Astérix et les Goths

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Astérix et les Goths
3e album de la série Astérix
Logo de l'album.
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Scénario René Goscinny
Dessin Albert Uderzo

Personnages principaux Astérix, Obélix, Panoramix
Lieu de l’action Gaule
Germanie

Éditeur Dargaud
Première publication en album : 1963
ISBN 2-01-210003-1
Nb. de pages 48

Prépublication 18 mai 1961
Albums de la série

Astérix et les Goths[1] est le troisième album de la bande dessinée Astérix, publié en 1963, scénarisé par René Goscinny et dessiné par Albert Uderzo.

Il a été pré-publié dans le journal Pilote du no 82 (18 mai 1961) au no 122 (22 février 1962).

Résumé[modifier | modifier le code]

Le druide Panoramix se rend à la réunion annuelle des druides dans la forêt des Carnutes, escorté par Astérix et Obélix qui doivent l'attendre à la lisière de la forêt, les non-druides n'étant pas autorisés à assister à la réunion. La région est quadrillée par des troupes romaines à la recherche d'une bande de Goths qui a franchi la frontière de la Gaule. Menés par leur chef Coudetric, ces guerriers cherchent à s'approprier le savoir des druides afin d'envahir le territoire.

Au cours de la réunion, après plusieurs démonstrations de tours de magie plus ou moins fantaisistes, Panoramix remporte le concours du « druide de l'année », avec sa potion magique. Mais il est capturé par les Goths qui ont pénétré dans la forêt sacrée. Alertés par Septantesix, un confrère de Panoramix, Astérix et Obélix se lancent à la poursuite des ravisseurs. Après diverses péripéties et changements de costumes, ils passent la frontière de la Germanie et atteignent la ville où Panoramix est retenu prisonnier.

Le chef suprême des Goths, Téléféric, exige du druide qu'il lui prépare de la potion magique, ce que le vieux Gaulois refuse par le truchement de l'interprète Cloridric. Or ce dernier, craignant pour sa propre tête si son chef n'est pas satisfait, ment à Téléféric et affirme que Panoramix accepte, demandant seulement un délai d'une semaine pour attendre la pleine lune. Cloridric profite ensuite de la nuit pour tenter de s'enfuir, mais il est arrêté et jeté en prison. Pendant ce temps, Astérix et Obélix se griment en guerriers goths et se joignent à une patrouille, mais, après avoir tenté de s'éclipser, se retrouvent dans la même geôle que Cloridric.

Obélix détruit la porte de la prison et les deux héros s'évadent avec l'interprète Cloridric qui avoue tout ce qu'il sait à propos du druide. Astérix décide de retourner en ville et de ne libérer Cloridric que lorsqu'ils auront retrouvé Panoramix, mais Cloridric pousse des cris pour attirer l'attention d'une patrouille. Astérix et Obélix cherchent à s'enfuir mais sont contraints de se battre. Après avoir assommé toute la patrouille, ils se rendent délibérément au seul homme resté valide, pour qu'il les conduise à son chef.

Les Gaulois sont amenés à Téléféric qui décide de les faire exécuter. Le chef suprême demande ensuite à Cloridric si le druide est toujours d'accord pour lui préparer de la potion magique. Cloridric affirme que oui, mais Panoramix révèle qu'il parle leur langue et le dément. Fou de rage, Téléféric les fait jeter tous en prison et les condamne à mort.

Astérix, Obélix et Panoramix décident de fournir de la potion magique à certains Goths, afin de provoquer le désordre dans le pays et de rentrer plus facilement en Gaule. Par l'entremise de leur garde, le druide fait connaître à Téléféric leur « dernières volontés » : manger un « potage gaulois », ce qui leur est accordé. Quand le garde revient avec les ingrédients nécessaires, Panoramix prépare de la potion magique et en donne à boire à Cloridric.

Lors de l'exécution publique, Cloridric exige de passer en premier et parvient à résister à l'écartèlement par des chevaux. Incapable de comprendre ce qu'il se passe, Téléféric ordonne de détacher le condamné et d'amener des chevaux plus forts, mais une fois libéré, Cloridric attaque Téléféric et annonce à la foule que, grâce à la potion du druide, il est leur nouveau chef. Au palais, Astérix demande à Cloridric de lui permettre de se rendre au cachot pour narguer Téléféric. Ne devinant pas le piège, Cloridric lui accorde l'autorisation. Cependant, dans le cachot, Panoramix fait boire de la potion magique à Téléféric qui brise ses chaînes et veut reprendre son trône. Mais, comme Cloridric et Téléféric ont bu tous deux de la potion magique, il ne peut y avoir de vainqueur et chacun décide de lever une armée.

Pendant ce temps, les Gaulois donnent de la potion à d'autres Goths, de préférence vieux ou faibles, et génèrent avec succès la discorde et l'anarchie chez les Germains, estimant que, tant que les Goths seront occupés à se battre, ils ne penseront pas à envahir la Gaule.

Leur mission couronnée de succès, les trois héros rentrent chez eux. Leur arrivée au village provoque la joie de leurs amis qui les croyaient perdus, et tout le monde se retrouve joyeusement pour le banquet final sous les étoiles.

Personnages principaux[modifier | modifier le code]

Analyse[modifier | modifier le code]

Place dans la série[modifier | modifier le code]

Astérix et les Goths est le premier album de la série où :

  • l'on voit la hutte surélevée d'Assurancetourix,
  • l'on découvre la forêt des Carnutes, déjà mentionnée dans l'album précédent La Serpe d'or (et y faisant suite, puisque Panoramix devait se rendre à la forêt des Carnutes avec sa serpe d'or),
  • Astérix et Obélix se rendent à l'étranger (en l'occurrence en Germanie).

C'est le troisième album consécutif où des personnages extérieurs au village gaulois goûtent la potion magique (en l'occurrence Cloridric et les autres protagonistes des « Guerres astérixiennes »). Cette possibilité offerte aux étrangers se retrouvera par la suite dans Astérix et Cléopâtre et dans d'autres albums ultérieurs.

Références historiques[modifier | modifier le code]

L'album fait référence aux invasions barbares qui auront lieu à une période ultérieure, quatre siècles après l'époque de Jules César. Astérix provoque la guerre civile entre les peuples goths, retardant ainsi de plusieurs siècles cette invasion qui semblait imminente. Les Romains ont cependant livré bataille à des populations germano-celtes dès la fin du II siècle av. J.-C. ( guerre des Cimbres et des Teutons).

Éléments humoristiques[modifier | modifier le code]

(N.B. : « p. 10-c5 » signifie « planche 10 case 5 »)

  • Lorsque Téléféric gavé de potion magique et très fâché contre Cloridric se libère de ses chaînes, Astérix dit : « Il est déchaîné ! ». Obélix répétera cette blague jusqu'à la fin de l'album.
  • Dans son synopsis, René Goscinny avait imaginé un druide qui présentait lors du concours dans la forêt des Carnutes « un petit couteau pour éplucher les pommes de terre. ». Cette trouvaille a disparu du scénario et donc de l'album[2].

Anachronismes[modifier | modifier le code]

Goscinny a fait fonctionner l'album sur de nombreux anachronismes :

  • les Goths se sont établis en Europe au Ier siècle av. J.-C. et, en 375 seulement, ils se sont scindés en Wisigoths et Ostrogoths ;
  • les pommes de terre ne sont arrivées d''Amérique en Europe qu'au XVIe siècle (p. 8-c2) ;
  • les caleçons ne sont apparus qu'au XVIIIe siècle (p. 14-c10) ;
  • la brouette n'a été inventée qu'au XIIIe siècle (p. 39-c1) ;
  • les bornes frontalières signalant la limite d'un territoire ne voient le jour que bien plus tard dans l'Histoire (p. 18-c5) ; mais les Romains ont inventé la borne miliaire pour mesurer les distances le long des routes.
  • les pancartes publicitaires servant à promouvoir une élection n'existaient pas (p. 40-c9), mais les slogans publicitaires étaient peints directement sur les murs, comme on le voit dans les graffiti de Pompéi au siècle suivant.

Culture germanique[modifier | modifier le code]

  • Dans cet album, les auteurs utilisent plusieurs caractéristiques de l'Allemagne et de la culture germanique, en particulier la situation du pays au début des années 1960, sorti depuis peu du régime nazi. Albert Uderzo dit à ce propos : « La caricature des Goths, donc des Allemands, est finalement assez sympa par rapport à celle dont on avait l'habitude à cette époque, la Seconde Guerre mondiale n'étant pas si éloignée que ça à la sortie de cet album. » Les Germains y sont donc décrits comme des barbares ne pensant qu'à envahir leurs voisins et à accéder au pouvoir[3].
  • Les phylactères des personnages goths, ainsi que les panneaux indicateurs de Germanie sont écrits en alphabet latin gothique (à ne pas confondre avec l'alphabet gotique), apparu seulement à la fin du Moyen Âge.
  • De même leurs constructions en pierre comportent des ouvertures de style gothique. Bien qu'on possède beaucoup de témoignages de ce style architectural en Allemagne, il trouve sans doute ses origines en France. Il s'agit en fait d'un jeu de mots des auteurs avec le nom des Goths[4].
  • Les Goths de l'album représentent les Allemands, même si en réalité les Goths historiques ne vivaient pas sur le territoire de l'Allemagne actuelle, mais plutôt en Scandinavie et dans l'Est de l'Europe (Balkans, Pologne, Roumanie, Ukraine).
  • La scission des Goths entre Wisigoths ("Goths de l'Ouest") et Ostrogoths ("Goths de l'Est"), bien qu'historique, fait ici allusion à la division de l'Allemagne entre Allemagne de l'Ouest (RFA) et Allemagne de l'Est (RDA) à l'époque de la parution de l'album[5].
  • Les guerriers goths portent une imitation du casque à pointe utilisé par les armées prussiennes, puis allemandes au XIXe et début du XXe siècles.
  • Les « Guerres astérixiennes » ayant conduit à des scissions chez les Goths sont une allusion au découpage de l'Allemagne en de multiples petits États[5].
  • Le pays des Goths apparaît à la fois chaotique et discipliné ; sa visite par les héros gaulois leur fait découvrir combien il est militarisé, comme on le voit dans le personnage du militaire colérique, faisant marcher les soldats au pas de l'oie et hurlant au moindre manquement à la discipline. C'est un parfait exemple du caractère autoritaire décrit par l'École de Francfort : le Goth a une pensée très hiérarchique, est obsédé par l'autorité et aime la brutalité collective[5].

Nom des personnages[modifier | modifier le code]

  • À l'instar des personnages gaulois dont les noms finissent en -(r)ix sur l'exemple historique de Vercingétorix, tous les personnages goths ont un nom en -ric à l'image de l'un de leurs plus illustres chefs, Théodoric le Grand.
  • Electric, après avoir bu la potion magique, se donne le titre de « Général Electric », en référence à l'entreprise américaine General Electric.
  • Le druide belge s'appelle « Septantesix », par référence à la façon belge de dire le nombre 76.

Citations latines[modifier | modifier le code]

  • Errare humanum est (L'erreur est humaine) : phrase prononcée par le légionnaire Pardessus.
  • Ave (Salut) : salutation adressée par deux Romains à Astérix et Obélix déguisés en Romains, qui leur répondent de même.
  • Quid ? (Quoi ?) : question posée par un légionnaire romain.
  • Video meliora proboque, deteriora sequor (Je vois le bien, je l'aime et je le fais mal) : phrase prononcée par un légionnaire romain.

Publication[modifier | modifier le code]

  • Tirage original : 15 000 exemplaires[L 1], ce qui est beaucoup pour 1964 et qui n'est pas allé sans les réticences de l'éditeur[6].
  • Les planches originales sont perdues[L 2].

Dans les autres langues[modifier | modifier le code]

Astérix et les Goths fut le premier album d'Astérix traduit à l'étranger[7], ainsi que le premier album de la série traduit en russe[8].

Version pirate[modifier | modifier le code]

Quatre ans après la publication de l'aventure, celle-ci est publiée en Allemagne sous forme d'album, très librement adapté. En effet, l'histoire a été totalement modifiée (mais le dessin conservé) pour coller au contexte du pays de l'époque, scindé entre Allemagne de l'Est (RDA) et Allemagne de l'Ouest (RFA), afin de servir la communication politique de cette dernière.

Ainsi, les irréductibles Germains Siggi et Babarras (Astérix et Obélix, dans cette version) habitent le village de Bonnhalla (contraction de Bonn, capitale de la RFA et Valhalla). Celui-ci ne se situe non pas en Gaule, mais au bord du Rhin et ses habitants figuraient les actuels Ouest-Allemands, menacés par les Romains (représentant les Américains) et les Goths (donc Allemands) de l'Est. Les dialogues de ces derniers, parodiant la manière de parler en RDA, est d'ailleurs illustrée dans des phylactères en rouge (rappelant le communisme). Quant à Panoramix, il avait été rebaptisé Konradin (évoquant le chancelier Konrad Adenauer) et Cétautomatix, Wernher von Braunfel (pour Wernher von Braun)[9],[10].

Quand ils l'ont appris, les auteurs ont saisi la justice et obtenu gain de cause. Pour éviter que cela se reproduise, ils ont contacté un éditeur sérieux, Ehapa Verlag, qui a publié les premières traductions fidèles en 1968. De ce fait, l'Allemagne fait partie des pays où la série est la plus populaire[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. p. 11
  2. p. 40

Références[modifier | modifier le code]

  1. Le terme Goths se prononce « go », sans prononciation du th.
  2. Le Dictionnaire Goscinny, JC Lattès 2003, page 164.
  3. Olivier Andrieu, Le livre d'Astérix le Gaulois, Les Éditions Albert René, , p. 94-95
  4. Le terme de « gothique » fut utilisé à la Renaissance pour nommer ce style, tandis qu'il était nommé au Moyen Âge « Francigenum Opus » (ou « opus modernum »). La référence aux Goths vient soit du fait qu'il était jugé barbare (comme les Goths), soit parce que Raphaël aurait considéré que les arcs en ogive de ce style rappellent la courbure des arbres formant les cabanes primitives des habitants des forêts germaniques.
  5. a b et c Rainer Forst, "Les guerres des Goths", extrait d'Astérix chez les philosophes, p. 42-43
  6. Bernard de Choisy, Uderzo-Storix, Jean-Claude Lattès, 1991, p. 157
  7. Les 50 secrets d'Astérix, lefigaro.fr, 23 octobre 2009
  8. Astérix et Obélix chez les Russkoffs, extrait traduit en français de l'article d'Alexandre Iakovlev de Literatournaïa Gazeta, dans Courrier international no 566, 6 au 12 septembre 2001, page 12.
  9. (de) Matthias Heine, « Der Kauka-Effekt », sur welt.de, (consulté le )
  10. (de) Heiner Lünstedt, « SIGGI UND BABARRAS », sur comic.highlightzone.de, (consulté le ).
  11. Heinz Wismann, Astérix et les Goths, mit Uns, extrait d'Astérix chez les philosophes, p. 65-67.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]