelli. Plusieurs de ces initiatives ont dégénéré en affrontements entre policiers et manifestants. En particulier, le 12 décembre 1970, exactement un an après le massacre, lorsque l'étudiant Saverio Saltarelli est décédé, tué par une bombe lacrymogène tirée à la tête par la police.

Ces manifestations sont toujours actives aujourd'hui, notamment dans les cercles de gauche milanais. Le 7 décembre 2009, lors de la rencontre du président de la République, Giorgio Napolitano avec les familles des victimes, celui-ci a loué leur « passion civile », et leur engagement « pour nourrir la mémoire collective et la réflexion », affirmant comprendre ce que « le poids que la négation de la vérité représente pour chacun de vous, un poids que l’État italien porte sur lui-même » et précisant que « ce qui s'est passé dans notre société n'est pas complètement clair et limpide et n'a pas encore été pleinement développé »… « Continuez à travailler pour retrouver chaque élément de vérité ».

Les manifestations qui ont lieu tous les 12 décembre en souvenir du massacre et le 15 décembre en commémoration de Pinelli et sont devenues un rendez-vous récurrent pour la ville de Milan.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « 1969: Deadly bomb blasts in Italy », sur BBC News.
  2. a b c et d Massimo Magliaro, « Le Mouvement Social Italien », Cahiers d'histoire du nationalisme, Paris, Synthèse nationale, no 11, 2017 (ISSN 2493-6715). p. 84-85, 102.
  3. « Giuseppe Pinelli, l'anarchico defenestrato », sur web.archive.org, (consulté le 23 juillet 2019)
  4. (it) http://www.reti-invisibili.net/giuseppepinelli/docs/4-2635_sentenza_pinelli.pdf.
  5. François Duprat, L'Ascension du M.S.I., Les Sept Couleurs, , p. 106.
  6. (it) « Luigi Cipriani, Intervista su Vincenzo Vinciguerra al giornalista Paolo Cucchiarelli », sur fondazionecipriani.it, (consulté le 23 mars 2018).
  7. (it) « Piazza Fontana, nessun colpevole Assolti in appello gli imputati », sur Repubblica.it, (consulté le 23 mars 2018).
  8. Hervé Rayner, « Vetos entrecroisés : l’épineuse question de l’amnistie en Italie », L'Homme et la société, L'Harmattan, vol. 1, no 159,‎ , p. 150-164 (DOI 10.3917/lhs.159.0150, lire en ligne).
  9. (it) Paolo Biondani, Freda e Ventura erano colpevoli, Corriere della Sera, (lire en ligne).
  10. (it) « Mancino: Ds supponenti sulle stragi », Corriere della sera, .

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]