Atapuerca (site préhistorique)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Site archéologique d'Atapuerca *
Logo du patrimoine mondial Patrimoine mondial de l'UNESCO
Crâne d’Homo heidelbergensis de la Sima de los Huesos, mis au jour en 1992.
Crâne d’Homo heidelbergensis de la Sima de los Huesos, mis au jour en 1992.
Coordonnées 42° 21′ 09″ N 3° 31′ 06″ O / 42.3525, -3.51833342° 21′ 09″ Nord 3° 31′ 06″ Ouest / 42.3525, -3.518333
Pays Drapeau de l'Espagne Espagne
Subdivision Castille-et-León Castille-et-León
Burgos Province de Burgos
Type Culturel
Critères (iii) (v)
Numéro
d’identification
989
Zone géographique Europe et Amérique du Nord **
Année d’inscription 2000 (24e session)
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification géographique UNESCO

Le site préhistorique d'Atapuerca représente un ensemble de gisements très importants pour la connaissance de la Préhistoire humaine européenne. Situés sur la commune d'Atapuerca dans le nord de l'Espagne, ces gisements paléolithiques ont livré de nombreux restes fossiles dont ceux qui ont permis la définition d’Homo antecessor, le plus ancien représentant du genre Homo en Europe occidentale.

Historique[modifier | modifier le code]

Le site est révélé lors de la construction d'une tranchée (Trinchera del Ferrocarril) pour la construction d'une voie de chemin de fer reliant Burgos à des mines de charbon. Les découvertes se limitent alors à du matériel daté de l'Âge du bronze et à des peintures rupestres[1].

L'histoire des recherches à Atapuerca commence en 1976, quand l'ingénieur des mines Trino Torres et l'anthropologue Emiliano Aguirre trouvent dans la montagne des fossiles d'ours préhistoriques, ainsi que plusieurs fossiles humains. Les fouilles commencent en 1978 dans deux des trois gisements principaux, Gran Dolina et Sima de los Huesos.

Sima de los Huesos[modifier | modifier le code]

Le gisement de la Sima de los Huesos (« grotte des os ») a livré l'ensemble le plus important de fossiles humains de la seconde moitié du Pléistocène moyen, de 500 000 jusqu'à 120 000 ans avant le présent. Les os appartiennent à un groupe de 29 individus, âgés de 4 à 35 ans[1], appartenant à l'espèce Homo heidelbergensis, considérée comme l'ancêtre de l’Homme de Néandertal. L'âge de ces prénéandertaliens est estimé entre – 300 000 et – 420 000 ans. Ils semblent avoir été jetés intentionnellement dans la cavité : l’absence d’ossements d'animaux[2], de marques de dents de charognards et d'outils (à l'exception d'un biface) indique qu'il ne s'agit pas d’un lieu d'habitat mais plutôt d'un dépôt intentionnel dans le cadre d’un rite funéraire. Le biface, seul outil découvert sur le site et dont la réalisation semble avoir été particulièrement soignée, pourrait constituer une offrande funéraire[3].

En décembre 2013, une équipe internationale à laquelle appartient Juan Luis Arsuaga annonce avoir réussi le séquençage ADN d'un os de ce site vieux de 400 000 ans[4]. Les résultats de l'analyse génétique par l'équipe de Svante Pääbo (Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste à Leipzig, Allemagne) publiée le 4 décembre 2013 dans la revue Nature[5] montre que cet Homo heidelbergensis est génétiquement proche de l’Homme de Denisova, hominidé cousin mais distinct de Néandertal[6]. Pääbo pense que les Homo heidelbergensis de la grotte de Sima de los Huesos seraient les ancêtres communs de l’Homme de Denisova et l’Homme de Néandertal[6].

Gran Dolina[modifier | modifier le code]

Le gisement de la Gran Dolina, dont la séquence est puissante de 18 mètres, a livré des vestiges dont l'âge est compris entre 1 million d'années et 100 000 ans avant le présent. En 1994, les paléontologues découvrent dans la strate TD6 (rebaptisée «Aurora stratum») des ossements d'environ six individus associés à un matériel lithique archaïque (couteaux et éclats en silex, éclats en calcaire et quartzite). Ces outils seront datés par résonance paramagnétique électronique et par paléomagnétisme de 800 000 ans[1]. Les spécificités de ces ossements conduisent Eudald Carbonell à définir une nouvelle espèce humaine, Homo antecessor. Par la suite de nouvelles découvertes permettront de porter à onze individus, le nombre d'Homo antecessor retrouvés dans ce gisement[1].

Sima del Elefante[modifier | modifier le code]

La grotte est nommée ainsi car on y a découvert une molaire d'éléphant[1]. En 2007, les équipe dirigées par Juan Luis Arsuaga et Eudald Carbonell y découvrent au niveau T9 un fragment de mandibule, comportant encore 7 dents en place ; une huitième sera retrouvée postérieurement. En 2008, elles y découvrent une phalange. Ces ossements sont attribués à l'espèce Homo antecessor. Leur datation par nucléi des cosmogéniques, associée à des objets en pierre taillée, les attribuent au Pléistocène inférieur (1 500 000 ans), ce qui a fait reculer de 400 000[7] à 500 000[1] ans la date certaine de la présence humaine en Europe.

Homo antecessor pourrait être l'ancêtre de l'Homme de Néandertal et de l’homme moderne, Homo sapiens. Le fragment publié en 2008 étant proche de fossiles plus anciens (1,8 million d'années) trouvés à partir de 1991 à Dmanisi (Géorgie, Caucase), il pose la question d'une colonisation préhumaine de l'Europe occidentale depuis l'Est plutôt que depuis le Sud.

Patrimoine mondial[modifier | modifier le code]

Le site a été inscrit au Patrimoine mondial de l'Unesco en 2000.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Brigitte Postel, « Atapuerca, au cœur préhistorique de l'Europe », Archéologia, no 462,‎ , p. 17-27 (ISSN 0570-6270)
  2. Henry de Lumley, La Grande Histoire des premiers hommes européens, éd. Odile Jacob, 2007 (Odile Jacob « poches », 2009).
  3. Bruno Maureille, Les Premières Sépultures, coéd. Le Pommier / Cité des sciences et de l'industrie, 2004, p. 39-41.
  4. [1]
  5. « A mitochondrial genome sequence of a hominin from Sima de los Huesos », par Svante Pääbo et al., Nature, 505, 403–406, doi:10.1038/nature12788, publié en ligne le 4 décembre 2013.
  6. a et b « De l’ADN ancien jette le trouble sur les origines de l’Homme », Nicolas Revoy, jeudi 5 décembre 2013, Le Journal de la science.
  7. E. Carbonell et al., « The first hominin of Europe », Nature, vol. 452, p. 465-469. (résumé)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]