Athmane Tartag

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Bachir Tartag, connu aussi comme Athmane Tartag, (Tartag signifie « l’explosif », en dialecte arabe algérien) dont le vrai nom est Athmane Sahraoui dit « Bachir », né au début des années 1950 à El Eulma dans le Wilaya de Sétif est un officier supérieur algérien qui avait dirigé la lutte anti-terroriste pendant la période dite « noire » du terrorisme islamiste des années 1990 à 2000 en Algérie.

En septembre 2015, il est nommé à la direction du Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS) algérien, poste clé du pouvoir. En janvier 2016, il est « élevé » au rang de ministre conseiller du Président chargé des Affaires de sécurité.

Biographie[modifier | modifier le code]

On connaît très peu de choses sur sa biographie, à l'instar de la plupart des chefs de l’armée algérienne - particulièrement s'agissant d’officiers supérieurs du renseignement et de la sécurité - dont l'état civil relève presque du secret d’État[1].

Né au début des années 1950 à El Eulma, Il est recruté par la Sécurité militaire en 1972 et, après un stage d’une année à Moscou à l’école du KGB, il est affecté à Tindouf dans la 3e région militaire avec le grade de lieutenant[1].

En 1990, il est chargé des opérations au sein de l’état-major à l'intérieur duquel il est connu pour avoir dirigé le très controversé Centre Principal Militaire d'Investigations (CPMI)[1]. En 1999, à l'arrivée de Bouteflika aux affaires, il est mis à la retraite avant d'être rappelé en décembre 2011, à la tête de la Direction de la Sécurité Intérieure (DSI)[2]. Devenu no 2 du DRS, il assure le commandement de l’intervention militaire lors de l’attaque terroriste du site gazier d'In Amenas, à la suite de quoi il est à nouveau mis à la retraite en juillet 2014[1].

Il est rappelé en octobre de la même année pour occuper le poste de conseiller à la présidence à El Mouradia, puis en septembre 2015 pour remplacer le général Mohamed Mediène dit « Toufik » à la tête de la Direction du Renseignement et de la Sécurité (DRS), après que ce dernier y a passé plus de vingt ans[3]. Selon les spécialistes, le limogeage de « Toufik » Médiène et la nomination de Bachir Tartag ont été prises par Saïd Bouteflika et s'inscrivent dans un contexte de préparation de l'après Abdelaziz Bouteflika [4].

Avant cette nomination, la DRS est diminuée de plusieurs prérogatives dont celle de mener des enquêtes sur les affaires de corruption, les dernières enquêtes ayant éclaboussé des proches du pouvoir[5]. D'après certains spécialistes, cela pourrait signifier la fin du mythique DRS, qui a dirigé le pays pendant plus de cinquante ans (soit depuis le coup d'état du colonel Boumédiène contre Ben Bella en juin 1965, alors Kasdi Merbah était nommé chef du SM)[6].

Athmane Tartag procède à d'importantes modifications au sein de la DRS limogeant notamment une dizaine d’officiers et de hauts gradés du DRS proches du chef d'état-major Ahmed Gaïd Salah afin de s'assurer les pleins pouvoirs sur les nouvelles entités du renseignement algérien[7].

Controverses[modifier | modifier le code]

Tartag et l’assassinat politique[modifier | modifier le code]

Pour Mohamed Samraoui (en), ancien haut responsable des services secrets de l’armée algérienne : « La manière dont a été liquidé l'ex-chef du gouvernement Kasdi Merbah dénote le professionnalisme des auteurs, qui disparurent une fois leur forfait accompli, non sans avoir pris soin de récupérer son porte-document (mais pas son arme). Cette opération réalisée en 1993, dont le nom de code était « virus », est relatée en détail dans un article publié en 1999 sur le site du MAOL Opération virus. Les hommes du commando de tueurs faisaient partie de l'unité 192 et ils étaient dirigés par le colonel Tartag lui-même. Je ne sais pas si cette version est exacte, car mes sources affirment que cette opération a été montée par la DCE et non la DCSA, en raison de la participation de Kaci Abdallah, qui est un agent de Smaïn Lamari. Toutefois, il se peut que la DCSA et la DCE aient collaboré ensemble pour liquider Kasdi Merbah. Quel que soit le service engagé, une chose est sûre, cette affaire est un coup tordu du DRS. » [8]

Mohamed Samraoui : « Tartag assumait alors les vilains coups de Kamel Abderrahmane, mais le colonel Tartag, lui, une sorte de Mengele à l'algérienne dont j'aurai l'occasion de reparler, saura échapper aux mauvais coups liés à son "sale boulot", il restera en fonction jusqu'en mars 2001, et il est toujours vivant à ce jour promu au grade de général et assurant les fonctions de conseiller spécial du DRS ; le général Toufik. » [8]

Tartag et les services étrangers[modifier | modifier le code]

Selon les journalistes Christophe Dubois et Marie-Christine Tabet : « Sur le plan opérationnel, les interlocuteurs des services français sont le général-major Athmane Tartag et le général Hassan, deux hauts gradés très puissants dans l’appareil sécuritaire algérien : ‘On a des réunions techniques avec eux, témoigne un policier spécialisé. Des échanges de télégrammes, des notes techniques, très poussées… Nous avons aussi des actions communes, notamment des opérations d’infiltration.’ » [9]

Pour le dissident Lyes Laribi : « Le commandant Emmanuel D., ancien officier du renseignement sous le régime de l’apartheid, aurait été chargé de la collecte des renseignements sur les réseaux islamistes dans le monde. Il aurait été derrière une réunion de travail entre les services israéliens et algériens en Italie. Le capitaine Stephan D., ancien officier du contre-espionnage sud-africain, est présenté comme un spécialiste de la torture dite « scientifique ». Il est proche du général Tartag. Enfin, le commandant Uri B., ancien officier de l’armée sud-africaine, a aussi la nationalité israélienne. Il aurait effectué des achats d’armements pour l’armée algérienne chez les Israéliens. Il supervise les entraînements des forces spéciales à Biskra. Il est considéré comme proche de l’ancien ambassadeur algérien en Afrique du Sud. » [10]

Tartag et le GIA[modifier | modifier le code]

Mohamed Samraoui : « C'est alors, raconte Chouchane, que le colonel Bachir Tartag lui répliqua : "Laisse Zitouni tranquille, c'est notre homme ; c'est avec lui que tu vas travailler". Lors de son dernier entretien, le général Kamel Abderrahmane expliqua au capitaine Chouchane qu'en contrepartie, il recevrait le grade de colonel et qu'il n'aurait aucun souci à se faire pour sa famille. » [8]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Cherif Ouazani, « Algérie : Athmane Tartag, l'œil d'El-Mouradia », sur JeuneAfrique.com, (consulté le 13 septembre 2015)
  2. (en) « Lutte contre le terrorisme : changement à la tête du contre-espionnage algérien », JeuneAfrique.com, (consulté le 13 septembre 2015)
  3. AFP, « Bouteflika remercie Toufik, le puissant chef du renseignement algérien », sur www.lalibre.be (consulté le 13 septembre 2015)
  4. Algérie : « Monsieur Frère » et l'Odjak des janissaires, bernardlugan.blogspot.cz, 19 septembre 2015
  5. En Algérie, départ forcé pour le général « Toufik », puissant chef du renseignement, lemonde.fr, 13 septembre 2015
  6. Algérie : les habits neufs des services secrets, jeuneafrique.com, 14 mars 2016
  7. Algérie : le courant ne passe plus entre Tartag et Gaïd Salah, Louise Dimitrakis, mondafrique.com, 5 février 2016
  8. a, b et c Algeria-Watch, « Mohammed Samraoui: Chronique des années de sang - Sommaire », sur www.algeria-watch.org (consulté le 16 septembre 2015)
  9. Christophe Dubois et Marie-Christine Tabet, Paris Alger: Une histoire passionnelle, Stock, (ISBN 9782234076709, lire en ligne)
  10. 1, « Du MALG au DRS », sur hoggar.org (consulté le 16 septembre 2015)