Atrocités allemandes en 1914

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Affiche américaine d'Ellsworth Young évoquant les atrocités allemandes en Belgique.

Les atrocités allemandes sont les exactions exercées par l'armée impériale allemande au début de la Première Guerre mondiale en Belgique tant en Flandre qu'en Wallonie et en France dans les départements de la Meuse, des Ardennes et de Meurthe-et-Moselle.

La question du droit de la guerre est traité dans l’Encyclopédie de la grande guerre (1914-1918), article qui renvoie lui-même à tous les problèmes posés notamment par les civils dans le droit de la guerre et, entre autres, le fait que la participation de non-belligérants « est un acte illégal qui peut être librement sanctionné pénalement par la puissance qui les détiendrait[1] ».

Les exactions commises par l'armée impériale allemande en août et septembre 1914 au début de la Première Guerre mondiale firent, en trois semaines, des milliers de victimes parmi les civils, suspectés d'être des francs-tireurs, amenés devant divers murs et fusillés par des pelotons d'exécution accomplissant de cette manière une justice expéditive au nom des lois de la guerre. 20 000 maisons furent également détruites, notamment 600 à Visé et 1 100 à Dinant en Wallonie, la région belge placée dans l'axe principal de l'invasion et qui subit le plus ces « atrocités ». L'étendue des massacres dans cette région de même que la manière dont les faits y ont été vécus et commémorés sont à l'origine d'une mémoire différente de la Première Guerre mondiale en Flandre et en Wallonie[2] pouvant expliquer (parmi de nombreux autres facteurs), le comportement très différent des régiments flamands et wallons à la Bataille de la Lys.

Mais la leçon des événements dépasse le cadre wallon ou belge. Des milliers de victimes tombèrent également, dans les mêmes conditions, en France et en Flandre. En Angleterre et aux États-Unis, en particulier, l'opinion publique fut motivée à la guerre par l'évocation de cette « barbarie allemande ». Le souvenir des tueries de 1914 allait provoquer en l'Exode fameux qui entraîna vers le sud des populations belges et françaises par millions. Celui-ci est un des éléments d'explication, parmi de nombreux autres et pas le plus important, de la défaite française dans la bataille de France, principalement lors du franchissement de la Meuse à Sedan les 13 et . En effet, les routes encombrées par les fuyards gênèrent parfois la montée en ligne des divisions françaises[3].

La « fausse croyance sincère » des Allemands[modifier | modifier le code]

Deux historiens irlandais, John Horne et Alan Kramer[4], auteurs de German Atrocities paru à Dublin en 2001[5], qui ont consulté longuement des archives tant françaises que belges et allemandes concluent que la conviction des Allemands selon laquelle des francs-tireurs firent feu sur les troupes allemandes dans les premiers jours de l'attaque d' est une « fausse croyance sincère ».

Les origines de la croyance dans les francs-tireurs[modifier | modifier le code]

Les auteurs s'efforcent de comprendre aussi les racines de cette « fausse croyance sincère » :

  • dans l'expérience réelle des francs-tireurs français de la guerre franco-prussienne de 1870 ;
  • dans un certain conservatisme des dirigeants (politiques et militaires) allemands méfiants à l'égard des insurrections populaires ;
  • dans le sentiment confus que la résistance de l'armée belge, à laquelle ils ne s’attendaient pas, avait quelque chose d'illégitime, celle-ci faisant le jeu de la France. Cette croyance persista en 1940 où 80 habitants de Vinkt en Flandre furent passés par les armes : les chasseurs ardennais venaient d'infliger une sévère défaite à un régiment allemand ;
  • dans certains éléments techniques de l'armement de l'époque ou certaines particularité des lieux (voyez par exemple Les Rivages (Dinant)).
  • dans la panique qui amena les troupes prussiennes à s'entretuer, ces faits devant être camouflés par l'état-major[6].

Dans Apologie pour l'histoire, Marc Bloch écrit : « Beaucoup de maisons belges présentent, sur leurs façades, d'étroites ouvertures, destinées à faciliter aux recrépisseurs le placement de leurs échafaudages ; dans ces innocents artifices de maçons, les soldats allemands, en 1914, n'auraient jamais songé à voir autant de meurtrières, préparées pour les francs-tireurs, si leur imagination n'avait été hallucinée de longue date par la crainte des guérillas. »

Représailles à la contre-offensive française en sol belge[modifier | modifier le code]

La ville détruite de Louvain en 1915

Ces exactions peuvent aussi résulter du fait que les Allemands ont particulièrement mal pris le fait que la Belgique :

  • n'accepta pas les termes de l'ultimatum allemand (laisser passer les troupes allemandes sur son sol, dans le but d'attaquer la France) et
  • permit à l'armée française de contre-attaquer l'armée allemande sur le sol belge.

La position belge fut basée sur le fait que l'indépendance et la neutralité de la Belgique étaient garanties par les puissances signataires des traités de Londres (Traité des XVIII articles et Traité des XXIV articles). Selon cette thèse, la Belgique se devait de refuser le passage de l'armée allemande sur son sol. Par contre et selon la même thèse, dès la violation de sa neutralité et de son indépendance, la France et le Royaume-Uni pouvaient et même devaient intervenir.

La position allemande fut fondée sur le fait que, selon eux, la Belgique avait dû s'allier à la France et au Royaume-Uni et donc trahir sa neutralité, pour préparer, avant l'attaque allemande, les opérations de contre-offensive.

Le fait que de nombreuses exactions se soient déroulées directement après les batailles relatives à la contre-offensive française (Dinant, notamment) appuie cette explication.

Axel Tixhon, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Namur, va plus loin et avance une troisième hypothèse « Les troupes allemandes ont sciemment organisé ces massacres, avec l’ordre de le faire [...] Vu le nombre de cas et le fait qu’ils soient perpétrés par les différentes armées allemandes, on peut penser que des consignes ont été données pour terroriser la population belge. Des témoignages, des écrits attestent de ces ordres, notamment au sein de la 3e armée allemande, l’armée saxonne, qui traverse l’est de la Belgique, le Condroz et s’attaque à Dinant. »[7]

Le plan Schlieffen et plus tard le concept de Blitzkrieg reposaient sur une attaque rapide de la Belgique et de la France (l'Allemagne devant prendre l'initiative) et sur l'inertie attendue du Royaume-Uni. La résistance de l'armée belge et les réponses rapides françaises et britanniques étaient de nature à contrecarrer ce plan.

Article détaillé : Première Guerre mondiale.

Les conséquences[modifier | modifier le code]

Les massacres eurent lieu en Belgique sans épargner une seule province, en France, notamment dans le département des Ardennes et le département de la Meuse ainsi qu'en Meurthe-et-Moselle.

Le plan allemand ayant placé la Wallonie au centre de l'axe d'invasion, une majorité de ces massacres eurent lieu dans cette région : une centaine de localités touchées dans toutes les provinces de Wallonie avec au moins 10 civils fusillés et jusqu'à 674 à Dinant dont plusieurs quartiers furent entièrement incendiés. En mai 2001 une cérémonie de réconciliation eut lieu dans cette localité sous la présidence notamment du secrétaire d'État allemand à l'Armée qui demanda pardon au nom de l'Allemagne dans un discours prononcé en face du pont Charles-de-Gaulle qui réunit les deux rives de la cité mosane.

Ces massacres placèrent l'Allemagne dans une position délicate sur le plan international et contribuèrent à son discrédit moral qui put jouer par exemple dans la propagande en vue de l'entrée en guerre des États-Unis en 1917 et du recrutement de volontaires.

Ils expliquent la retenue des soldats allemands lors de l'invasion de mai 1940 et la fuite éperdue de millions de civils dès le franchissement de la frontière belge le 10 mai au matin, connu sous le nom d'Exode. Dans une certaine mesure le flux de ces réfugiés put gêner les contre-attaques de blindés français sur Sedan, notamment la 3e Division cuirassée de réserve.

Liste des lieux de massacres et des unités allemandes responsables[modifier | modifier le code]

Dans l'ordre chronologique, en août 1914.

En Belgique[modifier | modifier le code]

En Wallonie[modifier | modifier le code]

Monument aux 674 victimes civiles à Dinant de la furie teutone, le 23 août 1914, dont 116 fusillées à cet endroit.

Du 5 au , l'armée impériale allemande passa par les armes plus de 5 000 civils dans une centaine de communes de Wallonie et y détruisit plus de 15 000 maisons, dont 600 à Visé et 1 100 à Dinant, soit 70 % des exactions commises au début de l'invasion en France et en Belgique.

La liste qui suit n'est pas exhaustive car on n'y retient que les localités qui eurent à subir 10 morts au moins.

En Flandre[modifier | modifier le code]

En France[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul Berben et Bernard Iserlin, Les panzers passent la Meuse, Laffont Paris, 1967 et Éditions J'ai lu Leur aventure no A209.
  • 1914. Les Atrocités allemandes
  • J. Bertrand, Le martyre de la Province de Liège, dans La Belgique héroïque et martyre, Opdebeek, Borgerhout, 1921
  • Lombard Laurent, Ludendorff à Liège, Stavelot, Éditions Vox Patriae, S.D. 176p. rel. .

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Syméon Karagiannis, Conventions internationales et droit de la guerre, Encyclopédie de la grande guerre (1914-1918) Bayard, Paris, 2004, p. 83-95, p. 86 notamment et p. 95.
  2. Laurence Van Ypersele, « La Belgique héroïque et martyre, une mémoire exclusivement francophone ? » in L. Courtois, JP Delville, F. Rosart, G. Zellis (directeurs), Images et paysages mentaux, des 19e et 20e siècles, de la Wallonie à l'Outremer, Hommage au professeur Jean Pirotte à l'occasion de son éméritat, Academia Bruylant, Louvain-la-neuve, 2007, p. 130-144.
  3. Paul Berben et Bernard Iserlin Les panzers passent la Meuse, Laffont, Paris, 1967, ici repris par Éditions J'ai lu Leur aventure n° A209, p. 326-327.
  4. John Horne est professeur d'histoire contemporaine à Trinity College et membre du comité directeur de l'Historial de Péronne, Alan Kramer est également professeur d'histoire contemporaine dans la même université
  5. tr. fr. 1914. Les Atrocités allemandes. La Vérité sur les crimes de guerre en France et en Belgique, Tallandier, Paris, 2005, 640 pages.
  6. La bataille de Rabosée
  7. « 1914, le martyre de nos villes et villages », sur lesoir.be (consulté le 19 octobre 2015)
  8. www.fresnois.fr Fresnois-la-Montagne : le 23 août 1914.