Assassinat d'Andreï Karlov

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Assassinat d'Andreï Karlov
Image illustrative de l'article Assassinat d'Andreï Karlov
Andreï Karlov en 2016.

Localisation Ankara (Turquie)
Cible Andreï Karlov
Coordonnées 39° 54′ 31″ nord, 32° 51′ 27″ est
Date 19 décembre 2016
Type Assassinat
Armes Pistolet
Morts 1 (et l'auteur)
Blessés 3
Auteurs Mevlüt Mert Altıntaş
Mouvance Inconnue

Géolocalisation sur la carte : Turquie

(Voir situation sur carte : Turquie)
Assassinat d'Andreï Karlov

Géolocalisation sur la carte : Ankara

(Voir situation sur carte : Ankara)
Assassinat d'Andreï Karlov

L'assassinat d'Andreï Karlov, ambassadeur de Russie en Turquie, a lieu le . Le diplomate est la cible de coups de feu tirés par Mevlüt Mert Altıntaş, un agent de police turc, alors qu'il visite une exposition d'art dans la capitale turque. L'ambassadeur, âgé de 62 ans, succombe à ses blessures[1]. L'auteur est ensuite abattu par les forces de sécurité après un échange de coups de feu[2].

Déroulement des faits[modifier | modifier le code]

Alors qu'Andreï Karlov prononce un discours lors de l'inauguration d'une exposition de photos intitulée La Russie vue par les Turcs à Ankara[3],[4] au Centre d'Art Moderne d'Ankara, le policier turc Melvüt Mert Altintas[5], âgé de 22 ans, placé derrière l'ambassadeur, lui tire neuf balles dans le dos. Andreï Karlov s'effondre, grièvement blessé. La scène est filmée par les caméras[6].

L'assassin menace les personnes présentes avec son arme et leur ordonne de quitter les lieux. Il revendique immédiatement son acte en scandant en arabe plusieurs fois « Allahu akbar » puis en citant des paroles d'un poème musulman attribué aux compagnons de Mahomet après la bataille de la Tranchée en  : « nous qui avons fait allégeance au Prophète Muhammad pour le djihad »[7] avant d'enchaîner en turc « N'oubliez pas Alep. Tant que les habitants d'Alep ne seront pas en sécurité, vous ne serez pas en sécurité. Seule la mort peut m'arracher d'ici. Quiconque est responsable de ces cruautés en paiera le prix[6]. ». Cette déclaration rappelle une phrase attribuée à Oussama ben Laden : « vous ne serez pas en sécurité même dans vos rêves tant que nous ne serons pas en sécurité en réalité dans nos pays ». Altintas est ensuite abattu lors de l'intervention des forces de sécurité[6].

Il n'était pas en service et s'est fait passer pour un nouvel agent affecté à la sécurité de l’ambassade russe. Lorsqu'il a essayé d'entrer dans le bâtiment, son arme de service a fait sonner le portique de sécurité, il s'est alors servi de son badge de policier pour duper les gardiens[8].

Victime[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Andreï Karlov.

Né à Moscou en 1954, Andreï Guénnadiévitch Karlov étudie à l'Institut d'État des relations internationales de Moscou et à l'Académie diplomatique. Il commence sa carrière au gouvernement au ministère des Affaires étrangères de l'URSS en 1976. Karlov obtient divers positions diplomatiques à l'ambassade russe en Corée du Nord. Il devient l'ambassadeur russe en Turquie en 2013.

Enquête[modifier | modifier le code]

Rapidement après les faits, les parents et la sœur du tueur sont arrêtés. La Turquie autorise par ailleurs 18 enquêteurs russes à participer aux investigations[8].

Profil de l'auteur[modifier | modifier le code]

Mevlüt Mert Altıntaş, parfois transcrit en français Mevlüt Mert Altintas, est né le à Söke[8], une ville côtière de la mer Égée. Il devient policier à Ankara en 2014[2], à un moment où le pouvoir cherche à épurer au maximum la police de ses éléments gülenistes, et en conséquence recrute un peu à la hâte pour compenser les départs. Entre juillet et décembre 2016, il fait même partie de l'équipe de protection rapprochée du président Erdogan à huit reprises. Il est alors postionné juste derrière les gardes du corps[8]. Travaillant depuis 2 ans et demi dans la police anti-émeute d'Ankara, il aurait fait ses études à l'école préparatoire de Korfez (Turquie)[9].

Selon les enquêteurs turcs, il pourrait malgré tout être lié au mouvement Gülen, que le pouvoir accuse déjà d'avoir organisé le coup d'État manqué de juillet 2016. Cette organisation conservatrice est fermement combattue par le président Recep Tayyip Erdogan et a également été interdite en Russie par Vladimir Poutine[10].

Réactions[modifier | modifier le code]

Condamnations[modifier | modifier le code]

L'assassinat est rapidement condamné par (entre autres) le président français François Hollande, le ministre de l'Intérieur allemand Thomas de Maizière et le Secrétaire d'État des Affaires étrangères et du Commonwealth Boris Johnson, ainsi que par un porte-parole du Département d'État des États-Unis[11]. Le président turc Recep Tayyip Erdoğan s'entretient au téléphone avec son homologue russe Vladimir Poutine et indique à la presse qu'il souhaite renforcer la coopération des deux pays dans la lutte contre le terrorisme[12].

Réjouissances[modifier | modifier le code]

Dans le New York Daily News, le journaliste Gersh Kuntzman (en) compare l'assassinat à celui du diplomate de l'Allemagne nazie Ernst vom Rath par l'étudiant juif Herschel Grynszpan et ajoute que « justice a été rendue »[13]. Le gouvernement russe annonce le 21 décembre 2016 qu'il exigera des excuses[14],[15].

Elham Badar, journaliste qatarie et membre du conseil d'administration de Al Jazeera tweete que « la Russie mérite le pire (...) cette scène se répétera avec d'autres ambassadeurs de pays qui approuvent les crimes russes à Alep »[16].

Le député ukrainien Volodymyr Parasyuk (en) écrit sur son compte Facebook : « Lorsqu'un homme est prêt à commettre les actes les plus extrêmes et donner sa vie pour ses idées et son amour de la liberté, on peut sans hésiter le qualifier de héros »[16].

Conséquences sur les relations russo-turques[modifier | modifier le code]

La possibilité d'une appartenance du tueur au mouvement Gülen arrange les deux pays, qui ont entrepris un rapprochement en 2016. En effet, malgré des divergences importantes dans le dossier syrien (la Russie bombarde l'Armée syrienne libre tandis que la Turquie combat avec elle contre l'État islamique dans le nord du pays) et une crise à la fin de l'année 2015 lorsque l'aviation turque abat un bombardier russe, les deux nations voient un intérêt géopolitique et économique commun à se rapprocher. Cette entente est d'abord motivée par une méfiance commune envers l'Occident[10]. Fethullah Gülen est d'ailleurs réfugié aux États-Unis depuis 1999.

Après l'attentat, le gouverment russe exprime clairement qu'il n'accuse pas le gouvernement turc et qu'il considère cette action comme une tentative de déstabilisation des relations bilatérales[10]. Plusieurs politiciens russes accusent même les Occidentaux d'être derrière le meurtre[10].

Photographie[modifier | modifier le code]

Quelques secondes après l'assassinat, le photojournaliste turc Burhan Özbilici de l'agence Associated Press prend en photo la scène. Sur le cliché, le meurtrier est saisi en pleine action alors qu'il revendique son geste : son bras gauche est levé, index pointé vers le haut, tandis que sa bouche est déformée par un cri. De sa main droite il pointe son arme vers le sol. Le corps de sa victime est à terre, allongé sur le dos dans la position dans laquelle elle est tombée[17].

Le 13 février 2017, la photo — intitulée « Un assassinat en Turquie » — reçoit le prestigieux prix World Press Photo of the Year, le jury récompensant la capacité du photographe à avoir été là au bon moment et à n'avoir pas hésité à prendre un risque face à un fanatique armé pour saisir une scène. Ce choix provoque une polémique, le jury étant accusé de mettre en lumière une scène de violence et en conséquence de contribuer à valoriser un tel geste[18].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Catherine Fournier, « DIRECT. Moscou condamne "un acte terroriste" après l'assassinat de son ambassadeur à Ankara », sur Francetvinfo.fr,‎ (consulté le 19 décembre 2016)
  2. a et b (en) « Mevlut Mert Altintas: 5 Fast Facts You Need to Know », heavy.com, 19 décembre 2016.
  3. (en) Martin Chulov, « Russian ambassador to Turkey wounded in Ankara shooting attack », The Guardian,‎ (lire en ligne)
  4. (ru) « Убийство посла РФ в Анкаре. Хроника событий », ТАСС,‎ (lire en ligne)
  5. « L'ambassadeur russe à Ankara assassiné par un policier turc », Le Point, 20 décembre 2016
  6. a, b et c « Turquie : l'ambassadeur russe tué par balle à Ankara » sur lefigaro.fr, 20 décembre 2016.
  7. « L’ambassadeur russe en Turquie tué par balle à Ankara », Le Monde, 20 décembre2016
  8. a, b, c et d « Qui est Mevlüt Altintas, le policier turc qui a tiré sur l'ambassadeur russe ? » sur lexpress.fr, 20 décembre 2016.
  9. « Qui est Mevlüt Mert Altintas, le tueur de l'ambassadeur russe ? », sur euronews,‎ (consulté le 13 février 2017)
  10. a, b, c et d « Quel est l'impact de l'assassinat d'Andreï Karlov sur la Turquie et la Russie ? » sur huffpostmaghreb.com, 20 décembre 2016.
  11. (en) « Russian ambassador to Turkey Andrei Karlov shot dead in Ankara », sur BBC News,‎ (consulté le 22 décembre 2016)
  12. (en) « Night of terror: Numerous dead after suspected terror attacks in Germany, Turkey and Switzerland », The Independent (Irlande), 19 décembre 2016
  13. Kuntzman Gersh, « Assassination of Russian Ambassador Andrei Karlov was not terrorism, but retribution for Vladimir Putin’s war crimes », sur New York Daily News (consulté le 20 décembre 2016)
  14. Gersh Kuntzman, « Russia demands apology — from me! — for article about assassination of Ambassador Andrei Karlov », New York Daily News, 21 décembre 2016, en ligne.
  15. Sputnik News, « Maria Zakharova exige des excuses du journal US pour 'l’article xénophobe' », 21 décembre 2016, en ligne.
  16. a et b Quand un député ukrainien qualifie de «héros» l'assassin de l'ambassadeur russe en Turquie RT du 20 décembre 2016
  17. (en) Burhan Ozbilici, « An Assassination in Turkey », sur worldpressphoto.org,‎ (consulté le 14 février 2017).
  18. Laurent Abadjian, « Le World Press Photo de l'année 2017, un choix inepte », sur telerama.fr,‎ (consulté le 14 février 2017).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

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